Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa

Autres appellations:
Organisation de Libération Nationale Palestinienne — Fatah Phalanges de la Fierté et de l’Honneur

Autres appellations US:
al-Aqsa Martyrs Battalion
Al Aqsa Martyrs Brigades

Internet:
“Al Aqsa Martyrs” Brigades

Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa(Israël / Palestine) (Kataeb Shuhada’ al­Aqsa) Groupe apparu dans la foulée de la montée de l’« Intifada Al-Aqsa(1) ». Selon son « porte-parole », Oussama al-Najjar, les Brigades auraient été conçues durant les premiers mois de l’Intifada (en octobre 2000), mais leur naissance a été officiellement annoncée au l’ janvier 2001, à l’occasion de la parade commémorant la naissance du Fatah.

Il est un assemblage de groupuscules, composés essentiellement de militants du Fatah et issus du camp de réfugiés de Balatah, près de Naplouse. La plupart des cadres des Brigades(2) semblent provenir du nord de la Cisjordanie. Les Brigades ne semblent pas avoir de chef suprême organique, mais Nasser ‘Awais(3) et Mahmoud al-Titi, chefs des Brigades à Naplouse et au camp de Balatah semblent jouer un rôle de « référence » pour les autres groupuscules.(3)

Les autorités israéliennes considèrent les Brigades comme un groupe armé du Tanzim, le bras armé du Fatah, mais les relations entre ces diverses entités sont peu claires et les déclarations de leurs chefs à ce propos sont souvent contradictoires.

Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa se définissent comme les héritières des groupes armés du Fatah, comme al-A.4a (la Tempête). Elles sont issues des groupes armés apparus à la fin des années 80, à l’occasion de la première intifada. (Voir ► Palestine)

Les attentats des Brigades sont dirigés contre des cibles militaires et civiles et comprennent des tirs aveugles contre des civils israéliens en Israël, comme à Afula, en novembre 2001 ou à Hadera en janvier 2002, ou contre des colonies dans les territoires occupés.

Les Brigades revendiquent plusieurs centaines de militants, âgés de 20 à 50 ans. Liens avec le Fatah

Les liens entre les Brigades et le Fatah sont peu clairs. D’un côté, les cadres et militants des Brigades portent les emblèmes du Fatah, de réclament du Fatah, leur papier à lettre porte l’entête du Fatah, tout comme leur site Internet. Des documents capturés par l’armée israélienne, en avril 2002, tendent à montrer que des membres des Brigades ont effectué des demandes de financement et de soutien militaire à des personnalités du Fatah en 2001. Certains membres des Brigades, comme ► Maslama Thabet, cadre des Brigades à Tulkarem, affirment même être aux ordres du Fatah(4). Plusieurs cadres des Brigades sont également membres du ► Tanzim.

D’un autre côté, le Fatah nie être à l’origine de la constitution des brigades et avoir un lien formel avec elles. La rhétorique officielle soutient que les actions des Brigades ne correspondent pas aux décisions de l’autorité politique du Fatah. Il réfute également leur caractère de « bras armé du Fatah », mais sans réellement se distancer officiellement des Brigades. En fait, en mars 2002, dans un journal palestinien, Djibril Rajoub, chef de la Sécurité Préventive de la Bande de Gaza devait qualifier les Brigades du « plus noble phénomène de l’histoire du Fatah » ayant « restauré l’honneur de l’Autorité Palestinienne ».(5)

Si, au niveau local, on observe la même ambiguïté dans la relation entre les deux mouvements, on observe aussi qu’il ne semble pas avoir une relation de subordination entre le Fatah et les Brigades. Ces dernières semblent effectivement disposer d’une certaine autonomie d’action. Les diverses tentatives de cadres du Fatah pour mettre fin aux attaques des Brigades contre les civils israéliens ont été vaines. De fait, aucun des divers documents capturés par les forces israéliennes en avril 2002 ne permet d’établir des liens organiques et formels entre les brigades et des personnalités du Fatah ou de l’Autorité Palestinienne. De même, les attentats perpétrés par les Brigades ne laissent transparaître aucun processus de décision impliquant le Fatah ou des personnalités de ce dernier.(6)

En fait, il est vraisemblable que les membres des Brigades, affiliés formellement ou par affinité au Fatah, ont déclenché leur mouvement de manière autonome et sans l’aval du Fatah. En effet, il apparaît qu’en dépit de l’appartenance de certains cadres des Brigades à l’appareil de l’Autorité Palestinienne, les brigades ne reçoivent aucune instruction de la part du Fatah. Le Fatah, de son côté, sans cautionner directement le mouvement, voire même en le réfutant, en bénéficie indirectement, dans sa compétition avec le Hamas, qui draine un grand nombre de combattants, avides de « petits succès » contre les Israéliens.

