Marg

Marg

(Afghanistan) (« Mort ») Apparu à la fin janvier 2015, le groupe « Marg » (« Mort » en dari) est un groupe clairement orienté contre l’Etat Islamique en Afghanistan et contre les Taliban. Certains groupes armés dans la province de Jawzjan au Nord, et au Sud du pays (notamment dans la province du Helmand) ont fait allégeance à l’Etat Islamique. Le groupe Marg rassemblerait plusieurs des combattants d’origine turkmène et ouzbèkes engagés dans la lutte contre les Taliban. Ses effectifs annoncés d’environ 5000 combattants, apparaissent surévalués, même s’il est probable que le Marg soit associé avec d’autres milices et tribus opposées aux Taliban, comme les Tadjiks et ait reçu le soutien de quelques chefs tels que Dostom (Chef du Junbish-e Milli-yi Islami-yi Afghanistan) et Atta Mohammed Nour (Gouverneur de la Province du Balkh).

Etat Islamique (EI)

EIILEtat Islamique (EI)

Autres appellations :

Al-Dawlah al-Islamiya fi al-Iraq wa’l-Sham
Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL)
Etat Islamique en Irak et en Syrie (EIIS)
Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL)
Etat Islamique d’Irak et de Syrie (EIIS)
Islamic State in Iraq and Greater Syria (ISIS)
Islamic State in Irak and Syria (ISIS)
Islamic State in Iraq and Sham (ISIS)
Islamic State (IS)

Internet:
#EIIL #ISIS #ISIL

(Syrie) (Al-Dawlah al-Islamiyah) L’Etat Islamique est un développement de l’Etat Islamique en Irak et au Levant  apparu lui-même en 2012 comme un développement de l’ ► Etat Islamique en Irak. Il est dirigé par l’ex-émir de l’Etat Islamique en Irak (EII), Abu Bakr al-Baghdadi et vise à reconstituer le « Califat » où s’appliquerait la loi islamique.  L’expression « Levant » (al-Sham) désigne une vaste zone du Proche-Orient sans frontières définies, qui avait été divisée par la France et la Grande-Bretagne après la première guerre mondiale afin de créer le Liban, la Syrie et une partie de l’Irak.

EI Genesis

En avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi annonçait dans un message radiophonique que le ► Jabhat al-Nosrah (JN) déjà actif en Syrie avait rejoint l’EIIL, ce que le JN a démenti par la suite, conduisant à des tensions entre les deux groupes. En Irak, où EIIL a fait une progression spectaculaire durant la première moitié de 2014, il reste opposé à de nombreux groupes, dont le Jamaat Ansar al-Islam (JAI), le Jaysh al-Mujahideen (JM) et le Jaysh al-Tariqa al-Naqshbandia (JRTN).

C’est cette progression rapide, à la faveur d’une armée irakienne mal encadrée et une perte du contrôle de la frontière entre la Syrie et l’Irak par les deux gouvernements respectifs, qui encourage l’EIIL à se développer.

En Syrie, une des composantes majeures de l’EI est son secteur Nord (qui comprend les gouvernorats de Lattaquié, d’Idlib, d’Alep, et du Raqqa) dirigé par Omar Shishani, un tchéchène recruté par Sheikh Abou Bakr al-Baghdadi au sein du  Jaïsh al-Muhajireen wal-Ansar (JMA).

En janvier 2014, une dispute a éclaté entre le Front des Révolutionaires Syriens, le Jaïsh al-Mujaheddin (Armée des Mujaheddin), le ► Jabhah al-Islamiyya (Front Islamique) et l’ ► Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Contrairement aux structures militaires occidentales, l’EIIL n’a pas de structure organique déterminée et est composé d’unités qui se sont associées volontairement au mouvement. Ainsi, ces affrontements ont provoqué des réactions de ses différentes composantes, qui ont reconsidéré leur participation et dont certaines on choisi de prêter allégeance (Bayat) au Jabhat al-Nosrah (JN):

  • Al-Idarah al-Islamiyyah Li’l-Khidamat al-Amah,
  • Kataeb Issa bin Maryam (Phalanges du Fils de Marie),

Sarayat Salah al-Din (Unité de Saladin),

  • Katibat Dar’a al-Sham al-Islamiyyah (Phalange du Levant Islamique de Dara),
  • Katibat Asimat al-Ghoutah,
  • Katibat Nour al-Ghoutah (Phalange de la Lumière de Ghouta)
  • Katibat Jounoud al-Rahman (Phalange de l’Armée du Miséricordieux).
  • Katibat Musaab bin Umayr (Phalange de Mousaab bin Umayr);
  • Katibat Suqur al-Izz (Phalange des Aigles de l’Honneur);
  • Harakat Abna al-Islam (Mouvement des Fils de l’Islam).

Tandis que d’autres ont simplement opté pour se retirer de ces affrontements, comme:

  • Liwa al-Dawoud (Brigade al-Dawoud);
  • Liwa Omar al-Mokhtar (Brigade Omar al-Mokhtar)

En avril 2014, d’autres phalanges ont décidé de quitter l’EIIL au profit du JN après les injonctions d’ ► Aïman al-Zawahiri pour que l’EIIL se dissolve:

  • Kataeb Jounoud al-Haqq
  • Katibat Bayariq al-Sunna
  • Liwa al-Qadisiya al-Islamiya
  • Liwa al-Mujahid Omar al-Mukhtar
  • Kataeb Allahu Akbar
  • Liwa Allahu Akbar

Le 29 juin 2014, l’EIIL change son nom pour celui d’Etat Islamique (EI) (al-Dawlah al-Islamiyah) et publie une carte de sa vision d’un « Califat ».

Califat

Principaux camps d'entraînement de l'EI en Irak et en Syrie (2014)
Principaux camps d’entraînement de l’EI en Irak et en Syrie (2014)

Menace sur l’Occident

Tous les experts s’accordent pour estimer que l’EI ne constitue pas une menace directe pour l’Occident. Les réactions aux déclarations des présidents Obama et Hollande sur la question des frappes aériennes contre l’EI en Irak ont été empreintes de scepticisme. D’un côté il apparait nécessaire d’agir face à la menace que certaines populations non-musulmanes d’Irak et de Syrie, mais d’autre part, on constate qu’en l’absence de menace directe sur l’Occident, ces frappes ne font qu’attiser la situation.

