contre-terrorisme

Ensemble de mesures visant à lutter contre le terrorisme de manière active (infiltration des mouvements, guerre de chasse, éliminations préventives, etc.)

Le contre-terrorisme comprend : a) toutes les mesures politiques visant à éviter l’éclosion de la violence ; b) les mesures opérationnelles visant à combattre le terrorisme en son coeur.

La mise au point d’une stratégie contre-terroriste passe par une identification systématique des paramètres du terrorisme. En reprenant les catégories de terrorismes évoquées sous le chapitre « Terrorisme », on peut établir une structure graphique.

La catégorisation présentée ici se base sur deux paramètres essentiels : la finalité et la motivation de l’action terroriste et l’ancrage du mouvement dans les populations et donc le soutien populaire dont il bénéficie. Elle ne constitue pas une classification « officielle ».

En plaçant les divers mouvements terroristes dans le graphique, on constatera que les mouvements situés dans le quadrant inférieur gauche peuvent aisément être combattus par les moyens de police, analogues à ceux consacrés au grand banditisme. La ► Rote Arme Fraktion (RAF) a pu être combattue en Allemagne avec les moyens du Bundeskriminalamt (BKA)(1). Les mouvements placés dans le quadrant supérieur droit sont les mouvements les plus difficiles à combattre et requièrent ces stratégies complexes.

Mesures politiques

C’est le volet du contre-terrorisme le plus efficace, mais aussi le plus délicat à utiliser. Il suppose que la nature du terrorisme soit comprise très tôt. C’est le rôle du renseignement stratégique d’identifier cette nature et les facteurs qui peuvent l’influencer.

« S’il y avait le plein-emploi à des salaires décents en Irlande du Nord, l’IRA serait-elle aussi active ? Si le gouvernement d’Israël autorisait simplement la liberté de commerce sur une base égale avec les Palestiniens, est-ce que leur inclination envers le terrorisme serait aussi grande ? […] Le terrorisme est probablement faux dans toutes les circonstances, mais il y en a trop dans lesquelles il peut être compréhensible, peut-être même pardonnable. Nous devons faire ce que nous pouvons pour minimiser les « circonstances » de cette sorte. »

La dimension politique du contre-terrorisme est mal comprise et ignorée. Elle est souvent comprise — à tort — comme une concession faite aux terroristes/insurgés. Un exemple de mesure contre-terroriste est donné par les Provincial Reconstruction Teams (PRT) mis sur pied en ► Afghanistan par les Etats-Unis. Il s’agissait alors d’exploiter des succès militaires et éviter que les populations locales soient séduites par l’influence des Taliban. Malheureusement, l’idée a été copiée plus tard par l’OTAN dans un contexte différent, contribuant ainsi à augmenter la confusion entre les opérations américaines et la mission de maintien de la paix de l’ISAF, accroissant par là-même la suspicion à l’égard des Occidentaux. Même si les PRT de l’OTAN obtiennent des résultats au plan tactique, leur impact stratégique s’est avéré négatif.

En Palestine, une stratégie israélienne de nature politique contre le terrorisme est totalement inexistante. Bien au contraire, la politique des implantations dans les territoires occupés ne s’est accompagné d’aucune mesure de confiance ou de compensation. Ainsi, les Palestiniens sont arrivés à un point où quelle que soit la brutalité de la réponse israélienne, le terrorisme est la seule méthode qui permette d’obtenir des succès.

Mesures opérationnelles

a) La guerre de chasse

La « guerre de chasse » est l’une des méthodes du contre-terrorisme. En ambiance de guérilla, il s’agit de traquer les groupes terroristes afin d’empêcher leur implantation dans un secteur déterminé. On crée ainsi une sorte de « guérilla de contre guérilla ».

La guerre de chasse est pratiquée par des forces spéciales ou des « forces irrégulières » d’origine autochtone. En ambiance de terrorisme politique, marginal ou de guérilla urbaine, cette méthode a souvent dérivé vers la constitution d’« ► escadrons de la mort ».

