Fatah (al-)

 

FatehFatah (al-)

Autres appellations:
Al- ‘Asifa.
Septembre Noir
autres orthographes: Al Fatah, Al Fateh, El-Fath

(Israël/Palestine) Acronyme inversé ­signifiant « victoire » ou « conquête » — de Harakat Al-Tahrir Al Filistini (Mouvement de Libération de la Palestine) Mouvement nationaliste palestinien, créé en 1957 par des Palestiniens exilés au Koweït, mais apparu en plein jour en 1959.

Historique

A la suite de la guerre de 1948-49, plus de 500 000 Palestiniens trouvent asile dans les pays arabes. Parqués dans des camps de réfugiés plutôt que d’être intégrés, ces Palestiniens constitueront un instrument, que Nasser exploitera pour stimuler le nationalisme arabe.

Dans la bande de Gaza s’organisent des bandes armées palestiniennes, qui prennent le nom de Feddayin (« ceux-qui-se-sacrifient ») et qui mènent des actions contre les villages israéliens près de la frontière. L’organisation de la résistance palestinienne est alors encouragée par un mouvement islamique, les ► Frères Musulmans. Ces derniers constituent rapidement une menace au pouvoir séculier et nationaliste du Président Nasser, qui déclare le mouvement hors-la-loi en 1957. Une partie des cadres du mouvement — parmi lesquels ► Yasser Arafat (alias Abou Ammar), qui en deviendra le chef— s’exilent vers le Koweït. Arafat, alors président de la Ligue des Etudiants Palestiniens au Caire avait établi des liens avec des personnalités d’autres groupes, comme Salah Khalaf (alias Abou Iyad) de la Jeunesse de la Vengeance (Shabab ath-Tha’r) et ► Khalil al-Wazir (alias Abou Djihad) de la Phalange de la Justice (Katibat al-Haq) et avait établit des contacts avec les mouvements palestiniens en Syrie. En 1957, en exil au Koweït, ils(1) fondent une organisation clandestine, qui prendra le nom de Fatah en 1958, et dont les structures sont fixées au Koweït le 10 octobre 1959. Elle intègre la Jeunesse de la Vengeance et la Phalange de la Justice et est basée au Koweït et au Qatar.

Au début des années 60, l’effort principal du Fatah est d’obtenir une reconnaissance internationale et le soutien des pays arabes. L’organe du Fatah, « Falistinuna » (Notre Palestine) devient une tribune ouverte aux révolutionnaires du monde entier.

Damas devient l’une des bases du Fatah, tandis qu’un Office de la Palestine est ouvert à Alger en 1962. Le l’ janvier 1965 est menée la première opération• militaire du bras armé du Fatah, alors appelé Al-Asifa (La Tempête).

Le Fatah est alors intégré dans l’internationale terroriste et des mouvements de libération. Arafat et al-Wazir prônent le début de l’action militaire et créent l’► Armée de Libération de la Palestine (ALP). La stratégie est inspirée de la théorie du ►foco de Che Guevara. D’une part, l’action insurrectionnelle est utilisée comme catalyseur de l’importance du Fatah au sein de l’OLP. D’autre part — et c’est essentiellement la perception des pays arabes — la lutte insurrectionnelle doit constituer une phase préparatoire pour une offensive conventionnelle contre Israël.

Le Fatah commence ses actions armées contre Israël au 1er janvier 1965, qui devient la date officielle du début de la révolution palestinienne. Après la Guerre des Six-Jours de 1967, l’occupation israélienne et les nombreux réfugiés dans les pays voisins favorisent le développement du Fatah, qui adhère à l’OLP en 1968, et dont il devient le bras armé. Dès 1969, Yasser Arafat assume la direction de l’OLP et le Fatah devient l’organisation la plus importante de l’OLP.