L’apparition de l’EI est la conséquence directe et combinée de la mauvaise gestion de l’après-première Guerre du Golfe (1990-91), par les Occidentaux, de l’intervention américaine en Irak en 2003, et de l’incapacité américaine de gérer l’après-Saddam Hussein. Avant 1990, les mouvements islamistes sunnites étaient quasi-inexistants en Irak ; pas seulement en raison de la rigueur du régime de Saddam Hussein qui était fondamentalement laïc – mais aussi et surtout car il y existait une forme de domination sunnite. Dès la première guerre du Golfe, le dictat imposé sur l’Irak par l’Occident (à travers les Nations Unies) (embargo international, zones d’interdiction de vol, etc.) et l’appui clandestin accordé aux mouvements rebelles chiites par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont stimulé l’apparition d’un radicalisme sunnite en Irak. En 1991, cette évolution a d’ailleurs contraint Saddam Hussein à modifier le drapeau du pays en y ajoutant la mention « Allahu Akbar », afin de calmer les éléments sunnites radicaux. Cette dimension islamiste a été complètement ignorée par les services de renseignement américains (et des autres services de la Coalition occidentale) lors de la planification de l’intervention de 2003 et  a acquis sa pleine dimension lors de la phase d’occupation de l’Irak.

L’absence de stratégie américaine pour la reconstruction de l’Irak, l’obsession d’empêcher un retour du régime baasiste – et l’incapacité des Etats-Unis à identifier le nouveau rôle régional de l’Iran – a progressivement conduit la présence occidentale à être détestée par les communautés chiites et sunnites. La « stratégie » du général Petraeus, simpliste et non-basée sur une appréciation holistique de la situation a donné l’illusion d’une adhésion des communautés sunnites de l’Anbar, grâce à « l’achat » de leur collaboration à coups de millions de dollars et d’armement a donné l’illusion d’une stabilisation, mais a en fait renforcé les forces islamistes dans le pays.

Outre la distribution d’armes aux mouvements islamiques de l’Anbar, la perte par les Etats-Unis d’un stock d’environ 190’000 armes légères (non répertoriées) dans la seconde moitié de 2004, a très largement contribué à accroitre la capacité des rebelles islamistes irakiens.

L’enfermement de la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme dans le concept (inventé de toutes pièces) d’ « Al-Qaeda » a empêché toute négociation avec des mouvements sunnites qui étaient essentiellement des mouvements de résistance à l’occupation étrangère. L’absence de nuances dans la lecture du mot « djihad » par les Etats-Unis a été la cause première du développement d’une résistance qui s’est donné une légitimité au-delà des frontières de l’Irak.

L’action internationale et la pression que l’Occident tente d’exercer sur le monde islamique pour l’adoption de principes qui restent perçus comme occidentaux même s’ils sont qualifiés d’ « universels » (comme les droits de l’Homme ou les droits des Femmes, voire la démocratie) joue un rôle mobilisateur et de catalyseur de l’islamisme militant. Dans ce contexte, il faut également mentionner Israël, qui, aveuglé par sa rivalité avec le régime syrien, a – dans un premier temps, en 2011 – délibérément appuyé militairement la rébellion islamiste avant de freiner cette aide, mais en maintenant une pression constante sur le régime syrien. Ainsi, les frappes islamistes contre les villages israéliens de la région du Golan, sont « punies » par des frappes sur les forces gouvernementales syriennes ! Ces réactions absurdes, associées à l’action spectaculaire de juillet 2014 contre la Bande de Gaza a très largement contribué à asseoir la légitimité de l’EI et de ses actions brutales. Apparemment, des cellules de l’EI sont déjà actives dans les territoires palestiniens et combattues par le Hamas et l’Autorité Palestinienne. Il pourrait s’agir d’une stratégie d’Israël afin de saper la capacité de ses adversaires traditionnels, dont la Syrie. Ceci pourrait expliquer les informations (non-confirmées, mais fournies par le site canadien GlobalResearch.ca, habituellement bien informé – voir : http://www.globalresearch.ca/isis-leader-abu-bakr-al-baghdadi-trained-by-israeli-mossad-nsa-documents-reveal/5391593) selon lesquelles, Al-Baghdadi aurait été soutenu par Israël.

Les bombardements de l’EI proposés par les Etats-Unis et la France auront sans aucun doute des effets positifs au niveau tactique en tuant l’un ou l’autre des dirigeants islamistes ou en détruisant des positions militaires. En revanche, ils risquent de renforcer la posture stratégique et la légitimité des djihadistes dans le moyen et long terme. Selon des informations non confirmées, mais qui semblent s’inscrire dans une tendance observée depuis le début 2014, l’annonce des frappes aériennes américaines et françaises contre l’EI en août 2014 aurait déjà provoqué une recrudescence des volontaires étrangers en Syrie. Ces frappes pourraient ainsi avoir un effet similaire aux frappes aériennes contre des chefs de la résistance afghane au Pakistan, qui ont déstabilisé le gouvernement Moucharraf et accentué le radicalisme à l’intérieur du pays.

Structure territoriale

Bien qu’il se prétende « Etat », l’EI n’a pas une véritable structure territoriale. Comme la plupart des groupes rebelles islamistes en Syrie, il dispose d’institutions rudimentaires qui lui servent à imposer et faire respecter la loi islamique (charia) et assurer la conduite politique du groupe. En l’état, même si les experts, médias et gouvernements occidentaux entretiennent parfois cette dimension étatique afin de « noircir le tableau », l’EI n’a ni les structures, ni les moyens d’être un Etat. Il reste un groupe radical, composite, hétérogène malgré sa dimension islamiste rigoriste, et qui occupe – plus qu’il ne contrôle – les zones qu’il revendique.

