Takfir wal-Hijra

Autre orthographe:
Takfir wa’l-Hijra

Takfir wal-Hijra

(International) (Excommunication et Exil) Mouvement radical islamiste, originaire d’Egypte, fondé en 1972 par ► Choukri Moustafa sous le nom d’Association des Musulmans (Jama’at al-Muslimin), issu du Parti de la Libération Islamique. Il prône l’excommunication (ou la désignation comme incroyant (Kafir, qui est à l’origine du mot “takfir”) des musulmans considérés comme ayant abandonné l’Islam. Cet abandon de l’islam peut alors être jugé comme un cas d’apostasie et faire l’objet d’une sanction selon la loi islamique (charia). La pratique du takfir illustre la politique d’intolérance de certains groupes armés, comme en Syrie.L’association habituellement faite en Occident entre le takfir et les djihadistes (notamment “Al-Qaïda”) n’est pas automatique: de nombreux mouvements djihadistes rejettent cette notion qui conduit à des luttes internes.

Le guide spirituel du mouvement Takfir wal-Hijra est Abd el-Kader al-Aïra. La doctrine du Takfir wal-Hijra s’alimente des idées guerrières de Sayyed Qotb, leader des ► Frères Musulmans exécuté en 1966 et de sa théorie sur «l’expiation».

Divisé et e proie à des luttes internes, le mouvement s’engage dans la violence. Après l’assassinat de deux ministres égyptiens, Choukri Moustafa est arrêté et condamnée à mort. Le mouvement se divise alors en deux tendances: une tendance armée, responsabkle de nombreux attentats dans le monde, et une tendance plus “intellectuelle”.

Très peu de détails sont connus sur ce mouvement et les groupes armés qui s’en inspirent.

Lien externe

Egypte

Autres appellations:
Jamaat al-Muslimin (Groupe des Musulmans)
Jamaat al-Takfir wal-Hijra (Groupe de l’Excommunication et de l’Exil)

(Egypte/Sinaï) Groupe djihadiste sunnite de tendance takfiri basé dans le Sinaï. Il est issu du mouvement du même nom qui s’est développé durant la seconde moitié du XXe siècle en Egypte et a dû s’expatrier sous la pression du gouvernement égyptien dans les années 60. Le groupe semble être réapparu en Egypte dans les années 90, mais ne s’est manifesté réellement qu’en février 2011 à la faveur du printemps arabe.

Il a plusieurs centaines d’attentats à son actif Il serait impliqué dans l’attentat contre Anouar el-Sadate, en 1981. Il reste actif dans le région du Sinaï, où il s’est développé depuis la fin des années 90. Plus récemment, les diverses actions israéliennes dans la Bande de Gaza et le renversement du gouvernement Morsi, dans le climat de violence du Proche- et Moyen-Orient semblent avoir stimulé un développement brutal du mouvement. Le groupe est essentiellement basé dans la partie nord de la péninsule du Sinaï.

En Egypte, le Takfir wal-Hijra a une structure de 40 émirs, qui dirigent chacun des groupes de combat (information encore à confirmer).

Algérie

Le Takfir wal-Hijra apparaît en Algérie dès la fin des années 80, sous la forme d’une secte au sein des milieux estudiantins. Il est basé dans la mosquée Lekhal de Belcourt à Alger. Dès 1994, il prend de l’importance comme dissidence du ► Groupe Islamique Armé (GIA). L’aile algérienne du TwH est créé à Aïn Defla, par Ahmed Guellila (alias « Abou Hafs ») et rassemble de nombreux ► « Afghans ». Elle est connue sous l’appellation de Djama’at el-Mouwahidoune ou Katibat « el­Mouwahidin » et recrute ses militants parmi les ex-membres du ► Front Islamique du Salut. Sa première action remonte au mois d’octobre 1988 avec le saccage du ministère de la Jeunesse et des Sports. Il constitue l’un des principaux groupes islamiques armés en Algérie et compte quelque 5 000 activistes, dont certains auraient été entraînés dans les camps du ► Hezbollah au Liban. Il serait dirigé par le Cheikh al-Hacheni Sahnouni.

Ce groupe pourrait être en contact avec des cellules d’Al-Qaïda liées au Franco-algérien ► Djamel Beghal et découvertes en octobre 2001 en Belgique, en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas.

Jordanie

En Jordanie l’arrestation de Muhammad Shalabi (alias Abou Sayyaf) en novembre 2002 associé au Takfir wal-Hijra tend à montrer que le mouvement y est également actif.

