Armes de petit calibre

Armes de petit calibre

L’approvisionnement en armes (armes de petit calibre etc.) et en munitions est l’un des soucis majeurs des mouvements terroristes et révolutionnaires. La régularité et la fiabilité de la logistique sont fréquemment les points critiques des mouvements révolutionnaires, qu’ils soient terroristes ou de guérilla.

Sources d’approvisionnement

a) Fabrication artisanale

Dans l’immédiat après-guerre, malgré la disponibilité d’armes de petit calibre issues du conflit mondial, de nombreux mouvements durent recourir à la fabrication artisanale afin de garantir une certaine régularité d’approvisionnement. Ce fut le cas au Vietnam, en Israël et dans le sud-est asiatique en général.

En outre, les dispositions culturelles et artisanales de certaines populations ont favorisé une production locale. Ainsi, à Darra, petite bourgade à 30 km au sud de Peshawar (Pakistan), on fabrique des copies de relativement bonne qualité de toutes sortes d’armes, du Kalachnikov Kalachnikov AK-47 à la mitrailleuse M2-HB de 12,7 mm.

Aux Philippines, depuis la seconde guerre mondiale, s’est développé un artisanat de production d’armes de petit calibre basé sur l’usage de pièces de plomberie. Ces fusils à un coup appelés « Slam Bang » ou « Paliuntod Gun » sont produits en grande quantité sur l’île de Luçon. Le Paliuntod engendrera le développement d’armes de petit calibre plus sophistiquées, utilisant des munitions de chasse, les « Paltik Guns », généralement à un coup. Dès 1972, avec l’application de la loi martiale par le président Marcos, la production artisanale d’armes s’est éteinte pour céder la place aux armes « d’importation », plus puissantes et plus fiables, comme le M-16 américain, ou le FN FAL belge.

La fabrication artisanale des armes de petit calibre a pratiquement disparu en Europe, mais reste répandue en Asie et en Tchétchénie où les combattants islamistes ont une production locale de pistolets-mitrailleurs de petites dimensions. En Afrique, avec l’effondrement du prix des armes (en Afrique australe, le prix courant d’un Kalachnikov AK-47/AKM varie entre 9 et 33 dollars), la fabrication artisanale n’offre que peu d’intérêt.

b) Les sources extérieures

Dès le début des années 60, l’URSS et la Chine approvisionnent les mouvements de libération avec des armes de petit calibre, simples et peu coûteuses, qui sont même le plus souvent fournies gratuitement. Si le fusil d’assaut Kalachnikov AK-47 reste le plus répandu, d’autres armes de petit calibre, comme le Skorpion Vz 61 tchèque ont également été très populaires auprès des mouvements terroristes des années 80.

On trouve également, particulièrement vers la fin des années 80 des armes de petit calibre relativement sophistiquées, comme le pistolet silencieux PBS, qui utilise une cartouche spéciale silencieuse, utilisé par le FMLN au Salvador.

Pour des raisons essentiellement logistiques, les mouvements terroristes opérant en Occident tendent à s’approvisionner sur le marché occidental par le biais de vols, d’acquisition sur le marché commercial. Pour ces mêmes raisons (mais aussi par « discrétion »), l’URSS a fourni des armes de petit calibre occidentales à certains mouvements d’Amérique Centrale, prélevées sur les quelques 791 000 fusils d’assaut M-16 (dont une partie dans leur emballage d’origine!) et plus d’un million d’armes légères diverses laissées derrière elles au Vietnam par les forces US.

Kalachnikov AK-47

armes de petit calibre - Kalachnikov AK-47, AKM
L’AK-47 Kalachnikov, produit à quelque 70 millions d’exemplaires et distribué de manière très “libérale” par l’URSS, la Chine et les autres pays communistes, devenu symbole des mouvements de résistance. [Dessin J. Baud]

Jusqu’à la fin des années 80, l’ ► Irish Republican Army (IRA) était approvisionnée par la Libye, par voie maritime. La Libye cesse alors son soutien logistique et communique même aux autorités britanniques les quantités de matériels fournies. C’est la communauté irlandaise des Etats-Unis qui prend la relève. Les armes sont stockées en République d’Irlande, sous la responsabilité du Southern Command de l’IRA.

