Colombie

Comme dans la plupart des pays d’Amérique Latine, les mouvements de guérilla se sont développés en Colombie dès le début des années 60, entre autres avec l’aide de Cuba. Des structures sociales générant des inégalités extrêmes, une tradition du banditisme, des zones rurales mal contrôlées et des forces de l’ordre brutales ont facilité l’implantation de mouvements révolutionnaires. Afin de s’opposer à ces mouvements, les Etats-Unis ont encouragé la consolidation du pouvoir des grands propriétaires terriens, y compris ceux qui cultivaient la plante de coca, une stratégie analogue à celle qui avait été appliquée dans le sud-est asiatique autour de la Chine. Cette « privatisation » de la lutte contre le communisme a porté ses fruits, mais au prix d’un développement incontrôlé du trafic de drogue.

Les mouvements de guérilla d’extrême-gauche, tentant d’appliquer la stratégie du foco, établie par Che Guevara, pour obtenir un soulèvement populaire n’ont ainsi jamais pu réellement étendre leur influence.

Les mouvements actifs sont :

► Coordinadora Nacional Guerrillera Simon Bolivar (CNGSB)
► Armée Révolutionnaire Guévariste (ERG)
► 
Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC)
► 
Ejercito de Liberacion Nacional (ELN)
► Mouvement Jaime Bateman Cayon (JBC)
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Parti Révolutionnaire des Travailleurs (PRT)
► Nouveau Front Révolutionnaire du Peuple (NFRP)
► 
Front Ricardo Franco (FRF)
► 
Mouvement Armé Quintin Lame (MAQL)
Organizacion Revolucionaria Pueblo Armado (ORPA), apparue en 1992 et active dans les départements de la Risaralda, de Caldas et d’Antioquia.
► Comando Sur Alvaro Lucue Chocue (AUCH)
Fuerzas Populares de Liberacion Nacional (FPLN)
Organizacion para la Liberacion del Putumayo (OLP)
► 
Comando Miliciano Revolucionario (CMR)
Fuerzas de Integracion Bolivariana (FIB)
► 
Comando Armado Popular (CAP)
Armée Révolutionnaire du Peuple (ERP)
Fuerzas Armadas Revolucionarias Indigenistas del Pacifico (FARIP)
Mouvement Jorge Eliecer Gaitan (JEGA)
► Autodéfenses Unies de Colombie (AUC)
 (Autodefensas Unidas de Colombia – AUC)
Ejercito Republicano Independentista del Caribe (ERICA), mouvement apparu en 1993, probablement composé de moins d’une centaine de combattants, actif sur la côte pacifique.

Groupes issus de l’ELN

Comandos Revolucionarios Populares (CRP), groupe apparu en 1992. Il serait encoré actif dans les départements du Bolivar et du Sucre.
Ejercito Revolucionario Guevarista (ERG), groupe apparu en 1993 et actif dans les départements du Choco, de la Risaralda et de l’Antioquia. Ses effectifs seraient d’une centaine de combattants.

Groupes issus du M-19

Nouveau Front Révolutionnaire du Peuple (NFRP)
Mouvement Jaime Bateman Cayon (JBC)
Raices por Colombia (RPC), active dans le secteur de Cali.
M26, composé d’une quarantaine de militants et active dans les zones de production de café

Avec la fin de la guerre froide et de leurs sources de financement (principalement Cuba) les mouvements de guérilla colombiens ont dû trouver des canaux alternatifs. Les mouvements de guérilla se sont progressivement recyclés dans l’« industrie » de l’enlèvement avec rançon, dans les « services » aux trafiquants de drogue et le trafic de stupéfiants.

En 1997, l’unité de la police chargée de la lutte contre les enlèvements (Direction Anti-Secuestro y Extorsion — DIASE) annonçait 1 671 enlèvements, et 1 228 enlèvements pour les 9 premiers mois de 1998.

En 1998, le Président Andres Pastrana est élu sur un programme qui vise à négocier la paix avec les mouvements de guérilla d’extrême-gauche. En 2002, l’échec de cette politique de conciliation se matérialise par l’élection du président Alvaro Uribe partisan d’une politique de fermeté à l’égard des mouvements illégaux.

