Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Base du Djihad dans la Péninsule ArabiqueBase du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Autres appellations:

Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA)
Organisation de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique
Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab

Autres appellations US:
Al-Qa’ida in the Arabian Peninsula (AQAP)
al-Qa’ida in the South Arabian Peninsula
al-Qa’ida in Yemen
al-Qa’ida of Jihad Organization in the Arabian Peninsula
al-Qa’ida Organization in the Arabian Peninsula
► Ansar al-Shari’a

AQAP
AQY

(Arabie Saoudite/Yémen) (Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab) La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) est un groupe islamiste sunnite djihadiste de tendance salafiste apparu au Yémen en 2009 et dirigé par Sheikh Nasser al-Ansi. Il serait issu d’un groupe d’ex-combattants moudjahiddin  revenu d’Afghanistan  en 1990 et qui auraient formé successivement plusieurs groupes djihadistes, le Djihad Islamique au Yémen (1990-1994), l’Armée d’Aden Abyan (1994-1998) et ce que l’on a appelé Al-Qaïda au Yémen au début des années 2000. La BDPA est souvent désignée comme une « franchise » d’ « Al-Qaïda », même si elle apparait davantage comme un groupe localisé dans la péninsule arabique.

La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique est fortement engagée dans les combats contre le gouvernement et la communauté des Houtis (Chiites) au Nord du pays. C’est la menace d’une opération de BDPA qui a imposé la fermeture des diverses missions diplomatiques des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud.

Depuis 2012, et grâce aux interventions américaines sous diverses formes (bombardement par drones, forces spéciales, etc.), la BPDA a acquis un profil élevé au sein de la communauté djihadiste. Ses publications (notamment “Inspire”), bien faites et riches en “exemples concrets” sont largement répandues dans les milieux radicaux. Sa récente publication d’une véritable doctrine opérationnelle djihadiste nous éclaire sur quelques principes.

La doctrine opérationnelle du Djihad armé (selon BDPA)

Après les menaces récentes de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) (également appelée, en Occident, Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) et de l’Etat Islamique, contre l’Occident, et leurs revendications des attentats de Paris en janvier 2015, les récentes publications de ces deux entités nous donnent un éclairage intéressant sur leur manière de penser et d’envisager leur combat.

C’est donc une opportunité pour repenser nos stratégies d’action contre le terrorisme, afin qu’elles soient plus intelligentes, plus efficaces et plus préventives.

Appel à la Résistance Islamique Globale (ARIG)

L’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) est le concept générique dans lequel prend place l’action djihadiste. On en retiendra le terme de « Résistance » qui suggère que – dans l’esprit de ses auteurs – il s’agit d’un combat qui répond à une agression (ou ce qui est ressenti comme tel). C’est une indication précieuse, car elle implique que cette résistance est fonction de sollicitations qui sont – d’une manière ou d’une autre – sous le contrôle de l’Occident, et que donc – en théorie tout au moins – il serait possible de mettre un frein à la violence. En théorie cependant, car l’action occidentale – notamment en Irak et en Libye, en favorisant et stimulant l’éclosion de mouvements islamistes durables – a initié des tendances irréversibles dans le moyen terme.

Principes de base

Les djihadistes constatent que la dissymétrie entre les moyens utilisés par les occidentaux et ceux utilisés par la Résistance exige une adaptation des stratégies d’action. Un certain nombre de constatations sont faites :

  • L’échec opérationnel des organisations clandestines structurées face à des campagnes sécuritaires internationales et à des coordinations internationales et régionales; et donc la nécessité de disposer de structures plus souples capables de résister à l’arrestation de leurs membres et à l’usage de la torture.
  • L’incapacité des structures clandestines d’atteindre et d’intégrer toutes les ressources de la jeunesse de l’Oummah (Communauté des Croyants) qui voudraient s’engager dans le djihad et à participer à toutes sortes d’activités sans vouloir assumer des responsabilités dans une structure centralisées.
  • La présence d’un adversaire réparti dans des zones très larges, avec des objectifs variés et sur des sites très distants, rend difficile le combat sur des fronts ouverts et menés par des structures centralisées.
  • Conséquence de l’utilisation par l’adversaire de bombardements aériens par missiles et des frappes aériennes, dirigées par des satellites, qui peuvent également voir sous la surface du sol, qui rendent difficile des confrontations ouvertes à partir de positions permanentes, sont des facteurs reconnus qui doivent être pris en considération dans la planification du combat.

Il découle de ces constatations des principes généraux de la théorie de l’action djihadiste individuelle à travers l’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) sont :

  1. Propager la culture de la Résistance et en faire un phénomène stratégique cohérent et pas seulement un ensemble de réactions individuelles.
  2. Propager l’idéologie de la Résistance, son programme, ses bases légales et politiques, et ses théories opérationnelles afin qu’elles soient accessibles à la jeunesse de la communauté islamique (Oummah), qui veut fortement participer au Djihad et à la Résistance.
  3. Diriger les combattants de la Résistance vers des zones d’opération adaptées au Djihad par Terrorisme Individuel.
  4. Diriger les combattants de la Résistance vers les objectifs les plus significatifs qu’ils doivent viser dans des opérations de Résistance et le Djihad de petites unités.
  5. Propager les sciences et les connaissances légales, politiques, militaires et autres nécessaires aux moudjahidin pour mener des opérations de Résistance, sans courir le risque d’une dislocation des réseaux comme cela peut être le cas avec des structures centralisées.
  6. Instruire les jeunes en matière de méthodes opérationnelles pour l’établissement de cellules de Résistance comme un « système d’action » (nizam al-amal) et non comme une « organisation d’action clandestine » (tanzim lil-amal) (…)
  7. Coordonner les efforts de sorte à combiner leurs résultats en un mécanisme qui désoriente l’ennemi et l’épuise, tout en stimulant l’esprit de la Nation Islamique afin qu’il s’associe au phénomène de Résistance.

Théorie militaire de l’ARIG

Il en résulte une réflexion sur la lutte armée qui base l’ARIG sur deux piliers ou deux formes de Djihad :

  • Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi) avec les activités clandestines de petites unités indépendantes; il est la première étape vers l’autre forme de Djihad et l’appuie.
  • Le Djihad par Front Ouvert, lorsque les conditions le permettent, est un affrontement ouvert à partir de positions établies contre un agresseur, qui permet la confrontation sur le terrain et la saisie de territoires indispensables à l’émergence d’un Etat – objectif final de la Résistance.

Le Djihad par Front Ouvert

Le Djihad par Front Ouvert peut être assimilé à la guerre de guérilla et n’a des chances de succès que s’il intervient dans un environnement géo-militaire particulier. Il peut être précédé par une phase de Djihad par Terrorisme Individuel.

Le contexte géographique doit répondre à un certain nombre de critères tels que :

  • Un espace suffisant, qui permette la dispersion des moyens et ne les rende pas vulnérable aux frappes aériennes ;
  • De longues frontières, qui permettent le repli dans des sanctuaires ;
  • Etre suffisamment étendu pour ne pas permettre d’être assiégé ;
  • Présenter une topographie difficile (forêts, montagnes, etc.) qui favorise la concentration de l’adversaire et le canalise lors des confrontations avec des forces au sol.
  • Offrir suffisamment de ressources (vivres, eau, etc.) pour permettre aux combattants de survivre.

En matière de population, les zones les plus adéquates comportent une population nombreuse aux mouvements difficilement contrôlable comme les zones rurales denses ou les zones urbaines.

En matière politique, les facteurs doivent si possible comprendre une cause capable de mobiliser la population, qui puisse se superposer au djihad. Cette cause devrait pouvoir mobiliser la Nation Islamique toute entière qui pourra ainsi appuyer la population en question et participer au Djihad sous forme morale, financière ou autre. La cause la plus appropriée est la résistance à une agression étrangère à laquelle peut s’ajouter des raisons religieuses, politiques, économiques et sociales. En matière de guérilla on appelle cela le « climat révolutionnaire », ici il est appelé le « climat du djihad ».

Le Proche-Orient est un terrain idéal pour le Djihad par Front Ouvert : « Il y a une abondance d’armes et d’équipement dans la région, qui a également une grande diversité de frontières, de côtes et de cols. Israël constitue un motif pour la cause islamique globale, et l’occupation américaine permet d’ay ajouter une dimension révolutionnaire, qui est une excellente clé pour le Djihad »

Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi)

Alors que l’Occident juge le terrorisme en fonction de ses effets, les djihadistes le considèrent en fonction de ses motivations et distinguent deux types de terrorisme[1] :

  1. Le terrorisme blâmable (irhab madhmum), qui est le terrorisme du mensonge (irhab al-batil) et de l’usage de la force du mensonge (quwwat al-batil) et est défini comme les actions, discours ou comportement qui ont pour but de blesser ou de terroriser les innocents sans une juste cause. Ce type de terrorisme comprend le terrorisme associé au vol, au brigandage, aux envahisseurs, aux assaillants, aux oppresseurs et aux dirigeants illégitimes des peuples. L’auteur d’un acte de terrorisme de cette sorte doit être puni en fonction de ses actes et de leurs effets. (Nota : Cette définition proche de la notion de « terrorisme d’Etat » souvent évoquée en Occident, concerne plus particulièrement les bombardements occidentaux par drones ou missiles de croisière, contre lesquels on ne peut se prémunir et qui frappent de manière « très mal discriminée » combattants et non-combattants et qui sont vus comme particulièrement lâches dans le monde islamique.)
  2. Le terrorisme louable (irhab mahmud) est le contraire du terrorisme blâmable. Il est le terrorisme du juste qui a été injustement traité. Il vise à combattre l’injustice dont est victime l’oppressé et est pratiqué de sorte à terroriser et repousser l’oppresseur. Le terrorisme des hommes de la sécurité qui se battent contre les voleurs et les brigands est de même nature que le terrorisme de ceux qui résistent à une occupation, et le terrorisme des peuples « qui se défendent contre les servants de Satan ». (Nota : Cette lecture du terrorisme rejoint la position de certains pays en voie de développement dans les discussions sur la définition du terrorisme dans les enceintes internationales comme l’ONU, avec en point de mire des situations telles que l’occupation israélienne des territoires palestiniens.)

