Congrès National Irakien (CNI)

Congrès National Irakien (CNI)Congrès National Irakien (CNI)

Autres appellations :
Iraqi National Congress (INC)
(Irak) (al-Moutamar al-Watani al-Iraqi)

Mouvement d’opposition au régime de Saddam Hussein créé en 1992 comme structure faîtière pour rassembler 19 mouvements d’opposition irakiens. Le Congrès National Irakien est dirigé par ► Ahmed Chalabi. Il a été mis en place avec l’aide des Etats-Unis et plus particulièrement de la Central Intelligence Agency (CIA) et la collaboration de certaines entreprises privées, comme le Rendon Group(2), qui a même créé l’appellation de « Iraqi National Congress ».

Comptant des éléments kurdes et irakiens et composé de groupes hétéroclites de plates-formes politiques diverses et n’ayant en commun que la volonté de renverser Saddam Hussein, le Congrès National Irakien s’est montré relativement inefficace dans ses actions.

Le Congrès National Irakien est basé à Londres(3), avec un office à Washington(4) et une base opérationnelle à Salahuddin (Irak) dès 1992. Il établit trois camps d’entraînement militaire en Irak. En 1994, ses effectifs auraient été de quelque 4 000 combattants. Malgré la forte représentativité de l’opposition irakienne au sein du Congrès National Irakien, de nombreux groupes importants (notamment certains mouvements islamiques, comme le ► Da’awah et Action Islamique) n’y participent pas et la légitimité du mouvement n’est pas acquise.

Historique

La création du Congrès National Irakien est le résultat d’un processus de regroupement de l’opposition irakienne à la suite de trois conférences tenues à Beyrouth (9-11 mars 1991), à Vienne (16-19 juin 1992) et à Salahuddin (27 octobre 1992), mais c’est à Vienne que le Congrès National Irakien est réellement formé. L’apparition du Congrès National Irakien est encouragé par deux événements : la réaction de la communauté internationale contre l’attaque irakienne contre le Koweït et la création par l’ONU d’une zone d’interdiction de vol au nord de l’Irak.

La conférence constituante du Congrès National Irakien à Vienne (Autriche) rassemble quelque 160 délégués. Les organisations islamistes, comme le Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (CSRII) et la l’Appel Islamique (al-Dawa al­Islamiyya) sont invitées à titre d’observateurs. La conférence crée une assemblée nationale de 87 membres, dont 22 sièges attribués aux Kurdes.

Le 27 octobre 1992, une assemblée élargie à 234 représentants est réunie à Salahuddin (dans le Kurdistan irakien), qui crée un Conseil Présidentiel tripartite (composée de Massoud Barzani, chef du PDK, Sayyd Mohammad Bahr al-‘Ulum, du mouvement Ahl al-Baït et représentant la communauté chiite, et le major-général Hassan Moustafa al-Naqib, secrétaire-général du Mouvement National Irakien et représentant la communauté sunnite) et d’un Conseil Exécutif de 26 membres, dont Ahmed Chalabi est le président (avec, comme vice-présidents Hani al-Fekaiki, fondateur du Parti Révolutionnaire des Travailleurs, Latif Rachid, de l’Union Patriotique du Kurdistan et Humam Hamudi, du Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak (CSRII). Lors de la conférence de Salahuddin, les mouvements chiites se joignent au Congrès National Irakien.

Le Congrès National Irakien a constitué l’intermédiaire entre le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et l’Union Patriotique du Kurdistan (PUK) lors du conflit kurde en mai 1994.

Dès la fin de la Guerre du Golfe, en 1991, les Etats-Unis se sont attachés à faire tomber le dictateur irakien. Toutefois, toute l’activité des USA en Irak sera teintée d’une erreur d’appréciation fondamentale, à savoir qu’une défaite militaire pourrait conduire à un renversement du régime.

En mai 1991, le Président G. Bush autorise la Central Intelligence Agency (CIA) à prendre toutes mesures utiles pour renverser Saddam Hussein.(5) Steven Richter de la CIA est responsable de la coordination de ces activités. Le financement des opérations est prélevé sur les 40 millions de dollars déjà affectés aux actions de désinformation lancées conjointement avec le gouvernement koweïtien.(6)

Ainsi, dès 1992 déjà, la CIA établit un contact avec le Congrès National Irakien et entreprend de soutenir ses activités, aussi afin de promouvoir une unité kurde. Toutefois, les USA, opposés à la création d’un état kurde et craignant une trop forte influence des mouvements islamiques chiites se refuseront à fournir des armements sophistiqués au mouvement.