Après la démonstration de force effectuée par les FARC-EP le jour de l’investiture du Président Alvaro Uribe, le 7 août 2002, qui a fait quelque 20 morts et 60 blessés à Bogotà, le secrétaire-général des Nations Unies, Kofi Annan a offert la médiation de l’ONU dans le conflit. Le Président Uribe a cependant décrété l’état d’exception en Colombie (désigné officiellement « état de commotion intérieure ») le 12 août 2002, tout en maintenant une offre de négociation avec les rebelles.

La Colombie, pour sa lutte contre les mouvements illégaux, reçoit l’aide des Etats-Unis et de l’Espagne.(1)

Arrivé au pouvoir en mai 2002, le président Uribe a mis en place une stratégie efficace pour venir à bout de la violence : a) renforcer le pouvoir de l’Etat sur l’ensemble du territoire, b) protéger la population, c) éliminer le trafic illégal de stupéfiants et d) améliorer la transparence des opérations.

Afin d’accroître la présence de l’Etat, 10 000 nouveaux policiers ont été engagés tandis que le nombre des municipalités dépourvues de présence policière est tombé de 150 à 70 (2004). Les forces armées ont été renforcées et le concept de « paysan-soldat » est apparu, qui prévoit de faire faire à certains militaire leur service national dans leur village d’origine, afin de renforcer les liens entre l’armée et les populations locales. Des bataillons de haute montagne ont été créés(2) afin de pouvoir intervenir dans les zones escarpées des Andes, où transite une part importante du trafic de stupéfiants.

Colombie_Principaux attentats en Colombie durant la presidence Uribe

La protection de la population reste un problème, malgré une diminution de près de 45,1% des massacres de populations civiles et de 27,4% des actes de terrorisme.(3) La majeure partie des succès de gouvernement portent sur des criminels de droit commun, tandis que les actes commis par les mouvements de guérilla restent constants.

La lutte contre la production et le trafic de stupéfiants est envisagé dans le cadre de la lutte contre les guérillas, avec l’objectif de restreindre leurs sources de revenus.

Devant les succès du gouvernement, essentiellement liés à une meilleure mobilité opérationnelle et une meilleure intégration du renseignement, les mouvements de guérilla ont adapté leur concept opérationnel. Alors, que la tactique habituelle était l’attaque en masse de petites garnisons militaires isolées, la nouvelle tendance est de favoriser des opérations de harcèlement par de petites groupes de guérilleros. Aussitôt l’attaque effectuée, le groupe disparaît rapidement dans la jungle avant que des forces d’intervention puisse arriver. Alors que les groupes urbains de guérilla se sont développés, ils semblent maintenir un faible niveau d’activité.

En août 2003, Pedro Marin (alias Manuel Marulanda), chef des FARC et Nicolá§s Rodriguez Bautista (alias Gabino) chef de l’ELN ont entrepris des négociations en vue d’une éventuelle union entre les deux organisations.

Bibliographie :

Balencie Jean-Marc et de La Grange Arnaud, Mondes rebelles — Guerres civiles et violences politiques, Paris, 1999

(1)Le 28 février 2003, le gouvernement espagnol a annoncé qu’il transmettrait au gouvernement colombien tourtes les informations nécessaires à la lutte contre la guérilla. (Latinreporter.com, 02.03.2003)
(2)Cinq bataillons de 1 200 hommes chacun ont été prévus : Le bataillon « El Primero », créé en 2001 dans le secteur de Sumapaz, au Sud de la capitale, surveille les corridors utilisés généralement par les ravisseurs d’otages ; le bataillon «General Santos Gutiérrez Prieto », créé en mai 2003 à El Espino, verrouille les passages utilisés par l’ELN ; le bataillon « Rodrigo Lloreda Caicedo », créé en mai 2003 est basé dans le secteur de Los Farallones ; le bataillon «General Benjamin Herrera Cortés », créé en décembre 2003 et basé à Santiago (Cauca) et un cinquième bataillon dans le parc national de Los Nevados.
(3)Chiffres au 1er trimestre 2004 (Ministère de la Défense de Colombie)