Le recours au terrorisme individuel est donc mené « dans des situations ou les moudjahidin repoussent leurs ennemis et la terreur ennemie par un djihad défensif » (voir Inspire, p. 31, mars 2011).

Zones de terrorisme individuel

Zones de terrorisme

En ce qui concerne le Djihad par Terrorisme Individuel, la liste des théâtres de Djihad arrangée par ordre d’importance sont: [2]

  1. Les pays de la péninsule arabique (Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Yémen, etc.), du Levant (Liban, Syrie, Jordanie, Israël), l’Egypte et l’Irak. Cette zone comprend les lieux saints, le pétrole, Israël, et la présence militaire et économique américaine. Elle accueillera l’Assemblée Victorieuse (Al-Taïfah al-Mansourah) qui dirigera l’Islam.
  2. Les pays d’Afrique du Nord de la Libye à la Mauritanie (Maghreb). Cette zone est riche en intérêt occidentaux, en particuliers des principaux pays européens, alliés des Etats-Unis et de l’OTAN.
  3. La Turquie, le Pakistan et les pays d’Asie Centrale. Ils représentent la deuxième plus grande réserve de pétrole du monde, ainsi que les intérêts militaires, économiques et stratégiques américains. Ils comportent des mouvements islamistes importants et ancrés dans l’Histoire, qui sont vus comme la profondeur stratégique des mouvements djihadistes et de Résistance arabes.
  4. Le reste du monde islamique: les Américains et leurs allies y ont des intérêts importants. Cette partie du monde islamique comprend l’essence de la Résistance, à savoir des centaines de millions de musulmans de jeunes membres de la Nation Islamique, qui sympathise avec sa cause et est prête à s’engager dans le Djihad et la Résistance.
  5. Les intérêts américains et alliés dans les pays du Tiers-monde, en particulier dans les pays qui participent aux campagnes des Croisés. En raison des faibles mesures de sécurité qui règnent dans ces pays, le Djihad peut ici reposer sur les moudjahiddin qui vivent dans ces pays et y ont une vie normale. Ils peuvent se déplacer librement, se cacher et acquérir des informations sur l’adversaire et s’en occuper facilement.
  6. Les pays européens alliés des Etats-Unis et qui participent à leurs guerres. Ici, est importante la présence d’anciennes et grandes communautés musulmanes en Europe, dont le nombre dépasse 45 millions d’individus, auxquels s’ajoutent des communautés de plusieurs millions en Australie, au Canada, et en Amérique du Sud. L’Europe est particulièrement significative en raison de la proximité avec le monde arabe et musulman et les intérêts multiples qui les lient, ainsi que des nombreuses communications entre eux. Les musulmans dans ces pays sont comme les autres musulmans, le devoir de djihad de repousser l’adversaire et lui résister repose sur leurs épaules comme les musulmans des autres pays du monde (p.ex. les musulmans résidant dans le monde arabe et islamique). L’action dans ces pays est sujette aux règles de l’équilibre entre le gain politique et les dégâts politiques, en regard des positions des pays européens. Il s’agit d’avoir des stratégies qui permettent de gagner le soutien des populations tout en évitant de leur porter préjudice.
  7. Le cœur de l’Amérique elle-même, en le ciblant par des actions stratégiques efficaces.

Commentaires

  • Les priorités définies par la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) ne sont pas nécessairement les mêmes que celles définies par d’autres groupes ou mouvements djihadistes, mais sont indicatives d’une tendance et d’une manière de penser.
  • Les quatre premières priorités du Djihad par Terrorisme Individuel concernent le monde islamique et Israël et non le monde occidental. Ce qui tendrait à infirmer l’idée trop répandue que le terrorisme vise à installer l’Islam en Occident et que la Chrétienté est l’objectif des djihadistes. En fait, ces priorités sont en cohérence avec la notion de djihad, qui consiste à protéger l’islam des influences extérieures, et non à conquérir de nouveaux territoires.
  • On constate une relative bonne corrélation avec la vision du Califat attribuée à l’Etat Islamique. Avec cependant une différence majeure : l’action contre les pays européens est essentiellement fonction de leur action dans le monde islamique et leur soutien aux Etats-Unis dans ce contexte. Des pays comme la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et d’autres, sont donc des priorités uniquement en raison de leur participation à un conflit. Les pays comme le Portugal ou l’Espagne – constituant pourtant l’ancien « el-Andalus » (« Le Jardin ») de l’ancien Califat – ne font pas partie des priorités du Terrorisme Individuel.
  • Malgré le fait qu’Israël fasse partie de la zone de première priorité, il continue à combattre les gouvernements légaux de cette zone. Ainsi, aux incidents de frontières imputables aux rebelles islamistes, Israël riposte sur les forces du gouvernement syrien.

La question de l’attaque contre des civils

La question de s’attaquer à des civils est manifestement interprétée par les djihadistes de manière différente qu’en Occident. Toutefois, plusieurs écoles de pensée existent et apparemment, le débat au sein de la mouvance djihadiste est vivace.

Alors que les Occidentaux tendent à faire une distinction entre civils et combattants, les djihadistes, eux, divisent la population d’une zone de guerre (Dar al-Harb) en « croyants » et « incroyants ». Parmi les incroyants, on distingue ceux qui luttent contre l’islam et ceux qui ne luttent pas contre l’islam.

Le point commun de ces diverses tendances est de considérer que les innocents sont des victimes collatérales, dont on accepte implicitement le sacrifice au nom d’un objectif supérieur constitué par la religion. Dans ce contexte, certains évoquent l’exemple de l’usage de catapultes par Mohammed durant le siège d’Alexandrie, dont les projectiles touchaient également des victimes non-combattantes. Bien qu’il soit recommandé de tenir compte de la présence de ces victimes potentielles, la nécessité militaire semble avoir la primauté. (Note : Ceci n’est d’ailleurs pas très différent de la position occidentale, puisque l’engagement de drones américains pour des « attaques ciblées » contre des terroristes. Une étude publiée en septembre 2012 par l’Ecole de Droit de Stanford et de la New York University – « Living under Drones » – a établi que seuls 2% des personnes tuées par drones sont effectivement des terroristes)

La vraie question, qui n’est pas vraiment répondue de manière claire et satisfaisante est de savoir s’il est autorisé de « cibler » des populations civiles. Ce qui conduit à la discussion sur la définition du mot « innocent ». Les individus qui, sans être impliqués directement dans un combat, soutiennent matériellement ou moralement un des adversaires ne sont pas considérés par de nombreux groupes djihadistes comme innocents. Il en est ainsi de journalistes, ou de représentants d’organisations caritatives chrétiennes, etc.

Conclusions

Cette doctrine doit être lue avec précaution. En dépit du profil croissant de BDPA, sa vision du combat djihadiste reste une vision “locale”. Les divergences et conflits entre les diverses factions qui mènent le djihad laissent supposer que cette doctrine opérationnelle n’est pas nécessairement partagée par d’autres groupe. Néanmoins, le fait que la BDPA ait revendiqué – et probablement commandité – l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 tend à démontrer que le groupe cherche à sortir de sion contexte local et avoir un rôle plus global, rendant ainsi sa doctrine opérationnelle pertinente dans l’analyse du terrorisme global.

[1] En arabe, le mot terrorisme (« irhab ») vient du verbe « arhaba » (terroriser) et la terreur est « al-rahab ». Celui qui terrorise est donc l’ “irhabi » et sa victime est le « murharb » ou « marhub ».

[2] D’après Abou Moussab al-Souri, “The Jihadi Experiences: The main arenas of operation for individual jihad”, Inspire, Fall 2011, p.18

 

Corrélat : ► Organisations terroristes

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Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Voir ► Taliban

Autre appellation :
Mouvement des Taliban du Pakistan

(Pakistan)

Autres appellations US:
Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP)

Pakistani Taliban
Tehreek-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
Tehrik-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
TTP

(Pakistan) (Mouvement Taliban du Pakistan) Mouvement d’origine sunnite créé en décembre 2007 basé au Sud Waziristân et initialement dirigé par Baitullah Mehsud. Le TTP rassemble divers groupes Taliban des zones («agences») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Choura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du Tehrik-e-Taliban (TTP) est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, en raison des bombardements par des drones américains sur territoire pakistanais, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan.

Tehreek-e-Taliban
En trait fort les «agences» associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les
affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Corrélat : ► Organisations terroristes

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Ansar Beït al-Maqdis (ABM)

 

ABMAnsar Beït al-Maqdis (ABM)

Autres appellations:
“Sinai Province”

Ansar Jerusalem
Jama’at Ansar Bayt al-Maqdis (JABM)
Etat Islamique – Wilayat du Sinaï
Al-Dawlah al-Islamiyah Wilayat Sina

Autre orthographe:
Ansar Bayt al-Maqdis (ABM)

(Egypte/Sinaï/Palestine) (Groupe des Partisans de la Maison du Seigneur) Groupe islamiste djihadiste de tendance salafiste, Ansar Beït al-Maqdis (ABM) est basé dans la péninsule du Sinaï et dans la Bande de Gaza.

Il est apparu en octobre 2013 au Nord-est de l’Egypte, dans un mouvement de renouveau islamiste en Egypte après la destitution du Président Mohammed Morsi. Son allégeance (bayâh) envers l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) (ou Etat Islamique – EI) est sujette à controverse : dès le début 2014, plusieurs membres du groupe ont révélé que cette allégeance existait, mais elle a été à chaque fois démentie par la hiérarchie d’ABM. La décapitation de quatre Égyptiens accusés d’espionnage au profit d’Israël en août 2014 a fait dire aux services de sécurité égyptiens qu’ABM recevait un appui d’EI, mais aucun élément factuel ne permet de le confirmer. Le changement de dénomination du groupe pour « Etat Islamique – Wilayat du Sinaï » (« Al-Dawlah al-Islamiyah Wilayat Sina »), qui n’a pas été confirmé officiellement, mais est déjà apparu sur des « tweets » au nom du groupe tendrait à accréditer ce changement.