Dans l’Opération. ENDURING FREEDOM, lancée par les Etats-Unis le 25 septembre 2001, qui vise à démanteler les éléments du réseau Al-Qaïda en Afghanistan, a fait appel à la coopération entre les forces spéciales de plusieurs pays. Toutefois, l’engagement de ces forces spéciales, dont les résultats sont maigres, témoigne de l’incompréhension des mécanismes de la lutte contre le terrorisme. Le KSK allemand ou le GROM polonais, par exemple, sont certes des unités antiterroristes, mais ce sont avant tout des unités d’intervention conçues pour répondre à une situation particulière et ponctuelle (libération d’otages, neutralisation d’un terroriste, etc.) et non des formations prêtes à des actions clandestines sur des durées prolongées.

Israël utilise le Sayeret « Egoz ».(3) Le Sayeret Egoz est une unité militaire clandestine de contre-guérilla qui opère au sud Liban. Il est stationné sur la base de Shraga. Créée en 1956, le Sayeret Egoz est dissous à la fin de la guerre du Sinaï. Il est reformé en 1963 et reçoit la mission de surveiller et l’approvisionnement en eau le long de la frontière avec la Syrie. Le développement des activités terroristes au sud Liban dès 1968 a pour conséquence un engagement accru du Sayeret Egoz à la frontière nord de l’État d’Israël. Après l’invasion du Liban par Israël en 1982, le sud Liban devient une base des terroristes du ► Hezbollah. En 1985 l’armée israélienne se retire du Liban et créé au sud Liban une zone de sécurité dans laquelle se trouve une « Terrorist Killing Zone » large de plusieurs kilomètres, et dans laquelle le Hezbollah est combattu par des méthodes de guérilla.

En 1995, le Sayeret Egoz est réactivé avec du personnel du Sayeret Shimshon pour mener la guerre de guérilla contre le Hezbollah. Il opère régulièrement avec l’unité canine Oket’z. Il opère par raids aéroportés ou terrestres contre des objectifs terroristes.

Israël utilise un autre type d’unité secrète, les « mista ‘aravim » qui opèrent dans les territoires occupés. Il s’agit d’unités spéciales — mises sur pied de manière ad hoc ­qui opèrent clandestinement (en vêtements arabes — d’où leur dénomination) dans les territoires occupés, pour effectuer des missions de reconnaissance et de recueil de renseignement, voire des « actions directes » (lire : « éliminations physiques »(4)). Les unités mista’aravim sont mises en oeuvre par un certain nombre d’unités de reconnaissance parmi lesquelles :

  • Sayeret Duvdevan (Unité 217) (Cisjordanie)
  • Sayeret Shimshon (Unité 367) (Bande de Gaza) (désactivée en 1994)
  • Unité Yamas (Cisjordanie, Gaza, Jérusalem) (activée en 1993)
  • Unité Gideonim de la Police (Jérusalem) (activée en 1994)

La police espagnole a aussi mené des actions contre-terroristes, par le biais de groupes « terroristes antiterroristes », comme les Commandos DELTA, le ► Groupe Antiterroriste de Libération (GAL), le Batallon Vasco Espanol (BVE), opérant en Espagne et en France. Le GAL, dont les principaux responsables ont été l’objet d’un procès retentissant au début 1995, est responsable de 24 assassinats en 1983­87. Cet exemple montre cependant que ce type d’unités n’est pas très éloigné des « escadrons de la mort ». La question est de savoir où commencent la prévention et la préemption.

D’autres techniques plus « actives » peuvent être utilisées. Au début décembre 2002, les services de sécurité palestiniens ont dévoilé et arrêté les membres d’une cellule mise sur pied par les services de renseignement israéliens et jouant le rôle d’une cellule d’Al-Qaïda.(5)

En ex-Rhodésie, des opérations de combat clandestines dans les zones occupées par la ZANLA(6) — surnommées « Pseudo Ops » — étaient pratiquées par les Selous Scouts.

