Etat Islamique (EI)

EIILEtat Islamique (EI)

Autres appellations :

Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wa’l-Sham
Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL)
Etat Islamique en Irak et en Syrie (EIIS)
Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL)
Etat Islamique d’Irak et de Syrie (EIIS)
Islamic State in Iraq and Greater Syria (ISIS)
Islamic State in Irak and Syria (ISIS)
Islamic State in Iraq and Sham (ISIS)
Islamic State (IS)

Internet:
#EIIL #ISIS #ISIL

(Syrie) (Al-Dawlah al-Islamiyah) L’Etat Islamique est un développement de l’Etat Islamique en Irak et au Levant  apparu lui-même en 2012 comme un développement de l’ ► Etat Islamique en Irak. Il est dirigé par l’ex-émir de l’Etat Islamique en Irak (EII), Abu Bakr al-Baghdadi et vise à reconstituer le « Califat » où s’appliquerait la loi islamique.  L’expression « Levant » (al-Sham) désigne une vaste zone du Proche-Orient sans frontières définies, qui avait été divisée par la France et la Grande-Bretagne après la première guerre mondiale afin de créer le Liban, la Syrie et une partie de l’Irak.

EI Genesis

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonçait dans un message radiophonique que le ► Jabhat al-Nosrah (JN) déjà actif en Syrie avait rejoint l’EIIL, ce que le JN a démenti par la suite, conduisant à des tensions entre les deux groupes. En Irak, où EIIL a fait une progression spectaculaire durant la première moitié de 2014, il reste opposé à de nombreux groupes, dont le Jamaat Ansar al-Islam (JAI), le Jaysh al-Mujahideen (JM) et le Jaysh al-Tariqa al-Naqshbandia (JRTN).

C’est cette progression rapide, à la faveur d’une armée irakienne mal encadrée et une perte du contrôle de la frontière entre la Syrie et l’Irak par les deux gouvernements respectifs, qui encourage l’EIIL à se développer.

En Syrie, une des composantes majeures de l’EI est son secteur Nord (qui comprend les gouvernorats de Lattaquié, d’Idlib, d’Alep, et du Raqqa) dirigé par Omar Shishani, un tchéchène recruté par Sheikh Abou Bakr al-Baghdadi au sein du  Jaïsh al-Muhajireen wal-Ansar (JMA).

En janvier 2014, une dispute a éclaté entre le Front des Révolutionaires Syriens, le Jaïsh al-Mujaheddin (Armée des Mujaheddin), le ► Jabhah al-Islamiyya (Front Islamique) et l’ ► Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Contrairement aux structures militaires occidentales, l’EIIL n’a pas de structure organique déterminée et est composé d’unités qui se sont associées volontairement au mouvement. Ainsi, ces affrontements ont provoqué des réactions de ses différentes composantes, qui ont reconsidéré leur participation et dont certaines on choisi de prêter allégeance (Bayat) au Jabhat al-Nosrah (JN):

  • Al-Idarah al-Islamiyyah Li’l-Khidamat al-Amah,
  • Kataeb Issa bin Maryam (Phalanges du Fils de Marie),

Sarayat Salah al-Din (Unité de Saladin),

  • Katibat Dar’a al-Sham al-Islamiyyah (Phalange du Levant Islamique de Dara),
  • Katibat Asimat al-Ghoutah,
  • Katibat Nour al-Ghoutah (Phalange de la Lumière de Ghouta)
  • Katibat Jounoud al-Rahman (Phalange de l’Armée du Miséricordieux).
  • Katibat Musaab bin Umayr (Phalange de Mousaab bin Umayr);
  • Katibat Suqur al-Izz (Phalange des Aigles de l’Honneur);
  • Harakat Abna al-Islam (Mouvement des Fils de l’Islam).

Tandis que d’autres ont simplement opté pour se retirer de ces affrontements, comme:

  • Liwa al-Dawoud (Brigade al-Dawoud);
  • Liwa Omar al-Mokhtar (Brigade Omar al-Mokhtar)

En avril 2014, d’autres phalanges ont décidé de quitter l’EIIL au profit du JN après les injonctions d’ ► Aïman al-Zawahiri pour que l’EIIL se dissolve:

  • Kataeb Jounoud al-Haqq
  • Katibat Bayariq al-Sunna
  • Liwa al-Qadisiya al-Islamiya
  • Liwa al-Mujahid Omar al-Mukhtar
  • Kataeb Allahu Akbar
  • Liwa Allahu Akbar

Le 29 juin 2014, l’EIIL change son nom pour celui d’Etat Islamique (EI) (al-Dawlah al-Islamiyah) et publie une carte de sa vision d’un « Califat ».

