Hamas

HamasAutres appellations US:

Harakat al-Muqawama al-Islamiya
Izz al-Din al Qassam Battalions
Izz al-Din al Qassam Brigades
Izz al-Din al Qassam Forces
Izz al-Din al-Qassim Battalions
Izz al-Din al-Qassim Brigades
Izz al-Din al-Qassim Forces
Student of the Engineer
Students of Ayyash
the Islamic Resistance Movement
Yahya Ayyash Units

(Palestine / Israël) (Harakat al-Mouqawama al-­Islamiya — Mouvement de la Résistance Islamique) (Acronyme signifiant aussi « Enthousiasme ») Groupe islamiste palestinien créé le 14 décembre 1987 (cinq jours après le début de l’Intifada). Son chef historique et spirituel est le Cheikh ► Ahmed Yassine alors établi à Gaza. Après son élimination par un tir d’hélicoptère israélien, le 22 mars 2004, Cheikh Yassine est suivi à la tête du mouvement par Abd al-Aziz Rantisi, qui est abattu à son tour le 17 avril 2004. ► Khaled al-Mash’al lui succède comme chef politique du mouvement.

Afin d’éviter de nouvelle élimination, le nom du nouveau chef du Hamas est maintenu secret durant quelques semaines. Les opérations israéliennes contre le Hamas lui confèrent alors une popularité sans précédent et il est le grand vainqueur des élections de janvier 2006.

Historique

Les sept membres fondateurs du Hamas sont Ahmed Yassine, ‘Abd al-Fattah Dukhan, Mohammed Shama’, Ibrahim al-Yazuri, Issa al-Najjar, Salah Shehadah et ‘Abd al-Aziz Rantisi. Parmi les disciples de la première heure du mouvement se trouve également d’Ismail Abou Shanab. Le Hamas s’inspire de l’idéologie des Frères Musulmans, implantés dans les territoires occupés — dont il se définit comme sa branche palestinienne — et est de tendance sunnite.

Le Hamas est issu de l’Al-Moujamma al-Islami, un mouvement créé en 1967 et enregistré légalement en Israël en 1978 par le Cheikh Ahmed Yassine. L’Al­Moujamma est discrètement subventionné par Israël,(1) qui veut créer un mouvement concurrent de l’OLP et encourager les luttes au sein du mouvement palestinien. En 1985, l’Al-Moujamma compte environ 2 000 adhérents. Sa principale base de recrutement d’action est l’Université Islamique de Gaza.(2) Les ambitions politiques de certains de ses chefs, comme Abd al-Aziz Rantisi, conduisent à des frictions avec Israël. Le mouvement s’écarte également de la doctrine des Frères Musulmans, qui cherchent à consolider l’islam avant de libérer la Palestine.

En 1982, Cheikh Yassine crée l’Al-Madjahadoun Al-Filistinioun, un organe de combat contre les Israéliens et contre les mouvements terroristes rivaux. Il est notamment responsable de l’acquisition d’armes pour le mouvement. Il ne se manifestera réellement qu’après le déclenchement de la première Intifada. En 1984, la découverte de ce groupe par les services israéliens provoque l’arrestation du Cheikh Yassine et de treize de ses principaux cadres. Des armes — cachées à l’Université Islamique de Gaza — sont saisies.

Durant cette période, le développement du Hamas a bénéficié des échecs de Yasser Arafat sur le plan international, particulièrement après la Guerre du Golfe. La délocalisation de la conduite de l’OLP au Liban, en Tunisie et en Irak a laissé un vide dans les territoires occupés, que le mouvement islamiste naissant a alors rapidement comblé. Le Hamas a ainsi pu tisser en peu de temps une structure sociale et politique alternative et parallèle à celle de l’OLP. Sa base de sympathisants s’est progressivement élargie à partir de la bande de Gaza.

Dès 1989, le Hamas accepte de se soumettre aux décisions du Conseil National Palestinien, tout en collaborant activement avec d’autres mouvements palestiniens, dont le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) dans l’opposition au Fatah.

Le « Massacre d’Al-Aqsa » du 8 octobre 1990, permet au Hamas de durcir sa position à l’égard d’Israël et de déclarer alors que chaque soldat israélien est une cible potentielle.

Durant la Guerre du Golfe, le Hamas condamne le soutien de Yasser Arafat à Saddam Hussein et prône le retrait de l’Irak et des Etats-Unis du Koweït et de l’Arabie Saoudite. Après la guerre, l’aide saoudienne initialement destinée aux oeuvres sociales de l’OLP est redirigée sur le Hamas. Ce sont alors quelque US$ 28 millions par année qui alimente dès lors les oeuvres sociales du Hamas, qui peut ainsi consolider sa présence dans la population palestinienne.