Lorsque, le 7 février 2002, les autorités du Fatah ont décidé, lors d’une réunion secrète tenue à Ramallah, de dissoudre les Brigades, un message émis par les Brigades de Gaza a déclaré dans un premier temps accepter cette décision. Mais, il a été suivi d’un second message peu après, réfutant la dissolution des Brigades(7). Nasir Bardawi, un des cadres des Brigades à Naplouse, devait déclarer en mars 2002 ne recevoir d’ordres « ni de Yasser Arafat, ni de ► Marwan Barghouti, ni d’aucun membre de l’Autorité Palestinienne » et qui si les brigades ne s’étaient pas constituées sur leur ordre, elles ne se dissoudraient pas non plus sur leur ordre.(8)

Structures

Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa ne semblent pas avoir de commandement centralisé comme d’autres groupes terroristes. Il semble même, selon ► ‘Awni al-Mashni, membre du Comité Directeur du Fatah du camp de réfugié de Dheisheh, qu’au début de son existence, la seule participation à l’action créait l’appartenance au mouvement.(9)

Elles opèrent par petits groupes de 5 à 6 hommes, relativement autonomes et souvent formés de manière spontanée, en réponse aux actions de l’armée israélienne. La conduite est principalement liée aux personnalités des chefs et non à des hiérarchies complexes. Parmi les groupuscules connus, mentionnons :

  • Le Groupe Ziad Da’as, auteur de plusieurs attaques soigneusement planifiées et exécutées, notamment à Hadera, pour venger la mort de ► Raed Karmi. Ses membres sont réputés disciplinés.
  • Le Groupe Mansour Shreim, auteur de plusieurs attentats avec Jamil Atwan (décédé), Al-Karmi et Muhammad Abu Rabi’e
  • Le Groupe Abd Al-Wahab (« Hafez »)
  • Le Groupe ► Abou al-Rish, créé en 1993, qui donne naissance aux Brigades du Martyr Ahmad Abou al-Rish, qui est en fait à l’origine des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa.

Certaines unités se constituent et se placent dans la mouvance des Brigades Al­Aqsa, mais pas nécessairement dans une relation de subordination organique :

  • Les Groupes du Martyr Aïman Juda (Majmu’at al-Shahid Aïman Jouda), qui constituent la branche des Brigades au Nord de la Bande de Gaza.
  • Les Brigades de la Fierté et de l’Honneur (Kataeb wa ‘l-Fakhar), à  Gaza ;
  • Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa — Aile militaire du Fatah — Branche de la Guerre électronique et de l’Information (Kataeb Shuhada al-Aqsa — al-Janah al- Askari li-Harakat Fath — Chu ‘bat al-Harb al-llektroniyyah wa’l- rlamiyyah), qui a eu une brève existence en 2002.
  • L’Avant-garde de l’Armée populaire — Brigades du retour (Tala’ï al-Jaïsh al­Chabi — Kataeb al-Awda), apparue en 2002.
  • La Phalange du Chef Martyr Mahmoud al-Mougharbi (Katibat al-Chahid al­Qa’id Mahmoud al-Mougharbi) ;
  • L’Unité du Martyr Raed al-Karmi (Wihdat al-Chahid Ra ‘ed al-Karmi) ;
  • Les Panthères de l’Intifada (Fuhud al-Intifadah) ;
  • La Phalange du Martyr Jamal ‘Abd al-Raziq (Katibat al-Chahid Jamal ‘Abd al-Raziq) ;
  • Les Bras Rouges (Al-Sawa ‘id al-Samra)(10) ;
  • La Brigade du Martyr Mahmoud Jumayyil (Katibat al-Chahid Mahmoud al­Jumayyil), active dans le secteur de Naplouse.

En juillet 2006, des rapports de presse israéliens ont fait état de la création d’une unité féminine par les Brigades. Apparemment une centaine de volontaires auraient été recrutées pour des opérations-suicide.(11)

Opérations

La première opération revendiquée par les Brigades est l’assassinat d’un colon juif lors d’une fête de famille dans un restaurant près du village de Jalameh, le 17 janvier 2001.

Selon Nasser Awais, autoproclamé chef des Brigades en Cisjordanie, les Brigades ne « visent que des militaires, mais lorsque ceux-ci tuent nos civils nous ne pouvons que répondre de la même manière »(12).

