Marg

Marg

(Afghanistan) (« Mort ») Apparu à la fin janvier 2015, le groupe « Marg » (« Mort » en dari) est un groupe clairement orienté contre l’Etat Islamique en Afghanistan et contre les Taliban. Certains groupes armés dans la province de Jawzjan au Nord, et au Sud du pays (notamment dans la province du Helmand) ont fait allégeance à l’Etat Islamique. Le groupe Marg rassemblerait plusieurs des combattants d’origine turkmène et ouzbèkes engagés dans la lutte contre les Taliban. Ses effectifs annoncés d’environ 5000 combattants, apparaissent surévalués, même s’il est probable que le Marg soit associé avec d’autres milices et tribus opposées aux Taliban, comme les Tadjiks et ait reçu le soutien de quelques chefs tels que Dostom (Chef du Junbish-e Milli-yi Islami-yi Afghanistan) et Atta Mohammed Nour (Gouverneur de la Province du Balkh).

Etat Islamique (EI)

EIILEtat Islamique (EI)

Autres appellations :

Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wa’l-Sham
Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL)
Etat Islamique en Irak et en Syrie (EIIS)
Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL)
Etat Islamique d’Irak et de Syrie (EIIS)
Islamic State in Iraq and Greater Syria (ISIS)
Islamic State in Irak and Syria (ISIS)
Islamic State in Iraq and Sham (ISIS)
Islamic State (IS)

Internet:
#EIIL #ISIS #ISIL

(Syrie) (Al-Dawlah al-Islamiyah) L’Etat Islamique est un développement de l’Etat Islamique en Irak et au Levant  apparu lui-même en 2012 comme un développement de l’ ► Etat Islamique en Irak. Il est dirigé par l’ex-émir de l’Etat Islamique en Irak (EII), Abu Bakr al-Baghdadi et vise à reconstituer le « Califat » où s’appliquerait la loi islamique.  L’expression « Levant » (al-Sham) désigne une vaste zone du Proche-Orient sans frontières définies, qui avait été divisée par la France et la Grande-Bretagne après la première guerre mondiale afin de créer le Liban, la Syrie et une partie de l’Irak.

EI Genesis

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonçait dans un message radiophonique que le ► Jabhat al-Nosrah (JN) déjà actif en Syrie avait rejoint l’EIIL, ce que le JN a démenti par la suite, conduisant à des tensions entre les deux groupes. En Irak, où EIIL a fait une progression spectaculaire durant la première moitié de 2014, il reste opposé à de nombreux groupes, dont le Jamaat Ansar al-Islam (JAI), le Jaysh al-Mujahideen (JM) et le Jaysh al-Tariqa al-Naqshbandia (JRTN).

C’est cette progression rapide, à la faveur d’une armée irakienne mal encadrée et une perte du contrôle de la frontière entre la Syrie et l’Irak par les deux gouvernements respectifs, qui encourage l’EIIL à se développer.

En Syrie, une des composantes majeures de l’EI est son secteur Nord (qui comprend les gouvernorats de Lattaquié, d’Idlib, d’Alep, et du Raqqa) dirigé par Omar Shishani, un tchéchène recruté par Sheikh Abou Bakr al-Baghdadi au sein du  Jaïsh al-Muhajireen wal-Ansar (JMA).

En janvier 2014, une dispute a éclaté entre le Front des Révolutionaires Syriens, le Jaïsh al-Mujaheddin (Armée des Mujaheddin), le ► Jabhah al-Islamiyya (Front Islamique) et l’ ► Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Contrairement aux structures militaires occidentales, l’EIIL n’a pas de structure organique déterminée et est composé d’unités qui se sont associées volontairement au mouvement. Ainsi, ces affrontements ont provoqué des réactions de ses différentes composantes, qui ont reconsidéré leur participation et dont certaines on choisi de prêter allégeance (Bayat) au Jabhat al-Nosrah (JN):

  • Al-Idarah al-Islamiyyah Li’l-Khidamat al-Amah,
  • Kataeb Issa bin Maryam (Phalanges du Fils de Marie),

Sarayat Salah al-Din (Unité de Saladin),

  • Katibat Dar’a al-Sham al-Islamiyyah (Phalange du Levant Islamique de Dara),
  • Katibat Asimat al-Ghoutah,
  • Katibat Nour al-Ghoutah (Phalange de la Lumière de Ghouta)
  • Katibat Jounoud al-Rahman (Phalange de l’Armée du Miséricordieux).
  • Katibat Musaab bin Umayr (Phalange de Mousaab bin Umayr);
  • Katibat Suqur al-Izz (Phalange des Aigles de l’Honneur);
  • Harakat Abna al-Islam (Mouvement des Fils de l’Islam).

Tandis que d’autres ont simplement opté pour se retirer de ces affrontements, comme:

  • Liwa al-Dawoud (Brigade al-Dawoud);
  • Liwa Omar al-Mokhtar (Brigade Omar al-Mokhtar)

En avril 2014, d’autres phalanges ont décidé de quitter l’EIIL au profit du JN après les injonctions d’ ► Aïman al-Zawahiri pour que l’EIIL se dissolve:

  • Kataeb Jounoud al-Haqq
  • Katibat Bayariq al-Sunna
  • Liwa al-Qadisiya al-Islamiya
  • Liwa al-Mujahid Omar al-Mukhtar
  • Kataeb Allahu Akbar
  • Liwa Allahu Akbar

Le 29 juin 2014, l’EIIL change son nom pour celui d’Etat Islamique (EI) (al-Dawlah al-Islamiyah) et publie une carte de sa vision d’un « Califat ».