Califat

Principaux camps d'entraînement de l'EI en Irak et en Syrie (2014)
Principaux camps d’entraînement de l’EI en Irak et en Syrie (2014)

Menace sur l’Occident

Tous les experts s’accordent pour estimer que l’EI ne constitue pas une menace directe pour l’Occident. Les réactions aux déclarations des présidents Obama et Hollande sur la question des frappes aériennes contre l’EI en Irak ont été empreintes de scepticisme. D’un côté il apparait nécessaire d’agir face à la menace que certaines populations non-musulmanes d’Irak et de Syrie, mais d’autre part, on constate qu’en l’absence de menace directe sur l’Occident, ces frappes ne font qu’attiser la situation.

L’apparition de l’EI est la conséquence directe et combinée de la mauvaise gestion de l’après-première Guerre du Golfe (1990-91), par les Occidentaux, de l’intervention américaine en Irak en 2003, et de l’incapacité américaine de gérer l’après-Saddam Hussein. Avant 1990, les mouvements islamistes sunnites étaient quasi-inexistants en Irak ; pas seulement en raison de la rigueur du régime de Saddam Hussein qui était fondamentalement laïc – mais aussi et surtout car il y existait une forme de domination sunnite. Dès la première guerre du Golfe, le dictat imposé sur l’Irak par l’Occident (à travers les Nations Unies) (embargo international, zones d’interdiction de vol, etc.) et l’appui clandestin accordé aux mouvements rebelles chiites par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont stimulé l’apparition d’un radicalisme sunnite en Irak. En 1991, cette évolution a d’ailleurs contraint Saddam Hussein à modifier le drapeau du pays en y ajoutant la mention « Allahu Akbar », afin de calmer les éléments sunnites radicaux. Cette dimension islamiste a été complètement ignorée par les services de renseignement américains (et des autres services de la Coalition occidentale) lors de la planification de l’intervention de 2003 et  a acquis sa pleine dimension lors de la phase d’occupation de l’Irak.

L’absence de stratégie américaine pour la reconstruction de l’Irak, l’obsession d’empêcher un retour du régime baasiste – et l’incapacité des Etats-Unis à identifier le nouveau rôle régional de l’Iran – a progressivement conduit la présence occidentale à être détestée par les communautés chiites et sunnites. La « stratégie » du général Petraeus, simpliste et non-basée sur une appréciation holistique de la situation a donné l’illusion d’une adhésion des communautés sunnites de l’Anbar, grâce à « l’achat » de leur collaboration à coups de millions de dollars et d’armement a donné l’illusion d’une stabilisation, mais a en fait renforcé les forces islamistes dans le pays.

Outre la distribution d’armes aux mouvements islamiques de l’Anbar, la perte par les Etats-Unis d’un stock d’environ 190’000 armes légères (non répertoriées) dans la seconde moitié de 2004, a très largement contribué à accroitre la capacité des rebelles islamistes irakiens.

L’enfermement de la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme dans le concept (inventé de toutes pièces) d’ « Al-Qaeda » a empêché toute négociation avec des mouvements sunnites qui étaient essentiellement des mouvements de résistance à l’occupation étrangère. L’absence de nuances dans la lecture du mot « djihad » par les Etats-Unis a été la cause première du développement d’une résistance qui s’est donné une légitimité au-delà des frontières de l’Irak.

