Congo (Rép. dém. du) (COD)

L’accord de Lusaka

L’accord de Lusaka, sous l’égide de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et des Nations unies, a été signé le 10 juillet 1999 à Lusaka, en Zambie par les rebelles du Mouvement de Libération du Congo (MLC) et du ► Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), qui contrôlent le Nord et l’Est du pays, ainsi que par les gouvernements du Congo, de Namibie, du Rwanda, d’Ouganda, du Zimbabwe et d’Angola. Il prévoit un cessez-le-feu sous le contrôle des Nations Unies et le désarmement des groupes armés, la création d’une Commission Militaire Mixte (CMM), le déploiement d’une force de stabilisation (maintien de la paix) des Nations Unies(1), le retrait de toutes les forces étrangères du territoire de la RDC accompagné du rétablissement de l’autorité de Kinshasa dans tout le pays, une protection pour tous les groupes ethniques, et l’ouverture d’un « dialogue national » entre toutes les parties devant conduire à des élections. En fait, l’accord n’est jamais entré en vigueur.

Le conflit congolais, comme la plupart des conflits africains, a ses racines dans le tracé des frontières nationales effectué à Berlin en 1895 afin de délimiter les zones de présence des puissances coloniales, qui ne tient pas compte des réalités tribales. Ainsi certains groupes ethniques ou tribaux ont été écartés d’une certaine prospérité ou contraints de coexister avec des groupes rivaux — voire ennemis ­dans un espace national donné. Si les conflits tribaux ont été nombreux depuis la seconde guerre mondiale au Congo/Zaïre, c’est essentiellement le conflit interne du Rwanda du milieu des années 90 qui a eu l’impact le plus décisif et le plus dramatique sur le Congo moderne. L’exil massif des populations rwandaises de l’ethnie Hutu, avec l’ensemble des ex-Forces Armées Rwandaises (FAR) constituait une menace pour le nouvel Etat rwandais désormais gouverné par l’ethnie Tutsi. Ainsi, le Rwanda a tenté de conserver la maitrise de la situation à l’Est de la RDC, notamment à travers le soutien à diverses milices tutsies, dont la tâche est de harceler les groupes hutu, pour les empêcher de se regrouper et de s’organiser en vue d’une reconquête du pouvoir à Kigali.

Facteur important — mais sans doute pas le plus déterminant — la présence de richesses naturelles dans l’Est de la RDC encourage les pays voisins à y maintenir une influence :

Republique Democratique du Congo (RDC)_Exploitation des richesses naturelles en RDC

Ituri

La région de l’Ituri comprend de nombreux groupes ethniques : Alur, Bira, Hema (subdivisés en Hema-Gegere au Nord et Hema-Nyoro au Sud de la province), Kakwa, Lendu, Lese, Logo, Lugbwara, Mambisa, Nande, Ndo-Obeko, Niyari et Ngiti (ou Lendu-Bindi). Les Lendu et les Hema représentent les communautés les plus importantes et sont tous deux des populations d’origines nilotiques, comme les Alur. Les Lendu sont originaires du Soudan et les Hema de l’Ouganda. Les Lendu revendiquent le statut de premiers habitants de la région, qui est contesté par les Lese et les Niyari, qui affirment avoir été dépossédés de leurs terres par les Lendu.

Forces principalement actives dans le secteur de l’Ituri

  • Lord’s Resistance Army (LRA) (Armée de Résistance du Seigneur), groupe rebelle soutenu par les mouvements rebelles du Sud-Soudan et opérant en Ouganda et dirigé par Joseph Kony. Il opère essentiellement le long de la frontière entre la RDC et le Soudan.
  • Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) et ses diverses factions :
  • - Rassemblement Congolais pour la Démocratie — Goma (RCD-Goma)
  • - Rassemblement Congolais pour la Démocratie — Kisangani (RCD­Kisangani)
  • - Rassemblement Côngolais pour la Démocratie — Mouvement de Libération (RCD-ML) ou RCD — Kisangani/Mouvement de Libération (RCD-K/ML)
  • - Rassemblement Congolais pour la Démocratie — National (RCD-N) (également appelée Alliance Nationale), dirigé par Roger Lumbala
  • Mouvement pour la Liberation du Congo (MLC)Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), dirigé par ► Jean-Pierre Bemba, basé à Gbadolite, au Nord-Est Est de la RDC et son bras armé, l’Armée de Libération Congolaise (ALC).
  • Groupes armés de l’ethnie Hema :
  • - Union des Patriotes Congolais (UPC), issue d’une scission du RCD-K/ML, dirigée par ► Thomas Lubanga Dyilo, emprisonné, puis par ► John Tinazabu. Il est basé à Mongbwalu.
  • - Parti pour l’Unité et la Sauvegarde du Congo (PUSIC).
  • - Front pour la Réconciliation et la Paix (FRP), opposé au RCD-K/ML.
  • Groupes armés de l’ethnie Lendu / Ngiti
  • - Front Nationaliste et Intégrationaliste (FNI) (Lendu)
  • - Front Populaire pour la Réconciliation de l’Ituri (FPRI) (Ngiti)
  • Mudundu 40 (M40)
  • Front pour l’Intégration et la Paix en Ituri (FIPI), dirigé par Kawa Mandro Panga, de l’ethnie Herna-Gegere.