Il a revendiqué des attentats dans le secteur d’Ismaïlia et dans la péninsule du Sinaï. Il serait également présent dans la Bande de Gaza.

Corrélat : ► Organisations terroristes

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Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)Autres appellations US:
Basque Fatherland and Liberty (ETA)

Askatasuna
Batasuna
Ekin
ETA
Euskal Herritarrok
Euzkadi Ta Askatasuna
Herri Batasuna
Jarrai-Haika-Segi
K.A.S.
XAKI

(Espagne) (Patrie et Liberté) Mouvement nationaliste, puis marxiste, apparu en 1959, avec pour objectif l’indépendance de la région basque espagnole. Selon certaines informations, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) aurait été fondée au Venezuela, sous les instructions de Boris Ponomarev, chef du Département International du Parti Communiste d’URSS. Elle entretient des liens réguliers avec l’organisation séparatiste basque française ► Iparretarrak, qui lui fournit un soutien politique et logistique. Ses effectifs sont estimés à 200-300 militants actifs et le nombre de ses sympathisants à 200 000.

Historique de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est créée par les membres dissidents de deux organisations : l’Euzko Gaztedi Indarra (EGI) émanation du Parti Nationaliste Basque, fondée en 1952, et L’Ekin, un groupe nationaliste fondé en 1953 par un groupe d’étudiants de l’Université de Deusto (Bilbao). Ces deux mouvements cherchent à promouvoir le nationalisme basque.

L’Ekin a pour objectif l’indépendance des provinces espagnoles et françaises du pays basque, qui composent I’Euskadi. Le mouvement se radicalise progressivement et conduit, le 31 juillet 1959, à la création de l’Euskadi(1) Ta Askatasuna (ETA), qui se veut clandestine et révolutionnaire.

Le 28 juin 1960, l’explosion d’une bombe à Amara marque la première manifestation sanglante de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA). Elle est suivie par une série d’attentats à la bombe dans le pays basque espagnol. Sa première opération d’envergure est une tentative de déraillement d’un train transportant des vétérans phalangistes de la Guerre d’Espagne vers San Sebastian, le 18 juillet 1961. La brutalité de la réponse de la police espagnole force certains responsables du mouvement à s’expatrier.

Afin de gagner en popularité, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) se réfère à la lutte historique du peuple basque I pour son indépendance, notamment durant la Guerre Civile espagnole.

En mai 1962, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) tient sa première assemblée, afin de déterminer les axes de la lutte armée. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) se défini alors elle-même comme un « mouvement révolutionnaire basque de libération nationale créé pour la résistance patriotique, socialiste, sans confession et économiquement indépendant. ». Il est décidé de former et entretenir des combattants professionnels. L’Euskadi (la terre à libérer) est divisée en sept provinces (« herrialdes ») : trois en France (Iparralde) et quatre en Espagne (Hegoalde).

Lors de sa troisième assemblée en mai 1964, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) décide que le terrorisme est le meilleur moyen pour atteindre ses objectifs. Après sa quatrième assemblée en 1965, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est ainsi définie comme une organisation révolutionnaire, nationaliste et anticapitaliste, qui atteint ses objectifs par la lutte armée. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) se considère comme un mouvement de libération nationale, et s’engage dans la lutte pour l’indépendance et le socialisme sur le modèle cubain et vietnamien. Son principal théoricien est ► Federico Krutwig (alias Fernando de Sarrailh de Yhartza) qui base sa stratégie sur la guerre révolutionnaire.

La cinquième assemblée se déroule en deux phases, la première en décembre 1966 voit une premier éclatement entre l‘ ETA-Berri (ETA Nouvelle) et l’ETA-Zarra (ETA Ancienne).

L’ETA Berri prône une révolution prolétarienne qui rassemble les différents peuples « oppressés » de l’Espagne, pour appliquer la dictature du prolétariat. ETA Berri se fondra dans le Mouvement Communiste d’Espagne (MCE) pour devenir le Mouvement Communiste Basque en 1968. L’ETA-Zarra deviendra simplement l’« Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ».

En mars 1967, durant la seconde phase de la cinquième assemblée, l’ETA est divisée en quatre secteurs, qui doivent faciliter la conduite du mouvement : militaire, politique, économique et culturel.

En septembre 1970, la sixième assemblée de l’ETA V voit à nouveau l’opposition entre les tenants de l’option « militaire » et les « marxistes », qui prônent la lutte des classes. L’assemblée décide l’exclusion des « militaires » de l’organisation. Ceux-ci, niant le déroulement de la sixième assemblée prennent la désignation d’ « ETA Ve Assemblée » ou « ETA V ». L’ETA devient donc l’ETA VI, avec l’objectif de mener la révolution de la classe ouvrière dans un contexte nationaliste.

L’ETA VI se divise à son tour en un groupe majoritaire (« Mayos »), qui rejoint la Ligue Communiste Révolutionnaire en 1973, et minoritaire (« Minos ») qui se fondra dans l’Organisation Révolutionnaire des Ouvriers et le Parti Communiste.

L’ETA V tient la première partie de « sa » sixième assemblée en août 1973, avec pour objectif de délimiter le champ d’action des partisans de la révolution ouvrière et les militaristes. Les « militaristes » commencent à préparer l’attentat du 20 décembre 1973 contre l’Amiral Luis Carrero-Blanco, sans l’avis des « ouvriers ». L’ETA V est alors au sommet de sa popularité.

En 1974, lors de la seconde partie de sa sixième assemblée l’ETA V éclate en deux factions:

  • l’ETA Militaire (ETA-M), qui prône la lutte armée. L’ETA-M a pour objectif la destruction de l’Etat bourgeois par la lutte armée. Elle se comporte et fonctionne comme une force de résistance en territoire occupé
  • l’ETA Politico-Militaire (ETA-PM), dont les objectifs sont plus politiques sans pour autant renoncer à la lutte armée.

L’ETA-PM restera cependant la faction la plus active sur le plan du terrorisme durant quelques années, essentiellement parce qu’elle compte plus grand nombre de militants.

Lors de la septième assemblée de l’ETA V, en septembre 1976, l’ETA-PM décide de séparer la lutte politique de la lutte militaire, et crée son parti politique : le Parti Révolutionnaire de l’Euskadi (PRE) (ou Euskadi Eskerra — EE). Le PRE doit représenter le mouvement basque aux élections générales de juin 1977.

Avec la mort du général Franco et le passage à la démocratie, le pays basque reçoit en 1979 un statut d’autonomie, lui conférant la liberté de langue, et diverses libertés administratives par rapport à l’Etat central. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) perd ainsi de facto une certaine légitimité. Il en résulte une violente campagne terroriste, destinée, selon la doctrine de Carlos Marighella, à forcer l’Etat à prendre des mesures répressives, qui devraient éveiller le soutien populaire du mouvement.

L’ETA-PM cherche à prendre un chemin politique pour atteindre ses objectifs et, le 24 février 1981, elle déclare un cessez-le feu et se sépare à son tour en deux entités :

  • ETA-PM Vile Assemblée, qui renonce à la lutte armée en septembre 1982, décision qui ne se réalisera dans les faits qu’en 1984.
  • ETA-PM Ville Assemblée, dont les membres plus radicaux, se rallient à l’ETA­-M pour continuer la lutte armée.

En fait, la fuite en avant de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) traduit un malaise interne dû aux contradictions entre la lutte pour la classe ouvrière et les activités du mouvement (racket, enlèvements, extorsions, et assassinats) qui touchent précisément le peuple dont le mouvement vise la libération. De plus, ces actions deviennent toujours plus impopulaires et le soutien au parti nationaliste Herri Batasuna (HB) s’effrite.

La stratégie du gouvernement espagnol est de s’attaquer aux sources de fmancements et aux infrastructures de l’organisation. Les entreprises liées aux activités de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) sont fermées, ainsi que le journal « Egin », favorable au mouvement (juillet 1998).

Ainsi, le 16 septembre 1998, à l’insistance de HB, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) déclare une trêve unilatérale de durée indéfinie. Le 3 novembre, le président Aznar a demandé l’ouverture de pourparlers afin d’obtenir un cessez-le-feu définitif, mais les discussions restent au point mort : le gouvernement est prêt à faire des concessions sur les 530 membres de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) détenus ainsi que sur les membres exilés de l’organisation, tandis que l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) place des conditions politiques sur l’autodétermination de l’Euskadi.

Les raisons de l’initiative de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) sont vraisemblablement liées à l’efficacité de la stratégie d’action espagnole. Au lieu de s’attaquer uniquement aux structures de combat de l’organisation terroriste, l’Etat espagnol s’attaque aux flux financiers et aux structures situées en amont de l’organisation opérationnelle. Ainsi est la Coordination Socialiste Albertzale (Koordinadora Albertzale Sozialista — KAS), organisation faîtière qui coordonne les ressources financières de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) fait l’objet d’arrestations importantes en mai 1998. « Egin », le journal du parti Herri Batasuna et « Egin Irratia », la station radio du parti sont fermées. En outre l’assassinat du conseiller municipal Alberto Jimenez Becerril et de son épouse (30 août 1998) suscite un émoi considérable dans la population et une mobilisation contre la violence de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA). On estime que cette trêve est donc essentiellement liée à un processus de réorganisations des réseaux et d’ajustement des stratégies d’action.

En août 1999, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) juge les concessions proposées par le gouvernement encore trop timides. La violence reprend au pays Basque, mais l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) maintient officiellement sa trêve jusqu’à sa cessation, au 28 novembre 1999, après 14 mois.

Juste après l’attentat multiple à la bombe de la gare de Madrid, le 11 mars 2004, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est désignée comme coupable par le gouvernement Aznar, malgré les réserves de services de renseignements espagnols. Probablement influencée pare des réflexes politiciens, cette erreur de jugement détourne les recherches sur les faux acteurs et provoquera la victoire de l’opposition aux élections quelques jours plus tard.

