Palestine

Palestine

Les origines des mouvements armés et terroristes palestiniens remontent à la création de l’Etat d’Israël ou, plus exactement, à l’expansion de ce nouvel Etat dès 1948. La première guerre israélo-arabe, mais surtout la campagne d’expropriation et de déportation des populations palestiniennes engagée afin d’installer les nouveaux arrivants constituent la « nabka » (« catastrophe »), point de départ de la résistance palestinienne. La nabka, outre les déplacements massifs de population, s’accompagne de massacres ponctuels, comme celui de Deir Yassin (9 avril 1948), dont la population a été massacrée par une unité de l’Irgoun israélien, dirigée par Menahem Begin — qui, ironie de l’Histoire, recevra en 1978 le prix Nobel de la paix avec Anouar el-Sadate — et reste un point de contentieux entre les deux communautés.

Initialement, les divers mouvements de résistance palestiniens ont reçu l’aide des pays du Pacte de Varsovie sous forme de financement, de formation et d’armes, souvent par l’entremise de la Syrie, de la Lybie et de l’Irak. Ces mouvements, dont l’ ► Organisation de Libération de la Palestine (OLP)  (Palestine) est alors le plus important, sont influencés à des degrés divers par l’idéologie marxiste. La dimension nationaliste est complétée d’une tendance internationaliste, qui encourage la collaboration entre mouvements terroristes européens et palestiniens. La lutte est portée au-delà des frontières d’Israël (détournements d’avions, prises d’otages), mais la notion d’ « attentat-suicide » est inexistante, tandis que celle de « djihad » a une connotation plus politique que religieuse.

Un changement majeur intervient avec la première « intifada » (« insurrection ») de décembre 1987. Non seulement il s’agit d’un mouvement populaire qui échappe aux organisations de résistance, mais en plus apparaît l’influence de l’Islam. C’est d’ailleurs quelques jours après le déclenchement de l’intifada qu’apparaît le mouvement ► Hamas (Palestine). La chute du communisme et la fin du soutien aux mouvements de résistance dans le monde — notamment à travers la Syrie, pour ce qui est du terrorisme proche-oriental — conduit la résistance palestinienne à prendre un caractère religieux. Mais l’essence de la lutte reste de nature politique et territoriale,(1) contrairement à ce que prétendent les autorités israéliennes. L’irruption de l’islam dans ce conflit se situe essentiellement au niveau d’un système de pensée et dans une approche du combat, que dans une finalité. Le but reste définitivement de reprendre des terres et des droits, plus que d’imposer une religion (ou en éliminer une autre).

Israël tente rapidement d’exploiter ce changement d’approche en encourageant le développement du Hamas, afin de créer des dissensions au sein de la résistance palestinienne. Cette stratégie de « diviser pour régner » subsiste encore en 2006, avec le refus d’Israël (et des pays occidentaux) de reconnaître le résultat des élections parlementaires, ce qui poussera le Hamas à prendre le pouvoir par la force en 2007.

A la fin des années 80, les principaux mouvements de résistance cherchent rapidement à se réapproprier l’intifada. Ils créent à cet effet le Commandement National Unifié de l’Intifada (CNUI) (Palestine) (Al-Qiyada al-Wataniyya al-Muwahhida li’l­Intifàda), qui une alliance souple des quatre principaux mouvements de résistance (► Organisation de Libération de la Palestine (OLP) (Palestine), ► Fatah (Palestine), ► Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) (Palestine), ► Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) (Palestine)). Afin de garder le contrôle de la rue, le CNUI crée des Comités Populaires (CP) qui le relayent dans les quartiers. La mise hors-la-loi des CP par Israël, le 18 août 1988 pousse les divers mouvements à créer leurs propres groupes de combat :

Pour le Fatah :

  • les Panthères Noires (al-Fuhud al-Aswad) (Palestine), créées au début 1989 par Nasir Al-Bouz, initialement centrées sur Naplouse, elles se s’installeront dans la région de Jenine ; puis
  • les Faucons du Fath (Suqur al-Fath) (Palestine) en 1991, centrés sur le sud de la Bande de Gaza. Les Panthères Noires et les Faucons du Fath rendent officiellement les armes le 24 septembre 1993 à l’ordre de Yasser Arafat, mais à la suite des attaques de commandos israéliens, le démantèlement des groupes est interrompu. Ce n’est qu’en 1995 que les Faucons du Fath sont déclarés dissouts. Les Faucons réapparaissent en 1998, afin de réclamer la libération de leurs compagnons d’armes ;
  • les Phalanges du Martyr Ahmad Abou al-Rish (Kataeb al-Chahid Ahmad Abou al-Rish) (Palestine), créées après l’élimination d’Ahmad Khalid Abou al-Rich, chef des Faucons du Fath, le 28 novembre 1993, une semaine après sa reddition, par une unité spéciale israélienne Mistaravim. Elles sont essentiellement actives dans la bande de Gaza.

Pour le FPLP :

  • les Aigles Rouges (Palestine), principal groupe de combat du FPLP lors de la première intifada, dont le premier chef est Samir Shaas, abattu au début juillet 1993 ;
  • les Brigades de Résistance Populaire Palestiniennes (Kataeb al-Muqawama al-Chabiyya al-Filastiniyya) (Palestine);
  • les Brigades du Martyr Abou Ali Moustafa (Kataeb al-Chahid Abou Ali Moustafa) (Palestine), issues des Aigles Rouges en 2001, puis
  • les Brigades des Almoravides en Palestine (Kataeb al-Mourabitin fi Filastin) créées en août 2004 par d’anciens membres des Aigles Rouges, et essentiellement actives au centre de la bande de Gaza.

Pour le FDLP :

  • l’Etoile Rouge (Palestine) du FDLP
  • les Phalanges de la Résistance Nationale Palestinienne (Kataeb al­Muqawama al-Wataniyya al-Filastiniyya) (Palestine) qui apparaissent en 2002, puis disparaissent en 2005.

Pour le ► Djihad Islamique Palestinien :

  • Les Unités al-Qods (Sarayat al-Qods) (Palestine)

Pour les ► Comités de Résistance Populaire (CRP) :

  • Les Phalanges de Nasser Salah al-Din (Alwiyya Nasir Salah ad-Din) (Palestine);

Les Phalanges des Martyrs de .Lénine (Kataeb Chuhada Jenin) (Palestine).

Pour le ► Hamas :

Contrairement aux affirmations du gouvernement israélien, il n’y a pas de liens directs entre la mouvance djihadiste international ( ► Al-Qaïda) et les mouvements palestiniens. Forts de leur expérience des années 60-70, ces derniers se sont gardés d’internationaliser leur combat et se sont efforcés de maintenir une dimension nationale à leur lutte, afin de ne pas s’aliéner la communauté internationale.

Dès le milieu es années 90, et en marge des négociations de paix qui aboutissent aux accords d’Oslo en 1993, la stratégie israélienne est concentrée sur la division des Palestiniens. Les implantations juives dans les territoires occupés se poursuivent à un rythme soutenu et donnent l’illusion à la population palestinienne que le processus politique du Fatah n’atteint pas ses objectifs et que seule une approche violente pouvait apporter des résultats, même limités. Les groupes terroristes multiplient les attentats contre Israël et échappent progressivement à tout contrôle de l’Autorité Palestinienne.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon, la politique israélienne vise à mettre en place un gouvernement sans Yasser Arafat. Les raison de cette obstination contre Arafat sont mal connues et s’expliquent probablement, en grande partie par des motifs personnels. Ainsi, Arafat est tenu pour responsable des attentats commis en Israël, tandis que les dures représailles israéliennes tendent à renforcer les partisans palestiniens de la violence. Ainsi, Arafat est non seulement progressivement marginalisé sur la scène internationale, mais également au sein des Palestiniens même. Le refus de dialoguer avec Yasser Arafat (voir ► Israël) culmine lors de l’opération israélienne « REMPARTS » en 2002. Le 24 juin 2002, George W. Bush, dans un discours, appelle au remplacement de Yasser Arafat à la tête de l’Autorité Palestinienne, ce qui conduira à l’arrivée au pouvoir comme premier ministre Mahmoud Abbas.

La stratégie israélienne personnalisée contre Arafat conduira à un affaiblissement des forces palestiniennes modérées et un renforcement des forces radicales, accompagnés d’une polarisation des Palestiniens. Cette situation conduit Israël à isoler la Palestine par un « mur » (appelé « barrières » par les Israéliens), qui utilise les terres palestiniennes uniquement et augmente les tensions entre les deux peuples, même si les possibilités d’attentats sur le sol israélien sont significativement réduites.

Dès 2005 apparaissent des groupes qui se réclament du djihadisme international. Malgré leur revendication du djihadisme mondial, il ne semble pas que ces groupes aient été « implantés » par des mouvements étrangers :

  • Kataeb al-Jihad al-Muqadis (Brigades du Saint Djihad), apparues le 23 août 2006 avec l’enlèvement de deux journalistes occidentaux (Steven James Centanni et Olaf Wiig) (qui seront libérés le 26 août 2006).
  • Jaïsh al-Islam (Armée de l’Islam), apparue en mars 2007, qui sera violemment combattu, et démantelé par le Hamas en aout 2008.
  • Kataeb Hezbollah fi ‘l-Filistin (Brigades du Parti de Dieu en Palestine), qui se revendiquent du courant sunnite et sans connexion avec le ► Hezbollah libanais, apparues le 4 octobre 2008.

En dépit des affirmations du gouvernement israélien, la nature exacte de ces groupes reste assez mystérieuse. Les Brigades du Saint Djihad, par exemple, disparues après la libération de leurs prisonniers, apparaissent être un montage médiatique, dont les réels auteurs sont inconnus.

A la fin avril 2006, afin de disposer d’une force de police capable de gérer des situations de crise, des Forces Spéciales ont été créées, pour la constitution desquelles, les divers groupes de résistance ont été conviés à participer. Six groupes ont donné leur accord à une telle participation :

Conviées, les Brigades de Résistance Nationale du ► Front Démocratique de Libération de la Palestine n’ont pas donné de réponse.