Califat

Principaux camps d'entraînement de l'EI en Irak et en Syrie (2014)
Principaux camps d’entraînement de l’EI en Irak et en Syrie (2014)

Menace sur l’Occident

Tous les experts s’accordent pour estimer que l’EI ne constitue pas une menace directe pour l’Occident. Les réactions aux déclarations des présidents Obama et Hollande sur la question des frappes aériennes contre l’EI en Irak ont été empreintes de scepticisme. D’un côté il apparait nécessaire d’agir face à la menace que certaines populations non-musulmanes d’Irak et de Syrie, mais d’autre part, on constate qu’en l’absence de menace directe sur l’Occident, ces frappes ne font qu’attiser la situation.

L’apparition de l’EI est la conséquence directe et combinée de la mauvaise gestion de l’après-première Guerre du Golfe (1990-91), par les Occidentaux, de l’intervention américaine en Irak en 2003, et de l’incapacité américaine de gérer l’après-Saddam Hussein. Avant 1990, les mouvements islamistes sunnites étaient quasi-inexistants en Irak ; pas seulement en raison de la rigueur du régime de Saddam Hussein qui était fondamentalement laïc – mais aussi et surtout car il y existait une forme de domination sunnite. Dès la première guerre du Golfe, le dictat imposé sur l’Irak par l’Occident (à travers les Nations Unies) (embargo international, zones d’interdiction de vol, etc.) et l’appui clandestin accordé aux mouvements rebelles chiites par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont stimulé l’apparition d’un radicalisme sunnite en Irak. En 1991, cette évolution a d’ailleurs contraint Saddam Hussein à modifier le drapeau du pays en y ajoutant la mention « Allahu Akbar », afin de calmer les éléments sunnites radicaux. Cette dimension islamiste a été complètement ignorée par les services de renseignement américains (et des autres services de la Coalition occidentale) lors de la planification de l’intervention de 2003 et  a acquis sa pleine dimension lors de la phase d’occupation de l’Irak.

L’absence de stratégie américaine pour la reconstruction de l’Irak, l’obsession d’empêcher un retour du régime baasiste – et l’incapacité des Etats-Unis à identifier le nouveau rôle régional de l’Iran – a progressivement conduit la présence occidentale à être détestée par les communautés chiites et sunnites. La « stratégie » du général Petraeus, simpliste et non-basée sur une appréciation holistique de la situation a donné l’illusion d’une adhésion des communautés sunnites de l’Anbar, grâce à « l’achat » de leur collaboration à coups de millions de dollars et d’armement a donné l’illusion d’une stabilisation, mais a en fait renforcé les forces islamistes dans le pays.

Outre la distribution d’armes aux mouvements islamiques de l’Anbar, la perte par les Etats-Unis d’un stock d’environ 190’000 armes légères (non répertoriées) dans la seconde moitié de 2004, a très largement contribué à accroitre la capacité des rebelles islamistes irakiens.

L’enfermement de la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme dans le concept (inventé de toutes pièces) d’ « Al-Qaeda » a empêché toute négociation avec des mouvements sunnites qui étaient essentiellement des mouvements de résistance à l’occupation étrangère. L’absence de nuances dans la lecture du mot « djihad » par les Etats-Unis a été la cause première du développement d’une résistance qui s’est donné une légitimité au-delà des frontières de l’Irak.

L’action internationale et la pression que l’Occident tente d’exercer sur le monde islamique pour l’adoption de principes qui restent perçus comme occidentaux même s’ils sont qualifiés d’ « universels » (comme les droits de l’Homme ou les droits des Femmes, voire la démocratie) joue un rôle mobilisateur et de catalyseur de l’islamisme militant. Dans ce contexte, il faut également mentionner Israël, qui, aveuglé par sa rivalité avec le régime syrien, a – dans un premier temps, en 2011 – délibérément appuyé militairement la rébellion islamiste avant de freiner cette aide, mais en maintenant une pression constante sur le régime syrien. Ainsi, les frappes islamistes contre les villages israéliens de la région du Golan, sont « punies » par des frappes sur les forces gouvernementales syriennes ! Ces réactions absurdes, associées à l’action spectaculaire de juillet 2014 contre la Bande de Gaza a très largement contribué à asseoir la légitimité de l’EI et de ses actions brutales. Apparemment, des cellules de l’EI sont déjà actives dans les territoires palestiniens et combattues par le Hamas et l’Autorité Palestinienne. Il pourrait s’agir d’une stratégie d’Israël afin de saper la capacité de ses adversaires traditionnels, dont la Syrie. Ceci pourrait expliquer les informations (non-confirmées, mais fournies par le site canadien GlobalResearch.ca, habituellement bien informé – voir : http://www.globalresearch.ca/isis-leader-abu-bakr-al-baghdadi-trained-by-israeli-mossad-nsa-documents-reveal/5391593) selon lesquelles, Al-Baghdadi aurait été soutenu par Israël.