EI 201406

EI 201502

Structure EI

 

Corrélat ► Califat

Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Base du Djihad dans la Péninsule ArabiqueBase du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA)

Autres appellations:

Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA)
Organisation de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique
Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab

Autres appellations US:
Al-Qa’ida in the Arabian Peninsula (AQAP)
al-Qa’ida in the South Arabian Peninsula
al-Qa’ida in Yemen
al-Qa’ida of Jihad Organization in the Arabian Peninsula
al-Qa’ida Organization in the Arabian Peninsula
► Ansar al-Shari’a

AQAP
AQY

(Arabie Saoudite/Yémen) (Tanzim Qa’idat al-Jihad fi Jazirat al-Arab) La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) est un groupe islamiste sunnite djihadiste de tendance salafiste apparu au Yémen en 2009 et dirigé par Sheikh Nasser al-Ansi. Il serait issu d’un groupe d’ex-combattants moudjahiddin  revenu d’Afghanistan  en 1990 et qui auraient formé successivement plusieurs groupes djihadistes, le Djihad Islamique au Yémen (1990-1994), l’Armée d’Aden Abyan (1994-1998) et ce que l’on a appelé Al-Qaïda au Yémen au début des années 2000. La BDPA est souvent désignée comme une « franchise » d’ « Al-Qaïda », même si elle apparait davantage comme un groupe localisé dans la péninsule arabique.

La Base du Djihad dans la Péninsule Arabique est fortement engagée dans les combats contre le gouvernement et la communauté des Houtis (Chiites) au Nord du pays. C’est la menace d’une opération de BDPA qui a imposé la fermeture des diverses missions diplomatiques des Etats-Unis au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie du Sud.

Depuis 2012, et grâce aux interventions américaines sous diverses formes (bombardement par drones, forces spéciales, etc.), la BPDA a acquis un profil élevé au sein de la communauté djihadiste. Ses publications (notamment “Inspire”), bien faites et riches en “exemples concrets” sont largement répandues dans les milieux radicaux. Sa récente publication d’une véritable doctrine opérationnelle djihadiste nous éclaire sur quelques principes.

La doctrine opérationnelle du Djihad armé (selon BDPA)

Après les menaces récentes de la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) (également appelée, en Occident, Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) et de l’Etat Islamique, contre l’Occident, et leurs revendications des attentats de Paris en janvier 2015, les récentes publications de ces deux entités nous donnent un éclairage intéressant sur leur manière de penser et d’envisager leur combat.

C’est donc une opportunité pour repenser nos stratégies d’action contre le terrorisme, afin qu’elles soient plus intelligentes, plus efficaces et plus préventives.

Appel à la Résistance Islamique Globale (ARIG)

L’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) est le concept générique dans lequel prend place l’action djihadiste. On en retiendra le terme de « Résistance » qui suggère que – dans l’esprit de ses auteurs – il s’agit d’un combat qui répond à une agression (ou ce qui est ressenti comme tel). C’est une indication précieuse, car elle implique que cette résistance est fonction de sollicitations qui sont – d’une manière ou d’une autre – sous le contrôle de l’Occident, et que donc – en théorie tout au moins – il serait possible de mettre un frein à la violence. En théorie cependant, car l’action occidentale – notamment en Irak et en Libye, en favorisant et stimulant l’éclosion de mouvements islamistes durables – a initié des tendances irréversibles dans le moyen terme.

Principes de base

Les djihadistes constatent que la dissymétrie entre les moyens utilisés par les occidentaux et ceux utilisés par la Résistance exige une adaptation des stratégies d’action. Un certain nombre de constatations sont faites :

  • L’échec opérationnel des organisations clandestines structurées face à des campagnes sécuritaires internationales et à des coordinations internationales et régionales; et donc la nécessité de disposer de structures plus souples capables de résister à l’arrestation de leurs membres et à l’usage de la torture.
  • L’incapacité des structures clandestines d’atteindre et d’intégrer toutes les ressources de la jeunesse de l’Oummah (Communauté des Croyants) qui voudraient s’engager dans le djihad et à participer à toutes sortes d’activités sans vouloir assumer des responsabilités dans une structure centralisées.
  • La présence d’un adversaire réparti dans des zones très larges, avec des objectifs variés et sur des sites très distants, rend difficile le combat sur des fronts ouverts et menés par des structures centralisées.
  • Conséquence de l’utilisation par l’adversaire de bombardements aériens par missiles et des frappes aériennes, dirigées par des satellites, qui peuvent également voir sous la surface du sol, qui rendent difficile des confrontations ouvertes à partir de positions permanentes, sont des facteurs reconnus qui doivent être pris en considération dans la planification du combat.

Il découle de ces constatations des principes généraux de la théorie de l’action djihadiste individuelle à travers l’Appel à la Résistance Islamique Globale (Da’wat al-Muqāwamah al-Islāmīyyah al-‘Alāmīyyah) sont :

  1. Propager la culture de la Résistance et en faire un phénomène stratégique cohérent et pas seulement un ensemble de réactions individuelles.
  2. Propager l’idéologie de la Résistance, son programme, ses bases légales et politiques, et ses théories opérationnelles afin qu’elles soient accessibles à la jeunesse de la communauté islamique (Oummah), qui veut fortement participer au Djihad et à la Résistance.
  3. Diriger les combattants de la Résistance vers des zones d’opération adaptées au Djihad par Terrorisme Individuel.
  4. Diriger les combattants de la Résistance vers les objectifs les plus significatifs qu’ils doivent viser dans des opérations de Résistance et le Djihad de petites unités.
  5. Propager les sciences et les connaissances légales, politiques, militaires et autres nécessaires aux moudjahidin pour mener des opérations de Résistance, sans courir le risque d’une dislocation des réseaux comme cela peut être le cas avec des structures centralisées.
  6. Instruire les jeunes en matière de méthodes opérationnelles pour l’établissement de cellules de Résistance comme un « système d’action » (nizam al-amal) et non comme une « organisation d’action clandestine » (tanzim lil-amal) (…)
  7. Coordonner les efforts de sorte à combiner leurs résultats en un mécanisme qui désoriente l’ennemi et l’épuise, tout en stimulant l’esprit de la Nation Islamique afin qu’il s’associe au phénomène de Résistance.