Le 3 janvier 2002, l’interception du cargo Karin-A à destination de Gaza par la marine israélienne révèle une cargaison d’armes évaluée à US$ 2 millions et comprenant des roquettes de 107 et 122 mm, des roquettes antichars PG-7 Tandem et PG-7 Nader (fabriquées en 2001 en Iran), des obus de mortier de 120 mm, ainsi que des mines. L’origine du financement ainsi que les coopérations internationales dans cet approvisionnement restent encore obscures, même si les autorités israéliennes en attribuent la responsabilité à l’Iran et au Hezbollah libanais.

 

c) Les vols d’armes

Les vols d’armes et de munitions sont la principale source d’approvisionnement des mouvements terroristes en Europe et en Amérique du Nord.

Le 12 mai 1984, les ► Cellules Communistes Combattantes (CCC) attaquent la caserne «Ratz» du 3eme Chasseurs ardennais, à Vielsalm, de nuit et capturent de nombreuses armes de petit calibre (fusils FAL, FALO, pistolets-mitrailleurs «Vigneron») sont saisies, elles équiperont les CCC et ► Action Directe.

Aux USA, le 23 mars 1993, est annoncée la « disparition » de 2,3 tonnes d’explosif C-4 à l’Aberdeen Proving Ground (Maryland). En 1997, une opération conjointe entre le Federal Bureau of Investigation (FBI), le Bureau of Akohol, Tobacco and Firearms (ATF) et le Naval Criminal Intelligence Service (NCIS) a conduit à l’arrestation d’un réseau de 22 militaires et à la découverte d’un arsenal allant des fusils M-16 aux mines Claymore, en passant par de l’explosif C-4. On estime que plus de 15 000 armes volées ont été expédiées à l’IRA depuis les Etats-Unis.

Vols d’armes et de munitions par l’UÇK (1997)( Information fournie par le gouvernement albanais)

Pistolets, 38000
Fusils d’assaut Kalachnikov AK-47, 226000
Fusils, 351000
Mitrailleuses, 25000
Lance-grenades, 2450
Mortiers, 770
Munitions de 7,62 mm, 1560000000
Munitions de 12,7 mm, 24000000
Grenades, 3500000
Obus de mortiers, 84000
Obus d’artillerie, 70000
Mines antipersonnel, 15000
Mines antichar, 1000000
Détonateurs, 24000000
Explosifs (tonnes), 3600

Les vols d’armes de petit calibre prennent souvent des dimensions importantes. Ainsi, l’ ► Armée de Libération du Kosovo (UÇK), a littéralement pillé les dépôts de l’armée albanaise entre janvier et mars 1997. Certaines de ces armes sont revendues à Tropoja, à proximité des camps d’entraînement de l’UÇK, à 10 km de la frontière de la Serbie / Kosovo (un fusil d’assaut Kalachnikov AK-47 est vendu pour 40 DM).

d) Les armes commerciales

Même si dans certains pays comme la Suisse ou les Etats-Unis l’accès aux armes individuelles est relativement aisé, les armureries commerciales ne constituent pas la source d’approvisionnement privilégiée des terroristes. Le marché parallèle d’armes volées ou d’armes provenant de vieux stocks militaires fournit des armes de qualité militaire à des prix largement inférieurs aux prix commerciaux.

