Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)Autres appellations US:
United Self-Defense Forces of Colombia (AUC)
Autodefensas Unidas de Colombia

(Colombie) (Autodefensas Unidas de Colombia) Organisation de contre-guérilla illégale, souvent qualifiée d’extrême-droite, même si son credo est plus dirigé contre les guérillas, qui écument les campagnes colombiennes que la lutte contre le communisme.

Les AUC ont été créées en 1994 et dirigées par Carlos Castaño (alias « Alex », « Caliche », « el Pelao »). A la fin 2002, leurs effectifs sont évalués à 10 500 combattants. Elles figurent sur la liste des mouvements terroristes de l’Executive Order 13224 du Président George W. Bush depuis le 31 octobre 2001).(1)

Dès 2003 est engagé un programme de désarmement et de démobilisation des milices qui conduit au démantèlement presque complet des AUC dès la fin 2006. Toutefois, un certain nombre de groupes se recréent à partir de dissidences liées à la politique de démobilisation. Ces groupes, appelés « Nouveaux Groupes Armés » (NGA) semblent avoir des comportements plus criminels que leurs prédécesseurs et se présentent avec des structures plus floues et moins facilement préhensibles.

Le 24 septembre 2002, John Ashcroft a annoncé l’inculpation de Castaño pour trafic de drogue et les Etats-Unis cherchent à le faire extrader. Il est accusé par les Etats-Unis d’avoir fait passer quelque 17 tonnes de cocaïne en Europe et aux USA depuis 1997.

Historique

Au début des aimées 80, l’usage de milices privées pour se protéger contre les attaques des guérillas marxistes est courant, et toléré par les forces de sécurité, bien que leur existence ne repose sur aucune base légale. C’est le cas de ► Muerte a Secuestradores (MAS) créée en 1981 par les frères Ochoa du Cartel de Medellin. Elles constituent en effet un moyen efficace — et privé — de protéger les citoyens et capable d’agir dans une légalité approximative. Ces milices privées paramilitaires seront interdites en 1989, mais demeureront en place.

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)_Effectifs des milices d'autodefence en Colombie (1986-2000)

Source : Ministère de la Défense Nationale de Colombie, (décembre 2000)

A la fin des années 80, les frères Carlos et Fidel Castaño — dont le père, enlevé par les ► Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) est tué lors de la tentative de libération de l’armée colombienne — créent un escadron de la mort, appelé « Los Tangueros », qui sera responsable d’environ 150 assassinats durant les années 80. A cette époque des milices locales, sociétés de gardiennage, groupes ruraux d’ « autodéfense » pullulent en Colombie. Fidel Castaño les réunit pour former les Autodéfenses Paysannes de Cordoba et Uruba (Autodefensas Campesinas de Córdoba y Uruba — ACCU), une milice rurale qui s’allie rapidement au MAS. Les ACCU sont initialement dirigées par ► Fidel Castaño. Après sa mort, à la fin 1994, l’organisation est reprise par son frère Carlos, qui entreprend de la transformer en une organisation faîtière et de coordination pour les différentes milices d’autodéfense, qui se sont multipliées en Colombie et ont une masse suffisante pour s’opposer aux mouvements de guérilla. Ainsi est créée en 1997, à Cimitarra (Santander), une structure qui prend le nom d’Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), articulées autour de la structure des ACCU.

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)_Massacres attribues aux AUC (1997-octobre 2000)

Les AUC constituent le groupe qui s’est développé le plus rapidement dans les années 90. Elles revendiquent quelque 15 000 militants recrutés dans les rangs de milices d’extrême-droite, d’ex-militaires et policiers et de milices paysannes de défense. Leur objectif est l’élimination des guérillas marxistes et elle lutte contre tous ceux qui leur apportent un soutien (politiciens, enseignants, religieux, syndicalistes, etc.) Leur soutien populaire est important. Comme les autres mouvements insurrectionnels en Colombie, les AUC ont également une action sociale auprès des populations locales. Par exemple, à Barrancabermeja, les AUC ont financé et réalisé un parc d’attraction, qui porte le nom de Fidel Castaño.