Théorie militaire de l’ARIG

Il en résulte une réflexion sur la lutte armée qui base l’ARIG sur deux piliers ou deux formes de Djihad :

  • Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi) avec les activités clandestines de petites unités indépendantes; il est la première étape vers l’autre forme de Djihad et l’appuie.
  • Le Djihad par Front Ouvert, lorsque les conditions le permettent, est un affrontement ouvert à partir de positions établies contre un agresseur, qui permet la confrontation sur le terrain et la saisie de territoires indispensables à l’émergence d’un Etat – objectif final de la Résistance.

Le Djihad par Front Ouvert

Le Djihad par Front Ouvert peut être assimilé à la guerre de guérilla et n’a des chances de succès que s’il intervient dans un environnement géo-militaire particulier. Il peut être précédé par une phase de Djihad par Terrorisme Individuel.

Le contexte géographique doit répondre à un certain nombre de critères tels que :

  • Un espace suffisant, qui permette la dispersion des moyens et ne les rende pas vulnérable aux frappes aériennes ;
  • De longues frontières, qui permettent le repli dans des sanctuaires ;
  • Etre suffisamment étendu pour ne pas permettre d’être assiégé ;
  • Présenter une topographie difficile (forêts, montagnes, etc.) qui favorise la concentration de l’adversaire et le canalise lors des confrontations avec des forces au sol.
  • Offrir suffisamment de ressources (vivres, eau, etc.) pour permettre aux combattants de survivre.

En matière de population, les zones les plus adéquates comportent une population nombreuse aux mouvements difficilement contrôlable comme les zones rurales denses ou les zones urbaines.

En matière politique, les facteurs doivent si possible comprendre une cause capable de mobiliser la population, qui puisse se superposer au djihad. Cette cause devrait pouvoir mobiliser la Nation Islamique toute entière qui pourra ainsi appuyer la population en question et participer au Djihad sous forme morale, financière ou autre. La cause la plus appropriée est la résistance à une agression étrangère à laquelle peut s’ajouter des raisons religieuses, politiques, économiques et sociales. En matière de guérilla on appelle cela le « climat révolutionnaire », ici il est appelé le « climat du djihad ».

Le Proche-Orient est un terrain idéal pour le Djihad par Front Ouvert : « Il y a une abondance d’armes et d’équipement dans la région, qui a également une grande diversité de frontières, de côtes et de cols. Israël constitue un motif pour la cause islamique globale, et l’occupation américaine permet d’ay ajouter une dimension révolutionnaire, qui est une excellente clé pour le Djihad »

Le Djihad par Terrorisme Individuel (Djihad al-Irhab al-Fardi)

Alors que l’Occident juge le terrorisme en fonction de ses effets, les djihadistes le considèrent en fonction de ses motivations et distinguent deux types de terrorisme[1] :

  1. Le terrorisme blâmable (irhab madhmum), qui est le terrorisme du mensonge (irhab al-batil) et de l’usage de la force du mensonge (quwwat al-batil) et est défini comme les actions, discours ou comportement qui ont pour but de blesser ou de terroriser les innocents sans une juste cause. Ce type de terrorisme comprend le terrorisme associé au vol, au brigandage, aux envahisseurs, aux assaillants, aux oppresseurs et aux dirigeants illégitimes des peuples. L’auteur d’un acte de terrorisme de cette sorte doit être puni en fonction de ses actes et de leurs effets. (Nota : Cette définition proche de la notion de « terrorisme d’Etat » souvent évoquée en Occident, concerne plus particulièrement les bombardements occidentaux par drones ou missiles de croisière, contre lesquels on ne peut se prémunir et qui frappent de manière « très mal discriminée » combattants et non-combattants et qui sont vus comme particulièrement lâches dans le monde islamique.)
  2. Le terrorisme louable (irhab mahmud) est le contraire du terrorisme blâmable. Il est le terrorisme du juste qui a été injustement traité. Il vise à combattre l’injustice dont est victime l’oppressé et est pratiqué de sorte à terroriser et repousser l’oppresseur. Le terrorisme des hommes de la sécurité qui se battent contre les voleurs et les brigands est de même nature que le terrorisme de ceux qui résistent à une occupation, et le terrorisme des peuples « qui se défendent contre les servants de Satan ». (Nota : Cette lecture du terrorisme rejoint la position de certains pays en voie de développement dans les discussions sur la définition du terrorisme dans les enceintes internationales comme l’ONU, avec en point de mire des situations telles que l’occupation israélienne des territoires palestiniens.)

Le recours au terrorisme individuel est donc mené « dans des situations ou les moudjahidin repoussent leurs ennemis et la terreur ennemie par un djihad défensif » (voir Inspire, p. 31, mars 2011).

Zones de terrorisme individuel

Zones de terrorisme

En ce qui concerne le Djihad par Terrorisme Individuel, la liste des théâtres de Djihad arrangée par ordre d’importance sont: [2]

  1. Les pays de la péninsule arabique (Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Yémen, etc.), du Levant (Liban, Syrie, Jordanie, Israël), l’Egypte et l’Irak. Cette zone comprend les lieux saints, le pétrole, Israël, et la présence militaire et économique américaine. Elle accueillera l’Assemblée Victorieuse (Al-Taïfah al-Mansourah) qui dirigera l’Islam.
  2. Les pays d’Afrique du Nord de la Libye à la Mauritanie (Maghreb). Cette zone est riche en intérêt occidentaux, en particuliers des principaux pays européens, alliés des Etats-Unis et de l’OTAN.
  3. La Turquie, le Pakistan et les pays d’Asie Centrale. Ils représentent la deuxième plus grande réserve de pétrole du monde, ainsi que les intérêts militaires, économiques et stratégiques américains. Ils comportent des mouvements islamistes importants et ancrés dans l’Histoire, qui sont vus comme la profondeur stratégique des mouvements djihadistes et de Résistance arabes.
  4. Le reste du monde islamique: les Américains et leurs allies y ont des intérêts importants. Cette partie du monde islamique comprend l’essence de la Résistance, à savoir des centaines de millions de musulmans de jeunes membres de la Nation Islamique, qui sympathise avec sa cause et est prête à s’engager dans le Djihad et la Résistance.
  5. Les intérêts américains et alliés dans les pays du Tiers-monde, en particulier dans les pays qui participent aux campagnes des Croisés. En raison des faibles mesures de sécurité qui règnent dans ces pays, le Djihad peut ici reposer sur les moudjahiddin qui vivent dans ces pays et y ont une vie normale. Ils peuvent se déplacer librement, se cacher et acquérir des informations sur l’adversaire et s’en occuper facilement.
  6. Les pays européens alliés des Etats-Unis et qui participent à leurs guerres. Ici, est importante la présence d’anciennes et grandes communautés musulmanes en Europe, dont le nombre dépasse 45 millions d’individus, auxquels s’ajoutent des communautés de plusieurs millions en Australie, au Canada, et en Amérique du Sud. L’Europe est particulièrement significative en raison de la proximité avec le monde arabe et musulman et les intérêts multiples qui les lient, ainsi que des nombreuses communications entre eux. Les musulmans dans ces pays sont comme les autres musulmans, le devoir de djihad de repousser l’adversaire et lui résister repose sur leurs épaules comme les musulmans des autres pays du monde (p.ex. les musulmans résidant dans le monde arabe et islamique). L’action dans ces pays est sujette aux règles de l’équilibre entre le gain politique et les dégâts politiques, en regard des positions des pays européens. Il s’agit d’avoir des stratégies qui permettent de gagner le soutien des populations tout en évitant de leur porter préjudice.
  7. Le cœur de l’Amérique elle-même, en le ciblant par des actions stratégiques efficaces.