Le 22 mars 2006, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) annonce un nouveau « cessez-le-feu permanent », valable dès le 24, qui est respecté. A la fin mars, le premier-ministre José Zapatero annonce un « Pacte Antiterroriste » destiné à promouvoir le dialogue avec l’ETA. Ce dialogue débute à la fin juin 2006 et reste alourdi par les actions répétées de groupes, connus sous le nom de « kale borroka » (cf ci-dessous), causant des déprédations urbaines. En septembre 2006, un groupe de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) annonce dans la presse que le cessez-le-feu permanent ne constitue pas pour l’ETA la fin de la guerre, dont l’objectif reste l’indépendance du Pays Basque. Le 23 octobre 2006, 300 revolvers et 50 pistolets sont volés à Vauvert (Gard) et le chef de la logistique de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA), Zigor Garro Perez, est arrêté en France. Le 30 décembre 2006, un attentat à la bombe au terminal T4 de l’aéroport de Barajas (Madrid) rompt le dialogue avec le gouvernement après 283 jours de trêve.

Le 5 juin 2007, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) publie un communiqué annonçant qu’elle renonce à son cessez-le-feu. Un attentat à la bombe contre une caserne à Durango, le 24 août 2007 suivra.

Structures de Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

Les effectifs exacts de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) sont inconnus mais sont évalués à une trentaine d’activistes pour la gestion du mouvement, 100-200 activistes au sein des commandos opérationnels, une centaine d’activistes au Mexique, 36 réfugiés au Venezuela, environ 20 à Cuba(2) et en Uruguay.

Le mouvement est dirigé par un Comité Exécutif représenté par les chefs des trois branches du mouvement : l’appareil militaire, l’appareil politique et l’appareil logistique.

L’appareil militaire est responsable de l’engagement des commandos opérationnels, y compris la pose des bombes et l’enlèvement des otages. Son chef est généralement le chef de l’ETA. Depuis la fin 2003, il était dirigé par ► Mikel Garikoitz Azpiazu (alias Txeroki, alias Arrano), ancien chef du Comando Viscaya.

L’appareil politique est le second domaine en importance. Il est responsable de l’action politique en général. Il gère les mouvements politiques dans les prisons et anime le mouvement international basque « Elkano ».

L’appareil logistique assure l’approvisionnement en armes et en composants des engins explosifs. Il dispose d’une unité spécialisée dans le passage clandestin es frontières (« mugas) et une unité qui assure la fabrication des engins explosifs.

Un commando mobile, composé de militants français, est subordonné directement au chef du Comité exécutif pour des missions particulières et discrètes. Ses actions ne sont jamais revendiquées et attribuées à d’autres commandos.

L’ETA-PM envisage deux volets distincts de l’action révolutionnaire : un axe politique — qui doit prendre une importance nouvelle — et un axe militaire. Afin de mener ses opérations militaires elle crée des Commandos Spéciaux ou « Bereziak » (également appelés « Comandos Bereziak »). Avec la disparition de l’ETA-PM au début des années 80, de nombreux « Berezis » (membres des commandos) rejoignent les rangs de l’ETA-M pour poursuivre la lutte armée.

L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est organisée en cellules de combat appelées « comandos », de dimensions variables, mais généralement constitués de quelques (3-5) combattants.

Outre ses commandos opérationnels, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) dispose d’une organisation, l’Aparato de Mugas, qui lui permet de mener ses opérations transfrontalières, dirigée par Luis José Mitxelena (alias Orlegi) jusqu’à son arrestation à Hendaye (France) au début 2001.

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)_Structure de conduite de l'ETA (mai 2008)

L’un des commandos opérationnels, le Comando Donosti, a la fonction d’une unité d’état-major et assure diverses tâches de service au profit du mouvement. Ce commando disposait d’un propre groupe de renseignements (Talde Buruntza) jusqu’en 2001.

Le renseignement

L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) dispose d’un service de renseignements connu sous le nom de « (Comando) Sarea » ou « La Red » (« Le Réseau »). Actif depuis les années 80, ce service n’a réellement été identifié qu’en novembre 1994. Dans sa forme moderne, il a été organisé par l’etarra Urrestarazu Garijo (alias Bill Gates), qui travaillait également comme employé à la Police locale de San Sebastian (!). Sous son impulsion, le renseignement s’est fait plus systématiquement et l’usage de la cryptologie pour protéger les ordinateurs des membres du groupe a été imposée. Apparemment, le dispositif de protection semble avoir été efficace, car il a nécessité une extension de la coopération entre l’Espagne, la France et les Etats-Unis pour en venir à bout.

Ce service assure la collecte d’informations par quatre filières :

  • information informatique (à partir d’internet),
  • écoutes électroniques (essentiellement, le balayage des fréquences radio utilisées par les forces de l’ordre et de sécurité ; une liste de plus de 400 fréquences est régulièrement écoutée, qui comprend les forces de police, l’armée, la Garde Civile, la Croix-Rouge, les entreprises de sécurité privées, les pompiers, etc.)
  • la lecture de la presse et de la littérature,
  • les équipes de filature (comme la Talde Buruntza).

Occasionnellement, Sarea a ramassé les ordures d’organisations surveillées, voire a intercepté des chargements destinés aux chiffonnier d’Emaus, afin de récolter des documents et des informations. De cette manière, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a pu se procurer quelque 1 000 permis de conduire périmés.

Le service a par ailleurs également une fonction de « contre-renseignements » et assure également des activités de désinformation. Ainsi, par exemple, il a imposé un changement dans la procédure de mobilisation. de la Kale Borroka, rendant ainsi plus difficile le travail de la police espagnole.

Les renseignements produits servent trois types de besoins :

  • Les besoins de la structure militaire de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ;
  • Les besoins politiques de la KAS ;
  • Les besoins politico-militaires du journal « Egin »

A cet effet, Sarea échange des informations avec le Service d’Information de la KAS et le Service d’Information de l’Egin. Les tavernes du peuple (herriko tavernas) sont utilisées comme « boites aux lettres » pour l’échange d’informations entre groupes d’information.

Comandos » de I’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)(3)

  • Comando Amaiur — Commando légal opérant en Navarre. Il est démantelé le 23 novembre 2000. Il travaillait avec les Comandos Ekaitza et Urbasa
  • Comando Anlalucia — Commando créé en 1997. Il est composé de Jon Igor Solana Matarranz (arrêté), Harriet Iragi Gurrutxaga (arrêté), Zigor Merodio, Idoyane Errazquin Galdos. Démantelé en octobre 2000.
  • Comando Aruba — Commando illégal, composé de David Acuria Alonso, Esther Llorens Perez, Zurine Lebrero Panizo. Démantelé le 15 septembre 1989, puis une nouvelle fois en 2000.
  • Comando Aralar — Commando légal opérant en Navarre. Démantelé le 4 octobre 1978. Il renaît sous la forme d’un commando illégal opérant dans la zone de Madrid et est démantelé à nouveau 5 novembre 2000.
  • Comando Argala — Commando formé en 1978 et composé exclusivement de citoyens français, qui n’ont pas pu être identifiés jusqu’en mars 1990.
  • Comando Barcelona — Commando illégal, composé de José Ignacio Krutxaga (arrêté), Lierni Armendariz y Gonzalez de Langarika (arrêtée), Fernando Garcia Jodra (alias Arenas) (recherché), Diego Fernandez Burria (arrêté). Démantelé à trois reprises, les dernières en date étant janvier 2001 et le 24 août 2001.
  • Comando Basurde — Commando légal mobile formé en 1996. Démantelé le 19 décembre 1999.
  • Comando Buroahuste — Commando illégal, composé d’ex-membres du Comando Ustargi. Il était lié au Comando Madrid et opérait essentiellement dans le secteur de la capitale. Démantelé le 6 novembre 2001.
  • Comando Donosti — Egalement appelé « Complexe Donosti » en raison de sa structure élaborée en groupes (taldes). Initialement basé à San Sebastian, le commando a établi ses quartiers à Ibarra, en mai 1995. Il débute ses activités en juillet 1969 dans la région de San Sebastian. Il se rend responsable de dix assassinats en 1982 et de onze l’année suivante. Le 15 juin 1984, Zabarte, un important membre du groupe est arrêté et permet l’arrestation de 31 autres membres du groupes. Le 15 mars 1986, Angel Marié Galarraga Mendizabal, membre du commando est tué lors d’une escarmouche avec la police, tandis que avec une existence légale normale, et activés en cas de besoins :
  1. Talde Aranba — Groupe légal, considéré comme l’un des groupes centraux du Complexe Donosti. Il comprenait certains militants (Luis Marinelarena Garciandia et Roberto Lebrero Panizo) ex-membres du Comando Ituren, responsable de l’assassinat du dirigeant socialiste Fernando Buesa et de son garde du corps le 22 février 2000. Il a été démantelé le 17 octobre 2001. Ce groupe semble avoir eu des sous-groupes, notamment le Comando Haitza et le Comando Zuhatza, chargé d’activités de renseignements, dirigé par Julen Eragaria (tous deux démantelés le 19 octobre 2001).
  2. Talde Bakartxo — Groupe illégal, démantelé entre le 25 et le 29 mars 2002.
  3. Talde Buruntza (démantelé le 22 août 2001)
  4. Talde Gaua — Groupe légal, également mentionné comme groupe « satellite » du Talde Buruntza. Il a été créé durant la trêve de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) par Francisco Javier Garcià Gaztelu (alias Txapote), chef de l’Appareil Militaire de l’ETA. Actif dans la région d’Hernani, il est l’auteur de plusieurs assassinats, dont celui du policier basque Iriaki Totorika à Hernani le 8 mars 2001. (Démantelé le 8 mars 2001)
  5. Talde Ipar-Haizea — (démantelé une première fois en août 1991, puis le 18 décembre 1994)
  6. Talde Jaiza — Groupe légal fonctionnant en priorité pour le Groupe Aramba et assurant des tâches de renseignement et d’infrastructure. Probablement démantelé le 19 octobre 2001.
  7. Talde Piperrak — Groupe légal, démantelé entre le 25 et le 29 mars 2002.
  8. Talde Ttotto — Groupe illégal, actif dans la région de Guiptizcoa (démantelé le 22 février 2001),
  9. Talde Tupy — Groupe légal, démantelé entre le 25 et le 29 mars 2002.
  10. Talde « Vol de voiture » (également mentionné comme groupe « satellite » du Talde Buruntza)
  11. Talde Xoxua — Groupe légal (également mentionné comme commando séparé du Complexe Donosti) démantelé le 14 juin 2001.
  12. Talde Zuzen — Groupe légal, assurant des tâches de renseignements. Démantelé entre le 25 et le 29 mars 2002.