L’action internationale et la pression que l’Occident tente d’exercer sur le monde islamique pour l’adoption de principes qui restent perçus comme occidentaux même s’ils sont qualifiés d’ « universels » (comme les droits de l’Homme ou les droits des Femmes, voire la démocratie) joue un rôle mobilisateur et de catalyseur de l’islamisme militant. Dans ce contexte, il faut également mentionner Israël, qui, aveuglé par sa rivalité avec le régime syrien, a – dans un premier temps, en 2011 – délibérément appuyé militairement la rébellion islamiste avant de freiner cette aide, mais en maintenant une pression constante sur le régime syrien. Ainsi, les frappes islamistes contre les villages israéliens de la région du Golan, sont « punies » par des frappes sur les forces gouvernementales syriennes ! Ces réactions absurdes, associées à l’action spectaculaire de juillet 2014 contre la Bande de Gaza a très largement contribué à asseoir la légitimité de l’EI et de ses actions brutales. Apparemment, des cellules de l’EI sont déjà actives dans les territoires palestiniens et combattues par le Hamas et l’Autorité Palestinienne. Il pourrait s’agir d’une stratégie d’Israël afin de saper la capacité de ses adversaires traditionnels, dont la Syrie. Ceci pourrait expliquer les informations (non-confirmées, mais fournies par le site canadien GlobalResearch.ca, habituellement bien informé – voir : http://www.globalresearch.ca/isis-leader-abu-bakr-al-baghdadi-trained-by-israeli-mossad-nsa-documents-reveal/5391593) selon lesquelles, Al-Baghdadi aurait été soutenu par Israël.

Les bombardements de l’EI proposés par les Etats-Unis et la France auront sans aucun doute des effets positifs au niveau tactique en tuant l’un ou l’autre des dirigeants islamistes ou en détruisant des positions militaires. En revanche, ils risquent de renforcer la posture stratégique et la légitimité des djihadistes dans le moyen et long terme. Selon des informations non confirmées, mais qui semblent s’inscrire dans une tendance observée depuis le début 2014, l’annonce des frappes aériennes américaines et françaises contre l’EI en août 2014 aurait déjà provoqué une recrudescence des volontaires étrangers en Syrie. Ces frappes pourraient ainsi avoir un effet similaire aux frappes aériennes contre des chefs de la résistance afghane au Pakistan, qui ont déstabilisé le gouvernement Moucharraf et accentué le radicalisme à l’intérieur du pays.

Structure territoriale

Bien qu’il se prétende « Etat », l’EI n’a pas une véritable structure territoriale. Comme la plupart des groupes rebelles islamistes en Syrie, il dispose d’institutions rudimentaires qui lui servent à imposer et faire respecter la loi islamique (charia) et assurer la conduite politique du groupe. En l’état, même si les experts, médias et gouvernements occidentaux entretiennent parfois cette dimension étatique afin de « noircir le tableau », l’EI n’a ni les structures, ni les moyens d’être un Etat. Il reste un groupe radical, composite, hétérogène malgré sa dimension islamiste rigoriste, et qui occupe – plus qu’il ne contrôle – les zones qu’il revendique.

EI 201406

EI 201502

Structure EI

 

Corrélat ► Califat

Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wa’l-Sham (DaISh)

 

Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wal-Sham (DaISh)Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wal-Sham (DaISh)

Autres appellations :

Etat Islamique
Etat Islamique en Irak et en Syrie (EIIS)
Islamic State in Iraq and Syria (ISIS)
Islamic State in Iraq and Levant (ISIL)

(Irak/Syrie) (Etat Islamique en Irak et au Levant – EIIL). Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wal-Sham (DaISh) est un groupe islamiste djihadiste sunnite de tendance salafiste résultat du développement de l’ ► Etat Islamique en Irak en 2012. Le 29 juin 2014, il a pris la désignation d’ ► Etat Islamique.

Lien externe

Jabhat al-Nosrah (JN)

Jabhat al-NosrahJabhat al-Nosrah (JN)

Autres appellations :

Front al-Nosrah
Front al-Nusrah
Tanzim Qaïdat al-Jihad fil-Bilad al-Sham (Organisation de la Base du Djihad dans le Pays du Levant)Jabhat al Nusrah

(Syrie) (Front du Soutien pour le Peuple du Levant) Groupe islamiste djihadiste sunnite de tendance salafiste créé le 12 janvier 2012 par Abou al-Fath Mohammad al-Jolani (2014). Il a revendiqué des attentats-suicide, notamment à Alep, et est considéré comme un mouvement terroriste par les Etats-Unis.

Le Front al-Nosrah a annoncé de manière unilatérale son allégeance (Bayât) au chef « d’Al-Qaïda », ► Aïman al-Zawahiri. Toutefois, malgré que ce dernier ait démenti cette allégeance, l’Occident continue à considérer le groupe comme membre « d’Al-Qaïda », notamment en raison de l’usage du mot « Qaïda » (Base) sur certains drapeaux du groupe.