Les bombardements de l’EI proposés par les Etats-Unis et la France auront sans aucun doute des effets positifs au niveau tactique en tuant l’un ou l’autre des dirigeants islamistes ou en détruisant des positions militaires. En revanche, ils risquent de renforcer la posture stratégique et la légitimité des djihadistes dans le moyen et long terme. Selon des informations non confirmées, mais qui semblent s’inscrire dans une tendance observée depuis le début 2014, l’annonce des frappes aériennes américaines et françaises contre l’EI en août 2014 aurait déjà provoqué une recrudescence des volontaires étrangers en Syrie. Ces frappes pourraient ainsi avoir un effet similaire aux frappes aériennes contre des chefs de la résistance afghane au Pakistan, qui ont déstabilisé le gouvernement Moucharraf et accentué le radicalisme à l’intérieur du pays.

Structure territoriale

Bien qu’il se prétende « Etat », l’EI n’a pas une véritable structure territoriale. Comme la plupart des groupes rebelles islamistes en Syrie, il dispose d’institutions rudimentaires qui lui servent à imposer et faire respecter la loi islamique (charia) et assurer la conduite politique du groupe. En l’état, même si les experts, médias et gouvernements occidentaux entretiennent parfois cette dimension étatique afin de « noircir le tableau », l’EI n’a ni les structures, ni les moyens d’être un Etat. Il reste un groupe radical, composite, hétérogène malgré sa dimension islamiste rigoriste, et qui occupe – plus qu’il ne contrôle – les zones qu’il revendique.

EI 201406

EI 201502

Structure EI

 

Corrélat ► Califat

Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Base du Djihad dans la Péninsule ArabiqueBase du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Autres appellations:

Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA)
Organisation de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique
Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab

Autres appellations US:
Al-Qa’ida in the Arabian Peninsula (AQAP)
al-Qa’ida in the South Arabian Peninsula
al-Qa’ida in Yemen
al-Qa’ida of Jihad Organization in the Arabian Peninsula
al-Qa’ida Organization in the Arabian Peninsula
► Ansar al-Shari’a

AQAP
AQY

(Arabie Saoudite/Yémen) (Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab) La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) est un groupe islamiste sunnite djihadiste de tendance salafiste apparu au Yémen en 2009 et dirigé par Sheikh Nasser al-Ansi. Il serait issu d’un groupe d’ex-combattants moudjahiddin  revenu d’Afghanistan  en 1990 et qui auraient formé successivement plusieurs groupes djihadistes, le Djihad Islamique au Yémen (1990-1994), l’Armée d’Aden Abyan (1994-1998) et ce que l’on a appelé Al-Qaïda au Yémen au début des années 2000. La BDPA est souvent désignée comme une « franchise » d’ « Al-Qaïda », même si elle apparait davantage comme un groupe localisé dans la péninsule arabique.

La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique est fortement engagée dans les combats contre le gouvernement et la communauté des Houtis (Chiites) au Nord du pays. C’est la menace d’une opération de BDPA qui a imposé la fermeture des diverses missions diplomatiques des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud.

Depuis 2012, et grâce aux interventions américaines sous diverses formes (bombardement par drones, forces spéciales, etc.), la BPDA a acquis un profil élevé au sein de la communauté djihadiste. Ses publications (notamment “Inspire”), bien faites et riches en “exemples concrets” sont largement répandues dans les milieux radicaux. Sa récente publication d’une véritable doctrine opérationnelle djihadiste nous éclaire sur quelques principes.

La doctrine opérationnelle du Djihad armé (selon BDPA)

Après les menaces récentes de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) (également appelée, en Occident, Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) et de l’Etat Islamique, contre l’Occident, et leurs revendications des attentats de Paris en janvier 2015, les récentes publications de ces deux entités nous donnent un éclairage intéressant sur leur manière de penser et d’envisager leur combat.

C’est donc une opportunité pour repenser nos stratégies d’action contre le terrorisme, afin qu’elles soient plus intelligentes, plus efficaces et plus préventives.

Appel à la Résistance Islamique Globale (ARIG)

L’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) est le concept générique dans lequel prend place l’action djihadiste. On en retiendra le terme de « Résistance » qui suggère que – dans l’esprit de ses auteurs – il s’agit d’un combat qui répond à une agression (ou ce qui est ressenti comme tel). C’est une indication précieuse, car elle implique que cette résistance est fonction de sollicitations qui sont – d’une manière ou d’une autre – sous le contrôle de l’Occident, et que donc – en théorie tout au moins – il serait possible de mettre un frein à la violence. En théorie cependant, car l’action occidentale – notamment en Irak et en Libye, en favorisant et stimulant l’éclosion de mouvements islamistes durables – a initié des tendances irréversibles dans le moyen terme.