Situation à Gaza

Rétrocédée à l’Autorité Palestinienne en 2005, la Bande de Gaza fait l’objet d’opérations militaires chroniques destinées à réduire au silence le Hamas. En fait, cette rétrocession n’a pas signifié la fin de l’occupation israélienne. En fait celle-ci s’est exercée différemment à travers le contrôle des frontières, de l’espace aérien et des eaux territoriales assorti de tracasseries telles qu’elles empêchent toute activité économique durable. L’aéroport de Gaza a été méticuleusement détruit et sa piste réduite à l’état de gravats au bulldozer – de manière assez mesquine – avant la remise du territoire à l’Autorité Palestinienne. De plus, alors que les diverses occupation militaires qui ont jalonné l’Histoire se sont attachées à maintenir, voire favoriser, une activité économique – essentiellement à des fins de maintien de l’ordre – l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza n’a pas su valoriser l’économie locale et ainsi ouvrir des perspectives aux populations locales. En fait, le seul héritage laissé par Israël à Gaza a été la création du Hamas – financé dans ses débuts par l’administration militaire israélienne à Gaza dans le but d’amoindrir l’influence du Fatah – qui est aujourd’hui le prétexte pour ses interventions.

La victoire du Hamas aux élections législatives de 2006 consacre – au-delà du discours islamiste – la popularité du mouvement et est une conséquence directe de la politique israélienne de combattre les mouvements palestiniens de tendances modérées. Cette victoire n’est pas reconnue par Israël et les Etats-Unis et conduit à des tensions entre le Fatah et le Hamas. Les luttes entre factions rivales qui en résultent culminent les 12-14 juin 2007 et aboutissent à la prise de contrôle de Gaza par le Hamas.

Le blocus international imposé alors par Israël sur la Bande de Gaza était destiné à provoquer une rébellion populaire contre le Hamas et ainsi l’écarter de la scène politique. Cette stratégie s’est avérée inadéquate, renforçant l’esprit de résistance des Palestiniens et encourageant des groupuscules plus radicaux que le Hamas à éclore à Gaza. De nouveaux groupes, tels que les Comités de Résistance Populaires (Palestine), Ansar al-Islam (Palestine), Jaïsh al-Islam (Palestine), etc. prennent pied dans la Bande de Gaza et s’affrontent au Hamas.

Le 12 novembre 2012, l’Autorité Palestinienne introduit une demande auprès des Nations Unies en vue d’obtenir un statut de membre. C’est le moment que choisit le gouvernement israélien pour lancer l’opération PILIER DE DEFENSE, le 14 novembre, justifiée par les lancements continuels de roquettes par les extrémistes palestiniens, mais également manifestement destinée à contrecarrer la demande palestinienne en alimentant de discours de l’Etat terroriste.

Le 21 novembre 2012, après la mort de quelque 158 palestiniens, dont 102 civils, Israël et le Hamas parviennent à signer un accord de cessez-le-feu. Alors que le Hamas s’efforce de maintenir son autorité dans la Bande de Gaza – notamment contre les groupes islamistes radicaux qui commencent à s’infiltrer en Palestine à la faveur du conflit syrien – le gouvernement israélien a continuellement violé l’accord de cessez-le-feu. (voir http://blog.thejerusalemfund.org/2012/12/israeli-ceasefire-violations-in-gaza.html)

Dépourvu du soutien international nécessaire, le Hamas a de la difficulté à s’imposer face au radicalisme croissant issu de la situation dans l’ensemble du Moyen-Orient. Les efforts du Hamas pour juguler la montée des groupuscules djihadistes ne sont pas relayés par la communauté internationale (dont l’Union Européenne, les Etats-Unis, et Israël), qui soutiennent ces groupes matériellement et politiquement en vue de déstabiliser le Hamas. Les efforts du Hamas pour contrôler la situation sont mesurables par l’examen des chiffres fournis par l’Armée Israélienne (voir http://www.idfblog.com/facts-figures/rocket-attacks-toward-israel/) qui démontrent que le Hamas est parvenu à faire réduire le nombre de missiles tirés contre Israël de 2248 à 41.

Attaques à la roquette et victimes israéliennes (2000-2014)
Attaques à la roquette et victimes israéliennes (2000-2014)

 

Ainsi que l’avait démontré l’Israeli Intelligence and Terrorism Information Center en 2007, les roquettes lancées sur Israël depuis la Bande de Gaza sont le fait du Djihad Islamique Palestinien (34%), du Hamas (22%), des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa (8%), des Comités de Résistance Populaires (al-Nasser) (6%), tandis que 30% des tirs proviennent de groupes inconnus. En plus du fait que le Hamas tente de s’imposer comme force politique et de s’imposer dans la Bande de Gaza, l’évolution de la situation et l’accroissement de la présence islamiste dans la bande de Gaza a de facto réduit de manière radicale la responsabilité politique et factuelle du mouvement dans les attaques contre Israël. D’autres groupuscules, comme le Moudjahidin Choura Council (Conseil Consultatif des Moudjahidin), ont pris la relève. Alors que la nature des roquettes tirées permet de retrouver relativement facilement les auteurs du lancement, ces données sont restées confidentielles et permettent ainsi de faire porter le blâme sur le Hamas.

Selon Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Palestinian_rocket_attacks_on_Israel), le nombre de roquettes et projectiles de mortier tirés de 2001 à 2014 serait de 15’047, causant au total 28 morts et quelque 1971 blessés israéliens. On peut aisément concevoir l’irritation du gouvernement israélien et sa volonté de protéger sa population contre ces tirs. Mais, plus que cet objectif légitime, c’est la manière d’y parvenir et les autres objectifs moins nobles qu’il cherche à atteindre en capitalisant sur ces attaques, qui sont au cœur de la discussion.

Gaza_zones tampon
En août 2014, après la phase terrestre de l’Opération BORDURE PROTECTRICE, les autorités israéliennes ont décidé unilatéralement de la création d’une zone tampon de 3 km (qui peut être ramenée à 2 km par endroits), qu’elles ont demandé à la population palestinienne d’évacuer. Cette bande couvre ainsi quelque 150 km2, soit un plus du tiers de la surface du territoire. Avec une densité de population de quelque 5000 habitants par km2, la compression provoquée par cette décision n’est évidemment pas de nature à calmer la situation.

 

Victimes israéliennes et palestiniennes (1987-2014)
Victimes israéliennes et palestiniennes (1987-2014)

 

De plus, on pourrait comparer le chiffre de 28 victimes en 13 ans au chiffre de 19 victimes civiles (palestiniennes) tuées entre janvier et mars 2011 en voulant accéder à leurs champs à Gaza. On pourrait aussi rapprocher la colère palestinienne de l’action menée par Israël en établissement une zone de sécurité à l’intérieur de la Bande de Gaza qui a coûté la destruction de 305 sources, 197 fermes de volailles, 6,377 fermes de moutons, 996 maisons d’habitation, 371 autres maisons, 3 mosquées, 3 écoles, 6  manufactures, et la destruction de 24.4 kilomètres carrés de champs cultivés transformés en « no man’s land ». (http://www.diakonia.se/en/IHL/Occupied-Palestinian-Territory/Administration-of-Occupation/Gaza-Blockade-Land–Sea/Land-Buffer-Zone/).

En outre, s’il est vrai que les roquettes palestiniennes constituent une menace permanente pour les populations israéliennes, il n’en est pas moins vrai que l’on omet le plus souvent de mentionner les éliminations ciblées et la surveillance permanente de l’espace aérien palestinien avec des drones. En 2014 seulement, le nombre de personnes assassinées (12) par des missiles israéliens est d’un peu moins de la moitié du nombre de victimes des roquettes palestiniennes entre 2000 et 2014 (28) (http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Israeli_assassinations) . Ceci ne justifie certes pas le tir de missiles sur des populations civiles, mais doit le mettre en perspective de la stratégie de tension entretenue par Israël.

Le calendrier des actions israéliennes tend à démontrer une volonté israélienne de maintenir – voire stimuler – une tension permanente dans la zone. Quelques exemples montrent l’utilisation délibérée de la violence pour encourager les tensions :

Eliminations ciblées et bombes humaines au milieu d'un processus de négociations
Eliminations ciblées et bombes humaines au milieu d’un processus de négociations

 

  • Inadéquation du remède

Le plus singulier dans la stratégie israélienne est le fait a) qu’elle ne décourage manifestement pas les Palestiniens qui poursuivent leur combat – et malgré tout bénéficient d’un soutien populaire international toujours plus grand ; et b) que les actions tactiques israéliennes – à part la destruction spectaculaire de bâtiments et le massacre de populations civiles – ne semblent avoir aucun effet opérationnel. En effet, durant l’opération PILIER DE DEFENSE, le nombre de roquettes palestiniennes tirées a été près de 36 fois supérieur à la moyenne des dix mois précédents. Le même phénomène s’est répété durant l’opération BORDURE PROTECTRICE (juillet-août 2014), le nombre de roquettes tirées par les groupes palestiniens durant l’opération israélienne a été 95 fois supérieur à la moyenne des roquettes tirées depuis le début de l’année.

Ainsi, la stratégie israélienne ne parvient pas à briser la volonté de résistance palestinienne et – au contraire – la stimule, tendant ainsi à stimuler l’activité terroriste et à péjorer la situation. On peut constater qu’Israël est l’unique pays dans le monde à ne pas avoir su maitriser son terrorisme intérieur en plus de soixante ans et – au contraire – l’a accru au fil du temps. Les commentaires de Benjamin Netanyahu – et des forces armées israéliennes – qui assimilent le Hamas au Hezbollah, à l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) et à Boko Haram (http://www.nbcnews.com/storyline/middle-east-unrest/netanyahu-hamas-islamist-extremism-al-qaeda-isis-n162076) témoignent de l’incapacité de l’establishment israélien à comprendre la nature des divers mouvements terroristes. De fait, la réaction israélienne au terrorisme semble suivre un schéma rigide applicable quel que soit l’adversaire et qui est donc par nature vouée à l’échec.

Il est vraisemblable que cette approche soit délibérée. L’existence de la menace terroriste justifie – pour Israël – des frappes destructrices et disproportionnées, qui pourraient s’intégrer dans une stratégie de long terme qui vise à décourager les Palestiniens et à les encourager à émigrer. Malheureusement, force est de constater que cette approche, qui est en opposition du Droit International est largement soutenue de facto par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Européenne au nom de la lutte contre le terrorisme.

