Algérie

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Bien qu’elle condamne officiellement les actes de terrorisme dans les forums internationaux tels que l’ONU, l’Algérie a longtemps justifié le recours à la violence pour les mouvements de libération, et a autorisé certains mouvements à avoir des bureaux sur son territoire. Cette position a permis à l’Algérie, par exemple, d’exercer un rôle de médiateur pour la libération des otages occidentaux au Liban (1988). Avec la montée du terrorisme islamique, l’Algérie a modifié sa position. L’Algérie comptait quelque 28 000 terroristes au milieu des années 90 et moins de 800 au début 2006.(1)

Durant la guerre froide, l’Algérie a abrité les membres de mouvements terroristes actifs dans d’autres pays tels que le ► Fatah – Conseil Révolutionnaire (Fatah-CR). Elle soutient de manière discrète le ► Front Populaire de Libération de Saguia el-Hamra et du Rio de Oro (Front Polisario).

Exploitant une situation sociale difficile, les mouvements islamistes se sont développés en Algérie tout au long des années des années 80. Les émeutes d’Alger, en octobre 1988, marquent le début d’un essor brutal de l’islamisme. Trois mouvements apparaissent successivement : ► en-Nahda en 1988, dirigé par Abdallah Djaballah ; le ► Front Islamique du Salut (FIS) en mars 1989, dirigé par ► Abassi Madani ; le Hamas en décembre 1990, dirigé par Mahfoud Nahnah.

La violence commence à se manifester en novembre 1991 par l’attaque d’un poste militaire algérien à la frontière tunisienne. Elle se développe avec l’annulation du second tour des élections parlementaires de décembre 1991, qui donnaient le FIS victorieux et l’interruption du processus électoral le 12 janvier 1992. Le 14 janvier, un Haut Comité d’Etat (HCE) est formé et présidé par Mohammed Boudiaf. Il instaurera l’état d’urgence en le 9 février 1992 et dissout le FIS le 4 mars. Le mouvement islamique se fractionne rapidement en groupuscules violents et souvent rivaux. Les principaux mouvements actifs en Algérie sont:

Algerie_Victimes du terrorisme par annee en Algerie (1998-2003)

[Source : Hunan Rights Watch, presse]

Mouvements armés de la première génération (1992-93)

Compagnies Unifiées du Djihad
► Hezbollah (Parti de Dieu)
► Kataeb al-Qods (Phalanges de Jérusalem)
Le Jour de la Rédemption (Yom al-Hissab)
► 
Mouvement Islamique Armé (MIA)
► Hamas
► 
Mouvement pour un Etat Islamique
► Takfir wa’l-Hijra (Expiation et Exil)

Mouvements issus du FIS
► Armée Islamique du Salut (AIS)
► Front Islamique du Djihad Armé (FIDA)
► Front Islamique du Salut (FIS)
► Mouvement pour un Etat Islamique (MEI)
► Al-Baqoun ala el-Ahd (Les Fidèles au Serment)
► Groupe Islamique Armé (GIA) (Al-Jama’ah al-Islamiyyah al-Moussalaha)

Mouvements dérivés du GIA
► Groupe des Défenseurs de la Prédication Salafiste (GDPS) Jama’at Houmat ad-Da’awa as-Salafiya (JHDS)
► Groupe Salafiste Combattant (GSC) (Al-Jama’a es-Salafiyya el-Moukatila)
► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat GSPC)
► Groupe Salafiste Libre (GSL)
► Groupe Sunnite pour la Prédication et de Djihad (GSPD)
► al-Mouhadjiroun (Les Exilés)
 Ligue Islamique pour la Dawa et le Djihad (LIDD)
► Mouvement Islamique pour la Prédication et le Djihad (MIPD)
► Base du Djihad au Maghreb Islamique (BDMI) (Qaïdat al-Jihad fi’l-Maghrib al­-Islami)