Commentaires

  • Les priorités définies par la Base du Djihad dans la Péninsule Arabique (BDPA) ne sont pas nécessairement les mêmes que celles définies par d’autres groupes ou mouvements djihadistes, mais sont indicatives d’une tendance et d’une manière de penser.
  • Les quatre premières priorités du Djihad par Terrorisme Individuel concernent le monde islamique et Israël et non le monde occidental. Ce qui tendrait à infirmer l’idée trop répandue que le terrorisme vise à installer l’Islam en Occident et que la Chrétienté est l’objectif des djihadistes. En fait, ces priorités sont en cohérence avec la notion de djihad, qui consiste à protéger l’islam des influences extérieures, et non à conquérir de nouveaux territoires.
  • On constate une relative bonne corrélation avec la vision du Califat attribuée à l’Etat Islamique. Avec cependant une différence majeure : l’action contre les pays européens est essentiellement fonction de leur action dans le monde islamique et leur soutien aux Etats-Unis dans ce contexte. Des pays comme la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et d’autres, sont donc des priorités uniquement en raison de leur participation à un conflit. Les pays comme le Portugal ou l’Espagne – constituant pourtant l’ancien « el-Andalus » (« Le Jardin ») de l’ancien Califat – ne font pas partie des priorités du Terrorisme Individuel.
  • Malgré le fait qu’Israël fasse partie de la zone de première priorité, il continue à combattre les gouvernements légaux de cette zone. Ainsi, aux incidents de frontières imputables aux rebelles islamistes, Israël riposte sur les forces du gouvernement syrien.

La question de l’attaque contre des civils

La question de s’attaquer à des civils est manifestement interprétée par les djihadistes de manière différente qu’en Occident. Toutefois, plusieurs écoles de pensée existent et apparemment, le débat au sein de la mouvance djihadiste est vivace.

Alors que les Occidentaux tendent à faire une distinction entre civils et combattants, les djihadistes, eux, divisent la population d’une zone de guerre (Dar al-Harb) en « croyants » et « incroyants ». Parmi les incroyants, on distingue ceux qui luttent contre l’islam et ceux qui ne luttent pas contre l’islam.

Le point commun de ces diverses tendances est de considérer que les innocents sont des victimes collatérales, dont on accepte implicitement le sacrifice au nom d’un objectif supérieur constitué par la religion. Dans ce contexte, certains évoquent l’exemple de l’usage de catapultes par Mohammed durant le siège d’Alexandrie, dont les projectiles touchaient également des victimes non-combattantes. Bien qu’il soit recommandé de tenir compte de la présence de ces victimes potentielles, la nécessité militaire semble avoir la primauté. (Note : Ceci n’est d’ailleurs pas très différent de la position occidentale, puisque l’engagement de drones américains pour des « attaques ciblées » contre des terroristes. Une étude publiée en septembre 2012 par l’Ecole de Droit de Stanford et de la New York University – « Living under Drones » – a établi que seuls 2% des personnes tuées par drones sont effectivement des terroristes)

La vraie question, qui n’est pas vraiment répondue de manière claire et satisfaisante est de savoir s’il est autorisé de « cibler » des populations civiles. Ce qui conduit à la discussion sur la définition du mot « innocent ». Les individus qui, sans être impliqués directement dans un combat, soutiennent matériellement ou moralement un des adversaires ne sont pas considérés par de nombreux groupes djihadistes comme innocents. Il en est ainsi de journalistes, ou de représentants d’organisations caritatives chrétiennes, etc.

Conclusions

Cette doctrine doit être lue avec précaution. En dépit du profil croissant de BDPA, sa vision du combat djihadiste reste une vision “locale”. Les divergences et conflits entre les diverses factions qui mènent le djihad laissent supposer que cette doctrine opérationnelle n’est pas nécessairement partagée par d’autres groupe. Néanmoins, le fait que la BDPA ait revendiqué – et probablement commandité – l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015 tend à démontrer que le groupe cherche à sortir de sion contexte local et avoir un rôle plus global, rendant ainsi sa doctrine opérationnelle pertinente dans l’analyse du terrorisme global.

[1] En arabe, le mot terrorisme (« irhab ») vient du verbe « arhaba » (terroriser) et la terreur est « al-rahab ». Celui qui terrorise est donc l’ “irhabi » et sa victime est le « murharb » ou « marhub ».

[2] D’après Abou Moussab al-Souri, “The Jihadi Experiences: The main arenas of operation for individual jihad”, Inspire, Fall 2011, p.18

 

Corrélat : ► Organisations terroristes

Lien externe

Taliban

Taliban

Autre appellation:
Tehrik Taliban-i-Pakistan (en anglais :
Taleban Islamic Movement of Aghanistan – TIMA)

Taliban(Afghanistan/Pakistan) (Étudiants en religion. Littéralement : Ceux-qui-exigent [le savoir]) Mouvement apparu en septembre 1994 et issu des écoles coraniques au Sud de l’Afghanistan. Il est dirigé par son fondateur, le mollah Mohammed Omar, qui assure aujourd’hui une autorité sans doute plus morale qu’opérationnelle.

