Armée de Libération Nationale (ELN)

Armee de Liberation Nationale (ELN)Union des Camilistes Révolutionnaires (UCR)
Commandos Camilistes ou Brigades Camilistes
Combattre !

Autres appellations US:

National Liberation Army (ELN)
Ejército de Liberacion Nacional

Internet:
National Liberation Army (ELN)

 

(Colombie) (Ejército de Liberación Nacional) Mouvement révolutionnaire de tendance castriste créé en 1964 à Simacota (département de Santander) par Fabio Vásquez Castaño, alors proche du Mouvement des Travailleurs, Etudiants et Paysans (Movimiento de Obreros, Estudiantes y Campesinos — MOEC), le premier mouvement révolutionnaire colombien. Le Père Camilo Torrès, rejoint l’ELN en 1965 et en prend la direction, après avoir tenté de mettre sur pied une opposition politique au Front National gouvernemental.

Dès 1969, le Père ► Manuel Pérez Martinez (alias « Poliarco » ou « El Depredador ») succède à Torres et assume la direction politique de l’ELN jusqu’à sa mort en février 1998. Il est suivi à la tête du mouvement par ► Nicolas Rodriguez Bautista « Gabino»(2), jusqu’alors responsable de la conduite militaire. Son quartier-général se déplace à travers le département de Santander et est parfois situé à Bucamaranga ou à Barrancabermeja. Ses effectifs sont évalués à 3 000-4 000 combattants (2002).

Depuis 1997, l’ELN est portée sur la liste des mouvements terroristes du Département d’Etat américain et, depuis le 31 octobre 2001, sur la liste de l’Executive Order 13224 du Président George W. Bush.(1)

Historique

L’ELN prend naissance à San Vicente de Chucuri (Santander) à la fin 1963, imprégnée des idéaux de la révolution cubaine, à partir de groupes d’étudiants de l’Université Industrielle de Santander. C’est sous l’impulsion des frères Manuel, Fabio et Antonio Vàsquez Castafio que l’ELN est formée. Simultanément, un certain nombre de religieux catholiques, adeptes de la théologie de la libération, tentent d’appliquer les théories de Régis Debray. Parmi ceux-ci le Père Camilo Torres, qui participe à la création de l’ELN, crée un groupe d’étudiants pour maintenir l’esprit de la révolution cubaine. A la mort de Torres au combat, en 1967, d’autres prêtres, compagnons de Torres, joignent l’ELN, dont Domingo Lain et Manuel Pérez.

A ses débuts, l’ELN est un mouvement pro-cubain d’obédience marxiste, issu du milieu estudiantin et des classes moyennes, qui entretient des liens étroits avec les milieux de l’Université de Santander à Bucamaranga. Il comprend le Courant de Rénovation Socialiste (Corriente de Renovacion Socialista — CRS), le Frente Simon Bolivar et le Frente Antonio Nariño, qui ont cessé leurs activités révolutionnaires au début des années 90 pour suivre une voie politique. Principal mouvement de guérilla en Colombie durant les années 60, il est vigoureusement combattu avec l’appui des forces spéciales américaines. Considéré comme neutralisé dès 1973, il réapparaît sporadiquement tout au long des années 70 en commettant de nombreuses attaques de banques, assassinats et enlèvements.

Le refus de la compagnie pétrolière Ecopetrol de s’acquitter de l’impôt révolutionnaire a conduit l’ELN à inaugurer une forme de terrorisme économique en s’attaquant systématiquement à l’oléoduc Catio Limón-Covetias. Entre 1982 et mars 1999, ce dernier a fait l’objet de 691 attaques et son maintien en activité devient prohibitif en termes de coûts. Depuis 1992, la Colombie — productrice de pétrole — est ainsi devenue importatrice.

En 1984, l’ELN se distingue des autres mouvements rebelles colombiens en s’opposant à tout cessez-le-feu. C’est sur l’intervention de Fidel Castro, que l’ELN se ralliera finalement à la signature d’un cessez-le-feu temporaire.

En septembre 1987, sous l’impulsion du M-19, est créée la Coordination Nationale de Guérilla Simon Bolivar (CNGSB), qui rassemble alors le ► Mouvement du 19 Avril (M-19), l’Armée de Libération Nationale (ELN), l’ ► Armée Populaire de Libération (EPL) et les ► Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Mais la CNGSB s’essouffle rapidement. Le M-19 passe dans la légalité en 1989, tandis qu’une partie de l’EPL profite d’une offre d’amnistie du gouvernement. L’ELN et 1 ‘ELP s’engagent alors dans une guerre totale contre l’Etat, alors que les FARC conservent la porte ouverte à un dialogue, tout en poursuivant la lutte armée.