Principes de base

Les djihadistes constatent que la dissymétrie entre les moyens utilisés par les occidentaux et ceux utilisés par la Résistance exige une adaptation des stratégies d’action. Un certain nombre de constatations sont faites :

  • L’échec opérationnel des organisations clandestines structurées face à des campagnes sécuritaires internationales et à des coordinations internationales et régionales; et donc la nécessité de disposer de structures plus souples capables de résister à l’arrestation de leurs membres et à l’usage de la torture.
  • L’incapacité des structures clandestines d’atteindre et d’intégrer toutes les ressources de la jeunesse de l’Oummah (Communauté des Croyants) qui voudraient s’engager dans le djihad et à participer à toutes sortes d’activités sans vouloir assumer des responsabilités dans une structure centralisées.
  • La présence d’un adversaire réparti dans des zones très larges, avec des objectifs variés et sur des sites très distants, rend difficile le combat sur des fronts ouverts et menés par des structures centralisées.
  • Conséquence de l’utilisation par l’adversaire de bombardements aériens par missiles et des frappes aériennes, dirigées par des satellites, qui peuvent également voir sous la surface du sol, qui rendent difficile des confrontations ouvertes à partir de positions permanentes, sont des facteurs reconnus qui doivent être pris en considération dans la planification du combat.

Il découle de ces constatations des principes généraux de la théorie de l’action djihadiste individuelle à travers l’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) sont :

  1. Propager la culture de la Résistance et en faire un phénomène stratégique cohérent et pas seulement un ensemble de réactions individuelles.
  2. Propager l’idéologie de la Résistance, son programme, ses bases légales et politiques, et ses théories opérationnelles afin qu’elles soient accessibles à la jeunesse de la communauté islamique (Oummah), qui veut fortement participer au Djihad et à la Résistance.
  3. Diriger les combattants de la Résistance vers des zones d’opération adaptées au Djihad par Terrorisme Individuel.
  4. Diriger les combattants de la Résistance vers les objectifs les plus significatifs qu’ils doivent viser dans des opérations de Résistance et le Djihad de petites unités.
  5. Propager les sciences et les connaissances légales, politiques, militaires et autres nécessaires aux moudjahidin pour mener des opérations de Résistance, sans courir le risque d’une dislocation des réseaux comme cela peut être le cas avec des structures centralisées.
  6. Instruire les jeunes en matière de méthodes opérationnelles pour l’établissement de cellules de Résistance comme un « système d’action » (nizam al-amal) et non comme une « organisation d’action clandestine » (tanzim lil-amal) (…)
  7. Coordonner les efforts de sorte à combiner leurs résultats en un mécanisme qui désoriente l’ennemi et l’épuise, tout en stimulant l’esprit de la Nation Islamique afin qu’il s’associe au phénomène de Résistance.

Théorie militaire de l’ARIG

Il en résulte une réflexion sur la lutte armée qui base l’ARIG sur deux piliers ou deux formes de Djihad :

  • Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi) avec les activités clandestines de petites unités indépendantes; il est la première étape vers l’autre forme de Djihad et l’appuie.
  • Le Djihad par Front Ouvert, lorsque les conditions le permettent, est un affrontement ouvert à partir de positions établies contre un agresseur, qui permet la confrontation sur le terrain et la saisie de territoires indispensables à l’émergence d’un Etat – objectif final de la Résistance.

Le Djihad par Front Ouvert

Le Djihad par Front Ouvert peut être assimilé à la guerre de guérilla et n’a des chances de succès que s’il intervient dans un environnement géo-militaire particulier. Il peut être précédé par une phase de Djihad par Terrorisme Individuel.

Le contexte géographique doit répondre à un certain nombre de critères tels que :

  • Un espace suffisant, qui permette la dispersion des moyens et ne les rende pas vulnérable aux frappes aériennes ;
  • De longues frontières, qui permettent le repli dans des sanctuaires ;
  • Etre suffisamment étendu pour ne pas permettre d’être assiégé ;
  • Présenter une topographie difficile (forêts, montagnes, etc.) qui favorise la concentration de l’adversaire et le canalise lors des confrontations avec des forces au sol.
  • Offrir suffisamment de ressources (vivres, eau, etc.) pour permettre aux combattants de survivre.

En matière de population, les zones les plus adéquates comportent une population nombreuse aux mouvements difficilement contrôlable comme les zones rurales denses ou les zones urbaines.

En matière politique, les facteurs doivent si possible comprendre une cause capable de mobiliser la population, qui puisse se superposer au djihad. Cette cause devrait pouvoir mobiliser la Nation Islamique toute entière qui pourra ainsi appuyer la population en question et participer au Djihad sous forme morale, financière ou autre. La cause la plus appropriée est la résistance à une agression étrangère à laquelle peut s’ajouter des raisons religieuses, politiques, économiques et sociales. En matière de guérilla on appelle cela le « climat révolutionnaire », ici il est appelé le « climat du djihad ».