Liban

Une branche du Takfir wal-Hijra est active avec environ 200-300 militants au Liban, au Nord-Est de Tripoli et serait dirigée par un ex-Afghan, Bassam Ahmad Kanj (alias Abou Aïchah). Ses membres seraient d’anciens combattants en Afghanistan et de divers mouvements comme le ► Djama’a al-Islamiyya et ► Al-Tawhid al-Islami. Il est lié au groupe ► Asbat al-Ansar, dans le camp palestinien d’Aïn al-Hiloueh. Le réseau libanais du Takfir aurait été démantelé au début 2000 par les forces de sécurité libanaises après avoir tenté un coup de main contre l’armée libanaise dans le secteur de Dinnieh.

Libye

Le Takfir wal-Hijra s’est implanté en Libye dès la fin des années 80. Son action n’est pas connue avec précision, mais le mouvement est combattu par le gouvernement.

Maroc

Le Takfir wal-Hijra s’est implanté au Maroc dans les quartiers pauvres des villes de Casablanca, Fès, Marrakech, Nador, Oujda, Salé et Tanger. Il comprend de nombreux « Afghans » parmi ses militants et encourage un discours violent. Le discours des émirs du Takfir marocain utilise des termes difficilement compréhensibles pour les militants de base et se donnent ainsi une apparence mystique, qui encourage une obéissance aveugle.

Soudan

Une branche du Takfir wal-Hijra, fondée par ► Mohamed Al-Khalifi est également active au Soudan, où elle est en lutte contre le mouvement Ansar al-Sunnah. Le mouvement serait dirigé par Abbas Al-Bah Abbas.

Justice and Equality Movement (JEM)

JEM copyJustice and Equality Movement (JEM)

Autre appellation:
Harakat al -‘Adil wal-Musawah
Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) [au Tchad]

(Soudan/Tchad) (Mouvement pour la Justice et l’Egalité) Mouvement rebelle composés de membres de la tribu Zaghawa Kobe, originaire du Nord-Ouest du Darfour. Les effectifs du Justice and Equality Movement (JEM) étaient évalués à 12 000 combattants en 2003-2004 et sont vraisemblablement tombés à 1 000-2 000 combattants en 2005-2006. Il est dirigé par le Dr ► Khalil Ibrahim Mohammed et son secrétaire-général est Abdel Hamid Bushara. Le responsable de la sécurité et des affaires politiques du mouvement est Gubara Al-Tigani.

Jusqu’en été 2005, le Justice and Equality Movement a un quartier-général politique à Asmara (Erythrée). Dès le début 2008, grâce à ses bonnes relations avec le pouvoir tchadien, le Justice and Equality Movement installe son quartier-général à Am-Djaress, dans l’Est du Tchad et opère dans l’Ouest du Darfour, à la frontière avec le Tchad.

Le Justice and Equality Movement est essentiellement représenté au Darfour Occidental et au Tchad. En perte de vitesse en 2005, il a recruté de nombreux mécontents du SLM/A au Nord Darfour et au Sud Darfour où sa présence et son influence se sont significativement accrues en 2006-2007. Apparemment, la création de commandements — qui n’était pas perceptible avant 2006 — a eu pour objet de satisfaire certains commandants locaux et éviter l’éclatement du mouvement.

Le Justice and Equality Movement est généralement considéré comme un bras armé de l’ex-Front Islamique National (FIN) d’Hassan al-Tourabi, bien que les liens entre les deux aient été plus politiques qu’opérationnels. Il serait inexact de qualifier le Justice and Equality Movement de mouvement islamiste : les liens entre le JEM et le FIN étaient essentiellement de nature opportuniste. Les revendications politiques du JEM sont écrites dans un « Livre Noir » publié pour la première fois en 2001(1), et qui stigmatise le déséquilibre de la répartition des richesses entre les populations de la région du Nil et les régions périphériques. Les liens historiques du JEM avec les milieux islamistes soudanais jettent une suspicion sur l’authenticité de ses revendications et tendent à limiter son soutien populaire. (Voir ► Soudan)

Bien que centré sur l’ethnie Zaghawa, le Justice and Equality Movement est divisé en plusieurs courants, qui constituent autant de ligne de fractures politiques :

  • le Dr Khalil qui rassemble les membres du clan Angou et des partisans non zaghawa de Hassan el-Tourabi,
  • ► Bahar Idriss Abou Gharda avec les membres du clan Borso,
  • Abdallah Banda Abaker avec ses partisans.