Forces principalement actives au Nord-Kivu

  • Mouvement d’Autodéfense pour l’Intégrité et le Maintien de l’Autorité Indépendante
  • Milices ► Maï-Maï (mouvement congolais)
  • Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) du général Laurent Nkunda (ou Nkundabatware) (d’origine tutsie), faction issue du RCD-Goma, et qui refuse l’intégration au sein des FARDC. Il opère dans tout le Kivu et s’est rendu responsable de nombreuses exactions et violations des droits de l’Hommes dans cette région. Il est réputé recevoir l’aide du gouvernement rwandais. Fortes d’un nombre estimé à environ 15 000 combattants (en majeure partie d’origine tutsi), les forces du général Nkunda constituent l’un des principaux obstacles à la paix dans l’Est de la RDC.
  • Patriotes Résistants Congolais (PARECO), mouvement congolais, composé de milices locales et d’ex-combattants Maï-Maï.
  • Forces Combattantes Abacunguzi (FOCA), branche armée des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), dirigé par le général Sylvestre Mudacumura (alias Mupenzi), destitué le 24 juin 2005 par le colonel Séraphin Bizimungu (alias Jeribaal Amani, alias Amahoro) qui en a repris le commandement. Au juin 2007, les Nations Unies estimaient à quelque 6 000 le nombre de combattants des FOCA encore en RDC.(2)
  • Rassemblement pour l’Unité et Démocratie (RUD)(3), groupe dissident des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) ;
  • National Liberation Army of Uganda (NALU), qui occupe des sanctuaires dans la région des monts Ruwenzori (entre les lacs Edouard et Albert)

