Califat

(Global) Forme d’Etat mis en place par les successeurs de Mohammed, puis par les Ottomans entre 632 jusqu’ à son abolition par le fondateur de la Turquie moderne, Moustafa Kemal Atatürk, et 1924. Avec des variations, il a couvert le Proche et Moyen-Orient et le pourtour de la Méditerranée.
En 1991, le refus des Etats-Unis de quitter l’Arabie Saoudite à la demande du gouvernement saoudien après la première guerre du Golfe a été le déclencheur d’une lame de fond islamiste radicale initialement dirigée contre la présence américaine au Moyen-Orient. Elargies à des coalitions occidentales qui ont suivi aveuglément les Etats-Unis, les interventions en Afghanistan et en Irak ont non seulement augmenté le nombre des djihadistes, mais – plus important – leur ont donné une légitimité nouvelle, dans laquelle l’idée de la résurrection du Califat est apparue. Cette idée était, cependant, restée très limitée et souvent partie d’un « bruit de fond » rhétorique des mouvements islamistes, plutôt qu’un projet concret.

Le 29 juin 2014, l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) a publié une carte de sa vision pour l’établissement d’un Califat sur le pourtour de la Méditerranée. L’étude de cette carte permet plusieurs conclusions.

Califat

En premier lieu, il existe un projet, une vision. Même si la publication de cette carte a provoqué de multiples réactions au sein même de l’opposition islamiste syrienne et plus largement dans le monde musulman, elle indique qu’il existe une vision sur l’établissement même d’un califat. La nature de celui-ci, son horizon temporel, son leadership et sa structure restent des sujets de controverses et d’oppositions au sein même du mouvement djihadiste, et a fortiori au sein de la communauté musulmane. Néanmoins, cette représentation graphique confirme le discours de certains militants islamistes. Il est à noter que malgré les affirmations de pays comme les Etats-Unis aient brandi la menace de la création d’un Califat par « Al-Qaïda », les attentats terroristes islamistes des années 90 et qui ont culminé au 11 septembre 2001 n’avaient pas pour objectif d’instaurer un Califat, mais avant tout d’obtenir le retrait occidental primairement de l’Arabie Saoudite et secondairement des pays musulmans.

En deuxième lieu, il est intéressant de constater que si l’idée d’instaurer un Califat a déjà été évoquée à de nombreuses reprises par des islamistes à travers le monde, c’est la première fois qu’un groupe djihadiste précise sa pensée et lui donne corps à travers une carte relativement précise. Les évocations précédentes semblaient généralement beaucoup plus limitées dans l’espace, se limitant souvent à un seul pays voire une partie de celui-ci. Comme on pouvait déjà le discerner dans les déclarations de divers islamistes ces dernières années, son extension reste très proche de l’extension maximale du Califat des Omeyyades (entre le 8e et le 15e siècle) auquel est ajoutée l’extension de l’Empire Ottoman au 16e siècle. En clair, et même si une partie de l’Europe est incluse dans ce projet, il reste limité à restaurer la grandeur du passé et n’apparait pas comme un projet moderne et plus ambitieux. Même si d’autres cartes représentant un califat s’étendant sur l’ensemble de la planète ont circulé par la suite sur internet, la présente représentation tend à contredire les affirmations simplistes que l’on avait entendues peu après le 11 septembre 2011 – et largement répandues aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne – selon lesquelles des attentats étaient le prélude à un projet de conquête mondiale.

En troisième lieu, ses implications au niveau du remodelage des frontières au même sein du monde musulman – avec des conséquences économiques et politiques considérables – seront vraisemblablement ses limitations les plus immédiates. L’impératif d’avoir une vision commune comme précurseur au sein de la communauté musulmane (Ummah) pour la mise en place d’un tel projet semble déjà très compromis et constitue en soi un obstacle primordial, faisant de cette carte une vision de l’esprit. C’est sans doute l’un des facteurs qui a convaincu l’Arabie Saoudite et le Qatar – pourtant les promoteurs et financiers des divers « printemps arabes » – d’intervenir afin de lutter contre le développement incontrôlé de cette révolution sunnite.

La genèse du Califat

En juin 2014, le leader de l’Etat Islamique (EI) Abou Bakr al-Baghdadi (Amir al-Mu’minin) annonçait l’établissement du Califat en Irak et en Syrie. Nous ne discuterons pas ici les questions de fond liées à la pertinence d’un Califat et ses aspects doctrinaux, mais nous concentrerons sur la doctrine qui prévaut pour son établissement, qui semble faire appel à un processus établi et assez précisément décrit par l’EI lui-même. Il est intéressant de constater que ce processus est largement inspiré de l’histoire de la genèse de l’Islam au VIIe siècle, tout comme les principes révolutionnaires de Mao Zedong étaient naguère basés sur son expérience de la « Longue Marche ».

L’établissement du Califat souvent évoqué par les islamistes se réfère à la période où un Etat islamique (sous l’autorité d’un Calife) s’étendait de l’Orient à la côte atlantique, et qui a coïncidé avec l’une des périodes les plus brillantes de la culture arabe. A l’époque où la civilisation européenne sombrait dans l’obscurantisme du moyen-âge après la chute de l’empire romain, le Califat des Omeyyades (661-750), puis des Abbassides (750-1517) ont encouragé un incomparable développement des arts et des sciences, qui ont largement influencé l’Occident. C’est dès le déclin de ces Califats que se sont développées l’Europe et sa présence dans le monde. Le dernier Califat a été celui des Ottomans qui s’étend de 1517 à son démantèlement en 1924, à la suite de la première guerre mondiale.

Le processus décrit aujourd’hui par l’Etat Islamique est très largement inspiré par l’histoire du Califat et la stratégie utilisée par le prophète Mohammed lors de sa conquête de la péninsule arabique. Il se décompose en cinq phases:

genèse du Califat
Genèse du Califat

Corrélat ► Etat Islamique (EI)