Dès la fin de la Guerre des Six jours, Arafat et al-Wazir préconisent l’intensification de la lutte à partir des territoires occupés. Arafat, nommé commandant en chef établit un quartier-général secret à Naplouse en août 1967. L’intensification des actions terroristes provoque une vive réaction d’Israël et Arafat cherche à établir des sanctuaires à l’extérieur des territoires occupés et s’établit en Jordanie. Parallèlement, le Fatah cherche à s’imposer au sein de l’OLP. En janvier 1968, il établit un Bureau Permanent pour les Actions de Guérilla au Caire avec 7 autres mouvements palestiniens. Après la bataille de Karameh (21 mars 1968) où l’armée jordanienne inflige une cuisante défaite à l’armée israélienne et stimule l’orgueil arabe, les recrues affluent vers le Fatah. A la mi-avril 1968, Arafat est nommé porte parole du Fatah. L’importance croissante du Fatah lui donne 33 sièges sur 105 au Conseil National Palestinien en février 1969 et conduit Arafat à la tête de l’OLP.

Les actions terroristes du Fatah à partir du territoire jordanien et les représailles israéliennes dès 1968, créent des tensions entre les Palestiniens et le gouvernement jordanien. En septembre 1970, l’expulsion des Palestiniens de Jordanie donne lieu à des affrontements sanglants entre l’armée jordanienne et le Fatah dans la vallée du Jourdain (qui provoquera la création de « ► Septembre Noir »).

Les Palestiniens alors sont contraints de s’établir au Liban. La surveillance des frontières et les représailles israéliennes poussent le Fatah à internationaliser ses actions dès 1971. Mais, cette stratégie est infléchie dès 1973 par Yasser Arafat, qui cherche à obtenir une reconnaissance internationale à travers les processus de paix encouragés par l’Occident. Pour améliorer l’image internationale du Fatah, Yasser Arafat décide de limiter ses activités terroristes à la zone du Moyen-Orient (Liban, Israël et les territoires occupés).

En 1982, l’intervention israélienne au Liban, avec l’intention avouée d’éliminer l’OLP est accompagnée d’une lutte d’influence entre factions rivales, qui contraint le Fatah à fuir le Liban et à se disperser entre la Tunisie, l’Algérie, l’Irak et le Yémen. Dès la fin 1982, son quartier-général est établi à Tunis.

En 1983, le Fatah est l’objet d’une rébellion interne menée par des éléments radicaux opposés au processus politique de Yasser Arafat. La Syrie soutient Abou Moussa, chef de la faction dissidente du Fatah, et Ahmed Djibril, qui rompt avec l’OLP. Le raid aérien israélien du ter octobre 1985 contre le quartier-général du Fatah à Tunis contraint l’organisation palestinienne à se décentraliser davantage. Cette dispersion diminue l’influence du Fatah dans les territoires occupés, et le déclenchement de la première Intifada en 1987 a également pour but de renforcer cette influence. Le potentiel du Fatah est alors estimé à 6 000-8 000 membres actifs. C’est la plus importante composante de l’OLP, représentée à son Comité Exécutif par Yasser Arafat et deux autres membres. Le personnel du Fatah est représenté dans les bureaux de l’OLP à l’étranger. Jusqu’à la Guerre du Golfe, le Fatah était soutenu financièrement par les pays arabes modérés comme l’Arabie Saoudite et le Koweït. Le rapprochement opportuniste entre Yasser Arafat et Saddam Hussein a conduit à l’interruption de cet appui financier. Cette situation a certainement joué un rôle important dans le rapprochement israélo-palestinien. Tout au long de la guerre froide, le Fatah a reçu un important soutien matériel — et politique — de l’ex-URSS, de la Tchécoslovaquie, de la Chine populaire et de la Corée du Nord.