Le soutien de la CIA s’est concentré initialement sur les activités de propagande du mouvement. Dès septembre 1994, elle met en oeuvre une base opérationnelle à Salahuddin, au nord de l’Irak, dans laquelle se relaieront quelque 50 agents opératifs de l’Agence, qui assure la formation et la coordination de mouvements kurdes.

En effet, les USA craignent que l’Iran ne gagne de l’influence dans la région par son implication dans les opérations. Des interceptions électroniques de la National Security Agency (NSA) montrent que l’équipe de la CIA sur le terrain a approché l’Iran pour obtenir son soutien. Les agents sont rappelés aux USA.

Le 5 mars 1995, le Congrès National Irakien tente une insurrection qui devrait aboutir à un coup d’Etat, avec la complicité du major-général ► Wafiq al-Samarrai (plus tard, ce dernier, plutôt favorable à de petites actions visant l’élimination physique de Saddam Hussein, sous prétexte que la population irakienne n’est pas prête à s’engager dans une révolution, entrera en conflit avec le PDK, qu’il accusera d’avoir fait échouer le coup).

Cette opération conjointe du Congrès National Irakien et de l’ ► Union Patriotique du Kurdistan (UPK) contre l’armée irakienne se solde par un échec. La ville d’Irbil est occupée par l’armée irakienne et une centaine de membres du Congrès National Irakien est éliminée par l’armée irakienne.

La CIA, qui avait tout d’abord soutenu l’opération commence alors à recentrer son soutien sur l’ ► Accord National Irakien (ANI), un autre mouvement kurde créé en 1990 en Jordanie.

Irbil est reprise par le PDK et les ordinateurs et fichiers du Congrès National Irakien tombent en main irakiennes, et servent à une chasse aux ex-collaborateurs de la CIA.

En août 1996, le ► Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) demande l’intervention du gouvernement irakien dans sa lutte entre l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK). Cette intervention permet aux services secrets irakiens, particulièrement l’Amn al-Khas, le Moukhabarat et l’Estikhbarat de placer leurs agents au Kurdistan. L’offensive de l’armée irakienne franchit alors la limite du 36e parallèle, qui déclenche l’intervention de l’ONU.

En septembre 1996, 96 hommes du Congrès National Irakien sont encerclés et massacrés par l’armée irakienne. Malgré les promesses américaines, il n’y a pas d’intervention des forces aériennes et seuls quelques membres du Congrès National Irakien peuvent être récupérés et extrait d’Irak. Un partie d’entre eux sera internée sur l’île de Guam, avant d’être autorisée à immigrer aux USA. Un certain nombre d’individus, soupçonnés de faire partie des services de sécurité irakien sont cependant retenus jusqu’en octobre 1998.

Le soutien au Congrès National Irakien aurait, selon le Washington Post, coûté quelque 110 millions de dollars, et serait l’un des plus importants fiasco des services de renseignement américain des trente dernières années. En outre, l’opération a donné lieu à l’ouverture d’une enquête secrète du FBI, en raison de l’illégalité de l’objectif d’élimination de Saddam Hussein.

A la suite de cet échec, plusieurs groupes d’opposition, dont al-Dawa al-Islamiyya, l’Union Démocratique Irakienne et le Parti Nationaliste Arabe se retirent du Congrès National Irakien, le CSRII suspend sa participation au Conseil Exécutif ; Bahr al-‘Ulum et al-­Naqib se retirent du Conseil Présidentiel, respectivement en mai et août 1995.

L’armée irakienne investi Salahuddin en août 1996 et après des combats brutaux où 200 membres du Congrès National Irakien sont tués, le CNI quitte l’Irak. Un essai pour revitaliser le CNI est entrepris en mars 1999, à Windsor, mais échoue et aboutit au retrait du CSRII, du Parti Communiste Irakien (PCI) et de l’Accord National Irakien (ANI) de le Congrès National Irakien. La question de la représentativité du CNI reste un sujet de controverse tout au long de 2002. La « conférence unitaire » qui devait se dérouler à Bruxelles en septembre 2002 est repoussée au 22 novembre, puis fmalement se tient à Londres du 14 au 17 décembre 2002.