L’ELN est dépassée en nombre par les ► Forces Armées Révolutionnaire de Colombie (FARC), mais reste la formation rebelle la plus dure. Les affrontements avec les ► Autodéfenses Unies de Colombie (AUC) et les FARC ont érodé l’importance du mouvement. Ses effectifs, évalués à quelque 5 000 combattants à la fin des années 90, ont été ramenés à quelque 3 500 ces dernières années. Cette diminution s’explique en partie par un financement relativement faible, dû en partie à la tendance moraliste (notamment anti-drogue) apportée par les religieux qui ont dirigé l’ELN entre les années 60 et 90. Sans avoir empêché les contacts avec les narcotrafiquants, cette « morale » en a limité la coopération.

En 1998, des pourparlers sont engagés entre le gouvernement, des représentants des communautés locales et l’ELN pour arrêter la violence, mais les discussions sont restées au point mort.

L’ELN connaît quelques dissensions, qui se traduisent par l’apparition de nouveaux mouvements :

Le processus de négociation entre l’ELN et le gouvernement colombien se prolonge jusqu’à Genève, avec une conférence ouverte le 24 juillet 2000, placée sous les auspices de la Suisse, où le gouvernement colombien autorise deux chefs de la guérilla — Francisco Galan et Felipe Torres — à quitter leur cellule pour participer aux négociations, qui doivent conduire à la création d’une zone démilitarisée, sorte de « laboratoire de paix ». L’initiative fera long feu.

Le 18 décembre 2001, l’ELN proclame un cessez-le-feu qui sera rompu au début janvier 2002 en raison des opérations incessantes des groupes paramilitaires et des opérations de l’armée colombienne.

L’élection spectaculaire au premier tour d’Alvaro Uribe, farouchement décidé à venir à bout des guérillas, a certainement été un coup dur pour l’ELN. L’accent porté sur la lutte contre le terrorisme, qui répond aux priorités des Etats-Unis affaiblira en premier lieu l’ELN, moins liée au trafic des narcotiques. Déjà le budget 2003 américain prévoit une augmentation de US$ 89 millions pour le renforcement de la sécurité du pipeline Caño-Limón — cible favorite de l’ELN.

Structure et organisation

La structure de commandement de l’ELN comprend un Commandement Central (COCE) composé de cinq membres :

  • Nicolás Rodriguez Bautista (alias Gabino), Chef suprême et responsable politique de l’ELN ;
  • Eliecer Herlinton Chamorro Acosta (alias Commandant Antonio Garcia), Chef militaire de l’ELN, premier vice-chef de l’ELN ;
  • Israel Ramiraz Pineda (alias Pablo Beltràn), second vice-chef de l’ELN ;
  • Ramiro Vargas et
  • Pedro Elias Carias Serrano (alias Oscar Santos).

La structure opérationnelle de l’ELN se compose de dix « Fronts de Guerre » et « Zones » à caractère régional, de « Forces Spéciales » (Tropas Especiales), qui constituent un front de dimension nationale, et un front « international », essentiellement dévolu aux tâches politiques et de propagande (Equipo de Trabajo Internacional).

Chaque « Front de Guerre » et « Zone » est subdivisé en unités opérationnelles tactiques de 40-50 combattants, dévolues aux opérations en zone rurale ou urbaine.

Composition des Fronts de Guerre et Zones de I’ELNl(4)

I. Frente de Guerra Norte(3)

  • Front Urbain Kaléd Gémez Padrón(4)
  • Front Urbain Héroes de Cartagena
  • Front Urbain Gustavo Palmesano
  • Front Rural Seis de diciembre
  • Front Rural Domingo Barrios
  • Front Rural Francisco Javier Castaño
  • Front Rural José Manuel Martinez Quiroz ■(5)
  • Front Rural Luciano Ariza
  • Front Rural Jaime Bateman Cayón
  • Compagnie Oscar Sánchez
  • Compagnie Augusto Montes
  • Compagnie Héroes de las bananeras
  • Compagnie Guerreros Chimilas

II. Frente de Guerra Nor-Oriental

  • Front Urbain Diego Escobar
  • Front Urbain Carlos Germán Velasco
  • Front Rural Camilo Torres Restrepo
  • Front Rural Armando Cacua Guerrero
  • Front Rural Juan Fernando Porras Martinez
  • Front Rural Claudia Isabel Escobar Jeréz
  • Compagnie Héroes del Sinera
  • Compagnie Héroes del Catatumbo
  • Compagnie Dagoberto Félix
  • Compagnie Héroes del 4 de septiembre
  • Compagnie Diego
  • Compagnie Capitàn Francisco

