bioterrorisme

Terrorisme utilisant pour armes des moyens biologiques ou bactériologiques. Souvent désignées comme l’« arme nucléaire du pauvre » les armes biologiques font partie de l’arsenal que l’on attribue aux mouvements, terroristes depuis l’attaque à l’arme chimique exécutée par la secte AUM Shinri Kyo en 1995, et avec la découverte de l’arsenal biologique irakien.

La manifestation la plus récente du bioterrorisme a été la campagne d’action à l’anthrax, menée aux USA contre des cibles sélectionnées du monde politique et des médias. L’« Amerithrax » a démontré que les capacités des armes biologiques en termes de « destruction de masse » restent très relatives, et nécessitent une technologie sophistiquée de dissémination pour être efficaces.

On envisage généralement le bioterrorisme sous la forme d’une dissémination de grande envergure destinée à provoquer des pertes massives dans la population. En fait, la dissémination par lettres, moins spectaculaire et tout aussi aléatoire constitue en soi une « nouveauté ». De fait, la dissémination de « nuages de spores » exige une technologie particulière : les spores doivent pouvoir rester suffisamment longtemps en suspension dans l’air pour pouvoir être inhalés, mais ils doivent être suffisamment lourds pour rester groupés et former une concentration suffisante, ils doivent être résistants aux variations d’humidité et de température, le nuage doit être suffisamment large pour être significatif, les spores doivent être dispersés sans être endommagés par explosion ou combustion, etc.

Dès son apparition, l’Amerithrax présentait toutes les caractéristiques d’un problème intérieur aux USA, mais sa coïncidence avec les événements de septembre 2001 a orienté les recherches des services de renseignements vers les réseaux djihadistes. La nature des objectifs et la séquence des attaques dans le temps, de même que la provenance des souches d’anthrax tendaient à exclure l’implication de l’Irak dans cette action, qui a pourtant été montré du doigt par le FB1 américain, et dont on a évoqué les liens avec des agents d’ « Al-Qaïda ».(1)

L’anthrax a toujours été l’une des menaces les plus souvent mentionnées. Le bacillus anthracis, responsable de la maladie est en effet relativement facile à produire et a fait l’objet d’importantes recherches (et productions) militaires en Union soviétique, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Irak. Le bacille n’a cependant pas toujours les mêmes caractéristiques et la même virulence et présente des différences génétiques dans son aptitude à libérer les toxines dangereuses. Ces différences génétiques se matérialisent dans des souches différentes qui peuvent être identifiées facilement. De plus, afin de permettre un usage militaire efficace, les germes sont associés à des matières qui les rendent suffisamment lourds, afin de permettre une large dissémination dans l’air, mais suffisamment légers pour qu’ils restent en suspension dans l’air et ainsi augmenter la probabilité d’être inhalés. L’Amerithrax était associé à du dioxyde de silicium — une caractéristique de l’anthrax « américain » — alors que l’anthrax produit en Irak est associé à de la bentonite.

bioterrorisme_Principales maladies envisageables pour usage terroriste

 

Au-delà de la dimension technique, la finalité de l’Amerithrax apparaît difficilement et ne semble pas s’inscrire dans un cadre terroriste à proprement parler, mais se rapproche davantage d’une criminalité en série. En effet, le terrorisme est généralement vecteur d’un message, et il se cache rarement derrière d’autres actes criminels, car alors sa rationalité disparaîtrait. On assiste généralement à une « sur-revendication » des attentats, plutôt qu’à une « sous-revendication ». Bien souvent même, la revendication arrive avant l’attentat lui-même, ce qui permet de convoyer le message à un coût humain faible. Or, dans le cas de l’Amerithrax, l’inverse est observé : on a davantage l’impression d’un individu à tendance criminelle, qui prend le paravent des attentats du 11 septembre pour agir.

La variole pourrait constituer une menace particulière : objet d’une lutte mondiale au plan médical entre’ 1967 et 1977, la variole est considérée aujourd’hui comme éradiquée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La conséquence en est que les souches de la maladie ont été détruites(2) et que le vaccin n’est plus produit. Une des mesures adoptée par de nombreux pays a été de reconstituer un stock de vaccins.

Corrélats : ► Aryan Nations, ► Irak, ► superterrorisme, ► terrorisme nucléaire, ► terrorisme religieux

(1)Le 26 octobre 2001, l’auteur annonçait au journal télévisé de la Télévision Suisse Romande l’implication de mouvements d’extrême droite américains dans les attaques d’anthrax, alors que les services de renseignements préconisaient une action d’Al-Qaïda. Le 28 octobre, le FBI annonçait officiellement le lien entre l’Amerithrax avec des mouvements intérieurs américains et l’arrêt des recherches en connexion avec le réseau Al-Qaïda.
(2)Officiellement, il ne reste que deux laboratoires sécurisés qui conservent des souches de variole depuis 1994, à Atlanta (Etats-Unis) et Novossibirsk (Russie). Le virus de la variole est très résistant à la déshydratation et à de nombreux désinfectants et peut être conservé plusieurs années à des températures de —20°C ou plusieurs mois à température ambiante.