Le Justice and Equality Movement subit une première scission le 23 mars 2004, avec le départ du Colonel ► Jibril Abdel-Karim Bari « Tek », qui crée son propre mouvement, le  National Movement for Reform and Democracy (NMRD).

Le mouvement se divise à nouveau en avril 2005 entre Khalil Ibrahim et une faction de commandants militaires dirigée par Mohammed Salih Hamid Harba et baptisée Revolutionary Leadership (RL).(2) Le RL émet alors une déclaration signée par 56 commandants, relevant Khalil Ibrahim de ses fonctions à la tête du Justice and Equality Movement en raison de son rapprochement trop marqué avec le Popular Congress Party — de tendance islamiste — d’Hassan al-Tourabi, ainsi que le détournement à des fins personnelles de certaines aides extérieures apportées au Justice and Equality Movement. Apparemment, le Tchad a tenté — sans succès — de faire admettre le RL comme partenaire dans les négociations d’Abuja. Le 9 octobre 2005, un groupe de la faction du colonel Jibril arrête et enlève une patrouille de l’Union Africaine, tandis que dans l’après-midi du même jour la faction Mohammed Saleh arrêtera 37 militaires de l’Union Africaine avec l’objectif d’exiger d’être considérés comme parties des négociations d’Abuja. Après cette action le RL/FRC est resté discret(3).

Justice and Equality Movement (JEM)_Structure de conduite du JEM (mars 2008)

Au Tchad, le Justice and Equality Movement entretient des relations ambiguës et variables avec le président tchadien Idriss Deby Itno : le petit, mais puissant, clan des Zaghawa Kobe, qui avait permis au président Deby de prendre le pouvoir, est devenu rival du clan des Zaghawa Bideyat, dont est issu le président. Selon la situation, le président tchadien combat ou soutient le JEM. Peu après la rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan, à la fin 2005, le chef du JEM, Khalil Ibrahim, a installé son quartier-général dans l’ambassade soudanaise de N’Djamena, avant d’en être chassé manu militari par le président Deby.

Tantôt allié du pouvoir, tantôt rival de Deby, le Justice and Equality Movement (JEM) s’associe de manière opportuniste aux événements armés du Tchad. Lors de l’offensive du Commandement Militaire Unifié (CMU) de février 2008 (voir Tchad), le Justice and Equality Movement a été utilisé par le gouvernement pour renforcer les forces armées tchadiennes et prendre à revers les colonnes rebelles, lors de la bataille de N’Djamena. Par la suite, le JEM a reçu de nouveaux équipements et une cinquantaine de nouveaux véhicules.

Le Justice and Equality Movement (JEM) est signataire de la Déclaration de Principes signé avec le gouvernement du Soudan et le ► Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) le 5 juillet 2005 à Abuja (Nigeria). Il participe au processus d’Abuja — qui conduit au Darfur Peace Agreement (DPA) — mais il ne signe pas ce dernier en mai 2006. Seule une faction, dirigée par ► Abdelrahim Adam Abou Rishah signe la « Déclaration d’Engagement », et crée ainsi de facto une nouvelle faction au sein du Justice and Equality Movement en le fracturant davantage. Le 15 juillet 2007, une autre faction du JEM, dirigée par ► Ibrahim Yahia Abdelrahaman, signe la Déclaration d’Engagement en Egypte et préfère signer un accord — même provisoire — avec le gouvernement plutôt que de devoir accueillir une force de maintien de la paix internationale au Darfour.(4)

Le 1er juillet 2007, Khalil Ibrahim limoge le commandant militaire du Justice and Equality Movement (JEM), Abdallah Banda Abakar. Ce limogeage provoque de vives réactions parmi les partisans de Banda et provoque la colère du Commandement Oriental du JEM, dont Abdallah Banda prend le commandement et dont il fait une faction dissidente et menace de renverser Khalil Ibrahim. Cette nouvelle faction est officiellement annoncée le 29 juillet 2007 et prend le nom de JEM — Commandement Oriental (JEM-EC). Au début août 2007, le JEM-EC mène une attaque contre Adila (Sud Darfour), conjointement avec la Faction SLA — Unity.

