Armée Secrète Arménienne de Libération de l’Arménie (ASALA)

Armee Secrete Armenienne de Liberation de l'Armenie (ASALA)(Turquie) (Ermenistan’in Kurtukusu için Ermeni Gizli Ordusu – EKEGO) Mouvement nationaliste indépendantiste de tendance marxiste-léniniste, créé en 1975 par ► Hagop Hagopian (alias al-­Moudjahid)(1) et dirigée par Moudjahid, depuis 1988. Ses objectifs principaux sont:

  • Forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide de 1,5 millions d’Arméniens(2) en 1915 et à en payer des réparations;
  • L’unification de la nation arménienne répartie entre la Turquie, l’Irak et l’ex-URSS.

L’ASALA se veut fédératrice des mouvements révolutionnaires progressistes arméniens. Elle veut dans un premier temps fédérer les mouvements arméniens par la propagande armée, puis déclencher une guerre d’indépendance, qui aura un effet mobilisateur l’ensemble des forces progressistes révolutionnaires. Sa stratégie n’est pas très éloignée de la théorie du ► foco de Che Guevara et explique ses liens étroits entre l’ASALA et des mouvements révolutionnaires kurdes comme le ► Parti des Travailleurs Kurdes (PKK). Elle entretient des contacts étroits avec l’ ► Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et d’autres mouvements palestiniens. Le 12 mars 2001, elle a établi son principal office à Erevan (Arménie).

Structure

Elle est organisée avec un Comité Central, alors situé au Liban qui assure la conduite de l’organisation, et qui devient « Bureau Central » dès 1980. Le Bureau Central, est organisé en 5 comités : le comité politique, le comité financier, le comité de propagande et de publication, le comité de renseignements, le comité militaire. Le comité militaire est responsable des opérations et de l’engagement des commandos terroristes.

Elle comprend également une cellule de coordination entre Beyrouth et Khankendi, au Nagorno-Karabakh.

Historique

La première action de l’ASALA est l’assassinat d’Oktay Cuit, Secrétaire général de l’Ambassade de Turquie à Beyrouth, par Agop Tarakman, le 16 février 1976. Basée à Beyrouth, l’ASALA est impliquée dans le conflit palestinien et reçoit un appui de mouvements palestiniens.

En 1979, l’ASALA organise une Conférence Arménienne à Paris et noue des contacts étroits avec la diaspora arménienne en France, notamment avec Alex Yenikom§iyan et Monte Melkonian.

Dès 1981, l’ASALA se développe rapidement et mène des actions en Suisse et en France. Apparaissent la Nouvelle Organisation de la Résistance Arménienne en France, les groupes Azad Hay au Canada et Gaitzer en Angleterre affiliés à l’ASALA.

En 1982, elle fuit le Liban lors de l’offensive israélienne. Ses militants se réfugient en Grèce, en Algérie, en Tunisie, au Soudan et au Yémen du Nord. Certains rejoignent une branche active qui s’est développée en Grande-Bretagne dès le début des années 80.

Le 8 avril 1980 à Sidon (Liban), l’ASALA et le ► Parti des Travailleurs Kurdes (PKK) tiennent une conférence de presse et émettent une déclaration commune quant à leur collaboration dans la lutte contre la Turquie. Les attentats du 9 novembre 1980 contre le Consulat Général de Turquie de Strasbourg, et du 19 novembre 1980 contre les bureaux des Turkish Airlines à Rome ont été revendiqués conjointement par les deux organisations.

L’ASALA bénéficie du soutien logistique de la Syrie et de la Libye, avec laquelle elle a signé un accord de collaboration à Tripoli (septembre 1982). Ses actions visent essentiellement des intérêts turcs en Turquie en Europe. Au début des années 80, l’ASALA a mené des actions meurtrières en France et en Suisse, pour obtenir la libération de ses membres. L’attentat d’Orly (15 juillet 1983), fait 9 morts et 55 blessés et son caractère indiscriminé conduit à l’éclatement de l’ASALA, qui se scinde en deux factions :

  • ASALA-M (Militante), mieux connue sous le nom de « groupe Hagop Hagopian » s’établit en Grèce et au Moyen-Orient et continue à mener des opérations en Europe. Elle disparaîtra en 1988.
  • ASALA-MR (Mouvement Révolutionnaire), créée par Monte Melkonian(3), qui a quitté l’ASALA après l’attentat d’Orly qu’il juge indiscriminé. Egalement connue sous le nom de « Nouvelle ASALA », l’ASALA-MR se veut être le bras armé de l’ASALA, mais, plus « modérée » elle prône des actions plus ciblées contre la Turquie. Elle est dirigée par Monte Melkonian et Ara Toranian, qui deviendra chef du Mouvement National Arménien, basé à Paris. Elle recrute ses sympathisants en Europe occidentale et en Amérique.