Les affrontements entre le Hamas et le Fatah sont nombreux et brutaux, notamment à Naplouse en juin 1991 et à Gaza en juillet 1992.

Dès la signature des accords d’Oslo, en 1993, l’OLP regagne en légitimité et en crédibilité sur la scène internationale. Elle retrouve des financements extérieurs qui lui permettent de développer son action sociale et ainsi regagner du terrain sur le Hamas qui se trouve de plus en plus minorisé dans la population palestinienne. Mais l’attitude israélienne par rapport aux dirigeant palestiniens — et en particulier la « rivalité » entre Ariel Sharon et Yasser Arafat — contribuera très largement à décrédibiliser le processus de paix et — indirectement — à donner raison aux tenants d’une ligne dure, comme le Hamas.

La rivalité entre divers mouvements palestiniens ne permet pas à l’Autorité Palestinienne de réduire les activités terroristes. La politique israélienne, qui combine un très timide soutien à l’Autorité Palestinienne — modérée, mais rendue responsable du terrorisme — et une stratégie contre le terrorisme axée sur l’anti­terrorisme et sans composante contre-terroriste, fait le jeu du Hamas.

Le plan de désengagement israélien à Gaza, adopté le 6 juin 2004 par le gouvernement, qui aboutira à un retrait complet, terminé le 12 septembre 2005, permet au Hamas d’asseoir son autorité.

Le 26 janvier 2006, le Hamas sort vainqueur des élections parlementaires et obtient 74 des 132 sièges du Parlement palestinien faisant de lui la principale force politique palestinienne avant le Fatah (45 sièges).

Le refus de la communauté internationale de traiter avec le nouveau gouvernement palestinien en raison de son engagement terroriste crée des tensions qui se traduisent par des affrontements violents entre partisans du Hamas et du Fatah en 2006-2007. Ces tensions conduisent, en juin 2007, à la prise du pouvoir par la force dans la bande de Gaza par le Hamas.

Structure

Le Hamas est dirigé par un conseil consultatif (Majis al-Choura) dont les membres sont Khaled al-Mash’al (succédant aux Cheikh Ahmed Yassine, Dr ► Abd el-Aziz Rantisi), Nizar Abd el-Qadir Rayyan (responsable de la liaison politico-militaire) le Dr Mahmoud al-Zahhar, Ibrahim Gosheh et le Dr Moussa Mohammed Abou Marzouq (« Abou Oumar ») (arrêté en juillet 1995 aux USA, puis extradé vers la Jordanie en mai 1997), souvent décrit comme le chef réel du mouvement.

Les extrémistes du Hamas ne sont probablement qu’un petit noyau d’une vingtaine de « durs » accompagnés par environ un millier de combattants. Ils travaillent par petites cellules de manière très compartimentée, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des informations ou de le pénétrer.

Structure du Hamas 2014
Structure du Hamas 2014

 

Les branches politiques

Le Hamas se compose de deux branches « politiques » et une branche militaire :

  • L’A ‘Alam, responsable des opérations de propagande, de l’information et de l’instruction idéologique. Elle est considérée comme importante et est dirigée par les proches du cheikh Yassine : Shanab, Yazuri, Rantisi et al-Zahhar. Ses activités se confondent souvent avec celles de la Da’awa, notamment en ce qui concerne le recrutement et l’entraide sociale. Elle exploite une station de radio et télévision dans la plaine de la Beka’a.
  • La Da’wa, responsable des activités ouvertes de recrutement, d’entraide sociale et de collecte des fonds. Elle comprend les infrastructures administrai ives du mouvement. Ainsi, elle finance un certain nombre d’activités éconDllliques locales (élevage, production de vêtements, etc.). Elle gère le Fond pour le Soutien aux Familles (Wakfiat Ria’at el-Usra) et supervise les activités de l’Union du Bien (I’tilaf al-Kheïr), créée en octobre 2000, qui chapeaute la coordination des activités d’une cinquantaine d d’organisations de bienfaisance islamiques dans les territoires occupés. Elle coordonne et assure la liaison avec des organisations de front de mobilisation de fonds comme l’Interpal en Grande-Bretagne et la WAMY en Arabie Saoudite.