Ces tensions génèrent des accrochages violents entre factions à la fin septembre 2007 et à des dissensions au sein de la conduite même du mouvement. Ainsi, le 26 septembre, Khalil Ibrahim relève Bahar Idriss Abou Garda de sa fonction de secrétaire-général du Secteur Ouest et le remplace par Ahmed Adam Bakheit. Abou Garda crée ainsi une nouvelle faction du Justice and Equality Movement le 3 octobre 2007, qui prend le nom de « JEM — Collective Leadership », qu’il dirige. Le 4 octobre, Abdallah Banda est restauré dans ses fonctions de commandant militaire en chef au sein de la nouvelle faction. La nouvelle faction s’engage à participer au processus de négociation sur la question du Darfour.

Le 15 mars 2008, Khalil Ibrahim entreprend un remaniement de la conduite du Justice and Equality Movement. Il reste le Commandant en Chef du mouvement et nomme le General Abdel Karim Cholloï, commandant militaire du JEM.

Le 10 mai 2008, le Justice and Equality Movement (JEM) tente un raid avec 1 200-2 000 combattants contre Khartoum et est stoppé à la hauteur d’Omdurman, aux portes de la capitale. La raison de ce raid inattendu et quelque peu insensé est inconnue, même si l’hypothèse la plus probable est celle d’une tentative de renversement du gouvernement soudanais. Cette tentative semble avoir généré des tensions supplémentaires au sein du mouvement, accompagnées d’affrontements armés entre la Faction Khalil Ibrahim et la Faction Abou Gharda dans la région d’Iriba (25-26 mai 2008).

(1)Seekers of Truth and Justice, The Black Book: Imbalance of Power and Wealth in Sudan, traduction : Abdullahi Osman El-Tom, Ph.D., Edition mars 2004. Voir www.sudanjem.com/sudan-alt/english/books/blackbookpartl/book_partl.asp.htm
(2)Sudanese Media Center (13.05.2005). On trouve également la traduction de Field Revolutionary Command (FRC), Field Revolutionary Council (FRC) ou Revolutionary Field Command (RFC).
(3)Le 13 novembre 2007, il se joint à huit autres mouvements dans une déclaration d’unification signée à Juba (Soudan).
(4)SMC, 25.07.2007

 

Lord’s Resistance Army (LRA)

Lord’s Resistance Army (LRA)

Autres appellations :
Tong-Tong (littéralement : détourneurs de personnes)

(Ouganda/Soudan) (Armée de Résistance du Seigneur) Mouvement de résistance d’obédience chrétienne créé en 1987, qui a succédé au Holy Spirit Movement (Mouvement du Saint Esprit) — dirigé par Alice Lakwena — et écrasé par la National Resistance Army (NRA). Elle a ses racines dans les tribus Acholi, Llanko et Madi, établies au Nord de l’Ouganda et au Sud du Soudan. Ses effectifs font l’objet de spéculations les plus diverses : estimés en 2002 à quelque 8 000 combattants, ils sont évalués à 500-600 combattants en 2005 et à quelques dizaines de combattants en 2006.

La LRA est un mouvement aux motivations obscures. Se disant chrétien et militant pour un gouvernement fondé sur l’application des Dix Commandements de Dieu, la LRA se présente aussi comme le porte-parole des revendications des tribus Acholi et Llanko. La cohérence entre son action militaire et son « projet » politique déjà floue au début et n’a pas cessé de se dégrader au fur et à mesure de l’effritement ses forces.

Au début des années 90, la LRA opère essentiellement au nord de l’Ouganda et effectue occasionnellement des incursions en République Démocratique du Congo (RDC). Dès la moitié des années 90, les affrontements avec l’Uganda Popular Defence Forces (UPDF) repoussent progressivement la LRA vers le Sud-Soudan, où elle peut bénéficier du soutien de la communauté Acholi et s’associe avec divers groupes qui sont alors opposés à la Sudan People’s Liberation Army (SPLA), qui représente l’ethnie dominante du Sud-Soudan, les Dinka.

La LRA bénéficiera durant quelques années du soutien de Khartoum pour deux raisons : a) le gouvernement soudanais veut ainsi faire pression sur le gouvernement ougandais qui appuie depuis de nombreuses années la rébellion du Sud-Soudan et b) Khartoum soutient assez largement tous les groupes opposés à la SPLA. Ce soutien est alors plus opportuniste que de nature idéologique profonde.

La nature exacte du soutien apporté par le gouvernement soudanais à la LRA est mal connue et largement spéculative. La LRA ne semble pas avoir disposé d’armements lourds et manifestement la majeure partie de leurs armes ont été acquises auprès d’autres mouvement rebelles ougandais comme l’ Ugand a People ‘s Democratic Army (UPDA), ou provenant de prises de guerre contre l’UPDF, sans soutien soudanais. Dès 1997, cependant, avec la réduction de l’aide apportée à la SPLA par l’Ouganda, Khartoum cesse tout soutien à la LRA.