D’origine sunnite, le mouvement Taliban (ou Taleban, selon les transcriptions) se veut rassembleur des différentes ethnies, tendances religieuses et familles politiques qui avaient fait de la résistânce afghane un amalgame hétéroclite de tendances souvent opposées. Afin de d’atteindre son objectif d’unification de l’Afghanistan, les Taliban ont basé leur approche sur le « plus petit commun dénominateur » des diverses factions et tendances afghanes. C’est ainsi que l’application de la loi islamique (charia) est devenue un pilier du système Taliban, sorte de retour vers des éléments de base de l’islam qui sont plus consensuels.

Zones de repli des Taliban au Pakistan
Les Taliban et autres éléments armés opérant en Afghanistan utilisent les « zones tribales » (FATA) au Pakistan comme sanctuaire. Les rivalités entre factions tribales et religieuses tendent à encourager l’extension des zones sanctuarisées vers la Province de la Frontière Nord-Ouest (NWFP).

 

 

Taliban_Zones tribales et Province du Nord-Ouest au Pakistan

Les « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en hachuré], avec notamment les « agences » du Sud-Waziristân, du Nord-Waziristân et de Bajaur, constituent des refuges pour les Taliban et certains mouvements alliés, comme le Mouvement Islamique de l’Ouzbékistan et des groupes djihadistes.

Tehrik Taliban-i-Pakistan (2008)
En trait fort les « agences » associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Dès sa création, en raison de son caractère unificateur, le mouvement connaît un succès fulgurant et conquiert rapidement tout l’Afghanistan sans combats, à l’exception du nord-ouest du pays (qui reste sous la conduite d’ ► Ahmed Shah Massoud) et accède au pouvoir en 1996. L’arrivée au pouvoir des Taliban met ainsi fin à des violences communautaristes sanglantes et cruelles, ce qui lui confère un large soutien populaire. En octobre 1997, l’Afghanistan devient ainsi officiellement l’Emirat Islamique d’Afghanistan. La conduite du mouvement est alors assurée par un Conseil (Choura) basé à Kandahar.

Cependant, les Taliban sont loin de constituer un groupe homogène et — outre les tiraillements entre une tendance pro-pakistanaise et tendance nationaliste afghane — ses divisions reflètent les divisions traditionnelles des populations afghanes. Les principales lignes de fracture sont :

  • Les luttes et rivalités personnelles entre tribus et chefs de factions ;
  • La rivalité entre combattants Ouzbek et djihadistes arabes ;
  • La priorité donnée par les Ouzbeks au djihad contre le gouvernement « corrompu » du Pakistan par rapport au djihad contre les forces occidentales.
  • La lutte pour le contrôle de territoires, plutôt que pour des objectifs politiques, religieux ou idéologiques.

C’est en fait l’intervention américaine en octobre 2001 qui a renforcé l’unité du mouvement, pour combattre un ennemi commun, comme naguère contre les Soviétiques.

Le Pakistan, a toujours eu une attitude ambiguë à l’égard de l’Afghanistan : les intérêts des populations pachtounes, la très contestée frontière pakistano-afghane (ligne Durand) et la crainte d’être encerclé par l’Inde et ses alliés ont guidé la politique pakistanaise. Lors de la guerre contre les Soviétiques, et avec l’appui des Etats-Unis, les services de renseignements, l’Inter-Services Intelligence (LSI), ont largement soutenu le  Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar. Le succès des Taliban a provoqué un revirement pragmatique du Pakistan, qui leur apporte un soutien en matière de logistique et de conseils militaires dès 1994. Mais il serait inexact d’en tirer la conclusion que l’ISI a poursuivi inconditionnellement ce soutien, particulièrement à partir du début des années 2000.

Les Taliban ne constituent a priori ni un mouvement terroriste ni un mouvement à caractère djihadiste. Les liens organiques avec “Al-Qaïda”, ont été un prétexte invoqué par les Etats-Unis et les forces de l’OTAN pour justifier leur intervention. En réalité, en 2001, les Taliban soutenaient essentiellement les combattants islamistes au Jammu-Cachemire. Ces combattants étaient formés dans des camps, qui ont été interprétés par les Américains comme des camps d’entrainement de terroristes destinés à l’Europe, alors que tous les indices indiquaient qu’il s’agissauit de camps de formation de guérilla de nature rurale, sans aucun rapport avec la nature d’un terrorisme européen. Ceci explique pourquoi la majeure partie des combattants capturés dans ces camps en 2001 et internés au camp de Guantanamo se sont avérés totalement inutiles dans la lutte contre le terrorisme, car il s’agissait pour la plupart de paysans locaux qui n’avaient aucune vocation à aller se battre en Occident. Les services de renseignements américains se sont d’ailleurs aperçu que ces mêmes combattants n’avaient d’ailleurs aucune conaissance d’ “Al-Qaïda”, puisque cette organisation n’existait pas! En revanche, les Taliban avaient accordé l’asile à Ossama ben Laden après qu’il a été expulsé du Soudan et déchu de sa nationalité saoudienne. Après le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont demandé aux Taliban d’extrader Ossama ben Laden, ce que les Taliban ont refusé dans un premier temps, puis accepté à condition que les Etats-Unis fournissent les preuves qu’Ossama ben Laden était impliqué dans les attentats. Les Etats-Unis n’ont jamais été en mesure de fournir ces éléments et ont opté pour une opération militaire contre l’Afghanistan (Opération Enduring Freedom — OEF). Or, même s’il a été placé dans la situation de mener le djihad contre l’occupation étrangère en Afghanistan, le mouvement Taliban n’a pas d’ambitions internationales et reste focalisé sur la situation intérieure afghane. En revanche, par leur repli au Pakistan dès l’intervention américaine en octobre 2001, les Taliban ont donné une dimension transfrontalière à leur mouvement. Paradoxalement, toutes les factions des Taliban ne figurent pas sur la liste des organisations terroristes établie par le Département d’Etat américain. En effet, afin de permettre au gouvernement de Karzaï de trouver une solution négociée au conflit, les Taliban n’ont pas été portés sur cette liste, car la politique américaine s’oppose au principe de négocier avec des terroristes.