Le Proche-Orient est un terrain idéal pour le Djihad par Front Ouvert : « Il y a une abondance d’armes et d’équipement dans la région, qui a également une grande diversité de frontières, de côtes et de cols. Israël constitue un motif pour la cause islamique globale, et l’occupation américaine permet d’ay ajouter une dimension révolutionnaire, qui est une excellente clé pour le Djihad »

Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi)

Alors que l’Occident juge le terrorisme en fonction de ses effets, les djihadistes le considèrent en fonction de ses motivations et distinguent deux types de terrorisme[1] :

  1. Le terrorisme blâmable (irhab madhmum), qui est le terrorisme du mensonge (irhab al-batil) et de l’usage de la force du mensonge (quwwat al-batil) et est défini comme les actions, discours ou comportement qui ont pour but de blesser ou de terroriser les innocents sans une juste cause. Ce type de terrorisme comprend le terrorisme associé au vol, au brigandage, aux envahisseurs, aux assaillants, aux oppresseurs et aux dirigeants illégitimes des peuples. L’auteur d’un acte de terrorisme de cette sorte doit être puni en fonction de ses actes et de leurs effets. (Nota : Cette définition proche de la notion de « terrorisme d’Etat » souvent évoquée en Occident, concerne plus particulièrement les bombardements occidentaux par drones ou missiles de croisière, contre lesquels on ne peut se prémunir et qui frappent de manière « très mal discriminée » combattants et non-combattants et qui sont vus comme particulièrement lâches dans le monde islamique.)
  2. Le terrorisme louable (irhab mahmud) est le contraire du terrorisme blâmable. Il est le terrorisme du juste qui a été injustement traité. Il vise à combattre l’injustice dont est victime l’oppressé et est pratiqué de sorte à terroriser et repousser l’oppresseur. Le terrorisme des hommes de la sécurité qui se battent contre les voleurs et les brigands est de même nature que le terrorisme de ceux qui résistent à une occupation, et le terrorisme des peuples « qui se défendent contre les servants de Satan ». (Nota : Cette lecture du terrorisme rejoint la position de certains pays en voie de développement dans les discussions sur la définition du terrorisme dans les enceintes internationales comme l’ONU, avec en point de mire des situations telles que l’occupation israélienne des territoires palestiniens.)

Le recours au terrorisme individuel est donc mené « dans des situations ou les moudjahidin repoussent leurs ennemis et la terreur ennemie par un djihad défensif » (voir Inspire, p. 31, mars 2011).

Zones de terrorisme individuel

Zones de terrorisme

En ce qui concerne le Djihad par Terrorisme Individuel, la liste des théâtres de Djihad arrangée par ordre d’importance sont: [2]

  1. Les pays de la péninsule arabique (Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Yémen, etc.), du Levant (Liban, Syrie, Jordanie, Israël), l’Egypte et l’Irak. Cette zone comprend les lieux saints, le pétrole, Israël, et la présence militaire et économique américaine. Elle accueillera l’Assemblée Victorieuse (Al-Taïfah al-Mansourah) qui dirigera l’Islam.
  2. Les pays d’Afrique du Nord de la Libye à la Mauritanie (Maghreb). Cette zone est riche en intérêt occidentaux, en particuliers des principaux pays européens, alliés des Etats-Unis et de l’OTAN.
  3. La Turquie, le Pakistan et les pays d’Asie Centrale. Ils représentent la deuxième plus grande réserve de pétrole du monde, ainsi que les intérêts militaires, économiques et stratégiques américains. Ils comportent des mouvements islamistes importants et ancrés dans l’Histoire, qui sont vus comme la profondeur stratégique des mouvements djihadistes et de Résistance arabes.
  4. Le reste du monde islamique: les Américains et leurs allies y ont des intérêts importants. Cette partie du monde islamique comprend l’essence de la Résistance, à savoir des centaines de millions de musulmans de jeunes membres de la Nation Islamique, qui sympathise avec sa cause et est prête à s’engager dans le Djihad et la Résistance.
  5. Les intérêts américains et alliés dans les pays du Tiers-monde, en particulier dans les pays qui participent aux campagnes des Croisés. En raison des faibles mesures de sécurité qui règnent dans ces pays, le Djihad peut ici reposer sur les moudjahiddin qui vivent dans ces pays et y ont une vie normale. Ils peuvent se déplacer librement, se cacher et acquérir des informations sur l’adversaire et s’en occuper facilement.
  6. Les pays européens alliés des Etats-Unis et qui participent à leurs guerres. Ici, est importante la présence d’anciennes et grandes communautés musulmanes en Europe, dont le nombre dépasse 45 millions d’individus, auxquels s’ajoutent des communautés de plusieurs millions en Australie, au Canada, et en Amérique du Sud. L’Europe est particulièrement significative en raison de la proximité avec le monde arabe et musulman et les intérêts multiples qui les lient, ainsi que des nombreuses communications entre eux. Les musulmans dans ces pays sont comme les autres musulmans, le devoir de djihad de repousser l’adversaire et lui résister repose sur leurs épaules comme les musulmans des autres pays du monde (p.ex. les musulmans résidant dans le monde arabe et islamique). L’action dans ces pays est sujette aux règles de l’équilibre entre le gain politique et les dégâts politiques, en regard des positions des pays européens. Il s’agit d’avoir des stratégies qui permettent de gagner le soutien des populations tout en évitant de leur porter préjudice.
  7. Le cœur de l’Amérique elle-même, en le ciblant par des actions stratégiques efficaces.