La Da’awa est considérée comme la branche la plus importante du Hamas. Ses meilleurs cadres y sont assignés. Elle a une fonction doctrinale, politique et de promotion. Outre ses attributions en matière de gestion financière, elle assure la promotion du mouvement. Elle dispose d’une agence de presse (« Qods Press ») basée à Londres, d’un journal officiel (« Filestin el-Muslima ») et d’un organe clandestin (« Sawt el-Khak wal-Khouria ») en Israël.

La branche militaire

En 1987, la branche militaire du Hamas est essentiellement constituée de l’Al­Madjahadoun Al-Filistinioun, créée en 1982 après les massacres de Sabra et Chatila au Liban. Elle est responsable des activités clandestines (acquisition des armes et explosifs) ainsi que des attentats terroristes. Elle est contrôlée par Nizar Abd el-Qadir Rayyan (jusqu’à sa mort au 1″ janvier 2009).

Le Jihaz Aman, responsable de la sécurité semble être antérieur à la création du Hamas. Il est notamment chargé de traquer et de punir les éventuels hérétiques, les collaborateurs avec les autorités israéliennes et les membres du mouvement ne respectant pas les règles de l’islam (comme la vente de stupéfiants). Il dispose, depuis le début 1987, d’une unité opérationnelle dont l’action peut aller jusqu’au meurtre, le Madjmouath Djihad u-Da’awa, également sous son acronyme (al )Majd(Gloire). Cette branche est dirigée par Yihyah Sanwar et Ruhi Mushtaha.

En 1991, le Majd et l’Al-Madjahadoun Al-Filistinioun sont fondus dans une seule entité militaire : les Brigades du Martyr Izz ad-Din al-Qassam créées en 1991 par Zaccaria Walid Akel, responsable militaire du Hamas dans la bande de Gaza. L’Izz al-Din al-Kassam est implanté dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. On estime à 3 000 le nombre de ses activistes formés au terrorisme et à la guérilla urbaine. Initialement la plus petite branche du Hamas, formée de petites cellules autonomes, très difficiles à localiser et à pénétrer part les forces de sécurité israéliennes. Jusqu’en 1994, il exécute ses attentats à l’arme de poing ou au poignard. Sa première attaque à la bombe est le 16 avril 1993.

Dès 2003, les dirigeants du Hamas, suivant une idée déjà énoncée par Salah Shahadah, décident de créer une armée populaire distincte des Brigades. Estimée à 3 000 miliciens, cette armée populaire prend la désignation de Mourabitoun.(3) Cette nouvelle milice est destinée à contrebalancer le Fatah dans la bande de Gaza et sera violemment affrontée par l’Autorité Palestinienne.

Brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas à Gaza (2013)
Brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas à Gaza (2013)

 

En avril-mai 2006, peu après son accession au pouvoir, le Hamas met en place une Force Exécutive ( Tanfithya) destinée à assurer la sécurité dans la Bande de Gaza. Les tentatives d’implanter des unités de la Tanfithya en Cisjordanie se sont soldées par un échec.(4)

Au plan opérationnel, le Hamas se divise en deux commandements : un pour la bande de Gaza — qui constitue l’essentiel du potentiel militaire du mouvement — et le second en Cisjordanie.

Chaque commandement est subdivisé en phalanges articulées en fonction des structures administratives et territoriales.

Ressources

Le Hamas bénéficie d’un large appui auprès des pays musulmans. Il est entre autres financé par l’Arabie Saoudite et par l’Iran. Depuis 1993, le Hamas dispose d’un bureau à Téhéran. Sur un budget annuel estimé à 30 millions de dollars, l’Iran lui apporterait une aide financière annuelle de 10 millions de dollars, tandis qu’un montant estimé à 10 millions de dollars viendrait de dons privés.

Aux Etats-Unis, le Dr Moussa Abou Marzouq, Ghassan al-Ashey et son frère Bassam al-Ashey ont créé en 1981 l’Islamic Association for Palestine for North America, qui collecte des fonds au profit de la cause palestinienne aux Etats-Unis. Apparemment, ces fonds alimentent depuis les années 90 le Hamas

Le Hamas exploite aussi un large réseau d’organisations charitables et d’associations sociales dans les territoires occupés, qui lui servent à récolter des fonds. A l’étranger les bailleurs de fonds du Hamas sont :

  • Comité de Bienfaisance et de Solidarité avec la Palestine (France)
  • Fondation Al-Aqsa (Allemagne, Pays-Bas et Belgique)
  • Holy Land Foundation for Relief and Development (USA)
  • Palestinians’ Relief and Development Fund (Interpal) (Grande-Bretagne)
  • Palestine and Lebanon Relief Fund (Grande-Bretagne)
  • Assemblée Mondiale de la Jeunesse Musulmane (WAMY) (Arabie Saoudite)

Ces organisations ne font pas partie du Hamas, mais lui sont généralement associées. C’est le cas, par exemple de la WAMY, dont la création est ancienne, mais qui n’a établi des liens avec le Hamas qu’en 1996. Depuis novembre 2002, la WAMY abrite le bureau du Hamas en Arabie Saoudite.