  • La raison profonde des roquettes palestiniennes

Le terrorisme n’est pas une fatalité. Toute l’Histoire de cette région en témoigne : les premiers militants juifs appartenaient également à des mouvements aux agissements terroristes (Haganah, Irgoun, etc.) avant que la communauté internationale – l’Holocauste aidant – leur reconnaisse le droit à une terre, malgré l’assassinat, le 17 septembre 1948, du diplomate suédois et délégué des Nations Unies Folke Bernadotte par le groupe terroriste juif Stern (avec parmi les auteurs de cet assassinat, Yitzhak Shamir, qui deviendra premier-ministre d’Israël). Avec le Fatah de Yasser Arafat,  alors que la communauté internationale avait entériné son passage du terrorisme à la voie politique, Israël n’a jamais accepté cette évolution et le processus d’Oslo n’a jamais pu aboutir à une paix durable. Au contraire, le territoire palestinien n’a cessé de rétrécir au fil des ans, et les gains objectifs des Palestiniens dans ce processus sont difficilement mesurables. En d’autres termes, il y a peu de manifestations tangibles d’une « récompense » pour abandonner la voie du terrorisme, mais il y a péjoration de la situation des Palestiniens sans que les revendications de base n’aient été satisfaites. Dans cette situation, certains Palestiniens pensent qu’à défaut d’obtenir des résultats concrets, mieux vaut avoir la satisfaction d’avoir résisté par les armes. C’est ce qu’expriment les lancements de roquettes et autres projectiles qui n’ont pas la moindre efficacité militaire, mais deviennent une sorte de « baroud d’honneur », et témoignent du fait que l’on ne s’est pas laissé faire sans réagir. C’est la raison pour laquelle, en l’absence de résultats concrets, les combattants palestiniens ne veulent pas abandonner ce qu’ils considèrent comme l’unique réplique possible. Cette persévérance dans l’adversité est comprise – au sens même du mot « djihad » – comme une forme de victoire. Appelée « mythe de la victoire » par Israël, cette victoire s’alimente des succès tactiques d’Israël, qui deviennent ainsi une défaite stratégique. C’est la raison pour laquelle, Israël qui n’a jamais eu l’intelligence de s’adapter à ses adversaires n’a jamais su lutter efficacement contre le terrorisme, malgré d’innombrables petites victoires contre des terroristes isolés.

De plus, cette stratégie anti-terroriste basée sur l’action tactique tend à stimuler l’antisémitisme à travers le monde, qui n’est pas une fatalité non plus, mais le résultat de l’impact médiatique d’actions punitives ponctuelles, disproportionnées, massives et brutales sans efficacité durable et qui choquent l’opinion mondiale. En fait, ces actions dans la Bande de Gaza n’ont fait que renforcer l’image et le rôle du Hamas. En effet, la pratique israélienne de détruire les maisons des terroristes et de leurs familles ne fait souvent que pousser les familles dans les bras du Hamas, dont le Fond pour le Soutien aux Familles (Wakfiat Ria’at el-Usra) prend en charge la reconstruction des maisons détruites et fidélise ainsi la population.

Carte de la Palestine et d'Israël dans la symbolique
Carte de la Palestine et d’Israël dans la symbolique

Corrélat ► Israël

Sources : The Virtual Jewish Library, Israeli Ministry of Foreign Affairs (Terrorism Deaths in Israel; In Memory of the Victims of Palestinian Terror); Jerusalem Post, (January 4, 2009)

Bibliographie choisie : Al-Abid Ibrahim, Guide de la Question Palestinienne/ Questions et réponses, Beyrouth, 1970 ; Gilbert, Martin. The Routledge Atlas of the Arab-Israeli Conflict. 7th ed,. New York, Routledge, 2002 ; Vidal Dominique et Algazy Joseph, Le péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens israéliens », Paris, Les Editions de l’Atelier, 1998, 208 p. ; Shaul Mishal – Avraham Sela, The Palestinian Hamas: Vision, Violence, and Coexistence. Columbia University Press. New York. 2000.

(1)Interview de Cheikh Yassin, Radio Suisse Romande, 18 décembre 2000

djihad

Le mot « djihad » est étymologiquement lié à la notion de s’efforcer (djahada), d’effort (djouhd) ou de résistance, de refus d’abandon aux tentations. Il désigne avant tout la volonté de défendre à titre individuel ou collectif l’islam contre une agression extérieure, que celle-ci soit d’ordre moral ou physique. Le djihad est donc essentiellement une attitude de l’esprit, qui cherche à préserver un ensemble de valeurs et qui suppose un certain nombre de sacrifices pour y parvenir. Les deux principales formes du djihad sont :

  • le Djihad al-Akbar (« Grand Djihad »), qui est une démarche individuelle et permanente (fard ay’n), qui vise à élever son esprit en dépit des tentations du monde matériel, à travers une recherche de Dieu (Djihad bil-Nafs). Pour le musulmans pratiquant, le (grand) djihad est une démarche quotidienne et pacifique, par laquelle il s’efforce de maintenir une ligne de conduite en accord avec sa foi et en résistant aux tentations de la vie quotidienne ;
  • le Djihad al-Asghar (« Petit Djihad »)   – le « plus facile » selon Mohammed – qui s’inscrit dans une démarche collective et vise à protéger l’islam contre des agressions physiques extérieures (Djihad bis-Sayf). C’est donc essentiellement une défense, une résistance ou une réaction contre une menace extérieure perçue.

Le Djihad est donc essentiellement une réponse à une menace réelle ou perçue. Dans cette logique, le développement du djihadisme et de la radicalisation des milieux islamistes sont en grande partie le résultat de la perception des politiques de force utilisées par l’Occident au Moyen- et Proche Orient depuis une quinzaine d’années.

Perception de la menace par les djihadistes

La menace perçue par certains musulmans a des origines diverses, souvent ignorées par les Occidentaux. Depuis le début des années 90, la fin de la guerre froide, l’explosion des moyens de communication et le développement du concept de mondialisation ont imposé une image dominante de la culture occidentale perçue comme intrusive, notamment en raison des tentations occidentales pour transformer – à tort ou à raison – les sociétés des pays en voie de développement, quitte à bousculer les cultures locales. La promotion désordonnée de systèmes de gouvernements et de législations de type occidental, les pressions pour imposer des règles perçues – de nouveau, à tort ou à raison – comme occidentales (telles que l’égalité des hommes et des femmes) ont souvent été ressenties comme l’expression d’une volonté occidentale de s’immiscer dans la société islamique.

A ceci s’ajoutent des faits plus spécifiques. La principale raison des attentats qui ont conduit au 11 septembre 2001 était le départ des forces américaines du territoire saoudien (réputé territoire saint par les musulmans). Cette exigence (qui relayait le souhait du gouvernement saoudien) a été refusée par les USA, provoquant la colère des islamistes. Les USA ont alors tenté de faire croire que ces attentats visaient l’Occident et à imposer l’Islam dans le monde.

Dans les années 90, l’embargo imposé par les Occidentaux sur l’Irak, avec l’objectif avoué de provoquer une révolte de la population contre Saddam Hussein a conduit au développement des forces islamistes en Irak. Les USA, qui étaient les principaux commanditaires de cet embargo n’avaient pas réalisé qu’à cette période, il n’y avait pas d’autre idéologie que l’islam pour cristalliser un esprit révolutionnaire en Irak. C’est pour cette raison qu’en 1991, Saddam Hussein a ajouté au drapeau irakien la mention « Allah Akbar », afin de réduire la pression de l’insurrection islamiste. Mais le mal était déjà fait et cet embargo a généré les premiers groupes islamistes sunnites dans le Nord-Est de l’Irak qui deviendront plus tard l’Etat Islamique.

Sans n’avoir aucune preuve qu’Oussama Ben Laden était le réel responsable des attentats du 11 septembre 2001 (ces preuves n’existent toujours pas à ce jour), les Occidentaux ont attaqué successivement l’Afghanistan (qui s’était pourtant déclaré favorable à extrader Oussama Ben Laden si les USA produisaient les preuves de sa culpabilité) puis l’Irak, au mépris du droit international et avec les mensonges que l’on sait, accentuant encore le sentiment que l’Occident cherchait à atteindre l’Islam.

« Le 12 juin 2014, le Croisé John McCain est venu à la tribune du Sénat et a relaté avec véhémences les victoires de l’Etat Islamique en Irak. Il a oublié qu’il avait lui-même participé à l’invasion de l’Irak, qui a conduit aux événements bénis qui se déroulent aujourd’hui à la grâce d’Allah. » (Dabiq – Magazine de l’Etat Islamique, Numéro 2, Ramadan 2014)

Les islamistes se voient depuis lors comme dans une situation de djihad et ont donc globalement une posture défensive (malgré les déclarations provocantes et offensives de certains musulmans radicaux sur les réseaux sociaux). La récente vidéo de Coulibaly explique les actions de janvier 2015 comme une réponse aux bombardements en Syrie et aux provocations de Charlie Hebdo.

Les racines de la radicalisation islamiste

Après les tragiques événements liés à Charlie Hebdo, on a rapidement identifié les sources de la radicalisation islamiste dans les prisons et les écoles. Or, le problème est sans doute plus complexe et a aussi ses racines dans les comportements politiques de l’Occident.

Après 2001, quels qu’en aient été les mécanismes et les raisons, le monde musulman a été perçu sous un angle nouveau, encourageant les tensions entre communautés religieuses, encouragées par des affirmations du genre « Vous êtes avec nous ou contre nous ! ». La perception occidentale du monde musulman s’est superposée à une image négative de l’immigration, interprétée comme une « invasion » en appui d’un projet de destruction du monde occidental (chrétien).

Outre les différentes interventions occidentales au Proche- et Moyen-Orient, dont ont découvre (un peu tard) qu’elles étaient basées sur des affirmations mensongères et sans aucune légitimité (sans pour autant donner la moindre excuse pour les victimes innocentes), la politique israélienne envers les Palestiniens et ses pays voisins, et le soutien quasi-inconditionnel des pays occidentaux à l’égard de l’Etat d’Israël, dans le traitement du conflit israélo-palestinien contribue à accentuer et à faire converger le radicalisme islamiste et l’antisémitisme le plus vulgaire. La complaisance envers les injustices commises par Israël contre les Palestiniens, ainsi que la mollesse – pour ne pas dire la passivité – de la communauté internationale face au grignotage de la Cisjordanie au mépris total du Droit International et des Résolutions des Nations Unies, sont devenus un des moteurs de l’antisémitisme et du radicalisme islamiste. La célèbre fatwa d’Oussama ben Laden de février 1998 – qui servira de fondement aux attentats du 11 septembre 2001 – fait référence à ce comportement perçu comme une injustice aux yeux de la communauté islamique.