Commentaires

  • Les priorités définies par la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) ne sont pas nécessairement les mêmes que celles définies par d’autres groupes ou mouvements djihadistes, mais sont indicatives d’une tendance et d’une manière de penser.
  • Les quatre premières priorités du Djihad par Terrorisme Individuel concernent le monde islamique et Israël et non le monde occidental. Ce qui tendrait à infirmer l’idée trop répandue que le terrorisme vise à installer l’Islam en Occident et que la Chrétienté est l’objectif des djihadistes. En fait, ces priorités sont en cohérence avec la notion de djihad, qui consiste à protéger l’islam des influences extérieures, et non à conquérir de nouveaux territoires.
  • On constate une relative bonne corrélation avec la vision du Califat attribuée à l’Etat Islamique. Avec cependant une différence majeure : l’action contre les pays européens est essentiellement fonction de leur action dans le monde islamique et leur soutien aux Etats-Unis dans ce contexte. Des pays comme la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et d’autres, sont donc des priorités uniquement en raison de leur participation à un conflit. Les pays comme le Portugal ou l’Espagne – constituant pourtant l’ancien « el-Andalus » (« Le Jardin ») de l’ancien Califat – ne font pas partie des priorités du Terrorisme Individuel.
  • Malgré le fait qu’Israël fasse partie de la zone de première priorité, il continue à combattre les gouvernements légaux de cette zone. Ainsi, aux incidents de frontières imputables aux rebelles islamistes, Israël riposte sur les forces du gouvernement syrien.

La question de l’attaque contre des civils

La question de s’attaquer à des civils est manifestement interprétée par les djihadistes de manière différente qu’en Occident. Toutefois, plusieurs écoles de pensée existent et apparemment, le débat au sein de la mouvance djihadiste est vivace.

Alors que les Occidentaux tendent à faire une distinction entre civils et combattants, les djihadistes, eux, divisent la population d’une zone de guerre (Dar al-Harb) en « croyants » et « incroyants ». Parmi les incroyants, on distingue ceux qui luttent contre l’islam et ceux qui ne luttent pas contre l’islam.

Le point commun de ces diverses tendances est de considérer que les innocents sont des victimes collatérales, dont on accepte implicitement le sacrifice au nom d’un objectif supérieur constitué par la religion. Dans ce contexte, certains évoquent l’exemple de l’usage de catapultes par Mohammed durant le siège d’Alexandrie, dont les projectiles touchaient également des victimes non-combattantes. Bien qu’il soit recommandé de tenir compte de la présence de ces victimes potentielles, la nécessité militaire semble avoir la primauté. (Note : Ceci n’est d’ailleurs pas très différent de la position occidentale, puisque l’engagement de drones américains pour des « attaques ciblées » contre des terroristes. Une étude publiée en septembre 2012 par l’Ecole de Droit de Stanford et de la New York University – « Living under Drones » – a établi que seuls 2% des personnes tuées par drones sont effectivement des terroristes)

La vraie question, qui n’est pas vraiment répondue de manière claire et satisfaisante est de savoir s’il est autorisé de « cibler » des populations civiles. Ce qui conduit à la discussion sur la définition du mot « innocent ». Les individus qui, sans être impliqués directement dans un combat, soutiennent matériellement ou moralement un des adversaires ne sont pas considérés par de nombreux groupes djihadistes comme innocents. Il en est ainsi de journalistes, ou de représentants d’organisations caritatives chrétiennes, etc.

Conclusions

Cette doctrine doit être lue avec précaution. En dépit du profil croissant de BDPA, sa vision du combat djihadiste reste une vision “locale”. Les divergences et conflits entre les diverses factions qui mènent le djihad laissent supposer que cette doctrine opérationnelle n’est pas nécessairement partagée par d’autres groupe. Néanmoins, le fait que la BDPA ait revendiqué – et probablement commandité – l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 tend à démontrer que le groupe cherche à sortir de sion contexte local et avoir un rôle plus global, rendant ainsi sa doctrine opérationnelle pertinente dans l’analyse du terrorisme global.

[1] En arabe, le mot terrorisme (« irhab ») vient du verbe « arhaba » (terroriser) et la terreur est « al-rahab ». Celui qui terrorise est donc l’ “irhabi » et sa victime est le « murharb » ou « marhub ».

[2] D’après Abou Moussab al-Souri, “The Jihadi Experiences: The main arenas of operation for individual jihad”, Inspire, Fall 2011, p.18

 

Corrélat : ► Organisations terroristes

Lien externe

Yémen

Yémen

Après avoir activement soutenu de nombreux mouvements terroristes durant les années 70, le Sud-Yémen a fortement ralenti ses activités durant les années 80. Apparemment, certains membres de mouvements terroristes de ces années, comme Organisation ► Abou Nidal.

Aujourd’hui, et surtout depuis la chute de l’URSS, Sanaa cherche à renouer le dialogue avec les pays occidentaux et ses voisins arabes. Le Yémen est devenu un pays victime du terrorisme islamiste djihadiste, essentiellement dirigé contre le gouvernement et ses liens avec l’étranger. Toutefois, l’éclatement d’une rébellion des chiites zaydites(1) au nord du pays, dans le gouvernorat de Sa’ada, en 2004, a conduit le gouvernement a s’engager brutalement contre les rebelles chiites. Dirigée par Hussein al-Houti, la rébellion zaydite tend à gagner en importance. Cette situation a conduit le président Ali Abdullah Saleh à conclure des alliances contre nature avec les mouvements dijahistes de Tarik al-Fadli et d’Abd-el-Majid bin Aziz al-Zindani  pour former une « armée populaire » destinée à combattre les insurgés.