Le Comando Donosti est responsable de l’assassinat de Miguel Angel Blanco Garrido (juillet 1997), de José Luis Caso Cortines (11 décembre 1997), de José Ignacio Iruretagoyena (9 janvier 1998) et Manuel Zamarrerio (25 juin 1998), le dernier attentat de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) avant sa déclaration de trêve. Le 3 mai 1998, la police espagnole démantèle l’un des groupes « légaux » du commando, tandis qu’une opération de grande envergure permet un autre démantèlement du commando le 9 mars 1999. Le Comando/Complexe Donosti est considéré comme démantelé depuis le 30 septembre 2002.

  • Comando Ekaitza — Commando légal, actif en Catalogne, Levante et Andalousie. Il prend la relève du Comando Nafarroa. Il est responsable de plusieurs attentats à la bombe et assassinats, dont celui du député Tomâs Caballero à Pampelune en 1998 (conjointement avec le Comando Urbasa) et du sous-lieutenant Francisco Casanova à Berriozar en 2000. Composé de Idoia Lopez Riaño (arrêtée), José Luis Urrusolo Sistiaga (arrêté), Jesús Narváez Goñi, Itziar Aberdi. Démantelé le 21 février 2002.
  • Comando Gohierri (Gohierri-Costa) — Composé de Pedro Picabea Ugalde (alias Larrun), Bustinza (alias Iban), Antton Olaizola, Pedro Maria Celarain Oyarzabal, Ignacio M. Azcue Berasaluce, Antonio Lopez Ruiz (alias Kubati), José Miguel Lasa Guetaria (alias Fermin).
  • Comando Gohierri-Urolacosta — Composé de Antonio Cabello, Maria Josefa Uzcudun, Miguel Angel Ascasibar, José Javier Zabaleta Elosegui (alias Valdo)
  • Comando Gorbea — Commando légal, reconstruction du Comando Barcelona et actif en Catalogne. Il était composé de Fernando Garcia Jodrá (alias Arenas) (Chef du commando et arrêté), Unai Lopez de Ocáriz et Nerea Bengoa Ciarsolo (tous deux ex-membres du Comando Araba et arrêtés), Marina Bernardo (libérée et en fuite). Lors de l’arrestation de ses membres à Barcelone, 275 kg de dynamite ont été découverts au quartier-général du commando. Démantelé le 24 août 2001.
  • Comando Gorki — Composé de Jose Antonio Zabala, Jose Ignacio Lasa (Les membres de ce commando ont été capturés par la Garde Civile et auraient été éliminés. Leurs corps auraient été découverts treize ans plus tard à Alicante).
  • Comando Gorrotxategi — Commando responsable de plusieurs attentats à la bombe. Composé de Francisco Rementeria, Jose Larrinaga, Carmen Guisasola.
  • Comando Maria — Commando illégal actif dans la Guiptizcoa. Démantelé le 30 mars 2001.
  • Comando Ibarra (Iharra) — Commando illégal actif en Navarre. Démantelé une première fois le 14 février 1978, une deuxième fois le 9 mai 1981.
  • Comando Itxina — Commando illégal actif en Biscaye. Démantelé le 3 novembre 1978.
  • Comando Katu — Composée de Kepa Arronategi (arrêté), Eneko Gogeascoetxea, Aitor Lorente Bilbao (arrêté). Il a été démantelé le 13 octobre 1997 alors qu’il tentait de placer des explosifs dans le musée Guggenheim de Bilbao.
  • Comando Kroma — Commando illégal, issu du Comando Nafarroa dont il était la reconstruction et actif dans la Navarre. Il comprenait Iflgo Vallejo Blasco, Jorge Olaitz Rodriguez et Maki Beaumont Etxebarria (tous deux ex-membres du Comando Amaiur). Démantelé le 26 novembre 2001.
  • Comando Larrano — Composé de Gorka Palacios Alday, Cesar David Martin Gonzâlez, Oier Egidazu. Il a été démantelé en 1997.
  • Commando Lince — Dévolu à des tâches de renseignement. Partiellement démantelé le 26 octobre 1995)
  • Comando Madrid — Le plus célèbre commando de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA), créé en 1978, il remplace le Comando Espafia, formé en 1977, lui-même héritier du commando qui avait fait l’attentat contre l’amiral Carrero-Blanco le 20 décembre 1973 (Opération OGRO). Composition (novembre 2001) : Ana Belén Egues Gurruchaga, cheffe du groupe (arrêtée), Aitor Garcia Aliaga (alias Karpetas) (arrêté), Juan Luis Rubenach Roiz (en fuite), Lexuri Gallastegi Sodupe, (en fuite), Manex Zubiaga Bravo (en fuite). Il aurait été démantelé en mai 2002.
  • Comando Mobile — Commando illégal créé en 1978, il est essentiellement composé de citoyens français et inconnus des autres membres des commandos actifs. Il est engagé directement par le chef du Comité Exécutif de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA). Ses actions ne sont jamais revendiquées et sont attribuées à d’autres commandos. Il se spécialise dans l’assassinat à bout portant et à la voiture-bombe. Composé de Henry Parot, Jean Parot, Jacques Esnal. Il est démantelé en 1990, puis une deuxième fois le 20 septembre 2002 par une opération conjointe entre la France et l’Espagne et une troisième fois le 17 décembre 2002.
  • Comando Mobile — Utilisé durant l’exposition universelle de Séville et les jeux olympiques de Barcelone. Composé de Jose Luis Urrusola Sistiaga, Idoia Lopez Riaño, Fernando Diaz Torres.
  • Comando Nafarroa (ou Comando Navarra) — Commando illégal opérant en Navarre. Il a été démantelé plusieurs fois par les forces de sécurité espagnoles. Il est formé initialement en 1979, démantelé le 19 octobre 1981 et démantelé en avril 1986. Reconstitué en 1988, il est détruit en juin 1990. Reformé en 1992, il est démantelé presque immédiatement. Il est démantelé une nouvelle fois en novembre 1996. Recréé sous la dénomination de Comando Kroma, il est à nouveau démantelé le 26 novembre 2001. Dernière composition connue : Miguel Javier Ayensa Laborda (arrêté), Ibai Ayensa Laborda (arrêté), Francisco Ruiz Romero (arrêté), Iratxe San Ganuza (arrêtée), Eneka Royo Martinez (arrêtée), Maria Couso Sagardia (arrêtée).
  • Comando Oker
  • Comando Sugoi — Commando légal mobile basé en Guipdzcoa et se déplaçant entre la France (où étaient stationnés ses chefs) et l’Espagne. Composé de Aitor Olaizola Baseta (arrêté), Eirder Perez Ariztizabal (arrêtée). Le commando entretenait des contacts étroits avec les Comando Andalucia, Comando Zapaburu et le Comando Barcelona. Démantelé une première fois le 16 août 1996, puis une deuxième fois le 26 mars 2001.
  • Comando « Téléphonique » — Responsable d’écouter les téléphones de la police, il recrutait des militants au sein des compagnies du téléphone. Composé de Jose Luis Sebastian (alias Sebas), David Blanco Corbal, Rafael Caride Simon.
  • Comando Tontorramendi
  • Comando Torrevieja — Commando légal actif dans la province de Levante. Il notamment l’auteur d’attentats à la bombe commis avec de la Titadyne dérobée à Grenoble (France) en mars 2001. Démantelé le 24 juillet 2001.
  • Comando Txirrita — Commando illégal, actif dans la région de Madrid. Démantelé le 14 mai 2002.
  • Comando Urbasa — Commando légal opérant dans la région de Navarra. Auteurs de plusieurs assassinant de Gardes civils et de politiciens, dont Tomâs Caballero à Pampelune en 1998, avec le Comando Ekaitza. Considéré comme démantelé le 28 février 2002.
  • Comando Upo — Commando légal opérant en Biscaye. Démantelé le 4 janvier 1979.
  • Comando Vizcaya — l’un des plus dangereux commandos. Il est notamment responsable de la vague d’attentats qui a touché des concessionnaires de la marque Renault en octobre 1988 en Espagne, sous les ordres de ► Juan Carlos Iglesias Chouzas (alias Gadafi). Il est démantelé une première fois le 29 août 1991, une deuxième fois le 18 novembre 1994, alors commandé par Luis Martin Carmona (alias Koldo), une troisième fois le 5 juin 1998 à Guernica, une quatrième fois le 9 novembre 2000 et une quatrième fois au début septembre 2003 par une action simultanée sur Amorebieta, Santurce, Portugalete et Berango. Les cinq membres du commando ont été arrêtés tandis que 125 kg d’explosifs et des détonateurs ont été saisis. Le 7 janvier 2004, un membre présumé du commando arrêté aux Pays-Bas est extradé vers l’Espagne. Le Comando Vizcaya se reforme en février 2007, sur l’ordre direct du chef militaire de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) « Txeroki » et devient l’un des commandos les plus actifs de 1’ETA, notamment après la rupture de la trêve en juin 2007. Coupable de quelque 13 attentats entre août 2007 et mai 2008 dans les secteurs de Vizcaya, Alava, Guipdzcoa et La Rioja, le Comando Viscaya, est à nouveau démantelé en 2008. Alors dirigé par ► Arkaitz Goikoetxea, il est composé de deux « taldes » :
  1. « Askatasun Haizea » (« vent de la liberté »), un groupe « illégal », dont les membres sont Arkaitz Goicoechea Basabe, ► Jurdan Martitegui Lizaso (alias Arlas) et Olga Cornes Arambillet (alias Txikitxe) ;
  2. « Hegoa », un groupe « légal », dont les membres sont Asier Borrero Toribio (alias Arrano), Aitor Cotano Sinde (alias Rumano) et Iñigo Gutierrez Carrillo (alias M.A.).
  • Comando Zapaburu — Commando légal actif en Galice. Dirigé par une femme, Alicia Sàez de la Cuesta, ex-membre du Comando Basurde, qui tente de placer une voiture-bombe chargée de 1 700 kg d’explosif à Madrid en 1999. Démantelé le 26 mars 2001.
  • Comando Zelatun — Commando actif dans la région de Guipùzcoa et composé de cinq commandos « satellites » : « Rasta », « Pendejo », « Urko », « Muxarra » et « Praxiku ». Démantelé en septembre 2002.
  • Commando Spécial — Mis sur pied en 2001, ce commando est spécialisé dans les transports clandestins entre la France et l’Espagne. Il est responsable de l’attentat contre l’aéroport de Madrid le 30 décembre 2006. Démantelé le 9 janvier 2008.