Ainsi, le 9 juillet 2014, au début de l’opération israélienne contre Gaza, le Président F. Hollande exprime sa solidarité avec Israël en précisant qu’ « Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces“. Cette prise de position qui choquera beaucoup de politiques en France et à l’étranger et provoquera une timide rectification en « déplorant » le nombre de victimes de l’opération.

L’attitude des gouvernements occidentaux– en particulier de la France et des Etats-Unis, qui cherchent sur les théâtres d’opérations extérieures les succès qui leur fait défaut en politique intérieure – alimente volens nolens l’antisémitisme et le radicalisme islamiste souvent inséparables. Pourtant, les communautés juives et arabes ont coexisté depuis des siècles jusqu’à aujourd’hui au Maroc, en Tunisie, en Egypte, en Jordanie, en Syrie, en Turquie, en Irak et en Iran avec beaucoup plus de tolérance qu’en Europe, où depuis le Moyen-âge, pratiquement tous les pays ont pris des mesures pour expulser ou limiter les droits des juifs. Aujourd’hui, en Iran, la communauté juive est même représentée au Parlement.

Les tragiques événements liés à Charlie Hebdo sont une parfaite illustration de notre ignorance et donc de notre impuissance à anticiper la violence. Si le gouvernement français – et Charlie Hebdo – avaient essayé de comprendre ce que voulaient les djihadistes et avaient su communiquer intelligemment, les mêmes caricatures auraient pu être publiées sans qu’une quelconque parcelle de liberté d’expression ait été abandonnée, sans violence et sans morts… comme cela a été fait par le gouvernement norvégien! Les auteurs du crime restent bien sûr les terroristes, mais qu’en est-il de ceux qui par arrogance ou sottise n’ont pas même cherché à comprendre ce qui était en jeu – qui n’avait rien à voir avec la liberté d’expression, mais uniquement avec le respect ? En 2008, aux Pays-Bas, le gouvernement a su anticiper les événements avant la sortie du film très controversé « Fitna » du député d’extrême-droite Gert Wilders, sans abandonner le principe de la liberté d’expression, mais simplement en communiquant en amont.

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même; aurais-tu cent guerres à soutenir, cent fois tu seras victorieux.  Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales.  Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. » [1]

Malheureusement, tenter de comprendre les djihadistes est souvent interprété comme une acceptation de leur action. C’est évidemment faux : sans comprendre, nous ne vaincrons jamais. L’incapacité à comprendre les ressorts du terrorisme conduit à prendre des mesures qui paraissent fortes, mais en fait, mal adaptées, décalées, mal pensées en termes d’équilibre entre solutions politiques et militaires, elles nous ont conduit à abandonner de plus en plus nos libertés – et donc nos valeurs – sans accroitre la sécurité. Le Djihad est essentiellement une réponse.

Or, l’Occident a accumulé les provocations et les massacres. La mort 500’000 enfants irakiens à cause de l’embargo occidental quasiment imposé par les Etats-Unis  et qui « valait la peine » selon la ministre des Affaires étrangères américaine! Les bombardements effectués par des drones (indétectables, et contre lesquels il pratiquement impossible de prendre des mesures de protection) et qui touchent des populations civiles au Pakistan, en Afghanistan, en Palestine, en Syrie, au Yémen, au Soudan et ailleurs et qui a fait plus de 2400 victimes innocentes (musulmanes) sous le président Obama est aussi considéré comme du terrorisme par les islamistes… mais personne ne fait de cortège pour ces victimes… qui sont bien présentes dans la perception des communautés musulmanes et génèrent une hypersensibilité face à des événements qui semblent de peu d’importance.

La dimension opérationnelle du djihad armé – Le terrorisme

L’idée que les islamistes tentent de conquérir l’Occident par le terrorisme ne correspond pas à une réalité. Les leaders islamistes ne sont pas des fous et expriment – au contraire – une logique très cohérente… mais évidemment diamétralement opposée à la nôtre ! De toutes manières, en admettant l’existence d’un hypothétique projet global pour transformer la société occidentale en une société musulmane, on ne voit pas très bien quel serait le rôle joué par les attentats terroristes dans cette démarche. La progression de l’Islam en Europe ces dernières années s’est faite à travers une immigration largement consentie par les pays européens eux-mêmes, et l’apport des bombes dans ce processus apparaît aller plutôt à contresens…

En revanche, le terrorisme est un moyen pour tenter d’infléchir les actions occidentales dirigées contre le monde arabe. Par exemple, l’attentat du 11 mars 2004 de Madrid – qui aboutira au retrait des forces espagnoles d’Irak – est un cas d’école qui illustre l’objectif de la démarche terroriste, dans le contexte d’un conflit qui n’avait notoirement pas de légitimité – ni dans les faits ni dans la perception du peuple espagnol. La question suivante est de savoir s’il était pertinent pour l’Etat espagnol de reconnaitre qu’il s’était fourvoyé en Irak (au prix de donner raison aux terroristes), ou s’il aurait fallu résister à la violence (au prix de plus de vies humaines). Les avis restent partagés sur la question. Toutefois, ce cas illustre le fait qu’au plan stratégique (et non pénal) le Djihad ne doit pas être confondu avec une entreprise de « droit commun » : la réponse du gouvernement espagnol n’a pas constitué une incitation pour d’autres activités terroristes islamistes, comme on tend à le penser habituellement, et a probablement contribué à réduire une radicalisation plus grave sur le long terme.

Depuis le début des années 90, avec le développement du terrorisme islamiste et en particulier depuis 2001, l’Occident tente avec peine de comprendre la logique et la manière de « fonctionner » des terroristes. Les « experts » se sont multipliés ont tenté d’expliquer le terrorisme djihadiste, trop souvent en fonction de ce que l’on voulait entendre et de sorte à conforter des réponses musclées. Il en est résulté un faisceau de réflexions sans cohérence, basées sur l’intuition et les émotions, davantage que sur l’analyse et les faits, qui nous ont conduit à répondre de manière vigoureuse et à éliminer nombre de terroristes, mais en réalité a été totalement inefficace, a encouragé la montée du terrorisme et du radicalisme et globalement accru l’insécurité. Les réponses les plus « musclées » et la « fermeté » sont saluées par l’opinion publique, mais elles ne sont pas réellement efficaces sur le moyen et long terme.

Quels sont les gains effectifs des Etats-Unis, de la France ou de la Belgique avec les bombardements en Irak et en Syrie ? Tactiquement, leur valeur est discutable, car mal coordonnés avec les forces rebelles au sol. Stratégiquement, ces bombardements répondent aux vœux des islamistes qui cherchent un ennemi fédérateur. En effet, un mois après l’annonce des bombardements américains et français contre l’Etat Islamique, plus de 6’000 nouveaux combattants étrangers se sont annoncés en Syrie. L’Occident continue à réfléchir selon les vieux schémas, valables dans les années 60-70, où la dissuasion pouvait faire partie de l’arsenal contre-terroriste. Aujourd’hui, la logique est différente et les gouvernements qui – par arrogance ou opportunisme politique – refusent ce changement de logique se font les complices objectifs du terrorisme djihadiste.

La doctrine opérationnelle du Djihad armé (selon les djihadistes)

Après les menaces récentes de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) (également appelée, en Occident, Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) et de l’Etat Islamique, contre l’Occident, et leurs revendications des attentats de Paris en janvier 2015, les récentes publications de ces deux entités nous donnent un éclairage intéressant sur leur manière de penser et d’envisager leur combat.

C’est donc une opportunité pour repenser nos stratégies d’action contre le terrorisme, afin qu’elles soient plus intelligentes, plus efficaces et plus préventives.

Appel à la Résistance Islamique Globale (ARIG)

L’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) est le concept générique dans lequel prend place l’action djihadiste. On en retiendra le terme de « Résistance » qui suggère que – dans l’esprit de ses auteurs – il s’agit d’un combat qui répond à une agression (ou ce qui est ressenti comme tel). C’est une indication précieuse, car elle implique que cette résistance est fonction de sollicitations qui sont – d’une manière ou d’une autre – sous le contrôle de l’Occident, et que donc – en théorie tout au moins – il serait possible de mettre un frein à la violence. En théorie cependant, car l’action occidentale – notamment en Irak et en Libye, en favorisant et stimulant l’éclosion de mouvements islamistes durables – a initié des tendances irréversibles dans le moyen terme.

Principes de base

Les djihadistes constatent que la dissymétrie entre les moyens utilisés par les occidentaux et ceux utilisés par la Résistance exige une adaptation des stratégies d’action. Un certain nombre de constatations sont faites :

  • L’échec opérationnel des organisations clandestines structurées face à des campagnes sécuritaires internationales et à des coordinations internationales et régionales; et donc la nécessité de disposer de structures plus souples capables de résister à l’arrestation de leurs membres et à l’usage de la torture.
  • L’incapacité des structures clandestines d’atteindre et d’intégrer toutes les ressources de la jeunesse de l’Oummah (Communauté des Croyants) qui voudraient s’engager dans le djihad et à participer à toutes sortes d’activités sans vouloir assumer des responsabilités dans une structure centralisées.
  • La présence d’un adversaire réparti dans des zones très larges, avec des objectifs variés et sur des sites très distants, rend difficile le combat sur des fronts ouverts et menés par des structures centralisées.
  • Conséquence de l’utilisation par l’adversaire de bombardements aériens par missiles et des frappes aériennes, dirigées par des satellites, qui peuvent également voir sous la surface du sol, qui rendent difficile des confrontations ouvertes à partir de positions permanentes, sont des facteurs reconnus qui doivent être pris en considération dans la planification du combat.

Il découle de ces constatations des principes généraux de la théorie de l’action djihadiste individuelle à travers l’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) sont :

  1. Propager la culture de la Résistance et en faire un phénomène stratégique cohérent et pas seulement un ensemble de réactions individuelles.
  2. Propager l’idéologie de la Résistance, son programme, ses bases légales et politiques, et ses théories opérationnelles afin qu’elles soient accessibles à la jeunesse de la communauté islamique (Oummah), qui veut fortement participer au Djihad et à la Résistance.
  3. Diriger les combattants de la Résistance vers des zones d’opération adaptées au Djihad par Terrorisme Individuel.
  4. Diriger les combattants de la Résistance vers les objectifs les plus significatifs qu’ils doivent viser dans des opérations de Résistance et le Djihad de petites unités.
  5. Propager les sciences et les connaissances légales, politiques, militaires et autres nécessaires aux moudjahidin pour mener des opérations de Résistance, sans courir le risque d’une dislocation des réseaux comme cela peut être le cas avec des structures centralisées.
  6. Instruire les jeunes en matière de méthodes opérationnelles pour l’établissement de cellules de Résistance comme un « système d’action » (nizam al-amal) et non comme une « organisation d’action clandestine » (tanzim lil-amal) (…)
  7. Coordonner les efforts de sorte à combiner leurs résultats en un mécanisme qui désoriente l’ennemi et l’épuise, tout en stimulant l’esprit de la Nation Islamique afin qu’il s’associe au phénomène de Résistance.