Le Fatah se compose alors de plusieurs « cellules », dont le Secteur Occidental (al­Jihaz a l-Gharbi ), qui est la plus importante, responsable des attentats en Israël et dans le monde. Elle est actuellement désactivée. Tout d’abord dirigé par Khalil al­Wazir (alias Abou Djihad) — jusqu’à son élimination par le Mossad israélien — puis dirigé personnellement par Yasser Arafat, le Secteur Occidental coordonnait les actions Comité 77, du ► Djihad Islamique Palestinien, de la ► Force 17 et du ► Groupe Haouari.

La première intifada est un mouvement essentiellement populaire, dont les principaux mouvements de résistance palestiniens cherchent à maitriser. Ainsi est créé le Commandement National Unifié de l’Intifada (CNUI) (Al-Qiyada al­Wataniyya al-Muwahhida ‘I-Intifada), qui regroupe les quatre principaux mouvements de résistance (► Organisation de Libération de la Palestine (OLP), ► Fatah, ► Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), ► Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP)). Afin de garder le contrôle de la rue, le CNUI crée des Comités Populaires (CP) qui le relayent dans les quartiers. La mise hors-la-loi des CP par Israël, le 18 août 1988 pousse les divers mouvements à créer leurs propres groupes de combat. Ainsi émergent divers mouvements du Fatah :

  • les Panthères Noires (al-Fuhud al-Aswad), créées au début 1989 par Nasir Al­Bouz, initialement centrées sur Naplouse, elles se s’installeront dans la région de Jénine ; puis
  • Suqur Fatehles Faucons du Fath (Suqur al-Fath) en 1991, centrés sur le sud de la Bande de Gaza. Les Panthères Noires et les Faucons du Fath rendent officiellement les armes le 24 septembre 1993 à l’ordre de Yasser Arafat, mais à la suite des attaques de commandos israéliens, le démantèlement des groupes est interrompu. Ce n’est qu’en 1995 que les Faucons du Fath sont déclarés dissouts. Les Faucons réapparaissent en 1998, afin de réclamer la libération de leurs compagnons d’armes ;
  • les Phalanges du Martyr Ahmad Abou al-Rish (Kataeb al-Chahid Ahmad Abou al-Rish), créées après l’élimination d’Ahmad Khalid Abou al-Rich, chef des Faucons du Fath, le 28 novembre 1993, une semaine après sa reddition, par une unité spéciale israélienne Mistaravim. Elles sont essentiellement actives dans la bande de Gaza.

Lors de l’exil du Fatah, ce dernier avait également des phalanges de combat implantées dans les principaux pays d’accueil. A la suite de l’accord israélo­palestinien de 1993, ces phalanges ont été en partie rapatriées dans la bande de Gaza et à Jéricho afin de constituer l’ossature des forces de sécurité palestiniennes.

Toutefois, malgré les dénégations du commandement du Fatah, tout semble indiquer que le Fatah dispose aussi des ► Brigades des Martyrs d ‘Al-Aqsa, pour mener des actions illégales en dehors de la compétence des forces de sécurité palestiniennes.

Phalanges de combat du Fatah en exil (années 80)
Phalange Badr, Jordanie
Phalange Al-Aqsa, Irak
Phalange Sabra et Chatila, Yemen
Phalange Ajnadin, Algérie
Phalange Al-Qods, Libye
Phalange Aïn Jalout, Egypte
Phalange Kadisiya, Soudan

Les principaux camps d’entraînement du Fatah au Liban étaient situés à Rachidié et à Aïn al-Hiloué. Ils ont été désactivés à la suite des accords du Taïf (1989). Le soutien au Fatah reste néanmoins élevé dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban.

Lien externe

(1)Les membres fondateurs du Fatah sont : ► Yasser Arafat (alias Abou Ammar), ► Salah Khalaf (alias Abou lyad), Khalil al-Wazir (alias Abou Djihad), ► Mohammed Youssef Al-Najjar (alias Abou Youssef), ► Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), ► Kamal Adwan (alias Abou Hisham) et ► Khaled al-Hassan (alias Abou Saïd) (qui rejoint le groupe en 1959).