Forces principalement actives au Sud-Kivu

  • Forces du commandant Patrick(4) Masunzu, issues du RCD en février 2002. Il s’agit de groupes banyamulenge(5), de l’ethnie Tutsi, basés dans la région de Minembwe, au Sud-Kivu. Elles sont associées aux milices ► Maï-Maï, mais ne semblent pas bénéficier de soutien extérieur. En 2005, après avoir intégré les forces armées de la RDC, Patrick Masunzu reçoit le grade de général de brigade et devient commandant en second de la e région militaire au Kasaï Occidental et basé à Kananga, mais il ne restera que deux semaines à ce poste avant de reprendre le commandement d’une brigade au Sud-Kivu. En janvier 2007, Masunzu lance une offensive contre la milice du major Michel Makanika dans le secteur de Bijombe (Uvira). Sa brigade s’oppose à son intégration et au « brassage » des forces au sein des FARDC.
  • Forces Républicaines Fédéralistes (FRF)
  • Rastas, groupe issu du Front Démocratique de Libération du Rwanda (FDLR) à la mi-2004, et responsable de nombreuses exactions (vols, viols, enlèvements et meurtres) au Sud-Kivu.
  • Mouvement Révolutionnaire Congolais (MCR), apparu à la mi-2005 et basé à Kampala (Ouganda). Il prétend défendre des droits des Congolais en Ituri et au Nord-Kivu.
  • Raia Mutomboki (ou Raia Butomboki), milice populaire apparue en 2005 sur le territoire de Shabunda (Sud-Kivu). Elle comprend de nombreux ex-Maï-Maï et s’est rendu coupable de nombreuses exactions au Sud-Kivu. Son objectif est de protéger les populations congolaises contre le FDLR. Il est également opposé à l’intégration dans les FARDC, qu’elle juge incapable de protéger la population locale.
  • Groupe Armé 106, milice dirigée par le colonel Mabolongo (alias 106), ex-officier de la 106e brigade des FARDC. Il comprend de nombreux ex-combattants Maï-Maï et s’est rendu coupable de nombreuses exactions au Sud-Kivu.
  • Groupe Bisogo, dirigé par le colonel Venant Bisogo dans la région de Kamombo et des monts Mitumba, sur le territoire d’Uvira. Il est généralement associé au Groupe Makanika.
  • Groupe Makanika, dirigé par le major Michel Makanika sur les hauteurs de Fizi. Il est généralement associé au Groupe Bisogo.
  • Groupe Yakutumba, dirigé par le capitaine dissident Yakutumba, basé à Kazima (au bord du lac Tanganika) et dont la zone opérationnelle s’étend de la presqu’île d’Ubwari au sud du Maniéma et au Nord-Katanga, à une centaine de kilomètres au sud de Fizi. Ce groupe est fréquemment mentionné comme groupe ► Maï-Maï.
  • Groupe Armée Maï-Maï (GAM), également connu sous le nom de Groupe Zabulloni, associé aux groupes ► Maï-Maï.
  • Groupes Mbororo,(6)situés dans le parc national de Garamba, à la frontière avec le Soudan. Ils proviennent du Soudan et se sont temporairement installés sur le sol de la RDC, dans l’espoir de retourner définitivement au Soudan. Ils pratiquent différents trafics, ainsi que des incursions transfrontalières armées fréquentes — essentiellement pour obtenir de la nourriture.
  • Groupes résiduels du West Nile Bank Front (WBNF) qui ont subsisté après la dissolution officielle du WNBF en 1997.
  • Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), essentiellement composé de membres de la tribu Hutu, et basé au Nord et au Sud Kivu. Ses effectifs seraient de 8 000-10 000 combattants, dirigés par d’ex-responsables du génocide rwandais de 1994. Les FDLR sont dirigées par Seraphin Bizimungu (alias général Amani).
  • Allied Democratic Forces / National Army for the Liberation of Uganda (ADF/NALU) sont deux mouvements ougandais conjoints, basés entre Beni et Kasindi au Nord-Kivu et opérant à cheval sur la frontière. En janvier 2006, l’ADF/NALU a subi de lourdes pertes dans des affrontements avec les forces congolaises et des Nations Unies. Quatre de leurs camps ont été capturés : Mwalika, Bundiguya, Kicumbamuro et Kamango.

Republique Democratique du Congo (RDC)_Zone operationnelle des principaux groupes armes en RDC (2004)

Source : MONUC

(1)Ce sera la Mission d’Observation des Nations Unies au Congo (MONUC) créée par la résolution 1291 du Conseil de sécurité de l’ONU du 24 février 2000. Elle a un effectif initial maximum de 5 537 militaires, dont jusqu’à 500 observateurs. Sa mission est essentiellement la surveillance des accords de cessez-le-feu. Elle est déployée dans cinq secteurs principaux : Kinshasa, Kisangani, Kananga, Kalemie et Mbandaka. Mal équipée pour accomplir sa mission la MONUC ne parvient pas à stopper la violence qui se développe en Ituri. Le 4 décembre 2002, le Conseil de sécurité de l’ONU vote la Résolution 1445 qui fait passer les effectifs de la MONUC de 5 537 à 8 700 hommes.
(2)Rapport du Conseil de Sécurité des Nations Unies, S/2007/423, 18.07.2007
(3)On trouve également l’appellation « Ralliement pour l’Unité et Démocratie »
(4)On trouve également le prénom « Pacifique ».
(5)Les Banyamulenge sont des membres de l’ethnie Tutsi au Rwanda, qui ont émigré au début des années 60 vers le Zaïre/RDC. Bien intégrés économiquement, ils ont été considérés comme des étrangers au Zaïre/RDC jusqu’à la fin des années 90, lorsqu’ils ont eu le droit d’accéder à la citoyenneté congolaise. Ils sont kinyarwandophones et leur intégration dans les Forces Armées de la RDC (FARDC) est problématique.
(6)Les Mbororo font partie du groupe ethnique des Fulani, réparti dans tout l’Ouest africain. Ils sont également présents au Darfour (Soudan).