Selon le Ministère de la Justice colombien, plus d’un millier de militant de l’AUC sont d’ex-militaires ou policiers licenciés pour avoir outrepassé leurs droits, et sont suspectés de fournir aux AUC des informations et des armes. Les AUC ont fréquemment été accusées par les organisations de défense des droits de l’Homme pour leur soutien aux ► escadrons de la mort, ainsi que l’enrôlement de mineurs dans leurs formations militaires. Selon le gouvernement, les négociations avec les AUC dépendent des éléments suivants :

  • Maintien de la trêve et du processus de démobilisation
  • Libération des otages et personnes enlevées par les paramilitaires
  • Retour dans leurs familles des mineurs sous les armes
  • Autorisation aux personnes déplacées de regagner leur village,

Structures

Charismatique, et jouissant d’un certain soutien en Colombie, Castelo  entreprend de faire, en 2001, de son mouvement un parti politique. Le 6 juin 2001, il restructure son mouvement : il crée une Direction Politico-Militaire (DIPO» dont il prend la tête, et un Commandement Central (Etat-Major) de 9 personnes, à la tête duquel se trouve Ramén Isaza comme nouveau commandant militaire.

Les divers mouvements qui composent les AUC présentent cependant des divergences importantes sur les questions de la collaboration avec les narcotrafiquants et la démobilisation des milices. Si les AUC affirment représenter plus de 90% de leurs militants, des estimations plus réalistes placent la représentation entre 70% et 80%.(2) D’importantes factions du mouvement refusent initialement la trêve : le Bloque Élmer Cárdenas (BEC), les Autodefensas Campesinas del Magdalena Medio Antioquetio et le Bloque Metro ► Double Zéro refusent d’appliquer l’accord de démobilisation. Des affrontements entre le Bloque Metro et le Bloque Cacique Nutibara (BCN) ont lieu dès la fin 2002.

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)_Structure generale des AUC (2004)

Avec le retrait des Autodéfenses du Casanare et du Bloque Tolima, l’indépendance de Ramon Isaza et l’isolation du Bloque Central Bolivar, les AUC doivent repenser leur structure. La nouvelle structure tourne autour des ACCU (qui représentent environ 70% du potentiel des AUC).

Les AUC sont organisés en commandements régionaux, subdivisés en unités d’autodéfense locales, avec leurs formations d’appui, et des « fronts » de combat, capables de se déplacer rapidement pour mener des actions offensives. Tous les militants et combattant des AUC reçoivent un salaire, de la nourriture, un uniforme et une arme avec munitions.

La structure des AUC apparaît relativement mouvante et évoluer avec une certaine « autonomie » régionale au gré d’alliances qui se modifient rapidement. Une image précise des structures des AUC est difficile. A la fin novembre 2002, la nouvelle structure des AUC/MNA a la configuration suivante :

Composantes des AUC (2007)

Dirección Politica y Militar de l’AUC, dirigée par les commandants Carlos Castaño, Salvatore Mancuso, José Vicente Castelo, Ramón Isaza

Autodefensas Campesinas de Córdoba y Urabá (ACCU), commandé par Salvatore Mancuso Gómez (alias Santander Lozada). Situé au Sud du département de Cordoba, il a été démantelé et 925 de ses combattants directement subordonnés ont été démobilisés le 18 janvier 2005. Il était composé des

  • Bloque Norte, dirigé par Salvatore Mancuso, Jorge Cuarenta, Diego Vecino Camilo et opérant dans les départements de Magdalena, de Guajira, du César, du Bolivar et de Sucre. Il est démantelé et 2 215 combattants ont été démobilisés le 8 mars 2006.
  • Bloque Élmer Cárdenas (BEC), dirigé par Alfredo Alemán (alias el Alemán) et Hermógenes Maza. Le BEC est l’un des blocs dont l’expansion a été la plus rapide. Ses effectifs sont de l’ordre de 1 500 hommes. Il opère le long de la frontière avec le Panama et dans les départements d’Antioquia et du Choco.
  • Bloque Calima,(3) dirigé par « Hernan Hernández » et créé en juillet 1999. En 2002, il compte 200 combattants et opère au centre et dans la partie orientale du Valle del Cauca (dans les secteurs Dagua, Calima, Restrepo et Buenaventura). Son chef est Hernan Hernandez (alias « Franklin »), Jhon Bainer Romero Lopez (25 ans) (alias « Zéro Un »), chef des opérations urbaines a été arrêté en mars 2002 avec son second et chef des opérations Luis Jesús Gómez Agame (24 ans) (alias « Double U »). Il se composait de quatre « fronts » :
    - Frente Mártires de Ortega, dirigé par Elkin José Casarrubia (alias El Cura) et qui compte 120 combattants. Il est présent dans les départements de Valle (commune de Jamundi), de Cauca (communes de Buenos Aires, Timba, Suarez, Morales). Démantelé.
    - Frente Cacique Calarca, dirigé par le commandant « Giovanni » avec 400 combattants. Il est actif dans les communes de Tulúa, Buga, San Pedro, Sevilla, Caicedonia, Bugalagrande et Buenaventura. Démantelé.
    Frente Calima, dirigé par le commandant « Hernán Hernández » et compte 280 combattants. Démantelé.
    – Frente Pacifico, dirigé par Bellaisad Durán avec une centaine de combattants, actifs dans les régions de Buenaventura et Dagua. Ce front n’a pas été démantelé.

