Bashmarga

(Soudan) Milices locales organisées par les tribus Four au Darfour. Entre 2004­2005, une partie d’entre elles a été progressivement intégrée dans la ► Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A). Issues des communautés locales, ces milices restent majoritairement indépendantes du gouvernement ou d’autres groupements rebelles et sont également couvertes par la désignation de ► Janjaweed.

Dès la fin des années 80, avec la sécheresse et l’avancée du désert, les populations du Nord du Darfour (principalement de l’ethnie Zaghawa, mais pas seulement) se sont progressivement déplacées vers le Sud, créant des tensions avec les fermiers locaux. Les tribus Four, composées essentiellement d’agriculteurs ont donc constitué des groupes d’autodéfense locaux destinés à protéger le bétail et les cultures. Rapidement, ces milices s’organisent et se structurent et sont désignées Bashmarga par les populations darfouriennes.

L’étude des actions des Bashmarga permettent de dégager trois priorités : la protection contre les actions hostiles des tribus arabes et des autres ethnies darfouriennes (Zaghawa, entre autres), l’expulsion des populations arabes des terres Four et la libération des terres traditionnellement Four occupées par d’autres tribus.

En 1987-89, puis dès 2002, les milices Bashmarga s’affrontent violemment avec les populations arabes résidant sur leur territoire (essentiellement le Djebel Marra). Ces affrontements les conduisent à s’attaquer aux garnisons des forces de sécurité (forces du ministère de l’Intérieur et de l’armée), qui sont réputées défendre les intérêts des populations arabes.

Dès 2001, certaines milices Bashmarga s’associent avec des milices ► Toroboro (Zaghawa) afin d’améliorer leurs capacités militaires contre les forces de sécurité, attirant ainsi des Zaghawa dans la zone du Djebel Marra.

Dès la fin des années 90, le Mouvement Populaire de Libération du Soudan (voir

4 Sudan People ‘s Liberation Movement/Army — SPLM/A) de John Garang au Sud Soudan s’intéresse à la situation au Darfour afin d’y ouvrir un second front, qui allégerait la pression gouvernementale contre la SPLA. Des contacts sont établis et des instructeurs vont former les Bashmarga dans la région du Djebel Marra.

Le mouvement Bashmarga n’a pas de cadre politique pour son action, qui reste très lié aux conditions locales. Cette particularité conduit à un éclatement de ces milices, dont certains chefs — comme Abdel Wahed Mohammad Nour, qui créera le ► Sudan Liberation Movement/Armyont des ambitions politiques dépassant le cadre local.

Bashmarga_Bases des Bashmarga au Darfour Occidental (2005)

Les Bashmarga — milices locales souvent assimilées aux milices Janjaweed sont constituées de miliciens de la tribu des Fours, dont le territoire traditionnel est indiqué en pointillé.

Les milices Bashmarga restent fortement actives dans les parties centrales et occidentales du Darfour. Leur caractère à la fois tribal et autonome, ainsi que l’absence de claire ligne politique ont été la cause de nombreuses dérives criminelles. Leur mode d’action les fait souvent confondre — probablement à dessein — avec la notion de I Janjaweed, qui reste — en Occident tout au moins ­fortement associée à des milices parrainées par le gouvernement.