En 2002, devant la détermination de Chalabi à constituer une force d’opposition armée en Irak, le gouvernement américain tente l’aventure. Une force paramilitaire (Armée de Libération de l’Irak) est constituée au nord de l’Irak avec l’aide américaine. Le 17 décembre 2002, 1 000 hommes sont sélectionnés pour recevoir une formation militaire en Hongrie, sur la base aérienne de Taszar, auprès de l’US European Command. Il n’y aura en tout qu’une centaine de ces combattants aux côtés des forces américaines en Irak au début de leur offensive en Irak.

Le 6 avril 2003, 620 hommes des troupes paramilitaires du Congrès National Irakien, rebaptisées « Free Iraqi Forces » (« Forces Irakiennes Libres ») accompagnaient Chalabi à son arrivée à Nasiriyya et ont installé un quartier-général à Bagdad. En fait, les FIF ont essentiellement collaboré avec la 354th Civil Affairs Brigade pour établir des contact avec les populations locales afin de rétablir le fonctionnement normal des infrastructures. La capacité de combat des FIF apparaît relativement faible. Le FIF aurait récupéré une partie des archives du Moukhabarat, le service de sécurité irakien.

Lien externe

Financement

Le Congrès National Irakien a reçu des Etats-Unis plus de US$ 100 millions au début des années 90. Après l’adoption de l’ « Iraq Liberation Act 1998 », les contributions américaines sont ouvertes. US$ 97 millions ont été donnés pour l’acquisition de matériels militaires. De plus, 2 millions de dollars ont été alloués pour les activités de propagande de la station de télévision « Liberty TV », qui commence ses émissions dès août 2001. Mais certaines irrégularités dans la gestion financière de la station suscitent des doutes de la part du Département d’Etat, de la CIA et du Foreign Office britannique, qui sont sceptiques quant à l’efficacité de ses émissions. Faute de financement, les émissions cessent en mai 2002. Liberty TV reste cependant soutenu par la présidence américaine et le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et, le Pentagone reprend le financement de la station. Le Congrès National Irakien reçoit annuellement et principalement du Département de la Défense (DoD) US$ 8 000 000 des USA, en partie pour des activités de renseignement. Ahmed Chalabi, membre du Conseil de Gouvernement à Bagdad, recevrait un salaire annuel de US$ 340 000 du DoD, malgré le fait que sa représentativité soit discutée.

(2)Le Rendon Group, Inc. est une entreprise de communication et de relations publiques basée à Boston. Fondé et dirigé par John W. Rendon, le Rendon Group travaille régulièrement avec le gouvernement américain dans des actions de propagande et de désinformation. Notamment il a été engagé par la CIA pour effectuer une campagne de propagande contre le régime de Saddam Hussein pour un montant US$ 12 millions. Rendon conseille régulièrement le Pentagone et les commandements unifiés (comme le Central Command — CENTCOM) lors des opérations. Il doit pas être confondu avec la firme Hill & Knowlton, une autre entreprise de communication, qui avait fabriqué pour le compte des Etats-Unis, la mise à sac de la maternité de Koweït City en 1990, afin d’inciter le Conseil de Sécurité des Nations Unies à accepter l’idée d’une intervention militaire au Koweït.
(3)L’office de Londres de l’INC est dirigé par ► Faisal Qaragholi, un ex-ingénieur d’une compagnie pétrolière, qui milite pour le retour d’une monarchie constitutionnelle en Irak.
(4)L’office de Washington est dirigé par  Intifadh K. Qanbar.
(5)En vertu du Presidential Executive Order No 12333, du 4 décembre 1981, qui réglemente l’activité des services de renseignements américains, la CIA n’est pas autorisée à participer ou à encourager des assassinats. En revanche, sur ordre particulier signé du Président (« lethal findings »), des exceptions sont possibles…
(6)La plus grande opération de désinformation a été la « dénonciation » de la mise à sac de la maternité de Koweït City par les troupes irakiennes, qui a servi à « motiver » le Conseil de Sécurité de l’ONU pour décider de l’intervention coalisée contre l’Irak. Cette opération a été menée par la firme de relations publiques Hill & Knowlton.
(7)Ex-chef du renseignement militaire irakien, qui fuit le régime à la fin 1994 et crée le Conseil Suprême de Salut National, basé au Danemark. Après avoir brièvement été en Syrie, il s’établit à Londres en 1998, puis au Danemark. Le CSSN a une existence officielle depuis le ler août 2002.