Le 18 décembre 2004, le Bloque Calima démobilise ses structures à l’exception du Frente Pacifico, soit 557 combattants.

  • Bloque Bananero, dirigé par Pedro Ponte. Il a été démantelé et 453 de ses combattants ont été démobilisés le 25 novembre 2004.
  • Bloque Centauros del Llano, dirigé par Francisco Garcia Paisano (alias « Pirata ») et « Jaime »
  • Bloque Centauros, dirigé par José Vicente Castaño Gil et opérant dans le département de Casanare. Il est démantelé et 1 135 combattants ont été démobilisés le 5 septembre 2005.
  • Bloque Farallones. Ses effectifs sont évalués à environ 500 combattants. Il opère le long de la « Cordillière Occidentale », à l’ouest de Cali. Il est subdivisé en compagnies, dont la Compañia Huracanes, qui opère dans la région de Naya, à proximité de la côte.
  • Bloque Guaviare, dirigé par Miguel Paisano et Carlos Mario
  • Bloque Mineros, dirigé par Ramiro Vanoy Murillo (alias « Cuco ») et Luis Ocampo et opérant au nord du département d’Antioquia. Il est démantelé et 2 790 combattants ont été démobilisés le 20 janvier 2006.
  • Bloque Móvil Cacique Calarcá (BCN), dirigé par « Orión ». Ses effectifs sont de 140 combattants et il opère au Nord du Valle del Cauca.
  • Bloque Noroccidente Antioqueño, dirigé par Luis Arnulfo Tuberquia et opérant au centre-nord du département d’Antioquia. Il est démantelé et 222 combattants ont été démobilisés le 11 septembre 2005.
  • Bloque Occidente Antioqueño, dirigé par Alfredo Memin
  • Bloque Pacifico, dirigé par Adolfo Paz. Il compte environ 150 hommes et opère essentiellement entre le port de Buenaventura et la partie occidentale du Valle del Cauca. Il est démantelé et 358 combattants ont été démobilisés le 23 août 2005.
  • Bloque Suroeste Antioqueño, dirigé par René Posada
  • Bloque Tolima, dirigé par Daniel Roa et Martin Emilio et opérant au centre du département de Tolima. Il est démantelé et 207 combattants ont été démobilisés le 25 octobre 2005.

Autodefensas Campesinas del Magdalena Medio Antioqueho (ACMMA), (également connue sous le nom de Autodefensas de Ramón Isaza), dirigées par les commandants Ramón Isaza Arango (alias « el Viejo »), Maguiver et Roque. Il opère à cheval sur les départements d’Antioquia, de Santander, de Caldas et du Tolima. Il est démantelé et 990 combattants ont été démobilisés le 7 février 2006. Il se compose essentiellement du :