Plusieurs facteurs ont influencé le développement du radicalisme au Yémen. En premier lieu, l’importance croissante du chiisme au Moyen-Orient, conséquence directe de l’intervention bien peu réfléchie des Etats-Unis en Irak, a accentué les craintes de l’Arabie Saoudite et renforcé le soutien aux mouvements sunnites radicaux. En second lieu, l’obsession des Etats-Unis à combattre « Al-Qaïda » partout dans le monde au mépris des souverainetés nationales n’a fait que renforcer la volonté djihadiste (qui est fondamentalement dirigée contre l’interventionnisme occidental sous toutes ses formes). Ainsi, les bombardements aériens effectués au moyen de drones depuis la base aérienne du camp Lemonnier à Djibouti a donné une légitimité nouvelle aux djihadistes.

Comme la plupart des révoltes du « printemps arabe », celle du Yémen a été parrainée par les forces radicales sunnites, qui sont ainsi parvenues à renverser le président Ali Abdallah Saleh (chiite). Le nouveau président, Abd Rabbuh Mansur Hadi, est originaire du Sud et continue à porter une attention plus soutenue envers la rébellion zaydite au nord, qu’envers les groupes radicaux sunnites du Sud, même si le gouvernement a connu quelques succès contre les djihadistes. Ainsi, les forces yéménites ont démantelé l’ « Emirat de Waqar » à Jaar en juin 2012.

Forces en présence au Yémen (2013)
Forces en présence au Yémen (2013)

Les principaux mouvements radicaux armés actifs au Yémen sont :

a) Mouvements et groupes sunnites

  • La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) – également appelée abusivement “Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique” ou AQAP selon son appellation anglosaxonne.
  • Le Mouvement du Djihad Yéménite, apparu en 1992 et dirigé par Tarik al-Fadli, qui a revendiqué une série d’attentats à la bombe en 1997, mais dont l’existence a été réfutée par les autorités du pays. En fait, ce mouvement semble être allié avec les forces gouvernementales pour combattre
  • l’ ► Ansar al-Qaïda (Partisans d’Al-Qaïda) évoqué dans le cadre de l’attentat contre le pétrolier français Limburg. Son existence n’est pas démontrée.
  • l’ ► Armée Islamique d’Aden (AIA) principal coupable de l’attentat contre l’USS Cole.
  • Armée du Groupe Suicide 66 – Aile Militante de Bin Laden, qui avait menacé les Occidentaux résidant au Yémen d’attaques à l’anthrax en février 1999. L’existence de ce groupe est spéculative.
  • Kataeb Jound al-Yemen (Phalanges de l’Armée du Yémen) groupe djihadiste sunnite souvent associé à « ► Al-Qaïda », il est notamment l’auteur d’un attentat à la roquette contre l’ambassade d’Italie de Sanaa, le 30 avril 2008.
  • Al-Islah, mouvement sunnite, considéré comme affilié au mouvement djihadiste international, dirigé par Abd-el-Majid bin Aziz al-Zindani.
  • Al-Hirak, mouvement sunnite qui regroupe les provinces du Yémen du Sud, qui revendiquent l’indépendance. Les récentes propositions du gouvernement yéménite pour former une structure fédérale accordant plus d’autonomie aux diverses provinces n’ont pas calmé les velléités d’indépendance. Il comprend les ► Kataeb Shuhada al-Junub (Phalanges des Martyrs du Sud) qui utilisent des méthodes particulièrement brutales dans sa lutte contre les forces de sécurité.

b) mouvements et groupes chiites (zaïdites)

(1)L’imamat Zaydite du Yémen a été créé en 890 par Yayah ibn al-Hussein et a subsisté jusqu’à nos jours. Etat indépendant jusqu’en 1539 à la conquête des Ottomans, il déclare la guerre au Turcs en 1595. Cela conduit au départ des Ottomans en 1635 et à l’indépendance du Yémen jusqu’en 1872. Reconquis alors par les Ottomans, le Yémen n’accédera à son indépendance qu’avec la chute de l’Empire ottoman à la fin de la première guerre mondiale. Une suite de coups d’Etat a finalement établi la République Arabe du Yémen en septembre 1962 et marqué la fin de l’imamat. Actuellement les Zaydites constituent environ 40-45% de la population yéménite et sont essentiellement présents au nord du Yémen.

Lien externe

Califat

(Global) Forme d’Etat mis en place par les successeurs de Mohammed, puis par les Ottomans entre 632 jusqu’ à son abolition par le fondateur de la Turquie moderne, Moustafa Kemal Atatürk, et 1924. Avec des variations, il a couvert le Proche et Moyen-Orient et le pourtour de la Méditerranée.
En 1991, le refus des Etats-Unis de quitter l’Arabie Saoudite à la demande du gouvernement saoudien après la première guerre du Golfe a été le déclencheur d’une lame de fond islamiste radicale initialement dirigée contre la présence américaine au Moyen-Orient. Elargies à des coalitions occidentales qui ont suivi aveuglément les Etats-Unis, les interventions en Afghanistan et en Irak ont non seulement augmenté le nombre des djihadistes, mais – plus important – leur ont donné une légitimité nouvelle, dans laquelle l’idée de la résurrection du Califat est apparue. Cette idée était, cependant, restée très limitée et souvent partie d’un « bruit de fond » rhétorique des mouvements islamistes, plutôt qu’un projet concret.