En Occident, le groupe reste souvent appelé « Organisation d’al-Qaïda au Pays du Levant », ce qui est une traduction inexacte. En fait, sur les drapeaux du Front, on trouve l’expression « Qaïdat al-Jihad » (Base du Djihad), qui n’a rigoureusement rien à voir avec « Al-Qaïda ». Rappelons ici qu’ « Al-Qaïda » est une appellation d’origine américaine.

Le Front al-Nosrah comprend une faction d’origine tchétchène : le Jaïsh Khilafa al-Islamiyya (Armée du Califat Islamique), dirigé par Sayfullakh Shishani (-2014) (qui était au Jaïsh al-Muhajirin wal-Ansar, avant d’en être exclu et rejoindre le JN).

Principaux camps d'entraînement du Jabhat al-Nosrah en Syrie (2014)
Principaux camps d’entraînement du Jabhat al-Nosrah en Syrie (2014)

En janvier 2014, une dispute a éclaté entre le Front des Révolutionnaires Syriens, l’Armée des Moujaheddin („Jaïsh al-Moudjahidin), le ► Front Islamique („Jabhah al-Islamiyya) et l’ ► Etat Islamique (EI). Les affrontements qui en ont découlé ont bénéficié au JN – demeuré neutre dans cette dispute – et plusieurs unités lui ont déclaré allégeance (Bayât):

  • Al-Idarah al-Islamiyyah Li’l-Khidamat al-‘Amah
  • Harakat Abna al-Islam (Mouvement des Fils de l’Islam)
  • Kataeb Issa bin Maryam (Phalanges du Fils de Marie)
  • Katibat Dar’a al-Sham al-Islamiyyah (Phalange du Levant Islamique de Dara)
  • Katibat Junud al-Rahman (Phalange de l’Armée du Miséricordieux)
  • Katibat Mus’ab bin ‘Umayr (Phalange de Moussab bin Umayr)
  • Katibat Nur al-Ghoutah (Phalange de la Lumière de Ghouta)
  • Katibat Suqur al-‘Izz (Phalange des Aigles de l’Honneur)
  • Katibat’Asimat al-Ghoutah
  • Sarayat Salah al-Din (Unité de Saladin)

Jamaat Ahadun Ahad (JAA)

Jamaat Ahadun Ahad(Syrie) (Groupe de Lui et Seulement Lui) Groupe radical armé sunnite d’origine tchétchène apparu le 10 août 2014 et combattant en Syrie. Il est constitué de quatre groupes de combattants tchétchènes (Mouhajirin) et deux groupes de partisans (Ansar) syriens d’origine turkmène, totalisant quelque 200-300 combattants. Sa zone opérationnelle se trouve principalement dans le gouvernorat de Lattaquié.
LattaquieSa zone opérationnelle se trouve principalement dans le gouvernorat de Lattaquié.Le JAA est dirigé par un Conseil Consultatif (Majlis al-Shura) et commandé par Amir Al-Bara Shishani.Malgré une idéologie de base similaire aux autres structures islamistes opérant en Syrie, le JAA se considère comme indépendant et neutre dans la querelle qui oppose le ► Jabhat al-Nosrah et l’ ► Etat Islamique (EI) et n’est affilié à ni l’un ni l’autre, ni au Jabhat Ansar al-Din.

 

Structure du Jamaat Ahadun Ahad (2014)
Structure du Jamaat Ahadun Ahad (2014)

 

Malgré une idéologie de base similaire aux autres structures islamistes opérant en Syrie, le JAA se considère comme indépendant et neutre dans la querelle qui oppose le 4Jabhat al-Nosrah et l’Etat Islamique et n’est affilié à ni l’un ni l’autre, ni au Jabhat Ansar al-Din. Il reste cependant idéologiquement plus proche du Jabhat al-Nosrah, avec lequel il collabore occasionnellement. Sans l’avoir rejeté formellement, le JAA n’a pas approuvé la constitution d’un Califat par l’Etat Islamique.

Bien que composé de combattants tchéchène, le groupe n’a – semble-t-il – pas d’allégeance (Bayât) formelle avec l’Emirat du Caucase. Sa posture neutre l’a fait chercher à éviter l’affrontement avec d’autres mouvements islamistes et à concentrer ses actions contre les forces du gouvernement syrien.