En vertu d’un accord signé entre le soudan et l’Ouganda en mars 2002, l’armée ougandaise UPDF est autorisée à mener des opérations contre les sanctuaires de la LRA au Sud-Soudan en deçà d’une « Ligne Rouge » définie par Khartoum et située le long de la route Torit-Juba. L’armée ougandaise occupe ainsi de facto une partie du territoire soudanais avec l’accord du Soudan. Au printemps 2002, la capacité de la LRA est évaluée à 8 000 combattants. L’UPDF lance l’opération IRON FIST (Poing de Fer), qui restera controversée en raison des représailles brutales de la LRA contre les populations civiles du Nord de l’Ouganda qu’elle provoque.

En 2003-2004, l’UPDF mène des combats acharnés contre la LRA, qui se soldent par des résultats spectaculaires.

En mai 2005, l’accord de coopération entre le Soudan et l’Ouganda est renouvelé jusqu’à la fin juin de la même année. Finalement en septembre, l’accord est renouvelé une troisième fois, en intégrant cette fois-ci la SPLA comme partenaire, et en suspendant la « Ligne Rouge », accordant ainsi une plus grande liberté de manoeuvre aux forces armées ougandaises, qui sont autorisées à utiliser des armes lourdes et des hélicoptères de combat.

En septembre-octobre 2005, la LRA a pratiquement perdu toute capacité opérationnelle. Elle est divisée en quatre groupes, qui ne sont plus coordonnés. Les écoutes électroniques témoignent de l’absence de conduite opérationnelle. Chaque groupe — qui comprend un nombre évalué entre 50 et 100 combattants — est littéralement livré à lui-même et a perdu toute capacité réelle de combat. Au Sud-Soudan, se trouve le second plus important groupe — environ 100 combattants, dont Joseph Kony — au Nord-Est de Juba. Ses actions sont désordonnées et les « attaques » rapportées sont essentiellement des rapines auprès de fermiers, destinées à se procurer de la nourriture ou des biens qui poissent être revendus.

Le plus important groupe de la LRA s’est installé dans le parc de Garamba, au Nord de la RDC, à la frontière avec le Soudan, dirigé par Vincent Otti. Le secteur est un refuge pour braconniers et trafiquants de toutes sortes, et la LRA doit les combattre pour s’installer. C’est très probablement l’un de ces groupes qui est à l’origine d’un accrochage qui coutera la vie à 8 militaires des Nations Unies, le … 2005.

Le 13 octobre 2005, la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye émet un mandat d’arrêt contre Joseph Kony, ► Dominic Ongwen, ► Raska Lukwiya, Odhiambo et Vincent Otti. Entre la fin 2005 et mars 2006, le groupe de Joseph Kony rejoint le groupe du parc de Garamba.(1)

Lord's Resistance Army - progression de la LRA au Sud-Soudan (octobre 2005 -  mai 2006)
Lord’s Resistance Army – progression de la LRA au Sud-Soudan (octobre 2005 – mai 2006)

 

En septembre-octobre 2005, deux offres de négociations manuscrites adressées aux autorités soudanaises parviennent à la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). Mais l’authenticité des messages n’est pas démontrée. Elles sont suivies d’une proposition de négociation formulée par Riek Machar (vice-président du Sud-Soudan) acceptée le 15 novembre 2005 par un communiqué de presse d’un un mystérieux « LRA/M Information Bureau ».

En mai 2006, la LRA, alors basée à la frontière entre le Congo et le Soudan, entreprend des négociations en vue de sa reddition avec le gouvernement du Sud-Soudan, représenté par son vice-président Riek Machar. Les négociations de paix sont initiées à Juba, au Sud-Soudan, mais le processus est ralenti par le fait que les principaux dirigeants de la LRA refusent de s’y rendre en raison de la présence des mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Toutefois, le 4 août 2006, la LRA déclare un cessez-le-feu unilatéral avec l’Ouganda. Puis, le 26 août 2006 est signé à Juba (Sud-Soudan) un accord de « cessation des hostilités » entre la LRA et le gouvernement ougandais.(2). L’accord implique un regroupement des membres de la LRA dans des camps d’accueil situés à Owiny-Ki-Bul, et Ri-Kwangba, à la frontière sud du Soudan, afin qu’ils puissent être désarmés.

