Armée de Libération du Kosovo (UÇK)

Armée de Libération du KosovoArmée de Libération du KosovoUCK (UÇK) (UÇK)

Autres appellations :
Serbe : Oslobodilaéka Vojska Kosova (OVK)
Albanais : Ushtria Çlirimtare ë Kosovës (UÇK)

(Serbie/Kosovo) (Ushtria Çlirimtare ë Kosovës) Mouvement séparatiste nationaliste fondé au début des années 80. Ses actions violentes commencent dès le milieu des années 80. Qualifiées de « terroristes » par le gouvernement yougoslave, ses actions passent inaperçues dans les pays occidentaux. C’est en 1992, que l’UÇK émerge réellement, en Bosnie, où quelque 5 000 combattants d’origine albanaise combattent aux côtés des musulmans bosniaques.

Historique

L’UÇK a ses origines dans un groupe apparu en 1974, le Front de Libération National du Kosovo, qui mène des actions terroristes en Yougoslavie, avec divers autres mouvements nationalistes. Une première faction fait dissidence, le Mouvement National pour la Libération du Kosovo (Levizje Nacional-Clirimtare ë Kosovës) (LNCK), basée en Suisse d’où elle opère depuis 1981. Le 17 avril 1982, la fusion du Mouvement de Libération Nationale du Kosovo et d’autres Parties de la Yougoslavie Albanaise,(1) du Parti Communiste Marxiste Léniniste des Albanais en Yougoslavie, de l’Organisation Marxiste-Léniniste du Kosovo et du Front National Rouge donne naissance au Mouvement le Lutte pour une République Albanaise de Yougoslavie (LRSHJ). Le LRSHJ est un mouvement d’obédience maoïste, dont l’objectif est la constitution de la Grande Albanie(2).

En 1984, une autre faction, le Mouvement de Libération du Kosovo (LKCK), se détache.

Le LRSHJ porte une série d’action contre la Serbie. Entre octobre 1982 et mars 1984, neuf attentats sont menées à Pristina. En 1985, le mouvement devient le Mouvement pour la République Populaire du Kosovo (LRPK), puis change à nouveau de nom en 1993 pour devenir le Mouvement Populaire du Kosovo (Levizja Popullores ë Kosovës) (LPK). Le LPK, fondé par Bardhyl Mahmuti, basé à Lucerne (Suisse) et dirigé par Ibrahim Kelmendi, collecte ouvertement des fonds pour la rébellion au Kosovo. Il engendre l’Armée de Libération du Kosovo au cours de la même année sous l’impulsion de Mahmuti.

La création de l’UÇK est soutenue par le régime communiste stalinien d’Enver Hoxha. Il met notamment à disposition des bases d’entraînement situées à Fushë Krujë, Bajram Curri et Librazhd, qui seront maintenues par le régime de Berisha, mais seront fermées en 1993, sous pression des Etats-Unis. Plus tard, en 1997, un camp d’instruction est mis sur pied dans l’arrondissement de Mirdita, avec le soutien du service de sécurité albanais (ShiK), puis un autre à Tropoja. L’UÇK disposera encore de bases logistiques dans les secteurs de Gostivar, Debar et Velesta en Macédoine, et Pogradec en Albanie.

Dès la fin des années 90, l’UÇK dispose d’un commandement politique, basé en Suisse — où le recrutement de volontaires et l’acquisition de matériel s’effectuent presque ouvertement — et un commandement opérationnel situé à Pristina (Kosovo).

A la suite d’un accord avec les forces de l’OTAN, en juin 1999, l’UÇK est désarmée et transformée au 20 septembre en Corps de Protection du Kosovo (Trupat e Mbrojtjes së Kosovës — TMK), dirigé par Agfin Ceku, ancien général de brigade croate et commandant de l’UÇK. Le TMK est essentiellement un corps de sécurité civile placé sous le contrôle des Nations Unies. Il est entraîné et équipé pour répondre à des situations d’urgence. Ses effectifs en juin 2006 sont de 5 052 personnels.

Armee de Liberation du Kosovo (UCK)_Bases de l'UCK en Albanie et  Macedoine (1990-1999)

Opérations

Le désintérêt de la communauté internationale pour la question du Kosovo après les accords de Dayton a poussé l’UÇK à intensifier ses actions au Kosovo même. D’un effectif estimé à 500 combattants en 1998, l’UÇK recrute dans toute l’Europe pour atteindre entre 12 000 et 20 000 combattants armés. Parmi ceux-ci, un noyau d’ex-militaires de l’armée yougoslave et des services de sécurité (UDBA), des Kosovars et environ 1 000 mercenaires, principalement musulmans, en provenance de Bosnie, de Croatie, d’Arabie Saoudite, du Yémen et d’Afghanistan, ainsi que de ressortissants de pays occidentaux comme la Suède, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Suisse.

Armee de Liberation du Kosovo (UCK)_Zones operationnelles de l''UCK (1999)

Les zones opérationnelles de l’UÇK s’appuient sur la présence de minorités albanophones sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Les organisations qui suivront l’UÇK auront des structures démontrant des ambitions plus larges.

Armee de Liberation du Kosovo (UCK)_Secteurs operationnels de l'UCK au Kosovo (1990-1999)

Les secteurs opérationnels de l’UÇK (indiqués ici avec l’emplacement de commandement) deviendront les « Regional Task Groups » (RTG) dans la structure du Corps de Protection du Kosovo (TMK), mis en place dès 1999, qui conserveront les mêmes chefs.