Autres mouvements
► Mouvement du Sud pour la Justice (MSJ)
Abtal al-Qods (Héros de Jérusalem)
► As-Sunna wa’l-Charia (Tradition et Loi islamique)
► Al-Da’awah wa’l-Tabligh
► Djihad 54
Al-Jaïsh al-Islami
Fraternité Algérienne
► Front de Libération de l’Algérie Marocaine (FLAM)
Harakat Tarbia wa Tasfiya
Hezbollah (Parti de Dieu)
Jaïsh Mohammad (Armée de Mohammed)
Mouvement Islamique du Salut (MIS)

Zones d'activité des principaux mouvements terroristes au nord de l'Algerie
Zones d’activité des principaux mouvements terroristes au nord de l’Algerie

Mouvements touaregs

L’ensemble du territoire touareg est animé de mouvements insurrectionnels. Même si l’essentiel de ces conflits se déroule au Mali et au Niger, les groupes touaregs ont des accrochages sporadiques avec les forces de sécurité algériennes ou avec les mouvements islamistes. C’est d’ailleurs au cours de l’un de ces accrochages que Mokhtar ben Mokhtar du  Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC), aurait été annoncé comme tué le 27 septembre 2005. Toutefois, certains groupes islamistes entretiennent — apparemment — des contacts réguliers avec les Touaregs, avec lesquels ils exercent divers types de trafics. Plusieurs mouvements touaregs opèrent au sud du pays :

► Mouvement Populaire de l’Azawad (MPA)
► Front Populaire de Libération de l’Azawad (FPLA)
Front Islamique Arabe de l’Azawad (FIAA)
Armée Révolutionnaire de Libération de l’Azawad (ARLA) 

Afin de coordonner l’action des différents mouvements actifs en Algérie, un organe de coordination entre eux est créé: le Commandement Central des Moudjahidine. Mais son existence semble avoir été de courte durée.

La lutte contre le terrorisme et le processus de paix

Depuis la fin des années 90, l’Algérie tente d’appliquer une stratégie complexe d’éradication du terrorisme : d’une part avec une répression dirigée contre les maquis des divers groupes terroristes et d’autre part avec une politique d’ouverture et d’amnistie envers les repentis. Ainsi, le gouvernement tente de pousser les terroristes vers la reddition et leur réintégration au sein de la société. Par ailleurs, on observe au sein de cette société une revalorisation de la dimension religieuse, destinée à favoriser l’intégration d’éléments fondamentalistes.

Le 13 juillet 1999, est promulguée la « Loi sur la concorde civile ». Approuvée, le 16 septembre 1999, par référendum (98,6% de « oui »), elle concerne les personnes impliquées ou ayant été impliquées dans des actes de terrorisme ou de subversion qui sont « prévenues, détenues ou non détenues » à la date de la promulgation de la loi. Elle a une validité de six mois, jusqu’au 13 janvier 2000.

Elle définit plusieurs catégories de personnes :

  • celles qui ont fait partie d’organisations armées mais qui n’ont pas commis d’actes ayant entraîné mort, infirmité permanente, viol ainsi que celles qui n’ont pas utilisé d’explosifs dans les lieux publics : ces personnes seront amnistiées et les poursuites pénales à leur encontre, annulées. Subsiste la responsabilité civile et pour faciliter l’indemnisation des victimes, la loi prévoit la subrogation de l’Etat pour verser les dommages et intérêts, ce dernier pouvant se retourner contre l’auteur du dommage.
  • les combattants qui ont fait partie d’organisations armées sans les avoir commandées : s’ils n’ont pas commis de massacres collectifs, d’attentats d’explosifs sur des lieux publics, s’ils se sont rendus dans les 3 mois de la promulgation du texte et s’ils ont été admis par les autorités à participer à la lutte contre le terrorisme, ils seront soumis à une période probatoire de trois à dix ans au cours de laquelle les poursuites judiciaires seront gelées. Cette mise sous contrôle pourra être annulée en particulier en cas de déclarations mensongères. Dans le cas contraire, à la fin de la période probatoire, les « terroristes repentis » passeront en justice et leur peine ne devra pas excéder 5 ans de prison. Des comités de probation ont été institués dans chaque préfecture.
  • les responsables des groupes armés et ceux qui les ont créés : sous réserve qu’ils n’aient pas commis de massacres collectifs ou d’attentats à l’explosif, leur peine sera ramenée à 12 ans d’incarcération au maximum (au lieu de la peine capitale ou la réclusion criminelle à perpétuité).