Parmi les possibilités futures des terroristes se trouvent les armes légères non-métalliques, réalisées avec des polymères, du téflon, du verre, du graphite et autres alliages, qui rendent l’arme indétectable aux rayons X. La firme américaine Red Eye Arms Inc., Casselberry (FL), a obtenu en novembre 1987 un brevet pour un pistolet virtuellement indétectable, dont les seules parties métalliques sont les ressorts. Red Eye Arms a assuré que cette arme ne serait fabriquée qu’à l’usage exclusif du gouvernement. Certaines armes, comme les pistolets GLOCKTM utilisent de nombreux composants non-métalliques qui les rendent difficilement détectables.

armes de petit calibre - prix du marche pour un fusil d'assaut Kalachnikov (2011-2013)
Prix du marché pour un fusil d’assaut Kalachnikov (2011-2013)

 

La maîtrise des trafics

Apparue à la fin des années 90, l’idée d’empêcher le trafic et les transferts d’armes légères s’est traduite par la mise sur pied de groupes de travail au niveau international. Toutefois, ces initiatives de traçage et de marquage des armes légères se sont révélées relativement inefficaces dans le terrain car elles tendent à ignorer un certain nombre de faits :

  • La majeure partie des armes de petit calibre en circulation dans le tiers-monde sont antérieures à la fin de la guerre froide. Les armes de la seconde guerre mondiale (armes allemandes : fusil G98 et pistolets-mitrailleurs MP 40 ; armes de petit calibre britanniques : fusil Lee-Enfield, pistolets-mitrailleurs Sten ; armes de petit calibre américaines : carabines M­1, pistolets-mitrailleurs M-3 et pistolets M-1911) continuent à être utilisées. Elles sont généralement issues des stocks de surplus, vendus pour des sommes dérisoires à la fin de la guerre et maintes fois revendues en dehors de tout contrôle gouvernemental ou international — et désormais pratiquement impossible à recenser et à tracer.
  • Les armes de petit calibre de la seconde guerre mondiale ou celles de la famille Kalachnikov, par exemple, ont été copiées ou fabriquées sous licence dans de nombreux pays et/ou par de nombreux sous-traitants. Il en est ainsi, du Colt M-1911 produit durant la seconde guerre par de nombreux fabricants américains différents, tandis que le Kalachnikov AK-47 a été produit dans plus de 10 pays différents. Il en résulte que les armes en circulation dans le monde sont le plus souvent des assemblages réalisés à partir de pièces de rechanges. Les armes de petit calibre américaines, britanniques ou russes, réalisées en très grandes quantités, avec des tolérances I de fabrication relativement élevées peuvent facilement accepter des pièces (ou des munitions) provenant d’autres armes.
  • Il faut que les pays occidentaux — producteurs et fournisseur d’armes, mais également les principaux intéressés à un traçage rigoureux des armes ­de petit calibre appliquent de manière disciplinée et rigoureuse les normes établies. Ainsi, entre 2003 et août 2006, les Etats-Unis ont fourni aux nouveaux ministères irakiens de la défense (forces armées) et de l’intérieur (services de sécurité et police) quelque 370 251 armes légères, pour un montant total légèrement supérieur à 133 millions de dollars. Or, un audit mandaté par le Département de la Défense a montré que seuls 2,7% des armes (soit environ 10 000) ont fait l’objet d’un enregistrement de leur numéro de série selon les normes et que quelque 14 030 armes ont échappé purement et simplement à tout enregistrement ! ( Sources :Office of the Special Inspector General for Iraq Reconstruction, Iraqi Security Forces : Weapons Provided by the US Department of Defense Using the Iraq Relief and Reconstruction Fund, SIGIR-06-033, October 28, 2006.)

 

En Inde, pour lutter contre le terrorisme au Jammu & Cachemire, un programme de rachat des armes de petit calibre et munition a été mis en place :

Bibliographie choisie : Berghezan Georges, Trafics d’armes vers l’Afrique, GRIP, Editions Complexes, Bruxelles, 2002 ; Brau Jean-Louis, Les armes de guérilla, Paris, 1974 ; Department of the Army (US), TM 31-200-1 — Unconventional Warfare Devices And Techniques, Washington DC, 1966 ; Schweitzer Glenn E., Super-Terrorism, New York, 1998 ; Small Arms Survey 2007 — Guns and the city, Cambridge University Press, Cambridge, 2007.

Lien externe