Les secteurs I et 4 constituent le vrai coeur de l’UÇK.

La Suisse, pays d’émigration privilégié des populations balkaniques a été entre 1992-2000 l’une des plaques tournantes du recrutement des milices kosovares et serbes. On trouvera d’ailleurs sur les champs de bataille des unités entières équipées d’anciennes tenues de combat de l’armée suisse — caractéristiques par leur couleur « automne » — rachetées par stocks entiers par l’UÇK.

Sa première opération année a lieu à Glogovac, en mai 1993 avec l’assassinat de deux policiers serbes. Le 11 février 1996, l’UÇK intensifie ses activités et effectue des attentats à la bombe dans des camps de réfugiés serbes dans la Krajina. Entre 1995 et 1998, l’UÇK s’attaque essentiellement aux forces de police serbes et aux personnalités locales, ainsi qu’aux Kosovars soupçonnés de « collaborer avec les forces de l’ordre » serbes. Elle pratique essentiellement une tactique d’escarmouches et d’attaques ponctuelles. La première opération de grande envergure de l’UÇK a lieu dans la nuit du 10 au 11 septembre 1997, avec des actions coordonnées, dirigées sur une dizaine d’objectifs étalés sur une distance de 150 km.

Dès la mi-1998, mieux organisée et mieux armée (principalement par le pillage de dépôts d’armes et de munitions serbes et albanais, mais aussi grâce à l’aide financière de pays musulmans, des réseaux ben Laden et de l’aide de pays occidentaux), l’UÇK entreprend des opérations de grande envergure contre l’armée serbe, avec l’objectif de tenir des portions de terrain ou de couper les lignes logistiques serbes.

Structures

L’UÇK fonctionne avec des structures de commandement militaire et ses combattants portent généralement des uniformes et un insigne distinctif. Elle a une structure à caractère territoriale, et ses opérations sont menées par de petites unités relativement autonomes.

Elle est dirigée par un petit état-major central (Shtabi je Pergjithshem) qui assure la planification des opérations. Dès 1998, sa conduite politique est assurée par une Direction Politique (Drejtoria Politike), dirigée par Hashim Thaçi, qui deviendra premier-ministre du Kosovo indépendant en 2008.

L’articulation des zones opérationnelles de l’UÇK reflète la priorité portée sur l’indépendance de la province et la lutte contre le gouvernement yougoslave/serbe. L’UÇK opère en cinq zones opérationnelles(3) :

  • Zone 1 : Province du Kosovo,
  • Zone 2 : Districts albanophones de Macédoine,
  • Zone 3 : « Kosovo Oriental » (les trois municipalités adjacentes du sud de la Serbie à majorité albanophone)
  • Zone 4 : Districts albanophones du Monténégro,
  • Zone 5 : « Kosovo Septentrional » (partie albanophone du district de Raska, en gerhiei

Chefs des zones opérationnelles de l’UÇK (1999) et du TMK

UÇK, TMK, Chef

  • Zone 1, RTG 1, ► Sami Lushtaku
  • Zone 2, RTG 2, ► Ramush Haradinaj
  • Zone 3, RTG 3, Gzim Ostremi
  • Zone 4, RTG 4, Rahman Rama
  • Zone 5, RTG 5, Rrustem Mustafa (alias Remi)
  • Zone 6, RTG 6, ► Shukri Buja(4)

Financement et logistique

Le financement de l’UÇK vient de donations « volontaires » de la diaspora kosovare en Europe. Des organisations de front, comme le Mouvement National du Kosovo (LPK) ou l’Alliance Démocratique des Albanais en Allemagne (DVAD) récoltent les dons au profit du fond Vlendlindja Terret (« Appel de la Patrie ») basé en Suisse. Il est « recommandé » aux donateurs de payer 3% de leurs revenus mensuels.(5) Ces donations représentent environ 1 million de dollars par mois. Une autre source de financement est le trafic de stupéfiants. On estime, ainsi que 90% du trafic d’héroïne en Suisse est entre les mains des mafias albanaises. Dès 1996, afin de financer sa guerre, l’UÇK active les réseaux mafieux qui s’étendent à travers toute l’Europe. Ces réseaux, mus par un élan patriotique se mobilisent et contribuent à la constitution d’une réelle force armée.

Une partie importante des armes de l’UÇK proviennent du pillage des dépôts de l’armée albanaise lors des troubles de 1996-97 (voir ► armes des mouvements terroristes).

Corrélats : Armée Nationale Albanaise (ANA/AKSh), armes, Forces Armées de la République du Kosovo (FARK)

Lien externe

(1)Mouvement fondé par les frères ► Bardhosh Gervalla et ► Jusuf Gervalla, installés à Bienne (Suisse) avec ► Kadri Zeka, fondateur de l’Organisation Marxiste-Léniniste du Kosovo, tous assassinés le 17 janvier 1982 par les services de sécurité yougoslaves (UDBa).
(2)Voir ► Armée Nationale Albanaise (ANA/AKSh)
(3)Dmitry Pozhidaev & Ravza Andzhelich, Beating Swords Into Plowshares Reintegration of Former Combatants in Kosovo, Center for Political and Social Research, Pristina, February 2005
(4)Shukri Buja est remplacé par Shaban Shala au début 2000
(5)Frankfurter Allgemeine Zeitung, 15.07.98