Groupe Khorasan

(Syrie) Groupe terroriste ainsi désigné par les Etats-Unis, mais dont l’existence n’est pas avérée par d’autres sources. Le nom « Khorasan » semble avoir été donné par les Américains eux-mêmes (comme cela avait été fait avec « Al-Qaïda ») en reprenant le nom donné par l’Etat Islamique à la région de l’Asie Centrale. Le groupe serait composé de vétérans d’Afghanistan. Ce groupe, sur lequel très peu d’information semble disponible, serait fort d’une cinquantaine d’individus.

« Khorasan » aurait été dirigé par Muhsin al-Fadhli et prétendu proche d’Oussama bin Laden. Né le 24 avril 1981, il aurait été le financier d’ « Al-Qaeda » et aurait été l’un des rares à être au courant de l’opération du 11 septembre 2001, ce qui place son ascension dans le groupe terroriste entre les âges de 15 et 20 ans, ce qui semble assez jeune compte tenu de l’âge et de l’expérience des autres cadres du groupe à cette époque. On lui attribue une collaboration avec « Al-Qaïda en Iran » (en suggérant qu’il aurait travaillé avec les autorités iraniennes contre les intérêts américains), alors que les mouvements terroristes sunnites en Iran (notamment au Baloutchistan) sont soutenus par les Etats-Unis (voir Hersh Seymour, « Preparing the Battlefield », The New Yorker, 07.07.2008). Muhsin al-Fadhli aurait été tué lors d’une frappe aérienne américaine en Syrie le 24 septembre 2014, soit quelques jours seulement après la divulgation de l’existence du groupe.

L’existence du Groupe Khorasan annoncée par les autorités américaines en septembre 2014 reste très controversée.  Pour de nombreux experts, il s’agit d’un habillage nouveau pour des activités terroristes qui ne sont pas nécessairement le fait d’un groupe constitué. Certains experts expliquent son « apparition » pour maintenir l’image d’une menace terroriste après la disparition d’ « Al-Qaïda », annoncée à de multiples reprises, notamment après 2011. Ce groupe pourrait avoir été « imaginé » par les Etats-Unis afin de justifier des frappes sur le territoire syrien (alors qu’initialement les frappes aériennes annoncées par le Président Obama devaient concerner l’Irak et viser à protéger les minorités, dont les Kurdes – des actions de l’Etat Islamique.

Le développement brutal de l’Etat Islamique, qui résulte essentiellement de la politique américaine (et de la « Nouvelle Europe ») en Irak a donné une dimension nouvelle à l’image de la menace qui prévalait en Occident.

En réalité, les menaces terroristes islamistes sont le résultat direct de l’attitude des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne à la fin de la première guerre du Golfe et de leur refus de quitter l’Arabie Saoudite. La succession d’attentats qui a frappé les USA pour culminer le 11 septembre 2001 visaient à faire pression pour un retrait des troupes d’Arabie Saoudite (ce que les Américains ont fini par faire en 2005, et n’avaient pas pour objet une lutte mondiale contre la Chrétienté, comme l’on présenté les Etats-Unis. Les diverses interventions occidentales dans les affaires intérieures des pays musulmans (qu’elles aient été ou non en faveur des islamistes) sont considérées par les islamistes comme une tentative des pays occidentaux pour exercer une domination sur la communauté musulmane. C’est cet interventionnisme (quelle que soit sa forme : militaire, politique ou humanitaire) qui alimente le Djihad. Tout comme l’annonce des frappes françaises et américaines en Irak et en Syrie a provoqué un regain d’intérêt des combattant djihadistes étrangers (lire : occidentaux), il n’est pas surprenant que de nouvelles cellules terroristes se créent pour répondre à l’action occidentale.

Le degré de sophistication des moyens utilisables par ce groupe – en particulier les bombes – sans être impossible semble relativement improbable. Il s’apparente avec la menace d’explosifs liquides binaires brandie par les services britanniques et américains en août 2006 (et à cause de laquelle les services de sécurité aéroportuaires continuent à récolter les bouteilles de vin dans les bagages) et semble avoir été davantage une vue de l’esprit qu’une menace réelle.

Il est intéressant de constater qu’après une brève campagne médiatique initiée par les Etats-Unis en septembre 2014, le Groupe Khorasan semble avoir complètement sombré dans l’oubli dès la mi-octobre, malgré le danger majeur qu’il semblait présenter pour les USA et en dépit de l’échec des frappes américaines contre ce groupe en Irak. Il est cependant difficile de déterminer à ce stade si cette menace est concrète, le résultat d’une manipulation de l’information ou une manifestation de l’incompétence des services de renseignements occidentaux.