Après la mort d’Hagop Agopian, en 1988, l’ASALA a la configuration suivante :

  • ASALA-MR (Mouvement Révolutionnaire) ;
  • ASALA-PMLA (Mouvement Populaire), qui aurait une base sur l’île d’Egina pour la formation de ses combattants et de certains combattants du PKK ;
  • Le Groupe Sassoun, qui revendique l’attentat du 19 décembre 1991 contre l’ambassadeur de Turquie à Budapest.

Opérations

Entre 1975 et 1984, l’ASALA se rend responsable de 22 assassinats et environ 130 attentats dans le monde, dont 35 en France.

Son potentiel, qui a culminé avec entre 5 000 et 10 000 militants, s’est réduit à un très petit groupe d’activistes et quelques centaines de sympathisants. Avec l’occupation de Beyrouth par l’armée israélienne, 1’ASALA doit abandonner ses bases au Liban et s’installer en Syrie.

L’ASALA entretient des liens avec le ► Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), le ► FPLP-Commandement Général, l’Organisation ► Abou Nidal et les mouvements séparatistes kurdes, dont le PKK. Depuis 1985, elle s’associe à la mouvance du ► Djihad Islamique.

Armee Secrete Armenienne de Liberation de l'Armenie (ASALA)_Etat-major de l'ASALA (2003)

 

Victime des accords entre la Syrie et la Turquie, l’ASALA semble alors avoir quitté ses sanctuaires syriens pour s’établir en Irak.

La mise en évidence de ses liens avec l’Organisation Abou Nidal déçoit de nombreux défenseurs de la cause arménienne, et 1’ASALA réduit ses activités, se limitant aux opérations en Turquie. Elle reste relativement inactive en Europe occidentale depuis le milieu des années 80.

Son organe officiel était le journal «Hayastan», mais plusieurs autres publications publiées à Londres relaient ses idées, telles que «Hay-Baykar», «Amenia» et «Kytser». Dès 1981, à Beyrouth, 1’ASALA diffuse une émission radiophonique de deux heures par jour «La voix des Arméniens du Liban».

L’ASALA continue à être active au Karabakh. Son quartier-général est situé à Erevan et il a un commandement opérationnel dans les environs de Khankendi, au Nagorno-Karabakh (2005).

Commandos de I’ASALA au Nagorno-Karabakh (2003)

  • Groupe Hayastan, créé le 4 juillet 1991, dirigé par Z. Gulbekian
  • Groupe Haïdad, créé le 2 mars 1992, dirigé par S. Karanjanian
  • Groupe Artsakh, créé le 12 novembre 1989, dirigé par F. Feliksian
  • Groupe Ksammet, créé le 23 février 1990, dirigé par N. Agabekyants
  • Aile Militaire du Dashnaksutun, dirigée par Abakum Avakian
  • Diaspora Arménienne en Russie, dirigée par Edmund Safarian
  • Jaïsh al-Shaab Armenia (Armée Nationale Arménienne), dirigée par Afaran Stepanian

Corrélats : Groupe d’Orly, Organisation du 3 Octobre

Bibliographie choisie : Minassian Gaïdz, Guerre et terrorisme arméniens, Presses Universitaires de France, Paris, 2002

(2)Les estimations sur le nombre de victimes du génocide arménien varient entre 600 000 et 2 millions de morts
(3)Monte Avo Melkonian est né le 25 novembre 1957 en Californie, d’une famille émigrée en 1883. Chef de l’ASALA-1V1R, il combat contre l’Azerbaïdjan au Nagorno-Karabakh, où il dirige la région militaire de Martouni, au début des années 90. 11 meurt au combat à Agdam (Nagorno-Karabakh) en 1993.