Théorie militaire de l’ARIG

Il en résulte une réflexion sur la lutte armée qui base l’ARIG sur deux piliers ou deux formes de Djihad :

  • Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi) avec les activités clandestines de petites unités indépendantes; il est la première étape vers l’autre forme de Djihad et l’appuie.
  • Le Djihad par Front Ouvert, lorsque les conditions le permettent, est un affrontement ouvert à partir de positions établies contre un agresseur, qui permet la confrontation sur le terrain et la saisie de territoires indispensables à l’émergence d’un Etat – objectif final de la Résistance.

Le Djihad par Front Ouvert

Le Djihad par Front Ouvert peut être assimilé à la guerre de guérilla et n’a des chances de succès que s’il intervient dans un environnement géo-militaire particulier. Il peut être précédé par une phase de Djihad par Terrorisme Individuel.

Le contexte géographique doit répondre à un certain nombre de critères tels que :

  • Un espace suffisant, qui permette la dispersion des moyens et ne les rende pas vulnérable aux frappes aériennes ;
  • De longues frontières, qui permettent le repli dans des sanctuaires ;
  • Etre suffisamment étendu pour ne pas permettre d’être assiégé ;
  • Présenter une topographie difficile (forêts, montagnes, etc.) qui favorise la concentration de l’adversaire et le canalise lors des confrontations avec des forces au sol.
  • Offrir suffisamment de ressources (vivres, eau, etc.) pour permettre aux combattants de survivre.

En matière de population, les zones les plus adéquates comportent une population nombreuse aux mouvements difficilement contrôlable comme les zones rurales denses ou les zones urbaines.

En matière politique, les facteurs doivent si possible comprendre une cause capable de mobiliser la population, qui puisse se superposer au djihad. Cette cause devrait pouvoir mobiliser la Nation Islamique toute entière qui pourra ainsi appuyer la population en question et participer au Djihad sous forme morale, financière ou autre. La cause la plus appropriée est la résistance à une agression étrangère à laquelle peut s’ajouter des raisons religieuses, politiques, économiques et sociales. En matière de guérilla on appelle cela le « climat révolutionnaire », ici il est appelé le « climat du djihad ».

Le Proche-Orient est un terrain idéal pour le Djihad par Front Ouvert : « Il y a une abondance d’armes et d’équipement dans la région, qui a également une grande diversité de frontières, de côtes et de cols. Israël constitue un motif pour la cause islamique globale, et l’occupation américaine permet d’ay ajouter une dimension révolutionnaire, qui est une excellente clé pour le Djihad »

Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi)

Alors que l’Occident juge le terrorisme en fonction de ses effets, les djihadistes le considèrent en fonction de ses motivations et distinguent deux types de terrorisme[2] :

  1. Le terrorisme blâmable (irhab madhmum), qui est le terrorisme du mensonge (irhab al-batil) et de l’usage de la force du mensonge (quwwat al-batil) et est défini comme les actions, discours ou comportement qui ont pour but de blesser ou de terroriser les innocents sans une juste cause. Ce type de terrorisme comprend le terrorisme associé au vol, au brigandage, aux envahisseurs, aux assaillants, aux oppresseurs et aux dirigeants illégitimes des peuples. L’auteur d’un acte de terrorisme de cette sorte doit être puni en fonction de ses actes et de leurs effets. (Nota : Cette définition proche de la notion de « terrorisme d’Etat » souvent évoquée en Occident, concerne plus particulièrement les bombardements occidentaux par drones ou missiles de croisière, contre lesquels on ne peut se prémunir et qui frappent de manière « très mal discriminée » combattants et non-combattants et qui sont vus comme particulièrement lâches dans le monde islamique.)
  2. Le terrorisme louable (irhab mahmud) est le contraire du terrorisme blâmable. Il est le terrorisme du juste qui a été injustement traité. Il vise à combattre l’injustice dont est victime l’oppressé et est pratiqué de sorte à terroriser et repousser l’oppresseur. Le terrorisme des hommes de la sécurité qui se battent contre les voleurs et les brigands est de même nature que le terrorisme de ceux qui résistent à une occupation, et le terrorisme des peuples « qui se défendent contre les servants de Satan ». (Nota : Cette lecture du terrorisme rejoint la position de certains pays en voie de développement dans les discussions sur la définition du terrorisme dans les enceintes internationales comme l’ONU, avec en point de mire des situations telles que l’occupation israélienne des territoires palestiniens.)

Le recours au terrorisme individuel est donc mené « dans des situations ou les moudjahidin repoussent leurs ennemis et la terreur ennemie par un djihad défensif » (voir Inspire, p. 31, mars 2011).

Zones de terrorisme individuel

Premières priorités géographiques pour le Terrorisme Individuel (selon BDPA*)
Premières priorités géographiques pour le Terrorisme Individuel (selon BDPA*)

 

En ce qui concerne le Djihad par Terrorisme Individuel, la liste des théâtres de Djihad arrangée par ordre d’importance sont: [3]

  1. Les pays de la péninsule arabique (Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Yémen, etc.), du Levant (Liban, Syrie, Jordanie, Israël), l’Egypte et l’Irak. Cette zone comprend les lieux saints, le pétrole, Israël, et la présence militaire et économique américaine. Elle accueillera l’Assemblée Victorieuse (Al-Taïfah al-Mansourah) qui dirigera l’Islam.
  2. Les pays d’Afrique du Nord de la Libye à la Mauritanie (Maghreb). Cette zone est riche en intérêt occidentaux, en particuliers des principaux pays européens, alliés des Etats-Unis et de l’OTAN.
  3. La Turquie, le Pakistan et les pays d’Asie Centrale. Ils représentent la deuxième plus grande réserve de pétrole du monde, ainsi que les intérêts militaires, économiques et stratégiques américains. Ils comportent des mouvements islamistes importants et ancrés dans l’Histoire, qui sont vus comme la profondeur stratégique des mouvements djihadistes et de Résistance arabes.
  4. Le reste du monde islamique: les Américains et leurs allies y ont des intérêts importants. Cette partie du monde islamique comprend l’essence de la Résistance, à savoir des centaines de millions de musulmans de jeunes membres de la Nation Islamique, qui sympathise avec sa cause et est prête à s’engager dans le Djihad et la Résistance.
  5. Les intérêts américains et alliés dans les pays du Tiers-monde, en particulier dans les pays qui participent aux campagnes des Croisés. En raison des faibles mesures de sécurité qui règnent dans ces pays, le Djihad peut ici reposer sur les moudjahiddin qui vivent dans ces pays et y ont une vie normale. Ils peuvent se déplacer librement, se cacher et acquérir des informations sur l’adversaire et s’en occuper facilement.
  6. Les pays européens alliés des Etats-Unis et qui participent à leurs guerres. Ici, est importante la présence d’anciennes et grandes communautés musulmanes en Europe, dont le nombre dépasse 45 millions d’individus, auxquels s’ajoutent des communautés de plusieurs millions en Australie, au Canada, et en Amérique du Sud. L’Europe est particulièrement significative en raison de la proximité avec le monde arabe et musulman et les intérêts multiples qui les lient, ainsi que des nombreuses communications entre eux. Les musulmans dans ces pays sont comme les autres musulmans, le devoir de djihad de repousser l’adversaire et lui résister repose sur leurs épaules comme les musulmans des autres pays du monde (p.ex. les musulmans résidant dans le monde arabe et islamique). L’action dans ces pays est sujette aux règles de l’équilibre entre le gain politique et les dégâts politiques, en regard des positions des pays européens. Il s’agit d’avoir des stratégies qui permettent de gagner le soutien des populations tout en évitant de leur porter préjudice.
  7. Le cœur de l’Amérique elle-même, en le ciblant par des actions stratégiques efficaces.

Commentaires

  • Les priorités définies par la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) ne sont pas nécessairement les mêmes que celles définies par d’autres groupes ou mouvements djihadistes, mais sont indicatives d’une tendance et d’une manière de penser.
  • Les quatre premières priorités du Djihad par Terrorisme Individuel concernent le monde islamique et Israël et non le monde occidental. Ce qui tendrait à infirmer l’idée trop répandue que le terrorisme vise à installer l’Islam en Occident et que la Chrétienté est l’objectif des djihadistes. En fait, ces priorités sont en cohérence avec la notion de djihad, qui consiste à protéger l’islam des influences extérieures, et non à conquérir de nouveaux territoires.
  • On constate une relative bonne corrélation avec la vision du Califat attribuée à l’Etat Islamique. Avec cependant une différence majeure : l’action contre les pays européens est essentiellement fonction de leur action dans le monde islamique et leur soutien aux Etats-Unis dans ce contexte. Des pays comme la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et d’autres, sont donc des priorités uniquement en raison de leur participation à un conflit. Les pays comme le Portugal ou l’Espagne – constituant pourtant l’ancien « el-Andalus » (« Le Jardin ») de l’ancien Califat – ne font pas partie des priorités du Terrorisme Individuel.
  • Malgré le fait qu’Israël fasse partie de la zone de première priorité, il continue à combattre les gouvernements légaux de cette zone. Ainsi, aux incidents de frontières imputables aux rebelles islamistes, Israël riposte sur les forces du gouvernement syrien.

La question de l’attaque contre des civils

La question de s’attaquer à des civils est manifestement interprétée par les djihadistes de manière différente qu’en Occident. Toutefois, plusieurs écoles de pensée existent et apparemment, le débat au sein de la mouvance djihadiste est vivace.

Alors que les Occidentaux tendent à faire une distinction entre civils et combattants, les djihadistes, eux, divisent la population d’une zone de guerre (Dar al-Harb) en « croyants » et « incroyants ». Parmi les incroyants, on distingue ceux qui luttent contre l’islam et ceux qui ne luttent pas contre l’islam.