  • Bloque Cacique Nutibara (BCN), dirigé par Jovanni Jesús Marin Zapata. Il est démantelé et 873 combattants sont démobilisés le 25 novembre 2003.
  • Autodefensas Campesinas de Puerto Boyacá, dirigées par le Comandante Victor Triana Botalón et le Comandante César et opérant sur la frontière entre les départements de Santander et de Boyaca. Il est démantelé et 742 combattants ont été démobilisés le 6 février 2006.
  • Autodefensas Campesinas del Sur del Cesar (ACSUC) dirigées par le Comandante Francisco Tabares
  • Bloque Central Bolívar (BCB), dirigé par Javier Montañéz, Julián Bolívar, Ernesto Báez a des effectifs évalués à 4 000 combattants. Il est démantelé et 552 combattants ont été démobilisés le 15 février 2006. Ses principaux fronts sont :
    – Frente Próceres del Caguan
    – Frente Héroes de los Andaquies
    – Frente Héroes de Florencia
  • Bloque Central Bolívar — Sur de Bolivar, dirigé par Carlos Mario Jiménez Naranjo et opérant au centre-nord du département de Bolivar. Il est démantelé et 2 523 combattants ont été démobilisés le 31 janvier 2006.
  • Autodefensas del Tolima y el Quindío dirigées par Daniel Roa et Martin Emilio
  • Autodefensas del Putumayo, dirigées par Rafael Mesa
  • Autodefensas del Arauca dirigées par Rubén Ramos
  • Autodefensas de Cundinamarca dirigées par Luis Eduardo Cifuentes Águila et Esteban Triana. Elles opéraient sur la commune de Yacopi, dans le département du Cundinamarca. Elles ont été démantelées et 147 combattants ont été démobilisés le 9 décembre 2004.
  • Autodefensas de la Sierra Nevada de Santa Maria, dirigées par Hernán Giraldo Sema (alias « el Viejo », « el Cucho », ou « el Padrino »(6)
  • Autodefensas Campesinas de Ortega, dirigées par Ruvinder Becoche. 11 est démantelé et 168 combattants sont démobilisés le 11 décembre 2003.
  • Autodefensas del Sur del Magdalena e Isla de San Fernando, dirigée par José Maria Barrera Ortiz. Il a été démantelé et 47 combattants ont été démobilisés le 4 décembre 2004.
  • Bloque Catatumbo, dirigé par Salvatore Mancuso et situé le long de la frontière vénézuélienne sur la commune de Tibú dans le département du Nord Santander. Il a été démantelé et 1 437 combattants ont été démobilisés le 10 décembre 2004.
  • Frente Suroeste Antioqueño, dirigé par Alcides De Jesús Durango et opérant au sud-ouest du département d’Antioquia. Il a été démantelé et 127 combattants ont été démobilisés le 30 janvier 2005.
  • Frente Mojana, dirigé par Eder Pedraza Perla et opérant au sud du département de Sucre. Il a été démantelé et 109 combattants ont été démobilisés le 2 février 2005.
  • Bloque Heroes de Tolova, dirigé par Diego Fernando Murillo Bejarano et opérant à l’ouest du département de Cordoba. Il a été démantelé et 464 combattants ont été démobilisés le 15 juin 2005.
  • Bloque Montes de Maria, dirigé par Edwar Cobos Téliez et opérant dans l’ouest du département de Bolivar. Il a été démantelé et 594 combattants ont été démobilisés le 14 juillet 2005.
  • Bloque Libertadores del Sur, dirigé par Carlos Mario Jimenez Naranjo et opérant à l’ouest du département de Narifio à la frontière avec la Bolivie. Il a été démantelé et 689 combattants ont été démobilisés le 30 juillet 2005.
  • Bloque Héroes de Granada, dirigé par Daniel Alberto Mejia Angel et opérant au sud du département d’Antioquia. Il a été démantelé et 2 033 combattants ont été démobilisés le 5 août 2005.
  • Autodefensas Campesinas del Meta y Vichada, dirigé par José Baldomero Linares et opérant sur la frontière entre les départements de Meta et de Vichada. Il a été démantelé et 209 combattants ont été démobilisés le 6 août 2005.
  • Frente Vichada, dirigé par Carlos Mario Jiménez Naranjo et Rodrigo Pérez Alzate et opérant au sud du département de Vichada. Il est démantelé et 325 combattants ont été démobilisés le 24 septembre 2005.
  • Frente Noreste Antioqueño, Bajo Cauca y Magdalena Medio, dirigé par Carlos Mario Jiménez Naranjo et opérant à cheval sur les départements d’Antioquia, du Magdalena et du Bolivar. Il est démantelé et 1 922 combattants ont été démobilisés le 12 décembre 2005.
  • Frente Mártires de Guática, dirigé par Carlos Mario Jiménez Naranjo et opérant sur la côte à l’ouest du département de Risaralda. Il est démantelé et 552 combattants ont été démobilisés le 15 décembre 2005.
  • Bloque Vencedores de Arauca, dirigé par Miguel Angel Melchor Mjia Múnera et opérant à cheval sur la frontières des départements d’Arauca et du Casanare. Il est démantelé et 548 combattants ont été démobilisés le 23 décembre 2005.
  • Bloque Resistencia Tayrona, dirigé par Hernán Giraldo Sema et opérant au nord du département de Magdalena à cheval sur la frontière avec le département du Guajira. Il est démantelé et 1 166 combattants ont été démobilisés le 3 février 2006.
  • Frente Sur del Putumayo, dirigé par Carlos Mario Jiménez Naranjo et opérant à l’ouest du département de Putumayo. Il est démantelé et 504 combattants ont été démobilisés le 6 mars 2006.
  • Frente Julio Peinado Becerra, dirigé par Juan Francisco Prada et opérant au sud du département du César et à cheval sur la frontière avec le département de Santander. Il est démantelé et 251 combattants ont été démobilisés le 4 mars 2006.