Le cloisonnement des commandos n’est pas absolu. Ainsi, l’etarrra Juan Luis Aguirre Lete (alias Insuntza), arrêté en France le 10 juin 1997, est soupçonné d’appartenir au Comando Barcelona, au Comando Madrid et au Comando Donosti, qui est un commando d’appui logistique.

L’action terroriste proprement dite de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est complétée par un dispositif de violence urbaine. Connu sous le nom de « kale borroka », ce concept imaginé par José Luis Alvarez Santacristina (alias Txelis) est une sorte de « terrorisme de basse intensité », peu éloigné du principe d’action du ► Black Block. Il utilise des adolescents qui n’ont pas atteint l’âge légal de la majorité pour commettre des actes de violence et des déprédations. Il sont rassemblés dans des commandos ou Groupes « X », « Y » et « Z ».

Financement et soutien

Si le parrainage soviétique de la création de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est sujet à discussion, le soutien politique de l’URSS au mouvement l’est beaucoup moins. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a reçu un soutien logistique des pays de l’Est, notamment en ce qui concerne les armes légères et collectives (pistolets, pistolets-mitrailleurs, lance-roquettes, etc.) L’IRA semble également être à l’origine de certaines livraisons d’explosifs (notamment ceux qui ont servi à l’attentat contre Carrero-Blanco, qui auraient été d’origine suisse et auraient transité par l’Irlande).

En 1984, le trésor de guerre de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) était évalué à quelque 200 millions de dollars par an, provenant en partie d’attaques de banques (quelque 3 attaques par jour, en moyenne, à cette époque) et de fonds privés — contraints ou non , qui représentaient la majeure partie du financement de l’ETA.

Une source de revenus de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est le réseau de « tavernes du peuple » (herriko tabernas) qui regroupe quelque 107 établissements à travers le pays basque. En 1992, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a échafaudé un concept de financement — désigné sous le nom de code UDALETXE — basé sur les revenus des tavernes. La police espagnole estime à 12 millions d’euros par an le chiffre d’affaire généré par les herriko tabernas. Le 30 avril 2002, la police espagnole a arrêté des militants de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) liés aux sociétés qui exploitent les tavernes, et notamment la société Banaka SA, qui récoltait l’impôt révolutionnaire de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) à travers les tavernes, et envoyait l’argent récolté à des entreprises au Venezuela, en Uruguay, à Cuba et au Mexique.(4)

En 1997, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) décide d’établir son centre d’approvisionnement financier à Monterrey (Mexique), dans la Colonie Mitras Centro. Dès juillet de la même année, cinq membres de l’organisation s’établissent dans la ville mexicaine : Maria Flor Ceciaga Mendizabal (alias Loera), Gabriel Pérez L6pez (alias Gabi), José Luis Eciolaza Galân (alias Dienteputo), Ram6n Aldasaro Magunacelaya (alias El Rubio) et Juan Corta Larrafiaga (alias El Jon). En juin 2000, la police mexicaine arrête Leire Martinez Pérez (alias Maitane), recherchée pour actions terroristes en Andalousie et au Pays Basque. Le 30 avril 2001, la police fédérale mexicaine arrête un autre etarra, Jagoba Codo Callejo dans la région de Monterrey, puis Asier Arronategui, (membre du Comando Araba en 1989). Finalement, l’ensemble du groupe de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) (six Espagnols et trois Mexicains) est arrêté en 2003.

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)_Enlevements par l'ETA (1970-2003)

Le rapt et l’enlèvement contre rançon ont également constitué des sources de revenu pour l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA), mais, trop visibles et attirant trop les actions policières, ces techniques ont été progressivement abandonnées dès le début des années 90, pour disparaître totalement à la fm de la décennie au profit de l’extorsion.

L’impôt révolutionnaire est l’une des principales sources de financement de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA). Il est prélevé par un processus de chantage auprès d’industriels, riches commerçants et indépendants (médecins, avocats, etc.) Au début septembre 2005, la presse espagnole révélait que l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) avait commencé une nouvelle campagne de « prélèvements », exigeant des sommes de €6 000 à 18 000 auprès de commerçants et industriels. De manière inhabituelle, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a étendu sa perception auprès de petits commerçants.(5)

En 2005, la Guardia Civil espagnole évaluait la somme totale provenant du racket et de l’impôt révolutionnaire à 1,5 millions d’Euro. Cette évaluation se base essentiellement sur les chiffres connus, et il est fort probable, que le chiffre réel soit plus élevé. En 2007, la police espagnole a identifié une fondation qui aurait été créée par l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) au Liechtenstein, et qui aurait eu deux comptes en banque en Suisse avec un montants total de 5 millions d’Euros.

Coopération opérationnelle de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

En Europe, les contacts entre L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) et les autres mouvements terroristes est importante. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) participe à la formation de terroristes de la ► Rote Armee Fraktion et de Prima Linea dès 1972. Elle est particulièrement marquée avec les autres mouvements gaéliques. Spécialisée dans l’attentat à la bombe, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) entretient des contacts étroits avec la ► Provisional Irish Republican Army dans ce domaine jusque dans les années 80. Elle reste cependant très sélective et ne participe pas à l’alliance conclue en septembre 1981 entre ► Action Directe (AD), Prima Linea, le FP-25, le ► Groupe de Résistance Antifasciste du Premier Octobre (GRAPO) en raison de doutes quant à l’efficacité de ces groupes. Mais, en septembre 1984, sur une initiative de Jean-Marc Royan et de Nathalie Ménigon d’Action Directe, un accord est établi entre l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA), AD et le ► Front de Libération National Corse (FLNC).

Les liens avec le Maghreb et le Proche-Orient sont importants et se maintiennent avec les années. Le savoir-faire de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) en matière de bombes est mis à profit par le colonel Kadhafi, tandis que des camps d’entraînement sont mis à disposition des etarras à Al-Aziziyah, Al-Khums; Janzour, Tobrouk et Tarhunah. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a également une base accordée par l’Algérie qui soutient le Front Polisario en Mauritanie. L’entraînement du personnel de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) s’est aussi effectué au Liban et au Sud-Yémen, notamment par des instructeurs de l’ OLP. Lors de leur offensive à Beyrouth, en juillet 1982, les troupes israéliennes capturent 113 combattants espagnols — dont une large partie de l’ETA, 32 membres des ► Brigades Rouges et 26 membres de la ► Rote Armee Fraktion (RAF) dans le camp de Saïda.

Dès 1963, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) peut s’entraîner à Cuba et bénéficie de l’appui logistique et financier la Direction General de Inteligencia (DGI) cubaine, qui facilite les échanges avec les autres mouvements révolutionnaires d’Amérique latine. L’unité de la DGI responsable des liens avec l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) serait appelée « Groupe Crocodile », dont le quartier-général serait situé dans le camp « Camilo Cienfuegos » de la zone interdite de Monte Oscuro. Des combattants de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) auraient été également formés dans la base de Güines, au Sud de La Havane. Mais, dès 1979, avec la révolution sandiniste au Nicaragua, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) souhaite coopérer plus activement avec l’Amérique centrale et latine. Elle mandate Javier Larreategui pour évaluer les possibilités de coopération avec quelques mouvements latino-américains. Ainsi, en février 1980, elle envoie Joxe Goitia et Bernard Arguello pour mettre en place un camp d’entraînement basque au Nicaragua, et Joseba Zaldua Lasa pour la même tâche au Mexique. Une des conséquences de cette implantation basque sera la reprise par l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) d’importants stocks d’armes et de munitions après la chute des Sandinistes. Le Nicaragua aurait également fourni au mouvement de faux passeports et d’autres documents. L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) aurait également envoyé des commandos au Costa Rica et au Salvador, afin de participer aux combats.

Les activités de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ne se limitent pas à la lutte nationaliste, mais comprennent également un combat actif contre l’OTAN. Ainsi, le 13 avril 1985, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a revendiqué la responsabilité de l’attentat contre un restaurant près de la base aérienne américaine de Torrejon (17 morts et en 82 blessés).

L’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) utilise fréquemment la France comme sanctuaire, pour ses militants, pour entreposer des armes et pour ses lignes logistiques. Elle y a constitué un « Noyau Opérationnel Logistique » (Nucléo Operativo Logistico), localisé dans les environs de Cahors, en juillet 2003. Durant les années 90, elle entretient des contacts avec l’ ► Armée Révolutionnaire Bretonne (ARB).

En 2006, on estime qu’environ 500 « etarras » résident hors du territoire espagnol, sur le continent sud-américain, au Portugal, en France et en Suisse. Cette dernière serait le lieu d’activités de relations et de coordination internationale, notamment entre les ► Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA).(6)

Stratégie opérationnelle de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

Immédiatement après l’attentat du 11 mars 2004 (11-M) à Madrid, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) est désignée par le gouvernement Aznar comme responsable du carnage. En fait, le profil de cet attentat ne correspondait en aucun point à la ligne stratégique et opérationnelle de l’organisation.