Le point commun de ces diverses tendances est de considérer que les innocents sont des victimes collatérales, dont on accepte implicitement le sacrifice au nom d’un objectif supérieur constitué par la religion. Dans ce contexte, certains évoquent l’exemple de l’usage de catapultes par Mohammed durant le siège d’Alexandrie, dont les projectiles touchaient également des victimes non-combattantes. Bien qu’il soit recommandé de tenir compte de la présence de ces victimes potentielles, la nécessité militaire semble avoir la primauté. (Note : Ceci n’est d’ailleurs pas très différent de la position occidentale, puisque l’engagement de drones américains pour des « attaques ciblées » contre des terroristes. Une étude publiée en septembre 2012 par l’Ecole de Droit de Stanford et de la New York University – « Living under Drones » – a établi que seuls 2% des personnes tuées par drones sont effectivement des terroristes)

La vraie question, qui n’est pas vraiment répondue de manière claire et satisfaisante est de savoir s’il est autorisé de « cibler » des populations civiles. Ce qui conduit à la discussion sur la définition du mot « innocent ». Les individus qui, sans être impliqués directement dans un combat, soutiennent matériellement ou moralement un des adversaires ne sont pas considérés par de nombreux groupes djihadistes comme innocents. Il en est ainsi de journalistes, ou de représentants d’organisations caritatives chrétiennes, etc.

Conclusions

Bon ou mauvais, le terrorisme doit être combattu. Toutefois, dans tous les pays occidentaux, le terrorisme est compris comme une fatalité inévitable qu’on ne combat qu’en le traitant en aval : les écoutes, le fichage, l’intrusion dans la vie privée, le renforcement des mesures de protection, la limitation des libertés individuelles, etc. sont quelques-unes des mesures adoptées, qui ne peuvent agir contre les terroristes qu’une fois leur décision prise. Or, aucune mesure n’est prise pour éviter que des terroristes potentiels aient l’idée de s’engage dans le terrorisme. Au contraire, on multiplie les décisions propres à indigner, à provoquer, voire à inciter les individus à s’engager dans une voie radicale. Après les tragiques événements liés à Charlie Hebdo, aucun effort de la part du gouvernement français n’a été fait pour tenter de calmer les passions et tenter d’infléchir les perceptions génératrices de tensions, ni dans les mesures prises, ni dans les discours. On a rejeté la charge de la lutte contre la radicalisation dans les prisons et sur les écoles, sans réelle stratégie et avec des effets parfois à l’inverse des effets recherchés.

Comme on le constate, la doctrine des djihadistes est conforme à la compréhension générale du Djihad, mais poussé à l’extrême, puisqu’il s’agit d’en tirer des principes de combat. Cette doctrine est défensive en essence, ce qui signifie qu’on peut lui « couper l’herbe sous les pieds » en évitant les attitudes offensives inutiles. Les interventions en Irak, en Afghanistan, et Syrie et en Libye ont déjà été largement commentées dans les médias et un certain consensus émerge pour souligner leur illégitimité. En clair, si ces interventions n’avaient pas eu lieu, le djihad n’aurait sans doute pas trouvé l’audience nécessaire qui a conduit au chaos en Syrie. On ne refait pas l’Histoire, mais il s’agit d’apprendre des erreurs du passé, et éviter de se lancer dans des aventures dont on n’est pas en mesure d’évaluer les conséquences. Comme par le passé avec l’Irak, et la Libye, les récentes décisions des gouvernements français, belges et américains accroitront – et ont déjà accru – la menace djihadiste envers l’Occident.

[1] Sun Tsu traduit par R.L. Wing, « The Art of Strategy », Doubleday, New York, 1988

[2] En arabe, le mot terrorisme (« irhab ») vient du verbe « arhaba » (terroriser) et la terreur est « al-rahab ». Celui qui terrorise est donc l’ “irhabi » et sa victime est le « murharb » ou « marhub ».

[3] D’après Abou Moussab al-Souri, “The Jihadi Experiences: The main arenas of operation for individual jihad”, Inspire, Fall 2011, p.18

Taliban

Taliban

Autre appellation:
Tehrik Taliban-i-Pakistan (en anglais :
Taleban Islamic Movement of Aghanistan – TIMA)

Taliban(Afghanistan/Pakistan) (Étudiants en religion. Littéralement : Ceux-qui-exigent [le savoir]) Mouvement apparu en septembre 1994 et issu des écoles coraniques au Sud de l’Afghanistan. Il est dirigé par son fondateur, le mollah Mohammed Omar, qui assure aujourd’hui une autorité sans doute plus morale qu’opérationnelle.

D’origine sunnite, le mouvement Taliban (ou Taleban, selon les transcriptions) se veut rassembleur des différentes ethnies, tendances religieuses et familles politiques qui avaient fait de la résistânce afghane un amalgame hétéroclite de tendances souvent opposées. Afin de d’atteindre son objectif d’unification de l’Afghanistan, les Taliban ont basé leur approche sur le « plus petit commun dénominateur » des diverses factions et tendances afghanes. C’est ainsi que l’application de la loi islamique (charia) est devenue un pilier du système Taliban, sorte de retour vers des éléments de base de l’islam qui sont plus consensuels.

Zones de repli des Taliban au Pakistan
Les Taliban et autres éléments armés opérant en Afghanistan utilisent les « zones tribales » (FATA) au Pakistan comme sanctuaire. Les rivalités entre factions tribales et religieuses tendent à encourager l’extension des zones sanctuarisées vers la Province de la Frontière Nord-Ouest (NWFP).

 

 

Taliban_Zones tribales et Province du Nord-Ouest au Pakistan

Les « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en hachuré], avec notamment les « agences » du Sud-Waziristân, du Nord-Waziristân et de Bajaur, constituent des refuges pour les Taliban et certains mouvements alliés, comme le Mouvement Islamique de l’Ouzbékistan et des groupes djihadistes.

Tehrik Taliban-i-Pakistan (2008)
En trait fort les « agences » associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Dès sa création, en raison de son caractère unificateur, le mouvement connaît un succès fulgurant et conquiert rapidement tout l’Afghanistan sans combats, à l’exception du nord-ouest du pays (qui reste sous la conduite d’ ► Ahmed Shah Massoud) et accède au pouvoir en 1996. L’arrivée au pouvoir des Taliban met ainsi fin à des violences communautaristes sanglantes et cruelles, ce qui lui confère un large soutien populaire. En octobre 1997, l’Afghanistan devient ainsi officiellement l’Emirat Islamique d’Afghanistan. La conduite du mouvement est alors assurée par un Conseil (Choura) basé à Kandahar.

Cependant, les Taliban sont loin de constituer un groupe homogène et — outre les tiraillements entre une tendance pro-pakistanaise et tendance nationaliste afghane — ses divisions reflètent les divisions traditionnelles des populations afghanes. Les principales lignes de fracture sont :

  • Les luttes et rivalités personnelles entre tribus et chefs de factions ;
  • La rivalité entre combattants Ouzbek et djihadistes arabes ;
  • La priorité donnée par les Ouzbeks au djihad contre le gouvernement « corrompu » du Pakistan par rapport au djihad contre les forces occidentales.
  • La lutte pour le contrôle de territoires, plutôt que pour des objectifs politiques, religieux ou idéologiques.

C’est en fait l’intervention américaine en octobre 2001 qui a renforcé l’unité du mouvement, pour combattre un ennemi commun, comme naguère contre les Soviétiques.

Le Pakistan, a toujours eu une attitude ambiguë à l’égard de l’Afghanistan : les intérêts des populations pachtounes, la très contestée frontière pakistano-afghane (ligne Durand) et la crainte d’être encerclé par l’Inde et ses alliés ont guidé la politique pakistanaise. Lors de la guerre contre les Soviétiques, et avec l’appui des Etats-Unis, les services de renseignements, l’Inter-Services Intelligence (LSI), ont largement soutenu le  Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar. Le succès des Taliban a provoqué un revirement pragmatique du Pakistan, qui leur apporte un soutien en matière de logistique et de conseils militaires dès 1994. Mais il serait inexact d’en tirer la conclusion que l’ISI a poursuivi inconditionnellement ce soutien, particulièrement à partir du début des années 2000.

Les Taliban ne constituent a priori ni un mouvement terroriste ni un mouvement à caractère djihadiste. Les liens organiques avec “Al-Qaïda”, ont été un prétexte invoqué par les Etats-Unis et les forces de l’OTAN pour justifier leur intervention. En réalité, en 2001, les Taliban soutenaient essentiellement les combattants islamistes au Jammu-Cachemire. Ces combattants étaient formés dans des camps, qui ont été interprétés par les Américains comme des camps d’entrainement de terroristes destinés à l’Europe, alors que tous les indices indiquaient qu’il s’agissauit de camps de formation de guérilla de nature rurale, sans aucun rapport avec la nature d’un terrorisme européen. Ceci explique pourquoi la majeure partie des combattants capturés dans ces camps en 2001 et internés au camp de Guantanamo se sont avérés totalement inutiles dans la lutte contre le terrorisme, car il s’agissait pour la plupart de paysans locaux qui n’avaient aucune vocation à aller se battre en Occident. Les services de renseignements américains se sont d’ailleurs aperçu que ces mêmes combattants n’avaient d’ailleurs aucune conaissance d’ “Al-Qaïda”, puisque cette organisation n’existait pas! En revanche, les Taliban avaient accordé l’asile à Ossama ben Laden après qu’il a été expulsé du Soudan et déchu de sa nationalité saoudienne. Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont demandé aux Taliban d’extrader Ossama ben Laden, ce que les Taliban ont refusé dans un premier temps, puis accepté à condition que les Etats-Unis fournissent les preuves qu’Ossama ben Laden était impliqué dans les attentats. Les Etats-Unis n’ont jamais été en mesure de fournir ces éléments et ont opté pour une opération militaire contre l’Afghanistan (Opération Enduring Freedom — OEF). Or, même s’il a été placé dans la situation de mener le djihad contre l’occupation étrangère en Afghanistan, le mouvement Taliban n’a pas d’ambitions internationales et reste focalisé sur la situation intérieure afghane. En revanche, par leur repli au Pakistan dès l’intervention américaine en octobre 2001, les Taliban ont donné une dimension transfrontalière à leur mouvement. Paradoxalement, toutes les factions des Taliban ne figurent pas sur la liste des organisations terroristes établie par le Département d’Etat américain. En effet, afin de permettre au gouvernement de Karzaï de trouver une solution négociée au conflit, les Taliban n’ont pas été portés sur cette liste, car la politique américaine s’oppose au principe de négocier avec des terroristes.