Conduite et structures

Les principaux dirigeants des Taliban ont été arrêtés ou éliminés en 2007 par les forces de la coalition occidentale et par les autorités pakistanaises. Les Taliban on maintenu la
succession de ces chefs tués dans une certaine discrétion, pour des raisons évidentes de sécurité.

En mars 2003, le Mollah Omar appelle au Djihad contre les Etats-Unis et leurs alliés européens et afghans dans un mouvement appelé « Seif-ul-Muslamin » (Epée des Musulmans). Ce dispositif s’appuie sur un réseau initialement basé dans les secteurs d’Asadabad en Afghanistan (à 12 km de la frontière pakistanaise), avec des bases à Parachinar (Zones Tribales sous administration fédérale) et Miran Shah (Nord Waziristân) au Pakistan. En juin, le Mollah Omar forme un conseil de guerre désigné « Choura-e-Rahbari » (Conseil des Chefs) composé de dix chefs militaires et tribaux.

 La structure de commandement des Taliban n’est pas claire et a sans doute varié de manière importante ces dernières années. Plusieurs représentations existent de l’articulation opérationnelle des Taliban. Ici présentée l’une d’elles, la plus vraisemblable compte tenu des informations disponibles.

Parallèlement, le Mollah Omar organise et structure les activités opérationnelles en découpant la zone frontalière de l’Afghanistan en cinq zones opérationnelles, qui semblent articulées en trois commandements opérationnels :

  • Commandement Sud, qui regroupe les provinces du Sud-Est du pays (Farah, Nimroz, Helmand, Kandahar, Uruzgan et Zaboul), avec un commandement politique à Quetta (Pakistan) et un commandement opérationnel à Zaboul. Chaque province ayant un commandant opérationnel.
  • Commandement Centre (ou Est) qui comprend les provinces qui s’étendent de la frontière pakistanaise à Kaboul (Paktika, Ghazni, Paktia, Lowghar). Il comprend la zone opérationnelle du groupe de Jalaluddin Haqqani initialement centré sur la province de Paktia.
  • Commandement Nord, qui comprend les provinces de Kaboul et celles qui l’entourent au Nord-Est jusqu’à la frontière pakistanaise. Elle comprend la zone opérationnelle du Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hektmatyar, initialement centrée sur la province de Kunar. Ce commandement aurait sa conduite opérationnelle dans le secteur de Nunghar (2008).

La difficulté à identifier les structures de conduite et opérationnelles des Taliban vient du fait que ces structures se superposent à celles d’autres mouvements ou groupes qui combattent dans les mêmes secteurs de manière plus ou moins coordonnée. C’est ainsi le cas du Commandement Est et du Commandement Nord-Est, qui réunissent au moins deux zones opérationnelles chacun, qui se chevauchent. En outre, ces zones opérationnelles ne doivent pas être comprises « à l’occidentale » comme rigides. Apparemment, ces zones évoluent de manière très pragmatique (et de manière complètement imprévisible pour un observateur extérieur) en fonction des succès et des réseaux de résistance.

Les bases logistiques des Taliban se situaient initialement dans les zones tribales fédérales (principalement au Sud et Nord Waziristân, ainsi que dans l’agence de Bajaur). Les opérations (aériennes et terrestres) américaines sur territoire pakistanais ainsi que la lutte menée par le gouvernement Pakistanais — sous la pression des Etats-Unis — contre les Taliban ont permis à ces derniers d’étendre leur zone d’influence sur l’ensemble des zones tribales et des Provinces du Nord-Ouest, et de s’y implanter durablement, en particulier l’Agence de Swat.

Le 5 septembre 2006 est signé l’Accord du Waziristân, entre le gouvernement pakistanais et les représentants des tribus locales, qui met fins aux combats. En substance, l’Accord prévoit la fin des opérations militaires, l’arrêt des opérations en Afghanistan et dans les agences(1) adjacentes, le désarmement des milices tribales et le contrôle des postes frontières par les milices tribales. Mais apparemment, le seul « bénéfice » de ces accords a été de permettre au Taliban de concentrer leurs efforts sur l’Afghanistan.

Taliban_Principales forces des Taliban dans les Zones Tribales (2007)

Les Taliban sont essentiellement concentrés dans les « agences » des « zones tribales sous administration fédérale » (FATA) [en trait fort]. Avec l’action du gouvernement pakistanais, l’influence des Taliban s’est étendue aux « zones tribales sous administration régionale »

Choura-e-Rahbari des Taliban

  • Mollah Akhtar Mohammad Usmani, tué le 27 décembre 2006 ;
  • Mollah Abdur Razzaq Nafiz, considéré comme l’un des fondateurs du mouvement Taliban a été ministre de l’Intérieur du régime Taliban. Il aurait été tué le 26 décembre 2006 dans la province de Zaboul ;
  • Mollah Obaidullah Akhund, est ancien ministre de la Défense des Taliban, membre du Conseil exécutif des Taliban (Shura Majlis) (3e du système). Il a été capturé au Pakistan le 26 février 2007, puis relâché en novembre dans le cadre d’un échange de prisonniers avec le Pakistan. Il est arrêté à nouveau en février 2008 ;
  • Mollah Berader Akhund„ commandant militaire des Taliban au Sud de l’Afghanistan, porté mort lors d’un raid aérien de l’OTAN le 31 août 2007. Il sera cependant identifié comme chef de l’offensive du Ramadan (Opération Nassirat) en septembre 2007 ;
  • Maulvi Jalaluddin Haqqani, ex-ministre des Tribus et des Zones Frontières. Son fils Sirajuddin Haqqani dirige le « Groupe Haqqani », un réseau combattant particulièrement actif et audacieux, basé au Nord-Waziristân et dans l’Est de l’Afghanistan, présumé responsable des attentats contre l’hôtel Serena de Kaboul (14 janvier 2008) et contre Hamid Karzai lors de la parade militaire du Jour des Moudjahiddin (27 avril 2008). Son plus jeune fils Mohammad Omar Haqqani a été tué lors de combat avec les forces coalisées dans la province de Paktia au début juillet 2008 ;
  • Mollah Saifur Rahman Mansour, commandant opérationnel originaire du Sud de l’Afghanistan
  • Mollah Dadullah Mansour, qui a succédé à son frère comme commandant des forces au Sud de l’Afghanistan, aurait été exclu du mouvement des Taliban au 30 décembre 2007 pour raison d’insubordination ;
  • Mollah Akhtar Mohammad Mansour ancien ministre de l’Aviation des Taliban ;
  • Mollah Mohammad Rasoul, ancien gouverneur de la province de Nimroz ;
  • Hafiz Abdoul Majid, ancien chef du Renseignement et de la Sécurité de la zone de Kandahar