Dans tous les cas, « les repentis » devront demander à bénéficier des mesures de clémence dans un délai de 6 mois maximum après la promulgation de la loi. Cette loi a permis d’amnistier quelque 1 700 islamistes et a permis à certains mouvements de déposer les armes.

En outre, le 10 janvier 2000, le président Bouteflika a publié un décret accordant « une grâce amnistiante » aux « personnes ayant appartenu à des organisations qui ont volontairement et spontanément décidé de mettre fin aux actes de violence et se sont mises à l’entière disposition de l’Etat et dont les noms figurent en annexe ». La liste de ces noms n’a jamais été publiée. Le texte visait l’ ► Armée Islamique du Salut (AIS), mais les membres de la ► Ligue Islamique pour la Dawa et le Djihad (LIDD) en ont profité aussi. Ce décret exempte ces personnes de toute déclaration concernant les actes commis, de l’emprisonnement et de toute autre sanction telle que de la privation pour dix ans des droits civils et politiques (comme le droit de vote ou de se présenter aux élections) peines qui auraient pu être appliquées à des repentis aux termes de la loi sur la concorde civile. Cette amnistie couvre les personnes concernées quels que soient les actes commis. Ces mesures conduisent à la dissolution de l’ ► Armée Islamique du Salut (AIS) dont 800 à 3 000 combattants ont été ainsi amnistiés.

Annoncé le 14 août 2005 par le président Abdelaziz Bouteflika, son nouveau projet de « charte pour la paix et la réconciliation nationale » est soumis au vote populaire le 29 septembre 2005. Accepté par 97,41% des votants (79,5% de la population), le référendum est un succès politique pour le gouvernement algérien, même si au final, les résultats sont inférieurs aux attentes et les redditions de terroristes sont lentes. Contrairement aux processus de réconciliation nationale d’autres pays, le processus algérien ne comprend pas de processus de « vérité ». Par ailleurs, les différentes initiatives du gouvernement algérien ont été vivement critiquées par l’opposition, qui leur reproche l’impunité accordée aux membres des forces de sécurité, dont on présume la responsabilité dans des abus, des exactions ou des disparitions de personnes durant le conflit.

Les effets combinés de l’action militaire et de l’amnistie font reculer les mouvements terroristes dans des zones limitées, mais cet affaiblissement les rend plus agressifs. De plus, l’insistance des Etats-Unis à opérer dans le Maghreb pour la mise en oeuvre de sa Trans-Saharian Counter-Terrorism Initiative (TSCTI), le déploiement de militaires américains et de stations d’écoute électronique dans le Sahara qui lui sont associés, ainsi que l’annonce de la création d’un nouveau commandement unifié pour l’Afrique (AFRICOM) poussent le terrorisme algérien vers le mouvement djihadiste. Le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC)dont l’influence diminue — annonce sont allégeance envers le mouvement djihadiste international afin de relancer son rôle en Algérie. Ainsi, dès 2005-2006, le terrorisme algérien change de visage. Le terrorisme islamiste qui était « traditionnellement » de nature rurale, se déplace vers les villes, où il est plus facile de se cacher et de recruter des combattants. Le recrutement s’effectue dans les milieux à forte natalité et l’âge des combattants diminue. Les actes terroristes font appel aux martyrs et le nombre d’attentats-suicide (initialement peu répandus précédemment) se multiplie :

Algerie_Nouvelle vague d'attentats a la bombe en Algerie (2007)

Bibliographie choisie : Boukra Liess, Algérie — La terreur sacrée, Favre, Lausanne (Suisse), février 2002 ; Lariège Julien, Islamistes algériens au coeur de l’Europe, Ellipses, Paris, 2005 ; Moussaoui Abderrahmane, De la Violence en Algérie, Actes Sud, Paris, 2006 ; Souaïdia Habib, La sale guerre, La Découverte, Paris, 2001.

(1)Chiffres officiels des autorités algériennes.