Conduite et structures

Les principaux dirigeants des Taliban ont été arrêtés ou éliminés en 2007 par les forces de la coalition occidentale et par les autorités pakistanaises. Les Taliban on maintenu la
succession de ces chefs tués dans une certaine discrétion, pour des raisons évidentes de sécurité.

En mars 2003, le Mollah Omar appelle au Djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés européens et afghans dans un mouvement appelé « Seif-ul-Muslamin » (Epée des Musulmans). Ce dispositif s’appuie sur un réseau initialement basé dans les secteurs d’Asadabad en Afghanistan (à 12 km de la frontière pakistanaise), avec des bases à Parachinar (Zones Tribales sous administration fédérale) et Miran Shah (Nord Waziristân) au Pakistan. En juin, le Mollah Omar forme un conseil de guerre désigné « Choura-e-Rahbari » (Conseil des Chefs) composé de dix chefs militaires et tribaux.

 La structure de commandement des Taliban n’est pas claire et a sans doute varié de manière importante ces dernières années. Plusieurs représentations existent de l’articulation opérationnelle des Taliban. Ici présentée l’une d’elles, la plus vraisemblable compte tenu des informations disponibles.

Parallèlement, le Mollah Omar organise et structure les activités opérationnelles en découpant la zone frontalière de l’Afghanistan en cinq zones opérationnelles, qui semblent articulées en trois commandements opérationnels :

  • Commandement Sud, qui regroupe les provinces du Sud-Est du pays (Farah, Nimroz, Helmand, Kandahar, Uruzgan et Zaboul), avec un commandement politique à Quetta (Pakistan) et un commandement opérationnel à Zaboul. Chaque province ayant un commandant opérationnel.
  • Commandement Centre (ou Est) qui comprend les provinces qui s’étendent de la frontière pakistanaise à Kaboul (Paktika, Ghazni, Paktia, Lowghar). Il comprend la zone opérationnelle du groupe de Jalaluddin Haqqani initialement centré sur la province de Paktia.
  • Commandement Nord, qui comprend les provinces de Kaboul et celles qui l’entourent au Nord-Est jusqu’à la frontière pakistanaise. Elle comprend la zone opérationnelle du Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hektmatyar, initialement centrée sur la province de Kunar. Ce commandement aurait sa conduite opérationnelle dans le secteur de Nunghar (2008).

La difficulté à identifier les structures de conduite et opérationnelles des Taliban vient du fait que ces structures se superposent à celles d’autres mouvements ou groupes qui combattent dans les mêmes secteurs de manière plus ou moins coordonnée. C’est ainsi le cas du Commandement Est et du Commandement Nord-Est, qui réunissent au moins deux zones opérationnelles chacun, qui se chevauchent. En outre, ces zones opérationnelles ne doivent pas être comprises « à l’occidentale » comme rigides. Apparemment, ces zones évoluent de manière très pragmatique (et de manière complètement imprévisible pour un observateur extérieur) en fonction des succès et des réseaux de résistance.

Les bases logistiques des Taliban se situaient initialement dans les zones tribales fédérales (principalement au Sud et Nord Waziristân, ainsi que dans l’agence de Bajaur). Les opérations (aériennes et terrestres) américaines sur territoire pakistanais ainsi que la lutte menée par le gouvernement Pakistanais — sous la pression des Etats-Unis — contre les Taliban ont permis à ces derniers d’étendre leur zone d’influence sur l’ensemble des zones tribales et des Provinces du Nord-Ouest, et de s’y implanter durablement, en particulier l’Agence de Swat.

Le 5 septembre 2006 est signé l’Accord du Waziristân, entre le gouvernement pakistanais et les représentants des tribus locales, qui met fins aux combats. En substance, l’Accord prévoit la fin des opérations militaires, l’arrêt des opérations en Afghanistan et dans les agences(1) adjacentes, le désarmement des milices tribales et le contrôle des postes frontières par les milices tribales. Mais apparemment, le seul « bénéfice » de ces accords a été de permettre au Taliban de concentrer leurs efforts sur l’Afghanistan.

Taliban_Principales forces des Taliban dans les Zones Tribales (2007)

Les Taliban sont essentiellement concentrés dans les « agences » des « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en trait fort]. Avec l’action du gouvernement pakistanais, l’influence des Taliban s’est étendue aux « zones tribales sous administration régionale »

Choura-e-Rahbari des Taliban

  • Mollah Akhtar Mohammad Usmani, tué le 27 décembre 2006 ;
  • Mollah Abdur Razzaq Nafiz, considéré comme l’un des fondateurs du mouvement Taliban a été ministre de l’Intérieur du régime Taliban. Il aurait été tué le 26 décembre 2006 dans la province de Zaboul ;
  • Mollah Obaidullah Akhund, est ancien ministre de la Défense des Taliban, membre du Conseil exécutif des Taliban (Shura Majlis) (3e du système). Il a été capturé au Pakistan le 26 février 2007, puis relâché en novembre dans le cadre d’un échange de prisonniers avec le Pakistan. Il est arrêté à nouveau en février 2008 ;
  • Mollah Berader Akhund„ commandant militaire des Taliban au Sud de l’Afghanistan, porté mort lors d’un raid aérien de l’OTAN le 31 août 2007. Il sera cependant identifié comme chef de l’offensive du Ramadan (Opération Nassirat) en septembre 2007 ;
  • Maulvi Jalaluddin Haqqani, ex-ministre des Tribus et des Zones Frontières. Son fils Sirajuddin Haqqani dirige le « Groupe Haqqani », un réseau combattant particulièrement actif et audacieux, basé au Nord-Waziristân et dans l’Est de l’Afghanistan, présumé responsable des attentats contre l’hôtel Serena de Kaboul (14 janvier 2008) et contre Hamid Karzai lors de la parade militaire du Jour des Moudjahiddin (27 avril 2008). Son plus jeune fils Mohammad Omar Haqqani a été tué lors de combat avec les forces coalisées dans la province de Paktia au début juillet 2008 ;
  • Mollah Saifur Rahman Mansour, commandant opérationnel originaire du Sud de l’Afghanistan
  • Mollah Dadullah Mansour, qui a succédé à son frère comme commandant des forces au Sud de l’Afghanistan, aurait été exclu du mouvement des Taliban au 30 décembre 2007 pour raison d’insubordination ;
  • Mollah Akhtar Mohammad Mansour ancien ministre de l’Aviation des Taliban ;
  • Mollah Mohammad Rasoul, ancien gouverneur de la province de Nimroz ;
  • Hafiz Abdoul Majid, ancien chef du Renseignement et de la Sécurité de la zone de Kandahar

Le fait que les Etats-Unis mènent également leur guerre contre les Taliban sur le territoire pakistanais a des conséquences. Premièrement, les presssions sur le gouvernement pakistanais pour “accepter” les bombarrdements de drones ont créé une situation malsaine au plan de la souveraineté de l’Etat pakistanais sur son propre territoire, qui lui est reproché par une partie de la population et est à l’origine de la chute du gouvernement Moucharraf en 2007. En second lieu, les actions américaines – niotamment les bombardements parfois mal ajustés et créeant de nombreuses victimes colatérales – ont de facto fait des zones tribales pakistanaises une zone de conflit et donné une certaine légitimation aux Taliban.

C’est ainsi que le 15 décembre 2007, les Taliban annoncent la création d’une organisation commune, le Tehrik Taliban-i-Pakistan (Mouvement Taliban du Pakistan), basé au Sud Waziristân et dirigé par Baitullah Mehsud. Il rassemble les groupes Taliban des zones (« agences ») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Shura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du TTP est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan même.

Déploiement et dispositif au Pakistan

Le déploiement des Taliban dans les zones tribales à l’ouest du Pakistan se présente comme suit (début 2007) :

  • Agence de Bajaur :
    – Militants Taliban dirigés par Faqir Mohammad, qui est le commandant en second du Tehrik Taliban-i-Pakistan.
  • Au Nord Waziristân, trois factions :
    – Faction dirigée par Sadiq Nour, basée à Miramshah, est alliée avec le Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle gère également des tribunaux islamiques dans les zones sous sa juridiction. Dans un premier temps, cette faction s’est opposée à la présence d’Arabes et d’Uzbeks dans sa zone d ‘ influence.
    – Faction dirigée par Abou Kasha (alias Arab Malang), basée dans la région de Mir Ali. Elle se subdivise en deux groupes, l’un dirigé par Inamullah et l’autre par Haq Nawaz Dawar. Arabe d’origine iraquienne, Abou Kasha coopère avec les groupes Ouzbek basés au Nord Waziristân.
    – Faction dirigée par Najimuddin Uzbek — également connue sous la désignation de Groupe Ijaz —, essentiellement composée d’Ouzbeks. Elle est issue du ► Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO) dirigé par ► Tahir Yuldashev.
  • Au Sud Waziristân, plusieurs factions :
    – Faction dirigée par Baitullah Mehsud, le plus puissant chef Taliban du Sud Waziristân. Son porte-parole, Zulfiqar Mehsud, est l’un des personnages les plus influents de la région. Elle coopère avec le ► Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle comprend environ 30 000 combattants organisés de manière militaire. Elle fait régner la Charia dans sa zone d’influence, interdisant l’usage d’ordinateurs, de télévision et interdit la musique. Le 8 février 2005, elle a signé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement pakistanais.
    – Faction ► Abdullah Mehsud, qui compterait quelque 5 000 combattants. Il est proche des groupes de combattants Ouzbek et Tadjiks.
    – Faction dirigée par le Mollah Nazir(4), qui regroupe, depuis novembre 2006, quelque 14 groupes Taliban, constitue la plus puissante faction Taliban. Elle est alliée au JUI et soutient ouvertement le Djihad contre les forces occidentales en Afghanistan.
    – Faction dirigée par Zanjeer, proche du ► Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar.
    – Faction dirigée par Noor Islam, basée à Wana, proche des groupes Ouzbek et Tadjik.
    – Faction Haji Khanan, basée dans la région de Shagai. Elle est opposée à la présence de combattants étrangers (Ouzbeks).
  • Dans l’Agence de Swat :
    – Faction dirigée par le Maulana Qazi Fazlullah, chef du ► Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammedi (TNSM), et beau-fils du chef en titre du TNSM, s’allie aux Taliban et s’engage dans la lutte contre le gouvernement pakistanais.