Hamas_Organisation de l'Union du bien (l'tilaf al-Kheir) (2005)

Il est également financé par des organisations arabes et musulmanes dans les pays du Golfe et en Europe, comme l’Islamic Relief Agency.

Durant les années 80-90, certains combattants du Hamas auraient été formés au Liban, au Soudan (Khartoum) et en Iran (Camp Imam Ali — au Nord de Téhéran, Karandanje — près de Qom, Beit al-Makdes — à Qom). Mais ces informations, qui viennent essentiellement de sources israéliennes, doivent être prises avec précaution : il est une politique régulière de l’Etat d’Israël d’entretenir l’idée d’un complot international contre lui et ainsi mettre en évidence des liens entre le Hamas et l’Iran. Dans les faits, on constate que la présence chiite en Palestine est très faible, que le Hezbollah libanais et le Hamas ne poursuivent pas les mêmes objectifs de fond (même s’ils ont le même adversaire) et que les groupes armés chiites affrontent régulièrement par les armes des groupes sunnites.

Dès lors, même si l’on ne peut exclure qu’une collaboration active entre l’Iran el des mouvements palestiniens existe, elle est très improbable, et ne correspond pas avec l’histoire observée des divers mouvements armés palestiniens.

Stratégie et opérations

Les objectifs de Hamas sont fixés dans une charte datée du 18 août 1988. Ils comprennent essentiellement :

  • la libération de la Palestine et la création d’un Etat islamique ;
  • le refus de toute présence occidentale dans les pays musulmans ;
  • l’opposition à la sécularisation et l’occidentalisation de la société arabe ;
  • la revendication de la représentation unique du peuple palestinien.

Un point majeur d’achoppement pour les négociations entre Israël et le Hamas est l’objectif mentionné dans la Charte de la destruction de l’Etat d’Israël, qui s’explique par le fait que le Hamas est une organisation de résistance contre une puissance occupante, illégitime aux yeux du Hamas. Cette position du Hamas est renforcée par le fait qu’Israël est probablement le seul pays du monde à n’avoir jamais défini ses frontières nationales, qui pourraient ainsi fort bien inclure les territoires occupés. D’un autre côté, le Hamas – en particulier Sheikh Yassine – ont déclaré à plusieurs reprises qu’il était prêt à négocier la question territoriale sur la base des frontières de 1967 (“Ligne Verte”).

Alors que les Frères Musulmans prônent la guerre ( djihad) en priorité pour consolider la présence de l’islam dans les pays musulmans, puis seulement la guerre contre Israël, le Hamas considère la guerre comme l’unique moyen de libérer les territoires occupés. Il établit un lien direct et d’identification entre l’islam et la libération des territoires occupés, qui limite, voire exclut, tout compromis sur les territoires occupés, interprété comme une concession sur l’islam lui-même. Plus spécialement depuis septembre 2001, les autorités israéliennes ont tenté de faire assimiler le Hamas à “Al-Qaïda” et autres mouvements salafistes. Il est important de relever ici que pour le Hamas, la religion est perçue comme un support supplémentaire pour des revendications territoriales et non l’inverse. Pour les divers groupes salafistes qui se développent dangereusement à Gaza depuis 2007 en s’appuyant sur l’intransigeance israélienne, la religion – et l’instauration de la loi islamique – est un objectif premier. Le Hamas est en lutte contre ces groupes.

Avant le début de la première Intifada, alors encore désigné « Al-Moujamma al­Islami », le mouvement dirigeait ses activités contre les hérétiques et déviants de l’islam, conformément à la stratégie des Frères Musulmans. Parallèlement au développement de l’Intifada, le Hamas pratique des attentats ponctuels et meurtriers contre des membres des forces armées ou de sécurité.