Au plan stratégique, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a — depuis ses débuts — placé son action révolutionnaire dans une perspective politique et sa stratégie a toujours oscillé entre la lutte politique et la lutte armée. Cette hésitation permanente a conduit à des scissions répétées du mouvement.

Au plan opératif, dès la fin des années 90, les attentats de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ont rencontré une opposition toujours plus marquée et une érosion de son soutien populaire. Afin de ne pas mettre en péril ce dernier, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) s’est attachée à minimiser le nombre de ses victimes et a infléchi son concept d’attentats : elle met au point des attentats meurtriers, mais les divulgue à la police juste avant de les déclencher. De cette manière, elle récolte un bénéfice politique maximum: a) elle démontre sa capacité à poursuivre la lutte armée; b) elle ne supporte pas le discrédit provoqué par l’horreur de l’attentat; c) en informant la police, elle montre qu’elle reste maîtresse du jeu.

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)_Victimes de l'ETA (1968-2008)

Avec la mort de Franco, en 1975, les élections générales de 1977 et la nouvelle
Constitution
espagnole de 1978, la démocratie s’installe en Espagne. Le terrorisme perd sa légitimation et cherche à créer des conditions propice à la restauration d’une dictature, ce qui faillit arriver avec la tentative de coup d’Etat du 23 février 1981.

[Ministère de l’Intérieur – Espagne, Associación Víctimas del Terrorismo (AVT), 2008]

Au plan tactique, l’action de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a toujours démontré un choix soigneux de ses victimes et des objectifs recherchés. Elle a le plus souvent évité les attentats indiscriminés, notamment depuis la fin des années 90. La découverte par la Guardia Civil d’une camionnette chargée de 536 kg d’explosifs le 29 février 2004 à Canaveras (province de Cuenca) peut apparaître contradictoire avec la stratégie menée par l’ETA. Cependant, rien ne permet d’indiquer que la volonté de l’organisation était effectivement de faire exploser cette charge, qui aurait fait « un cratère d’environ 35 mètres (et) des dégâts irréparables dans un rayon de 60 mètres à la ronde ».(7)

Il apparaît donc rapidement que l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) n’avait aucun intérêt politique à être associée au 11-M, au-delà d’une possible fourniture de matériel explosif. Il est donc peu probable qu’il y ait eu collusion au niveau de la conception de l’opération.

Des contacts entre des mouvements islamistes (notamment le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat et le ► Groupe Islamique Armé algériens) et l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) ont été identifiés et des membres de ces groupes ont été arrêtés par les autorités espagnoles en 2002 et 2003.

Lutte contre l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

Au début des années 80, le gouvernement de Felipe Gonzalez met sur pied le ► Groupe Antiterroriste de Libération (GAL)composé de policiers espagnols, qui se rendra responsable de l’élimination de 27 membres de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) en France et en Espagne.

En 1984, on estimait à plus de 500 le nombre d’activistes installés en France(8). Au début des années 80, l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) a largement profité de la « faible combativité » du gouvernement socialiste français à l’égard du terrorisme. La collaboration anti­terroriste entre la France et l’Espagne s’est cependant améliorée et s’est développée en une efficace coopération entre les deux pays en matière de lutte contre le terrorisme. Cette coopération a notamment permis, le 25 août 1994 à Aix-en-Provence, l’arrestation de ► Maria Idoia Lopez Raine, surnommée «La Tigresse », membre du Comando Madrid(9) et responsable de la mort de 17 Gardes Civils espagnols entre 1980 et 1986.

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)_Demantelement des commandos de l'ETA (1978-2007)

Groupes et commandos démantelés par les forces de sécurité espagnoles.

[Ministère de l’Intérieur/ Guardia Civil Espagne]

Euskadi Ta Askatasuna (ETA)_Lutte contre l'ETA en France (1990-2003)

Terroristes liés au terrorisme espagnol et interceptés en France.

[Ministère de l’Intérieur — Espagne]

Durant la période de trêve de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) (mars 2006 — juin 2007) 10 etarras ont été arrêtés en Espagne et 18 en France. Dès la fin de la trêve annoncée par l’ETA, la France a procédé à 18 arrestations entre juin et septembre 2007 et une voiture avec 165 kg d’explosifs est récupérée à St-Jean-Pied-de-Port. Au début septembre 2007, la police française arrête Luis Ignacio Iruretagoyena, l’artificier de l’ETA, avec près de 400 kg de produits permettant la confection de bombes artisanales (nitrate d’ammonium, poudre d’aluminium, pentrite, chlorate, etc.)

Dès la fin des années 90, sous la présidence de Bill Clinton, les Etats-Unis s’engagent dans une coopération étendue avec l’Espagne dans sa lutte contre le terrorisme. Les renseignements obtenus par les réseaux d’écoutes électroniques en particulier le réseau américain ECHELON. Cette collaboration a permis l’arrestation d’Ignacio Garcia Arregui, le 15 septembre 2000, au cours d’un opération conjointe des polices française et espagnole.

L’une des actions les plus spectaculaires de la police française a été l’arrestation, le 17 novembre 2008, de Mikel Garikoitz Azpiazu (alias Txeroki), chef des Opérations de l’ETA, à Cauterets (Hautes-Pyrénées).

Principaux dirigeants de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA)

  • Albisu, Mikel («Mikel Antza»). Né en 1961 à San Sebastiàn. Promoteur de la trêve en 1998.
  • Alvarez Enparantza, José Luis («Txillardegi»).Né en 1929 à San Sebastiàn. Membre fondateur de l’ETA.
  • Alvarez Santacristina, José Luis («Txelis»). Née en 1954 à San Sebastiàn. Crée les « Groupes Y ». Théoricien de la « kale borroka ». Chef de l’Appareil Militaire de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) (01.1989-29.03.1992). Capturé en France, il est extradé vers l’Espagne le 17 novembre 1998.
  • Apalategi, Miguel Angel («Apala»). Né en 1955 à Ataun (Guipiizcoa). Chef des commandos spéciaux de l’ETA-PM (Bereziak).
  • Arizkuren Ruiz, José Javier («Kantauri»). Né à Pamplune. Membre des Comandos Alava et Madrid. Basé en France, il s’occupe des commandos illégaux de l’ETA.
  • Arrospide Sarasola, Santiago («Santi Potros»). Né en 1948 à Lasarte (Guiptlzcoa). Emprisonné en France en 1987. On saisit chez lui une importante documentation sur l’ETA, qui conduit à l’arrestation d’une centaine de membres de l’organisation.
  • Beñaran, José Miguel («Argala»). Né en 1949 à Arrigorriaga (Vizcaya). Participe à l’assassinat de Carrero Blanco. Idéologue de l’ETA. Tué le 21 décembre 1978 par l’explosion d’une bombe dans sa voiture.
  • Etxabe, Juan José. Né à Mondragôn. Inventeur de la notion d’ « impôt révolutionnaire ». Décédé en 1996.
  • Etxebarrieta, José Antonio. Né en 1940 à Bilbao. Idéologue de l’ETA. Décédé en 1973.
  • Etxebeste, Eugenio («Antxon»). Né en 1950 à San Sebastiàn. Basé dans le Sud de la France, il fait partie des Bereziak. Puis, en 1977, s’oriente vers l’appareil politique de l’ETA.
  • Fernàndez de Iradi, Ibon « Susper ». Arrêté le 19 décembre 2002, il s’évade le 21 décembre et reprend les commandes de l’organisation. Il est repris par la police le 4 décembre 2003.
  • Garcia Gaztelu, Javier («Txapote»). Né en 1966 à Bilbao. Il est le premier qui passe de la « kale borroka » (violence de rue) à la direction de l’ETA. Ex-membre du Comando Donosti.
  • Garikoitz Azpiazu Rubina, Mikel (« Txeroki », « Arrano »), chef de l’appareil militaire d’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) depuis la fin 2003. Arrêté le 17 novembre 2008.
  • Gracia Arregi, maki de («Maki de Renterfa»). Né en 1955 à Renterfa (Guiptizcoa). Sous son mandat les attentats les plus meurtriers sont commis : le kidnapping et le meurtre de Miguel Angel Blanco et le kidnapping d’Ortega Lara. Il est arrêté avant la fin de la trêve.
  • Iparagirre, Soledad («Anboto»). Né en 1961 à Eskoriatza (Guiptizcoa). Membre du Comando Araba puis du Comando Madrid. Responsable de l’Appareil Militaire.
  • Iturbe Abasolo, Domingo («Txomin»). Né en 1943 à Mondragôn (Guiptizcoa). Réfugié en France dès 1968. Chef de l’Euskadi Ta Askatasuna (ETA) de 1977 à 1985. En 1986, il est expulsé vers l’Algérie par les autorités françaises. Décédé en 1987.
  • Lasa Mitxelena, Juan Lorenzo («Txikierdi»). Né en 1955 à Renterfa (Guiptizcoa). En 1985, fait partie du Conseil Exécutif de l’ETA.
  • López De La Calle, Alberto Félix («Mobutu»). Né en 1960 à Vitoria,. A la suite de l’arrestation du Comando Artapalo à Bidart (France) il devient responsable de l’Appareil Militaire. Arrêté en décembre 1994 et condamné en France. Evadé en novembre 2000, il est arrêté à nouveau en France en juin 2004.
  • Mendizàbal, Eustakio («Txikia»). Né en 1945 à Itsasondo (Guiptizcoa). Moine bénédictin, il s’enfuit en France en 1967. Il meurt à Algorta en 1973, en essayant de fuir de la police.
  • Mujika Arregi, Maki («Ezkerra»). Né à San Sebastiàn. Chef de la jeunesse du Parti National Basque (PNV) devient membre de l’ETA en 1970.
  • Mujika Garmendia, Francisco («Pakito»). Né en 1953 à Ordizia (Guiptizcoa). Membre de la conduite de l’ETA entre 1985 et 1992. Incarcéré en Espagne.
  • Olarra Guridi, Juan Antonio « Juanvi »
  • Urrutikoetxea, José Antonio («Josu Ternera»). Né en 1941 à Vizcaya. Responsable de l’Appareil Politique (1986-11.01.1989). Condamné en France pour appartenance à une bande armée. Il est parlementaire à Vitoria.
  • Zabaleta, José Javier («Baldo»). Né en 1959 à Hernani (Guiptizcoa). Remplaçant de « Santi Potros » durant sa détention.