Liens avec les narcotrafiquants

L’AUC reconnaît recevoir quelque 2 millions de dollars en « taxes » sur la culture de la coca, mais se défend d’être impliquée dans le trafic de drogue. A la fin 2000, le Département d’Etat américain a mis l’AUC sur sa liste des organisations terroristes étrangères et, le 31 octobre 2001, les AUC ont été portés sur la liste des mouvements terroristes de l’Executive Order 13224.(4)

En février 2001, le commandant des Autodéfenses de la Sierra Nevada de Santa Marta, Hernán Giraldo et son lieutenant Jairo Musso (alias Pacho) ont nié avoir des liens avec les narcotrafiquants, en dépit du fait qu’un groupe de combat de Musso ait assassiné deux agents de la DEA(5) et trois agents de la police des stupéfiants colombiens. Le Commandant Castaño a exigé que le commandant Giraldo livre son lieutenant à la justice. Le 9 juin 2002, Castaño a dénoncé, dans un communiqué public, Iván Roberto Duque (alias Ernesto Báez), chef politique des AUC, Rafael Mesa (alias Rafa) commandant des Autodéfenses du Putumayo et Javier Montañes, chef des Autodéfenses du Sud de Bolivar pour leurs liens avec les narcotrafiquants.

Toutefois, la relative autonomie dans laquelle agissent les divers groupes formant les AUC ne permet pas de maîtriser les débordements. Sans doute renforcé par le sentiment d’agir au profit de la « légalité » et contre les mouvements insurrectionnels, certaines unités des AUC se sont compromises avec les narcotrafiquants, compromettant la légitimité de l’ensemble. Le 17 juillet 2002, Caste et Mancuso annoncent l’expulsion du Bloque Llanero — et son commandant ► Guillermo Rene Acosta(6) — des AUC et la transformation de l’organisation en un « Mouvement National des Autodéfenses » restructuré. En outre, le 5 septembre 2002, 15 chefs des AUC ont signé un manifeste interdisant la collaboration avec les narcotrafiquants. Ce qui n’a pas empêché que Ramiro « Cuco » Vanoy, chef du Bloque Mineros, et co-signataire du communiqué, a été inculpé par la cour fédérale de Miami (Floride) à la fin 2002 pour trafic de stupéfiants. Le Bloque Central Bolivar (BCB) s’est désolidarisé de cette initiative en prétendant que la collaboration avec les « narcos » est nécessaire pour lutter contre les mouvements insurrectionnels.

Le processus de démobilisation

Dès son accession au pouvoir en 2002, le président Alvaro Uribe Veléz, par l’intermédiaire de l’église catholique, a entamé un processus de négociation avec les AUC. En octobre 2002, les AUC manifestent leur intérêt pour un processus de cessation des hostilités, qui est initié dès la fin de l’année. Dans un document adressé le 29 novembre 2002 au président de la république, la direction politique des AUC annonce une trêve unilatérale au fer décembre 2002 (tout en se gardant le droit de riposter aux agressions des FARC et de l’ELN) et déclare vouloir cesser les hostilités et initier un processus de négociation avec les autorités.