Au début des années 90, la rapide montée du Hamas dans les territoires occupés a eu pour corollaire un affaiblissement de l’influence de l’OLP. C’est sans doute ce phénomène qui a poussé Yasser Arafat à obtenir des succès sur la scène internationale et à accepter une négociation, puis un accord avec Israël, contre lequel Hamas continue à s’opposer. Afin de coordonner leurs actions dans l’Intifada dans les territoires occupés, Hamas et l’OLP ont entrepris d’établir un commandement conjoint en mars 1993.

La situation change progressivement après la signature des accords d’Oslo. L’influence du Hamas recule, tandis que l’Autorité Palestinienne (AP), sous la pression internationale, doit démontrer qu’elle peut constituer l’embryon d’un Etat. Les violents affrontements en l’AP et le Hamas en 1994 à Gaza conduisent à un recentrage des activités du Hamas sur la Cisjordanie. Le chef du bureau politique du Hamas en Jordanie, Moussa Abou Marzouq, reconnaît implicitement l’Etat d’Israël et milite en faveur d’un retour aux frontières de 1948, avec la libération des prisonniers palestiniens. Au début 1994, cheikh Yassine offre un cessez-le-feu (hudna) en échange d’un retrait israélien des territoires occupés, de la libération des prisonniers palestiniens et du démantèlement des implantations juives.

Dès février 1994, après le massacre d’Hébron, le Hamas se tourne vers des missions-suicide et bombes, qui rendent ses opérations très meurtrières. Les bombes étaient conçues par Yahya Ayyash (alias al-Muhandis), qui sera éliminé par le Mossad le 5 janvier 1996 au moyen d’un téléphone cellulaire piégé. Les missions-suicide sont généralement exécutées par des membres masculins du mouvement. Le 14 janvier 2004, cependant, pour la première fois une femme, ► Reem Salah al-Riyashi actionne la bombe qu’elle porte au point de contrôle d’Erez dans la Bande de Gaza. Apparemment, cette action fait école et une unité féminine est créée au sein des Brigades Izz al-Din al-Qassam.(5)

En fait, on observe des divergences sensibles entre la conduite politique de la diaspora du Hamas (basée à l’étranger) et les factions militaires opposées à tout compromis avec Israël, la conduite politique du mouvement prête à un compromis. En juillet 1999, cependant, Moussa Abou Marzouq, ancien chef du bureau politique du Hamas a déclaré que le mouvement était ouvert à des négociations avec les autres « forces du peuple palestinien ».

Le 22 décembre 2001, le Hamas publie un communiqué annonçant qu’il renonce à mener des opérations « dans les territoires palestiniens occupés depuis 1948, y compris des attaques par mortiers ». Cette décision, qui suit des négociations entre le mouvement et Yasser Arafat, ne concerne cependant pas les actions contre des objectifs israéliens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie et ne sera maintenue que si Israël renonce à sa politique d’élimination ciblée.(6)

Le 29 juin 2003, en application de la « feuille de route » le Hamas et son aile militaire l’Izz al-Din al-Qassam acceptent un cessez-le-feu de trois mois (hudna). Toutefois, les attentats continuent :

L’élimination par les forces israéliennes d’Ismaïl ► Ismail Abou Shanab, considéré comme un modéré du Hamas, déclenche une réprobation générale et une mobilisation sans précédent de la population palestinienne.

Attitude ambiguë d’Israël

Israël a contribué à l’essor du Hamas de deux manières : a) en encourageant les rivalités au sein des Palestiniens, dans l’espoir que leurs luttes internes les éloignent des activités terroristes contre Israël et b) en privilégiant une ligne dure qui a montré aux Palestiniens l’inutilité d’une solution négociée du conflit.

Dans leur obstination à lutter contre l’OLP, à diviser le mouvement palestinien et à marginaliser Yasser Arafat, les Israéliens ont encouragé les mouvements rivaux. Le Hamas est perçu comme un mouvement islamiste réformiste. Jusqu’au début des années 90, Israël encourage la montée du fondamentalisme islamique, qu’il voit comme contrepoids à l’OLP. A la fin des années 80, les contacts entre les dirigeants du Hamas et des officiels israéliens sont nombreux et le gouverneur militaire de Gaza (alors le brigadier-général Yithaq Segev) dispose de crédits pour financer la construction de mosquées.(7)

Le refus d’Israël d’offrir une contrepartie à la décision du Conseil National Palestinien de reconnaître l’Etat d’Israël en novembre 1988 stimule les mouvements palestiniens radicaux et islamistes.