La transformation de cet accord en un accord de paix bute sur la présence des mandats d’arrêt internationaux délivrés par la CPI. Ces mandats placent les quatre principaux dirigeants de la LRA restant sous juridiction internationale et passibles d’être condamnés à La Haye. Ils empêchent l’application du droit coutumier de la région (« matoput ») qui permettrait aux inculpés de d’être sanctionnés selon les coutumes locales après avoir avoué leurs crimes et demandé pardon. L’application du droit coutumier serait acceptable pour les parties négociant dans le terrain. Toutefois, l’intransigeance du gouvernement ougandais (qui a déposé la plainte auprès du CPI) et de la CPI elle-même, a conduit à la rupture des négociations de paix et repoussé la LRA dans une logique de guerre.

Organisation

La LRA est dirigée par Joseph Kony — cousin d’Alice Lakwena et a pour objectif l’instauration d’un gouvernement chrétien en Ouganda, basé sur la stricte application des Dix Commandements.

Jusqu’au début 2005, la LRA est organisée en quatre brigades : la brigade « Control Altar »(3), également appelée « Trinkle », qui regroupe les éléments de conduite de la LRA et constitue une sorte de brigade d’état-major ; la brigade « Gilva » ; la brigade « Sinia » et la brigade « Stockfree », ces trois dernières étant des brigades de combat à part entière.

Jusqu’en 2005, les brigades de combat comprennent encore 500-1 000 combattants, tandis que les bataillons comptent entre 100 et 300 combattants. Dès 2004, sous les actions offensives de l’UPDF, les effectifs de la LRA fondent. Certains combattants de la LRA sont intégrés dans les forces ougandaises.

Lord's Resistance Army (LRA)_Organisation de la LRA (debut 2005)

Progressivement, l’organisation initiale s’effrite sous les coups de l’armée ougandaise. Dès le printemps 2005, subsistent quatre groupes dont l’un dirigé par Joseph Kony est basé au Sud-Soudan et au moins trois groupes opérant encore en Ouganda.

Dès septembre 2005, poussée au Soudan par les forces ougandaises venant du Sud et bloquée au Nord par une ligne composée de la SPLA soudanaise, des forces armées soudanaises et de l’armée ougandaise, la LRA se disperse :

  • Un groupe dirigé par Joseph Kony se fixe dans à l’Est et au Nord-Est de Juba, probablement composée des reste de la brigade « Control Altar » et regroupant moins d’une centaine de combattants ;
  • Un groupe dirigé par Vincent Otti, s’installe dans l’Ouest de l’Equatoria, à la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC), avec environ 300 personnes. Situé à cheval sur la frontière, le groupe passe d’un pays à l’autre en fonction du danger. Il s’affronte aux forces des Nations Unies en RDC en septembre 2005, puis en janvier 2006 à la suite le groupe se retire au Soudan. Il s’affronte également aux restes du West Nile Bank Front (WNBF), dirigés par ► Moussa Dudu. Ce groupe continuera à effectuer des allers-retours le long de la frontière afin d’échapper aux forces conjointes de la MONUC(4) et de la RDC en RDC et de la coalition entre les forces armées soudanaises, la SPLA et l’armée ougandaise (UPDF).
  • Un groupe dirigé initialement par ► Dominic Ongwen (jusqu’à sa mort annoncée à la fin septembre 2005), puis par le major-général Okot Odhiambo reste en Ouganda dans le district ougandais de Kitgum.
  • Deux groupes dirigés par le major-général ► Raska Lukwiya et le major-général ► Owor Lakati, totalisant une centaine de combattants, déployés dans le district ougandais de Pader.
  • Deux groupes dirigés par Acellam Akello (alias « Smart ») totalisant moins d’une centaine de combattants dans le district de Gulu.

En mars 2006, le groupe « Otti » est rejoint par le groupe de Joseph Kony, puis par des éléments des groupes « Odhiambo » et « Lukwiya ».