De la fin 2000 à janvier 2002, les Brigades n’ont pas commis d’attentats-suicide. Le premier de ceux-ci a été perpétré le 27 janvier 2002 par ► Wafa Idris, une jeune infirmière palestinienne, dont la bombe a explosé au centre de Jérusalem(13). Elle a donné son nom à une unité de femmes-kamikaze constituée au sein des Brigades, au début 2002. L’exemple de Wafa Idris (voir note) sera suivi par plusieurs femmes : Darine Abou Aïcha, lyat al-Ahras, Andalib Taqataqa, Habah Dararmeh et Hanadi Jardat.

Les Brigades ont revendiqué les tirs de roquettes du 21 février 2003 sur les localités du Goush Katif dans la Bande de Gaza au moyen de roquettes « Al­Bourak », fabriquées par les ateliers des Brigades.

Financement et soutien

Les Brigades semblent recevoir un soutien financier substantiel de Mounir Mouqdah, membre influent du Fatah dans le camp de réfugié d’Ain al-Hiloué (Liban), connu pour ses relations avec la Syrie et le Hezbollah. Selon le journal israélien Ha’aretz, citant des sources du Shabak(14), Mouqdah aurait payé jusqu’à US$ 50 000 par semaine aux Brigades pour acheter des explosifs et des armes(15).

Le 4 mai 2003, les Brigades ont annoncé officiellement refuser la trêve adoptée par les principaux mouvements terroristes palestiniens et l’état hébreux, afin de permettre la mise en place du dispositif prévu par la « feuille de route ».

(1)Al-Aqsa est le nom de l’une des deux mosquées situées sur le Mont du Temple (al-Haram al-Sharit) à Jérusalem (l’autre mosquée est la Mosquée d’Omar).
(2)Tels que ► Nasser ‘Awais, ► Mahmoud al-Titi, et ► Ra’id al-Karmi (tous tués ou capturés par les forces israéliennes).

(3)On attribue à ► Marwan Ben Hatib Barghouti, secrétaire-général du Fatah en Cisjordanie, la fonction secrète de chef des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa en Cisjordanie, jusqu’à son arrestation en avril 2002. Le 14 août 2002, il a été inculpé par le tribunal du district de Tel-Aviv sur l’accusation d’avoir « fondé les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa » et d’avoir utilisé des fonds d’origines diverses pour « financer les activités menées par des cellules terroristes en Cisjordanie ».
(4)Matthew Kalman, « Terrorist says orders corne from Arafat », USA Today, 14 mars 2002.
(5)Rapporté par Arieh O’Sullivan et Lamia Lahoud, « Rajoub praises Aksa Martyrs Brigades », Jerusalem Post, 19 mars 2002.
(6)« Suicide Bombing Attacks Against Israeli Civilians », Human Rights Watch, New York, Octobre 2002.
(7)« Fatah Splinter Group Denies Plans to Dissolve », Agence France-Presse, 12.02.2002
(8)Ferry Biedermann, « Secular but deadly: the rise of the Martyrs Brigades », 19 mars 2002 (http://www.salon.com/news/feature/2002/03/19/brigades) Cité dans « Suicide Bombing Attacks Against Israeli Civilians », Human Rights Watch, New York, Octobre 2002.
(9)Interview avec ‘Awni al-Mashni par Human Rights Watch, 13 juin 2002. Ibid.
(10)Groupe créé en 2001 par ► Majid al-Qani (alias Abou Carar) dans le camp de réfugié de Balata, près de Naplouse. Probablement éteint depuis la mort de son chef en mai 2002.
(11)Jerusalem Post, 10.07.2006
(12)Nidal al-Mughrabi et Steve Weizman, « Palestinian militia won’t hait attacks », Ottawa Citizen, 23 mars 2001.
(13)Selon les autorités israéliennes, la jeune terroriste projetait de placer sa bombe ailleurs et l’explosion aurait été accidentelle. La première femme-kamikaze des Brigades serait donc ► Darine Abou Aïché, étudiante en anglais, qui s’est faite exploser à un barrage militaire israélien en Cisjordanie le 27 février 2002, blessant trois policiers israéliens. Dans une cassette vidéo, diffusée après l’attentat, la Palestinienne, originaire d’un village près de Naplouse (Cisjordanie), indiquait agir pour les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa.
(14)Abréviation de « Sherut Ha’Bitachon Ha’Klali » (Service de Sécurité Générale), service de sécurité intérieure israélien, anciennement connu sous le nom de Shin Beth.
(15)Cité dans « Suicide Bombing Attacks Against lsraeli Civilians », Human Rights Watch, New York, October 2002.

Corrélat : ► Organisations terroristes