En fait, cette « coopération » tacite entre Israël et le Hamas se dégrade à partir de l’enlèvement et de l’assassinat par le Hamas de deux soldats israéliens : Avi Sasportas (février 1989) et Ilan Sa’adon (mai 1989). Le Hamas est officiellement interdit en décembre 1989. Mais, le 21 décembre 1992, fait sans précédent en Israël, une interview du cheikh Yassine, chef historique du Hamas, est diffusée par la télévision israélienne. Cette interview fait partie des exigences du mouvement pour épargner la vie du sergent Nissim Toledano, enlevé le 12 décembre, mais Yasser Arafat ne bénéficiera d’une interview réelle qu’après la signature de la paix en 1993.

La politique des « éliminations ciblées » d’Israël vise souvent des personnalités réputées « modérées » (le terme devant être compris de manière relative !) du mouvement, comme Abou Shanab, voire même Cheikh Yassine, dont la tentative d’assassinat, le 6 septembre 2003, a encore stimulé des velléités de violence.

Coopération avec l’extérieur

Contrairement aux affirmations du gouvernement israélien, le Hamas semble avoir eu une politique de collaboration très limitée avec les mouvements radicaux sunnites internationaux. Comme la plupart des autres mouvements palestiniens, la lutte contre l’occupation israélienne reste perçue comme un problème strictement palestinien. Les révolutions arabes en Egypte, Libye et Syrie ne semblent pas avoir eu de répercussions notables en Palestine au niveau d’une coordination stratégique. La montée du djihadisme en Syrie n’a pas stimulé l’action du Hamas, probablement à dessein, afin de ne pas provoquer une réaction israélienne qui devienne une sorte de « solution finale » à la question palestinienne.

En revanche, il semble que les djihadistes sunnites extérieurs aient encouragé la radicalisation de certains palestiniens qui ont alors embrassé le djihadisme et créé des cellules dans les territoires occupés. La stratégie israélienne de porter alors le blâme sur le Hamas n’a fait que renforcer l’éclosion de cellules extrémistes en compliquant le rôle du Hamas, qui tente de se donner un rôle plus politique que militant. Ceci étant, le blocus de la Bande de Gaza par les autorités israéliennes et la quasi-impossibilité d’y mener une activité économique viable ont entrainé une dépendance des Palestiniens dans leur ensemble – et des mouvements armés en particulier – envers les filières clandestines pour s’approvisionner, décourageant une coopération avec Israël et encourageant ainsi des contacts qui échappent au contrôle des autorités.

Même si l’on ne peut exclure qu’une collaboration existe entre l’Iran – notamment le Hezbollah – et certains mouvements palestiniens, comme le prétendent les autorités israéliennes, elle est très improbable et ne correspond pas avec l’histoire observée et les objectifs des divers mouvements armés palestiniens. Un des aspects révélé par la situation en Syrie est l’antagonisme entre les mouvements sunnites et la très petite minorité chiite (environ 1%) dans la bande de Gaza, qui s’est traduit par la fermeture par le Hamas de bureaux d’organisations de bienfaisance financés par l’Iran – comme l’association al-Baqiyat al Salihat, en 2011 – et l’arrestation de militants chiites.

Corrélat : ► Organisations terroristes

(1)Phénomène admis par le brigadier-général Yitzhak Sager, gouverneur militaire israélien de Gaza
(2)Fondée au milieu des années 80 à partir d’un collège religieux, à la suite de la fermeture de l’université égyptienne consécutive à la signature des accords de Camp David, l’Université Islamique de Gaza est la principale université des territoires occupés et compte quelque
4 500 étudiants. Elle est l’objet de luttes entre sécularistes et religieux, notamment sur le port du voile pour les femmes.
(3)A ne pas confondre avec les Brigades des Mourabitounes en Palestine (Kataeh al¬Murabitin fi Filastin), créées en 2004 par des membres du I Front Populaire !mur la Libération de la Palestine (FPLP) à Khan Yunis.
(4)A noter qu’à la fin juin 2007, après la prise de la Bande de Gaza par les forces du Hamas, ce mouvement a instauré des tribunaux militaires afin de juger les membres de la Tanfithya, qui auraient commis des crimes lors du coup de force. (Michele Giorgio, Il Manifesto, 22.06.2007)
(5)La création de cette unité semble répondre à une tendance générale. Des unités semblables sont créées à la même époque au sein des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa et du Djihad Islamique Palestinien (DIP). Au sein du Hamas, l’usage de femmes pour des attentats a été autorisé par une fatwa signée par Nizar Abd el-Qadir Rayyan.
(6)BBC News, 22.12.2001
(7)Richard Sale, “Hamas history tied to Israel”, UPI, 18.06.2002