Opérations

Dès le milieu des années 90, les opérations successives de l’armée ougandaise affaiblissent considérablement la LRA en Ouganda et la poussent hors de sa zone opérationnelle traditionnelle dans la région de Teso (Nord de l’Ouganda) vers le Sud Soudan. Au Sud-Soudan, dans un premier temps, elle occupe des sanctuaires dans le secteur de Juboli, au Sud de Juba et notamment deux camps à environ cinq kilomètres au Sud de Juba (Soudan), appelés « Wat Odwogo » (« L’amitié est de retour ») et « Lubanga Odwogo » (« Dieu est de retour »). Elle est alors soutenue par l’Equatorian Defence Force (EDF), alors dirigée par Clement Wani, qui espère ainsi échapper à la férocité des combattants de la LRA.(5)

La LRA a également coopéré avec le West Nile Bank Front (WNBF) qui utilisait des bases au Soudan pour opérer en Ouganda. Elle s’affronte aux mouvements rebelles chrétiens de la ► Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A) et a reçu, à ce titre un appui et un soutien logistique du gouvernement soudanais jusqu’au milieu des années 90. Malgré des rumeurs persistantes, aucune indication ne permet d’affirmer que le gouvernement soudanais soutient la LRA depuis 1997. Afin de combattre la LRA, devenue un problème de sécurité, le gouvernement soudanais conclut des accords bilatéraux avec l’Ouganda en 1999 et en 2001 sur la cessation du soutien respectif de la LRA et de la SPLA(6), qui sera suivi en 2002 par un accord autorisant à l’Ouganda un droit de poursuite sur le territoire soudanais.

Les rumeurs sur les activités de la LRA lui prêtent de nombreuses exactions et atrocités dans les villages qu’elle attaque. Elle est réputée pour les enlèvements et l’enrôlement forcé d’enfants comme combattants, comme auxiliaires, voire comme esclaves.(7) Mais beaucoup de ces accusations reposent sur des affirmations individuelles et restent peu documentées

Dès septembre 2005, réduite à quelques groupes poursuivant le combat au Sud-Soudan et au Nord de l’Ouganda, la LRA semble avoir perdu toute ambition politique et se concentrer sur la survie de ses chefs. La LRA ne constitue plus dès lors une entité consistante. Elle se concentre sur la survie de ses membres et ne démontre plus de cohérence stratégique. Elle évite les affrontements directs avec les forces de sécurité et cherche à maintenir un « profil bas ». Elle survit grâce à des rapines et attaques de faible envergure sur des villages afin d’obtenir de la nourriture. Sa structure de conduite est disloquée et aucune coordination entre ses divers groupes n’est discernable.

Plusieurs attaques, dont une, en octobre 2005, contre un convoi de la Fédération Suisse de Déminage (FSD) qui fait deux morts, sont attribuées à la LRA, mais sans preuve réelle.

Les affrontements entre les forces des Nations Unies déployées au Congo et au Soudan résultent davantage de rencontres inopinées que d’attaques délibérées. La LRA tente d’établir un sanctuaire dans la région du parc national de Garamba (à la frontière entre le Soudan et la RDC). En janvier 2006, alors que le gros de la LRA se trouve rassemblé au parc de Garamba, huit militaires de la MONUC sont tués dans une escarmouche.

Les informations restent confuses sur les groupes opérant en territoire ougandais, qui comprennent au total une centaine de combattants.

Lord's Resistance Army (LRA)_Resultats de l'armee ougandaise contre la LRA (2003-2005)

Source : Forces armées ougandaises (2006)

La LRA maintient un niveau d’activité minimal à la frontière entre le Soudan et la RDC, « limitant » ses attaques à des rapines destinées à sa survie, tendant ainsi à démontrer l’absence de soutien logistique de Khartoum. Après quelques attaques dans la région de Yambio (Sud-Soudan), les autorités du Sud-Soudan entreprennent des négociations avec la LRA. Une somme de US$ 20 000 est remise par Riek Machar(8) à Joseph Kony, afin d’éviter que les combattants de la LRA n’attaquent les populations locales pour obtenir de la nourriture. Les exactions continuent cependant au Sud-Soudan et ne rencontrent qu’une molle réaction de la SPLA.

Avec le blocage des pourparlers de paix dus à l’absence d’accord sur le statut des chefs de la LRA, la situation stagne dans le parc de Garamba. Un conflit de personnes entre Kony et ► Otti conduit à la mort de ce dernier en octobre 2007.

Tous les efforts de paix — dont Joseph Kony est demandeur, comme il l’a confirmé le 22 juin 2008 au micro de Radio France International(9) — se sont heurtés au mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Un exemple ou l’intransigeance internationale a causé plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies !

La lutte contre la LRA

Les atrocités commises par la LRA ont été réellement portées à la connaissance de l’opinion internationale en 2002-2003. Une unité internationale de renseignement (« Tripartite Fusion Cell »)(10) dévolue, entre autres, à la traque de la LRA a été mise sur pied à Kisangani (RDC) avec deux officiers de renseignements de chaque pays-membre et un appui technique de la CIA américaine.