III. Área Dario Ramirez Castro (Àrea San Lucas)

  • Front Rural Alfredo Gémez Quiñones
  • Front Rural Luis José Solano Sepúlveda
  • Front Rural Héroes de Santa Rosa
  • Front Rural Guillermo Ariza
  • Front Rural Resistencia Guamocó
  • Front Rural José Antonio Galán
  • Front Rural Maria Cano
  • Front Rural Capitân Mauricio
  • Front Rural Rani Mahecha
  • Compagnie Simôn Bolivar
  • Compagnie Dagoberto Rincón
  • Compagnie Anori
  • Compagnie Mariscal Sucre
  • Compagnie Rómulo Carvalho
  • Compagnie Luis Carlos Hernández

VII. Área Nor-Occidental.

  • Front Rural Compariero Tomás
  • Front Rural Héroes y Martires de Anori(6)
  • Front Rural Jorge Eliecer Gaitàn
  • Compagnie Maria Eugenia Vega

V. Àrea del Magdalena Medio

  • Front Rural Resistencia Yariguies
  • Front Rural Edgar Amilcar Grimaldo Barón
  • Front Rural Manuel Gustavo Chacón
  • Front Rural Capitán Parmenio
  • Front Rural Guillermo Vásquez Bernai
  • Compagnie Comuneros

VI. Área Arauca, Boyacà, Casanare (Área Oriente)

  • Front Rural Compañero Diego
  • Front Rural Domingo Lain Sâenz
  • Front Rural Adonai Ardila
  • Front Rural José David Suárez
  • Front Rural Efrain Pabén Pabôn
  • Compagnie Simacota
  • Compagnie Capitán Pomares
  • Compagnie Jorge Villamizar
  • Compagnie Pedro A. Téllez
  • Compagnie Elasio Barón

VII. Área Industrial

  • Front Urbain Luis Fernando Giraldo Builes
  • Front Urbain Palenque
  • Front Rural Bernardo López Arroyave
  • Compagnie José Maria Córdoba
  • Compagnie José Maria Carbonel

VIII. Área Cafetera

  • Front Urbain Martha E. Barón
  • Front Urbain Antonio Vásquez
  • Front Rural Resistencia Cimarrona
  • Front Rural Manuel Henández « El Boche »
  • Front Rural Ernest° Che Guevara
  • Front Rural Cacique Calarcá
  • Front Rural Néstor T Duran
  • Compagnie Compatiero Fercho

IX. Frente de Guerra Central(7)

  • Front Rural Carlos Alirio Buitrago
  • Front Urbain Oscar Fernando Serrano Rueda
  • Front Urbain Gilberto Guarin
  • Front Urbain Cacica La Gaitana
  • Front Rural Bolcheviques del Libano ■
  • Front Rural Isaac Zabala
  • Front Bernardo Lopez Arroyave
  • Front Marta Elena Bar6n Gallardo

X Frente de Guerra Sur-Occidental(8)

  • Front Urbain Omaira Montoya Henao
  • Front Rural Luis Carlos Cárdenas Arbeález
  • Front Rural José María Becerra
  • Front Rural Manuel Vásquez Castaño ■
  • Front Rural Comuneros del Sur •
  • Compagnie Guerreros de los Farallones
  • Compagnie Milton Hernández
  • Compagnie Lucho Quintero
  • Compagnie Camilo Cienfuegos
  • Compagnie Guerreros del Sindagua
  • Compagnie Mártires de Barbacoas

[Unités/Fronts actifs dans des zones de culture du pavot (■) et de coca (•)(9)] Doctrine et stratégie

L’ELN est de tradition stratégique guévariste, influencée par la théologie de la libération. Un grand nombre de ses cadres sont des membres du clergé catholique, formés en Europe (c’est le cas de Camilo Torrès, Domingo Lain et Manuel Pérez).

Armee de Liberation Nationale (ELN)_Fronts et zones de guerre (Frentes de Guerra) de l'ELN (2003)

Ses références doctrinales et intellectuelles se retrouvent chez Fidel Castro, Régis Debray (théoricien du dialogue chrétien-marxiste) et Gabriel Garcia Marquez, (théoricien de la « révolution avec pachanga »).

Opérations

Les zones opérationnelles de l’ELN sont principalement les départements du Santander, du César, du Bolivar, du Sucre, de Córdoba et d’Antioquia. En outre, elle s’implante également au Venezuela, où l’immigration colombienne est très forte.

Les opérations les plus spectaculaires de l’ELN ont été l’enlèvement et l’assassinat de l’évêque d’Arauca Jesus Jaramillo, en octobre 1989, accusé de collaborer avec les forces de sécurité ; l’attaque contre le port de Coveñas, en 1991, et la destruction de ses stocks de pétrole ; l’attaque contre une station navale à Cararabo.