Bibliographie :

Elorza Antonio et al., ETA — Une Histoire, Denoél, Paris, 2002

Corrélats : ► guérilla urbaine, ► Organisations terroristes

Lien externe

(1)Euskadi : Néologisme créé en 1896 par Sabino Arana pour désigner les sept provinces basques. Le terme devient populaire dès le début du XXe siècle, mais n’acquiert une signification officielle que durant les années 80.
(2)Le groupe de Cuba est souvent mentionné comme une cellule « dormante » du mouvement.
Il pourrait s’agir d’une cellule tournante, qui permet aux terroristes européens de « se mettre au vert ».
(3)La composition des commandos varie considérablement au fil des années. N’est donnée ici que leur dernière composition connue, le plus souvent au moment de leur démantèlement.
(4)Courrier International, n° 605, pp 52-53.
(5)El Correo, 03.09.2005
(6)Information issue du milieu du renseignement sud-américain.
(7)Angel Acebes, ministre de l’Intérieur espagnol, rapporté par Lemondefr (29.02.2004)
(8)Le Monde, 28.01.84
(9)Le Comando Madrid a été démantelé en mai 2002 par la police espagnole.

Gama’ah al-Islamiyyah

Jamaa al-IslamiyaAutres appellations :
Jamaa al-Islamiya
al-Gama’ ah
Gama’a al-Islamiya Egyptien
Gama’a Islamique
al-Djihad
Tala’at al-Fateh (Avant-garde de la Conquête)

Autres appellations US:
Gama’a al-Islamiyya (IG)
al-Gama’at
al-Gama’at al-Islamiyya
Egyptian al-Gama’at al-Islamiyya
GI
IG
Islamic Gama’at
Islamic Group

Internet:
al-Gama’at

(Egypte) (« Groupe Islamique ») Groupe islamiste radical sunnite égyptien créé en 1973. Initialement orienté sur la lutte armée, son objectif était de renverser le gouvernement égyptien et d’instaurer un régime islamique. Son chef spirituel est alors le Cheikh ► Omar Abd er-Rahman, emprisonné aux USA. Dans les années 90, le Gama’a est divisé en deux tendances : l’une dirigée par ► Ayman al-Zawahiri – qui deviendra plus tard le bras droit d’Oussama ben Laden – et l’autre, dirigée par Ahmed Hussein Agiza. Le président de son Conseil Consultatif (Majlis al-Choura) est Karam Zouhdi, emprisonné en Egypte après l’attentat contre le Président Sadate, puis relâché (acquitté) le 30 septembre 2003. Après avoir renoncé à la violence à la fin des années 90, le groupe s’engage dans une voie politique à la faveur du « printemps arabe ».

Dans un premier temps, Anouar El-Sadate laisse au mouvement une certaine liberté de manoeuvre et l’ « utilise » pour lutter contre les mouvements nasséristes ou communistes. Mais, l’extension du mouvement, et son agressivité contre la communauté chrétienne, obligent le gouvernement à le combattre. Abd er-Rahman s’enfuit à l’étranger. La signature des accords de Camp David, en 1978 et l’accord de paix avec Israël, provoquent la colère du mouvement islamiste. En 1980, de retour en Egypte Abd er-Rahman émet une fatwa qui condamne à mort Anouar El-Sadate, qui sera assassiné le 6 octobre 1981 par un militant du ► Djihad Islamique Egyptien, le lieutenant Khaled Islambouli.

Ses actions visent en priorité des personnalités politiques et des services de sécurité égyptiens, mais également des personnalités coptes, des touristes occidentaux et les opposants égyptiens aux mouvements islamiques. Ses actions contre les touristes étrangers, sont « justifiées » par « moeurs » qu’ils importent en Egypte, mais aussi, et surtout, depuis 1992, ont pour objectif de supprimer l’une des plus importantes sources de revenu de l’Egypte. En février 1993, le ministre égyptien du tourisme annonçait que la vague d’attentats contre les touristes avait causé quelque 700 millions de dollars de pertes en annulations de voyage.

Ses activités se concentrent au sud de l’Egypte (Haute-Egypte), dans les provinces d’Assiout, Al-Minya et Kina, ainsi que dans les grands centres urbains du Caire et d’Alexandrie. Mais il opère également parfois à l’extérieur du pays, comme lors de l’attentat au camion-bombe contre l’ambassade d’Egypte à Islamabad (Pakistan), le 19 novembre 1995, causant 13 morts. Il est aussi associé à l’attentat à la bombe du World Trade Center de New York (26 février 1993) — qui provoquera l’arrestation d’Ar-Rahman — mais qui ne semble pas aire partie de la stratégie du groupe,

Son organisation est mouvante et rassemble de manière non-structurée plusieurs groupuscules extrémistes, dont la discipline est aléatoire. L’usage de la violence fait l’objet de sérieuses discussions et publications internes, une phase connue sous le nom de « Muraja ‘at ».

Le Conseil (Choura) du Gama’a en Egypte a voté et annoncé la fin de sa politique de violence en juillet 1997. Toutefois, des tiraillements au sein du groupe se manifestent, et il éclate en deux factions rivales : la première, dirigée par Moustafa Hamza, se veut plus modérée et a annoncé un cessez-le-feu unilatéral ; l’autre, dirigée par ► Abou-Yassir Rifa’i Ahmad Taha — qui sera l’un des signataires de la fatwa du Front Islamique Mondial d’ « ► Al-Qaïda », le 23 février 1998.

C’est vraisemblablement cette dernière faction, qui, sous le couvert de l’appellation de « Phalange de la Ruine et de la Dévastation » a mené une attaque à l’arme automatique à Louxor, le 17 novembre 1997, tuant 58 touristes, dont 35 ressortissants suisses(1). La direction du Gama’a, qui se dit alors dépassée par les auteurs, condamne alors l’attentat. Dans un communiqué du 8 décembre 1997, il déclare ne plus viser des touristes étrangers dans sa lutte contre le gouvernement égyptien.

Au début des années 90, il se joint au Comité du Djihad, créé par Oussama ben Laden, puis, en 1998, il s’associe au « Front Islamique Mondial pour le Combat contre les Juifs et les Croisés » (Al-Jabhah al-Islamiya al- Alamiyah li-Qital al­Yahud wal-Salibiyyin), également créé par ben Laden. Il se désolidarise cependant de ce dernier dès 1999 et, le 2 avril 1999, le groupe (y compris ses chefs en exil) annonce un cessez-le-feu.

La répression très vigoureuse et démonstrative apportée par le gouvernement, soucieux de restaurer son image de pays « sûr », a été brutale et large. Les emprisonnements et les opérations armées contre les suspects et leurs familles se sont multipliés. Cette réaction a stimulé l’hostilité contre le gouvernement et les activités du mouvement se sont lentement déplacées du ► Djihad à la vengeance. Le Gama’a a tenté de négocier avec le gouvernement l’arrêt de ses activités militaires contre la libération des prisonniers islamistes. Malgré le refus officiel des autorités égyptiennes de négocier, quelque 4 000 islamistes ont été libérés depuis novembre 1997, et les opérations du Gama’a ont effectivement cessé. Le mouvement n’est cependant pas inactif et a recentré ses activités sur un travail plus profond de mobilisation politique des populations locales.

Depuis août 1998, le Gama’a n’a plus mené d’attentats en Egypte. Selon certains services de renseignements occidentaux, il aurait encore des cellules actives en Egypte, au Soudan, au Yémen et en Grande-Bretagne. Toutefois, il semble avoir renoncé à l’action violente dans ces pays au moins. Le 21 juin 2002, dans une interview depuis sa prison, M. Karam Zouhdi, a dénoncé publiquement M. Oussama Ben Laden et Al-Qaïda.

Au début 2011, à la faveur du « printemps arabe » égyptien, le Gama’a s’engage résolument dans la voie politique et crée le Hizb al-Binaa’ wa’l-Tanmiyah (Parti de la Construction et du Développement). Son fondateur est Tariq al-Zumr, un ex-activiste du Gama’a, qui avait participé à l’attentat contre le président Sadate en 1981. Le parti plaide pour une meilleure assistance sociale aux défavorisés et en faveur d’une société islamique. Aux élections parlementaires de 2011-2012, le parti obtient 13 sièges à la chambre basse du Parlement.

Dans une sorte de tournant idéologique, le Gama’a lui-même a modéré son discours en relativisant la notion de djihad, tandis qu’il s’est attaché à développer des contacts avec les autres communautés religieuses égyptiennes.

 

Corrélat : ► Organisations terroristes

(1)Le rapport officiel de la Police Fédérale suisse, publié le 10 mars 2000, intitulé « Louxor -Synthèse de l’attentat du 17 novembre 1997 », tend à privilégier la responsabilité de Moustafa Hamza, en dépit des informations et des communiqués publiés et disponibles alors. Une première revendication, laissée sur place, tend à confirmer cette thèse. Toutefois, l’attentat sera encore revendiqué le même jour par le mouvement Talaat el-Fatah el-Islami (Avant-garde de la Conquête Islamique). Une troisième revendication, du 18 novembre, au nom des Phalanges du Martyr Talaat Yassine — du Gama’ah al-Islamiya — explique leur volonté de capturer des otages pour les échanger contre le Cheikh Abd er-Rahman. Une quatrième revendication, également datée du 18 novembre, au nom de l’ ► Ansar ash-Sharia, qui soutient l’attentat, mais en attribue les morts à l’action du gouvernement. D’autres revendications et justifications au nom du Gama’ah viendront par la suite.