Au Sud-Soudan, l’accord entre le Soudan et l’Ouganda, qui autorise l’UPDF à opérer sur le sol soudanais est un exemple de volonté de coopération internationale, mais n’est malheureusement pas assorti des outils nécessaires à une collaboration efficace entre les deux armées : il n’y a pas de commandement conjoint (au moins jusqu’à la fin 2006) et l’échange d’informations entre les diverses parties impliquées dans cette lutte est virtuellement inexistant. Dès 2005, trois parties sont impliquées sur le territoire soudanais : les forces armées soudanaises, l’armée du Sud-Soudan (SPLA) et l’UPDF. La MINUS n’a à ce stade aucun mandat pour opérer de manière offensive contre la LRA.

Le 30 juin 2008, Riek Machar décide l’expulsion, des forces ougandaises du territoire sud-soudanais, à la suite d’exactions commises, le 14 juin 2008, contre des ressortissants sud-soudanais, initialement attribuées à la LRA, avant qu’une commission d’enquête soudanaise ne les attribue à l’UPDF.

(1)Note : Cette jonction, qui implique le franchissement du Nil par le groupe de Kony, est souvent avancée comme « preuve » du soutien apporté par le gouvernement du Soudan à la LRA. En fait, il existe des bacs à Juba et plus au Sud à Maridi, que le groupe aurait pu utiliser discrètement en se scindant en petits détachements.
(2)L’accord est signé par le Ministre des Affaires Intérieures de l’Ouganda, le Dr Ruhakana Rugunda et par Martin Ojur pour la LRA. Les dirigeants de la LRA toujours sous mandat d’arrêt international de la CPI n’ont pas risqué un déplacement sur Juba. L’accord prend effet le 29 août 2006. (New Vision, 26.08.2006)
(3)Littéralement « Autel de Conduite »
(4)Mission de l’ONU au Congo
(5)A cette époque l’EDF est soutenue par le gouvernement soudanais dans sa lutte contre la Sudan People’s Liberation Army (SPLA). Ceci contribuera également à établir l’idée que la LRA est soutenue par le gouvernement du Soudan, ce qui n’est plus le cas depuis vraisemblablement 1996-97.
(6)Small Arms Survey, Sudan Issue Brief, Number 6, April 2007
(7)On lui attribue jusqu’à 20 000 enlèvements d’enfants (Associated Press, 11.07.2002
(8)Riek Machar est alors vice-président du Gouvernement du Sud-Soudan.
(9)Africa Confidential, 04.07.2008
(10)Cette unité a été mise sur pied dans le cadre du Groupe Tripartie Plus Un (Burundi, Rwanda, Ouganda et République Démocratique du Congo) destiné à résoudre le conflit des Grands-Lacs.

Sudan People’s Liberation Movement – North (SPLM-N)

Sudan People’s Liberation Movement – North (SPLM-N)

(Soudan) (Harakat Al-Sha’abi Li-Tahrir Al-Sudan-Al-Shamal) (Mouvement Populaire de Libération du Soudan – Nord) Mouvement apparu en 2011 à la suite de l’indépendance du Sud-Soudan. le SPLM-N est dirigé par Malik Agar, ancien gouverneur de l’Etat du Nil Bleu et son secrétaire général responsable des questions politiques est Yasser Arman (2014). Il est localisé au Sud-Kordofan (au nord de la frontière avec le Sud-Soudan) et opère dans les Etats du Nil Bleu et du Kordofan.

En novembre 2011, le SPLM-N a annoncé avoir rejoint les Sudan Revolutionary Front (SRF) coalition avec les trois principaux groupes rebelles au Soudan : le Justice and Equality Movement (JEM), le  Sudan Liberation Movement – Faction  Abdul Wahed (SLM/A-AW), le  Sudan Liberation Movement  – Faction Minni Minnawi (SLM/A-MM).

Lien externe

Sudan Liberation Revolutionary Forces (SLRF)

(Soudan) Organisation faîtière de mouvements rebelles au Darfour, créée le 31 août 2009, sous le parrainage de Sudan Liberation la Libye et qui regroupe diverses factions du SLM/A. Les principales factions du Sudan Liberation Revolutionary Forces représentées sont:

Sudan Liberation Movement/Army – Field Leadership,
Sudan Liberation Movement /Army – Unity Leadership,
Sudan Liberation Movement /Army – Juba – Faction Mohamed Saleh Harba,
Sudan Liberation Movement /Army – General Line, and
Sudan Liberation Movement /Army – Faction Khamis Abakar