Le fait que les Etats-Unis mènent également leur guerre contre les Taliban sur le territoire pakistanais a des conséquences. Premièrement, les presssions sur le gouvernement pakistanais pour “accepter” les bombarrdements de drones ont créé une situation malsaine au plan de la souveraineté de l’Etat pakistanais sur son propre territoire, qui lui est reproché par une partie de la population et est à l’origine de la chute du gouvernement Moucharraf en 2007. En second lieu, les actions américaines – niotamment les bombardements parfois mal ajustés et créeant de nombreuses victimes colatérales – ont de facto fait des zones tribales pakistanaises une zone de conflit et donné une certaine légitimation aux Taliban.

C’est ainsi que le 15 décembre 2007, les Taliban annoncent la création d’une organisation commune, le Tehrik Taliban-i-Pakistan (Mouvement Taliban du Pakistan), basé au Sud Waziristân et dirigé par Baitullah Mehsud. Il rassemble les groupes Taliban des zones (« agences ») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Shura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du TTP est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan même.

Déploiement et dispositif au Pakistan

Le déploiement des Taliban dans les zones tribales à l’ouest du Pakistan se présente comme suit (début 2007) :

  • Agence de Bajaur :
    – Militants Taliban dirigés par Faqir Mohammad, qui est le commandant en second du Tehrik Taliban-i-Pakistan.
  • Au Nord Waziristân, trois factions :
    – Faction dirigée par Sadiq Nour, basée à Miramshah, est alliée avec le Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle gère également des tribunaux islamiques dans les zones sous sa juridiction. Dans un premier temps, cette faction s’est opposée à la présence d’Arabes et d’Uzbeks dans sa zone d ‘ influence.
    – Faction dirigée par Abou Kasha (alias Arab Malang), basée dans la région de Mir Ali. Elle se subdivise en deux groupes, l’un dirigé par Inamullah et l’autre par Haq Nawaz Dawar. Arabe d’origine iraquienne, Abou Kasha coopère avec les groupes Ouzbek basés au Nord Waziristân.
    – Faction dirigée par Najimuddin Uzbek — également connue sous la désignation de Groupe Ijaz —, essentiellement composée d’Ouzbeks. Elle est issue du ► Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO) dirigé par ► Tahir Yuldashev.
  • Au Sud Waziristân, plusieurs factions :
    – Faction dirigée par Baitullah Mehsud, le plus puissant chef Taliban du Sud Waziristân. Son porte-parole, Zulfiqar Mehsud, est l’un des personnages les plus influents de la région. Elle coopère avec le ► Jamiat-i-Ulema i-Islam (JUI). Elle comprend environ 30 000 combattants organisés de manière militaire. Elle fait régner la Charia dans sa zone d’influence, interdisant l’usage d’ordinateurs, de télévision et interdit la musique. Le 8 février 2005, elle a signé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement pakistanais.
    – Faction ► Abdullah Mehsud, qui compterait quelque 5 000 combattants. Il est proche des groupes de combattants Ouzbek et Tadjiks.
    – Faction dirigée par le Mollah Nazir(4), qui regroupe, depuis novembre 2006, quelque 14 groupes Taliban, constitue la plus puissante faction Taliban. Elle est alliée au JUI et soutient ouvertement le Djihad contre les forces occidentales en Afghanistan.
    – Faction dirigée par Zanjeer, proche du ► Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmatyar.
    – Faction dirigée par Noor Islam, basée à Wana, proche des groupes Ouzbek et Tadjik.
    – Faction Haji Khanan, basée dans la région de Shagai. Elle est opposée à la présence de combattants étrangers (Ouzbeks).
  • Dans l’Agence de Swat :
    – Faction dirigée par le Maulana Qazi Fazlullah, chef du ► Tehrik-e-Nifaz-e-Shariat-e-Mohammedi (TNSM), et beau-fils du chef en titre du TNSM, s’allie aux Taliban et s’engage dans la lutte contre le gouvernement pakistanais.

(1)Désignation des entités administratives des Zones Tribales sous Administration Fédérale (FATA).

Lien externe

Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP)

Voir ► Taliban

Autre appellation :
Mouvement des Taliban du Pakistan

(Pakistan)

Autres appellations US:
Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP)

Pakistani Taliban
Tehreek-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
Tehrik-e-Taliban
Tehrik-i-Taliban Pakistan
TTP

(Pakistan) (Mouvement Taliban du Pakistan) Mouvement d’origine sunnite créé en décembre 2007 basé au Sud Waziristân et initialement dirigé par Baitullah Mehsud. Le TTP rassemble divers groupes Taliban des zones («agences») tribales, et des territoires du Nord-Ouest du Pakistan. Il est administré par un Conseil Consultatif (Choura) de 40 membres représentants sept tribus et diverses factions. Le rôle du TTP dans la guerre en Afghanistan reste encore l’objet de discussions. Le but du Tehrik-e-Taliban (TTP) est initialement de coordonner l’action des Taliban au Pakistan même. Toutefois, en raison des bombardements par des drones américains sur territoire pakistanais, on constate une implication toujours plus importante du TTP dans les actions menées en Afghanistan.

Tehreek-e-Taliban
En trait fort les «agences» associées au Tehrik Taliban-i-Pakistan. Malgré les
affrontements virulents au sein même des mouvements islamistes, toutes les forces opposées aux Taliban ne sont pas nécessairement favorables au gouvernement pakistanais.

Corrélat : ► Organisations terroristes

Lien externe