L’ELN porte la majeure partie de ses actions contre les installations pétrolières du nord du pays. En 1988, les attaques de cette seule année contre le pipeline Caño Limón-Coveñas auraient causé quelque US$ 400 millions de dommages. Jusqu’à la fin des années 90, l’ELN s’attaque essentiellement aux infrastructures de la société Ecopetrol et quasiment jamais celles de la société Occidental Petroleuin, qui exploite également les ressources pétrolières colombiennes.

Ses méthodes sont l’enlèvement contre rançon, l’assassinat et le racket. Elle pratique les enlèvements collectifs. En 1999, elle détourne et force un avion à atterrir et prend tous se passagers en otage, quelques mois plus tard, elle prend en otages 150 fidèles d’une église à Cali. Elle prélève auprès des grands propriétaires ou industriels un « impôt » (appelé « vaccination ») dont le non-paiement se solde par une action violente. C’est ainsi que, dès 1984, la société Occidental Petroleum,(10) paie avec trois autres compagnies pétrolières la somme mensuelle de US$ 200 000, afin de ne pas voir ses installations attaquées. En 1988, trois ingénieurs de l’Occidental Petroleum sont enlevés et une rançon estimée à US$ 8 millions est versée à l’ELN. En fait, « l’inefficacité » du paiement des « vaccinations » a rendu les compagnies pétrolières réticentes à payer l’ELN. L’Occidental Petroleum est à la tête d’un lobby important à Washington pour le renforcement de l’aide militaire au gouvernement colombien.

Contacts et coopération internationale

L’ELN entretient dès sa création des contacts avec Cuba qui l’aide à ses débuts. Malgré des contacts qui semblent avoir persisté, il est peu vraisemblable que le mouvement soit encore soutenu financièrement par Cuba. Elle a entretenu des contacts actifs avec des mouvements révolutionnaires au Salvador, au Pérou et au Venezuela. Elle a également eu des contacts avec l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque.

Site Internet : www.voces.org, www.eln-voces.com

(1)L’Executive Order (décret présidentiel) 13224 du 23 septembre 2001, signé par le Président George W. Bush, a pour objectif le gel des avoirs d’individus et d’organisations politiques ou commerciales soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme international, dont Al-Qaïda. La liste des individus et organisations concernées est constamment remise à jour.
(2)Source : Armée de Libération Nationale (ELN)
(3)Commandé par ► Olivaín Ortega (alias Miltón)
(4)Opérationnel dans le secteur de Baranquilla. Commandé par ► Luis Maestre Daza ou ► Luis Erasmo Rodriguez Alvarez (alias Germán – El Cachaco)
(5)Opérationnel dans le Cesar, dans les villes de Manaure, La Paz, San Diego, Codazzi, La Jagua de Ibirico, Chiriguaná. Commandé par Manuel ou Alfredo ► Cáceres Mogollón (alias Jacobo)
(6)Opérationnel dans le département d’Antioquia, dans les villes de Campamento, Anori, Yarumal, Briceño, El Barcino, Valdivia (El Cedro y Cedeño) Plan de La Rosa. Commandé par ► Carlos Alberto Porras Cárdenas (alias Euclides)
(7)Dirigé par ► Darío de Jesús Calle Correa (alias Timoleón, alias José Maria, alias Dimas, alias Ali, alias Gorra Vieja, alias El Viejo, alias El Cucho) jusqu’à sa mort le 25 janvier 2008. Habituellement caché dans le département du Tolima il était alors venu en Antioquia afin de restructurer les fronts « Carlos Alirio Buitrago » et « Bernardo Lopez Arroyave », qui ont subi des pertes importantes en 2006-2007 et dont l’influence a diminué significativement dans ce département.
(8)Dirigé par ► José de Jesús Ramirez Vélez (alias, Silvio, alias El Viejo, alias El Zarco) (capturé au début décembre 2004)
(9)El Narcotrafico : Una Amenaza para la Seguridad Nacional, Ministère de la Défense Nationale, République de Colombie, octobre 2000
(10)Basée à Los Angeles, l’Occidental Petroleum a tenté sans succès d’effectuer des forages dans les terres ancestrales des indiens U’wa. Depuis 1992, les U’wa luttent violemment pour empêcher toute exploitation pétrolière sur leurs terres et se sont associés avec l’ELN et les PARC. Elle finance l’engagement de deux brigades de l’armée colombiennes pour assurer la sécurité de l’oléoduc. Le 16 avril 2001, l’ELN prend 100 employés de la firme en otages.

Corrélat : ► Organisations terroristes