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)_Zone operationnelle des AUC (2002)

Source : Ministère de la Défense de Colombie (2003)

Autodefenses Unies de Colombie (AUC)_Nouveaux groupes armes (2007)

Source : Fondation pour la Sécurité et la Démocratie (Bogota)

Cette déclaration est suivie par une déclaration similaire du Bloque Central Bolivar (BCB), qui annonce une « cessation unilatérale, inconditionnelle et indéfinie des hostilités à partir de zéro heure le 5 décembre 2002 », puis, le 8 décembre, de l’Alliance Orientale(7). Sur cette base le gouvernement établit une Commission Exploratoire de Paix (CEP) destinée à établir un contact officiel avec ces groupes et d’entamer un processus de négociation.

Ce processus aboutit, le 15 juillet 2003, à la signature, de l’Accord de Santa Fe Ralito pour contribuer à la paix en Colombie. Les AUC s’engagent à démobiliser leurs divers groupes avant le 31 décembre 2005, dans un processus graduel.

Le gouvernement s’engage quant à lui à prendre les mesures nécessaires à la réintégration des combattants dans la vie civile. Le 25 novembre 2003, le Bloque Cacique Nutibara (BCN) et ses 873 combattants dirigés par ► Giovanni Marin (alias Commandant R), sont le premier groupe à remettre officiellement leurs armes(8) aux autorités colombiennes à Medellin.

Toutefois, l’insécurité générée par les guérillas marxistes (FARC et ELN) qui subsistent, encouragent la création de nouvelles milices d’autodéfense locales. Ces Nouveaux Groupes Armés (NGA) semblent cependant utiliser l’alibi politique pour s’orienter vers une violence criminelle. Les structures de ces groupes sont mouvantes et mal connues. Ainsi, paradoxalement le démantèlement des AUC a eu pour conséquence une recrudescence de l’insécurité.

Bibliographie choisie : Castaño Carlos, Colombia, siglo XXI: las Autodefensas y la paz, [Urabá, Colombia]: Talleres Colombia Libre, 1999, 631 p. ; Spencer David, Colombia paramilitaries: criminal of political force? (Foreword by Douglas C. Lovelace, Jr.). Carlisle Barracks, PA., U.S.A.: Strategic Studies Institute, U.S. Army War College, (Plan Colombia Series), 2001. ISBN 158487077X. ; República de Colombia – Ministerio de Defensa National. Los Grupos ilegales de Autodefensa en Colombia. Décembre 2000.

Source Internet : www.colombialibre.org

Corrélat : ► Organisations terroristes

(1)L’Executive Order (décret présidentiel) 13224 du 23 septembre 2001, signé par le Président George W. Bush, a pour objectif le gel des avoirs d’individus et d’organisations politiques ou commerciales soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme international, dont Al-Qaïda. La liste des individus et organisations concernées est constamment remise à jour.
(2)Libération (18.07.2003)
(3)Egalement appelé Bloque Conjunto Calima Pacifico (BCC).
(4)L’Executive Order (décret présidentiel) 13224 du 23 septembre 2001, signé par le Président George W. Bush, a pour objectif le gel des avoirs d’individus et d’organisations politiques ou commerciales soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme international, dont Al-Qaïda. La liste des individus et organisations concernées est constamment remise à jour.
(5)Drug Enforcement Agency — Agence responsable de la lutte contre la drogue aux Etats-Unis.
(6)En fait, la raison de cette expulsion est l’enlèvement contre rançon de l’homme d’affaire vénézuélien Richard Boulton, fortement médiatisée, qui avait mobilisé les organisations de défense des droits de l’Homme et considérablement nui aux AUC.
(7)L’Alliance Orientale est un regroupement informel des Autodefensas Campesinas de Casanare et des Autodefensas de Meta y Vichada, à l’est du pays.
(8)En fait, il semble qu’à cette occasion, seules 112 armes aient été remises. Les commentateurs ont noté que certaines armes — comme des AR-15 avec lunette — qui avaient été observées précédemment, ne se trouvaient pas parmi les armes remises. Par ailleurs, tous les offices régionaux du BCN n’ont pas été fermés et des attaques menées par le BCN continuent à être rapportées par des groupes rivaux, comme le Bloque Metro. (Jane’s Intelligence Review, janvier 2004)