Le 29 juin 2014, l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) a publié une carte de sa vision pour l’établissement d’un Califat sur le pourtour de la Méditerranée. L’étude de cette carte permet plusieurs conclusions.

Califat

En premier lieu, il existe un projet, une vision. Même si la publication de cette carte a provoqué de multiples réactions au sein même de l’opposition islamiste syrienne et plus largement dans le monde musulman, elle indique qu’il existe une vision sur l’établissement même d’un califat. La nature de celui-ci, son horizon temporel, son leadership et sa structure restent des sujets de controverses et d’oppositions au sein même du mouvement djihadiste, et a fortiori au sein de la communauté musulmane. Néanmoins, cette représentation graphique confirme le discours de certains militants islamistes. Il est à noter que malgré les affirmations de pays comme les Etats-Unis aient brandi la menace de la création d’un Califat par « Al-Qaïda », les attentats terroristes islamistes des années 90 et qui ont culminé au 11 septembre 2001 n’avaient pas pour objectif d’instaurer un Califat, mais avant tout d’obtenir le retrait occidental primairement de l’Arabie Saoudite et secondairement des pays musulmans.

En deuxième lieu, il est intéressant de constater que si l’idée d’instaurer un Califat a déjà été évoquée à de nombreuses reprises par des islamistes à travers le monde, c’est la première fois qu’un groupe djihadiste précise sa pensée et lui donne corps à travers une carte relativement précise. Les évocations précédentes semblaient généralement beaucoup plus limitées dans l’espace, se limitant souvent à un seul pays voire une partie de celui-ci. Comme on pouvait déjà le discerner dans les déclarations de divers islamistes ces dernières années, son extension reste très proche de l’extension maximale du Califat des Omeyyades (entre le 8e et le 15e siècle) auquel est ajoutée l’extension de l’Empire Ottoman au 16e siècle. En clair, et même si une partie de l’Europe est incluse dans ce projet, il reste limité à restaurer la grandeur du passé et n’apparait pas comme un projet moderne et plus ambitieux. Même si d’autres cartes représentant un califat s’étendant sur l’ensemble de la planète ont circulé par la suite sur internet, la présente représentation tend à contredire les affirmations simplistes que l’on avait entendues peu après le 11 septembre 2011 – et largement répandues aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne – selon lesquelles des attentats étaient le prélude à un projet de conquête mondiale.

En troisième lieu, ses implications au niveau du remodelage des frontières au même sein du monde musulman – avec des conséquences économiques et politiques considérables – seront vraisemblablement ses limitations les plus immédiates. L’impératif d’avoir une vision commune comme précurseur au sein de la communauté musulmane (Ummah) pour la mise en place d’un tel projet semble déjà très compromis et constitue en soi un obstacle primordial, faisant de cette carte une vision de l’esprit. C’est sans doute l’un des facteurs qui a convaincu l’Arabie Saoudite et le Qatar – pourtant les promoteurs et financiers des divers « printemps arabes » – d’intervenir afin de lutter contre le développement incontrôlé de cette révolution sunnite.

La genèse du Califat

En juin 2014, le leader de l’Etat Islamique (EI) Abou Bakr al-Baghdadi (Amir al-Mu’minin) annonçait l’établissement du Califat en Irak et en Syrie. Nous ne discuterons pas ici les questions de fond liées à la pertinence d’un Califat et ses aspects doctrinaux, mais nous concentrerons sur la doctrine qui prévaut pour son établissement, qui semble faire appel à un processus établi et assez précisément décrit par l’EI lui-même. Il est intéressant de constater que ce processus est largement inspiré de l’histoire de la genèse de l’Islam au VIIe siècle, tout comme les principes révolutionnaires de Mao Zedong étaient naguère basés sur son expérience de la « Longue Marche ».

L’établissement du Califat souvent évoqué par les islamistes se réfère à la période où un Etat islamique (sous l’autorité d’un Calife) s’étendait de l’Orient à la côte atlantique, et qui a coïncidé avec l’une des périodes les plus brillantes de la culture arabe. A l’époque où la civilisation européenne sombrait dans l’obscurantisme du moyen-âge après la chute de l’empire romain, le Califat des Omeyyades (661-750), puis des Abbassides (750-1517) ont encouragé un incomparable développement des arts et des sciences, qui ont largement influencé l’Occident. C’est dès le déclin de ces Califats que se sont développées l’Europe et sa présence dans le monde. Le dernier Califat a été celui des Ottomans qui s’étend de 1517 à son démantèlement en 1924, à la suite de la première guerre mondiale.

Le processus décrit aujourd’hui par l’Etat Islamique est très largement inspiré par l’histoire du Califat et la stratégie utilisée par le prophète Mohammed lors de sa conquête de la péninsule arabique. Il se décompose en cinq phases:

genèse du Califat
Genèse du Califat

Corrélat ► Etat Islamique (EI)