(1)Désignation des entités administratives des Zones Tribales sous Administration Fédérale (FATA).

Lien externe

Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Voir ► Taliban

Autre appellation :
Mouvement des Taliban du Pakistan

(Pakistan)

Autres appellations US:
Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP)

Pakistani Taliban
Tehreek-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
Tehrik-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
TTP

(Pakistan) (Mouvement Taliban du Pakistan) Mouvement d’origine sunnite créé en décembre 2007 basé au Sud Waziristân et initialement dirigé par Baitullah Mehsud. Le TTP rassemble divers groupes Taliban des zones («agences») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Choura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du Tehrik-e-Taliban (TTP) est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, en raison des bombardements par des drones américains sur territoire pakistanais, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan.

Tehreek-e-Taliban
En trait fort les «agences» associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les
affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Corrélat : ► Organisations terroristes

Lien externe

Black Block

Black Block

Autre orthographe :
Black Bloc

Le Black Block n’est ni une structure, ni une organisation, ni un réseau, ni une idéologie, mais une fonctionnalité au sein d’une manifestation. Cette fonctionnalité est exécutée par un groupe de personnes rassemblées temporairement pour cette occasion, et associée à une stratégie d’action précise.

Située aux confins de l’« incivilité », de la guérilla urbaine et du terrorisme, la stratégie du Black Block a ses origines dans les manifestations des groupes autonomes des années 80 en Allemagne. C’est lors de la manifestation contre le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Seattle (30 novembre 1999), que la stratégie du Black Block est arrivée à maturité. Elle s’est alors développée et a accompagné tous les grands rendez-vous de l’économie mondiale (G8, OMC, etc.)

L’appartenance de certains de ses théoriciens au mouvement « Eugene » créé aux Etats-Unis par Colin Clyde et ► John Zerzan tend à faire assimiler le Black Block à un phénomène anarchiste. Toutefois, ses partisans se recrutent parmi les divers mouvements d’extrême gauche, autonomes, écologistes ou anarchistes, et se défendent de représenter une idéologie particulière. En fait, ils constituent davantage un assemblage de « mercenaires » provenant des divers mouvements anti-mondialisation prêts à fonctionner comme groupe « de choc » au profit de l’ensemble de la manifestation. L’expérience montre que certains membres des Black Block sont simplement des jeunes en mal d’action, mais sans réelle idéologie politique, parfois même engagés professionnellement dans les institutions qu’ils combattent.

La vraie dimension asymétrique du Black Block est qu’il sert principalement les intérêts politiques d’autres mouvements qui revendiquent des méthodes pacifistes, et exploitent ainsi les « brutalités policières » provoquées par les « mercenaires » du Black Block. Ces derniers — souvent désignés commandos ou brigadistas — en effet, se « sacrifient » pour disloquer le dispositif policier et provoquer des brutalités policières indiscriminées. Les manifestants « pacifiques » peuvent ainsi être victimisés. Brutalité et mondialisation peuvent ainsi être associées et discréditer l’action du gouvernement. Ceci explique pourquoi même les composantes « pacifistes » du mouvement contre la mondialisation acceptent et soutiennent le rôle du Black Block.

Un autre aspect est que la littérature associée aux Black Block fait apparaître les hiérarchies comme une forme de violence contre l’individu. Ainsi, le Black Block, qui fonctionne sans système hiérarchique est considéré comme fondamentalement pacifiste.

Stratégie

Les formes d’action du Black Block changent de cas en cas, mais suivent une stratégie générale axée sur la création d’un esprit de solidarité, contre la répression policière, en créant une situation chaotique, qui sert de tremplin à la protestation. Par la provocation et une grande mobilité tactique, ils cherchent à briser la cohésion des forces de police et à les entraîner dans des affrontements qui permettent au « gros de la manifestation » de se développer. Utilisant parfois — et même souvent — la violence, la destruction et le saccage, parfois la violence verbale et la menace de violence, la stratégie change selon les lieux et les participants.

La stratégie de fond des Black Block est à la fois de montrer l’incapacité du pouvoir et des autorités en place à gérer une situation de crise et de pousser les forces de l’ordre dans un processus d’escalade de la violence.

Ce mécanisme se met en place à partir de manifestations pacifique/pacifistes qui doivent donner la légitimité aux manifestants. Le Black Block intervient dans une seconde phase pour révéler l’incapacité et la violence oppressive des autorités.

Préparation des opérations

La planification et la conduite stratégique des Black Blocks est assurée à travers les chat-rooms sur Internet. Le regroupement des équipes et la stratégie sont discutées et fixées quelques heures avant l’action. Lors du sommet du G8 à Gènes, les tentatives de la police italienne de pénétrer les « chat-rooms » sous le pseudonyme de « Crudelia » afin d’intercepter les plans des « Black Blocks » ont été rapidement identifiées et immédiatement publiées sur le net, avec de fausses informations destinées à les induire en erreur. L’Internet est également utilisé à des fins de manipulation ou de propagande. Peu après les violentes manifestations de Gènes, la photo du jeune Carlo Giuliani, tué par un carabinier est immédiatement mise sur le net, avec un film des événements.

Opérations

Les opérations des Black Block sont généralement conçues sur le principe de « l’essaim » (« swarm »). Il s’agit, à partir d’individus ou de très petits groupes disséminés dans une foule ou dans un secteur donné, de créer très rapidement des concentrations fugaces capables de générer des pôles de violence avec une supériorité temporaire face aux forces de l’ordre.

Une variante plus développée du « swarming » a été développée dans les opérations de type « rhizome », qui ont la capacité de générer plusieurs pôles de violence disséminés sur plusieurs sites, mais dans le cadre d’une même opération. Le « rhizome » est basé sur de petits noyaux (« nodes ») indépendants, reliés entre eux de manière non-hiérarchique.

Les opérations du Black Block n’ont pas d’objectif matériel ou territorial autres que le déploiement de la violence. Afin de symboliser son succès le Black Block établit des « Zones Autonomes Temporaires » (ZAT), éphémères et qui permettent simplement aux manifestants de matérialiser un objectif, même si elles ont une valeur plus symbolique que territoriale. La simple destruction ou saccage d’un magasin peut constituer un ZAT.

Les quatre principes de combat en rhizome sont clairement définis :

  • Indépendance des noyaux les uns par rapport aux autres d’une part pour des raisons opérationnelles (les actions de chaque noyau n’impliquent pas et ne mettent pas en danger une structure centrale) et pour des raisons philosophiques (la hiérarchie est de manière inhérente génératrice de violence).
  • Interaction : les structures hiérarchiques perdent trop d’énergie à filtrer et canaliser l’information, ce qui en ralentit le flux. La hiérarchie est donc remplacée par l’interaction où l’action prime le flux d’information, avec l’idée que l’échange d’information informel par l’action permet une réaction plus rapide que dans les systèmes structurés.
  • « Source Ouverte » : l’échange d’information dans un réseau rhizomique s’effectue de manière horizontale et indiscriminée, conséquence du principe d’ interaction.
  • Pas de dépendance envers l’espace et le temps, considérée comme une des caractéristiques du combat « hiérarchisé ».

Tactique

Sur le terrain, la doctrine Black Block préconise l’engagement de petites cellules de 5-20 personnes, qui, généralement, se connaissent et coordonnent leur présence et leur stratégie opérationnelle avant l’action. L’action tactique est décidée sur place quelques minutes avant le déclenchement de la manifestation. Masqués et vêtus de noir, les « membres » du Black Block défilent avec drapeaux (noirs) et tambours, non sans rappeler des armées d’un autre temps. Leur présence au sein de la manifestation principale est organisée de manière théâtrale et méthodique. A Gènes, le Black Block était inséré dans la manifestation principale et entouré par des membres du Bloc Rose (Pink Bloc) qui fournissait pour l’occasion un groupe de « Tactical Frivolity », dont la fonction est de faire diversion et de favoriser la sortie et l’entrée du Black Block dans le cortège. Le Black Block ne fait qu’initier le chaos, puis se retire rapidement dès que la situation dégénère, laissant les autres membres de la manifestation aux prises avec les forces de l’ordre. Leurs actions sont enregistrées sur vidéo, afin d’étudier et d’améliorer les tactiques.

Acteurs

Par définition, les acteurs du Black Block sont dispersés et leur force réside dans leur atomisation. Certaines organisations cependant jouent un rôle moteur dans l’organisation et la planification des Black Block :

  • Direct Action Network (DAN), basée à San Francisco (Etats-Unis), il assure la coordination des activités dans les manifestations pour l’Amérique du Nord. Il a fait ses premières armes lors des manifestations de Seattle, en 1999. DAN dispose d’offices dans la plupart des états américains.
  • Ruckus Society, basée à Oakland, en Californie, est spécialisée dans la formation à la résistance active dans divers environnements stratégiques (lutte anti-mondialiste, écologiste, antinucléaire, etc.) Elle met l’accent sur l’action non-violente. Elle offre des stages de formation pour « combattants écologistes » dans les domaines suivants : action directe non-violente, reconnaissance, planification et coordination, techniques d’escalade, blocus, moyens d’action directe électronique, construction de banderoles, etc.
  • Black Army Fraction, qui se veut anarchiste et dont la plupart des membres viennent de la ville d’Eugene (Oregon), ville de John Zerzan. Elle s’attaque aux symboles du capitalisme.
  • Reclaim The Streets (RTS), une organisation basée en Grande-Bretagne, qui prône l’action directe pour une « révolution socio-écologique globale et locale ». RTS est présent dans tous les grands événements internationaux et organise des désordres urbains. RTS a notamment organisé la manifestation de juin 1999 à Londres qui a fait 42 manifestants blessés et des dégâts pour environ un million de livres. L’action a été accompagnée de quelque 10 000 cyber-attaques contre des entreprises.
  • Action Mondiale des Peuples (AMP) ou People’s Global Action (PGA) veut promouvoir des « structures d’échanges pour les mouvances anti-autoritaires et anticapitalistes ». Il s’inspire de la lutte zapatiste au Mexique et organise des contre-événements souvent spectaculaires.

Lien externe: interview de Jacques Baud par la Radio Télévision Suisse (RTS)/Forum (13.12.2014) “Quelles étaient les motivations des casseurs qui ont sévi dans les rues de Zurich?” (Reclaim The Streets (RTS) à Zurich)