Une variante de la guerre de chasse, menée par des spécialistes, est de mettre sur pied des organisations autochtones de résistance contre les terroristes. Les Français, puis les Américains ont mis sur pied de tels mouvements de résistance au Vietnam. Toutefois, ceci n’est possible que lorsque la guérilla ou le mouvement terroriste ne bénéficie pas d’un large appui populaire.

b) La détection des terroristes

Fait également partie du contre-terrorisme la recherche active de terroristes. Ainsi, le programme de récompense mis en oeuvre par le Département d’Etat américain (Counter-Terrorism Rewards Program) peut être considérée dans cette catégorie. De telles méthodes permettent en fait d’élargir le réseau de renseignements, et ainsi le « terrain de chasse » contre le terrorisme.

Les Etats-Unis offrent une prime de 25 000 000 $ (!) pour des informations conduisant à l’arrestation des

  • Dirigeants du réseau Al-Qaïda : ► Oussama ben Laden(7), ► Aïman Al-Zawahiri
  • Auteurs du détournement du vol TWA 847 (14 juin 1985) : ► Ali Atwa, ► Hassan Izz al-Din, ► Imad Fayez Mougnieh
  • Auteurs de l’attentat contre le World Trade Center (26 février 1993) : Abdul Rahman Yasin
  • Auteurs de l’attentat de Dahran (25 juin 1996) : Abdekarim Hussein Mohammed al-Nasser, Ahmad Ibrahim al-Moughassil, Ali Sayed Ben Ah el­-Hourie, Ibrahim Salih Mohammed Yacoub.
  • Auteurs des attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam (7 août 1998) : Abdullah Ahmed Abdullah, Ahmed Khalfan Ghailani, Ahmed Mohammed Hamed Ali, Anas al-Liby, Cheikh Ahmed Salim Swedan, Fahid Mohammed Ally Msalam, Fazul Abdullah Mohammed, Mohammed Ataf, Moustafa Mohammed Fadhil, Saïf Adel.

Le phénomène notable ici est le fait que malgré l’énormité de la somme offerte, certains de ces terroristes restent non dénoncés après quelque vingt ans. C’est notamment le cas d’Imad Mougnieh, personnalité connue du ► Hezbollah au Liban. Ceci démontre que le terrorisme moderne, et la solidarité — respectivement le soutien populaire — dont il bénéficie doivent faire l’objet de stratégies nouvelles pour être combattus.

« Prêchez le libre commerce, mais ne le pratiquez pas, de cette manière les paysans pakistanais s’appauvriront davantage. Ensuite, demandez au Congrès d’abaisser les taxes pour les Américains qui voudraient s’acheter un « Hummvee » buveur de carburant et demandez aussi au Congrès d’éviter tout effort pour inciter les constructeurs automobiles à réduire la consommation de leurs véhicules. Tout cela signifie plus d’importations de pétrole d’Arabie Saoudite,

« Ainsi, les Saoudiens auront plus de dollars à donner à leurs prédicateurs fondamentaliste wahhabites, qui les dépenseront en construisant des écoles au Pakistan. Le paysan pakistanais que nous avons ruiné avec nos subventions agricoles enverra ainsi ses fils à l’école wahhabite parce qu’elle est gratuite et qu’elle offre un déjeuner. Son fils grandit en ne recevant qu’une éducation coranique, de manière à être totalement mal préparé à la modernité, mais il a appris une chose : que l’Amérique est la source de tous ses problèmes. Un des fils du paysan rejoint Al-Qaïda et est tué en Afghanistan par les Forces Spéciales américaines, et nous, les Américains nous pensons que les Etats-Unis sont en train de gagner la guerre contre le terrorisme.(9)

(1)Office Fédéral du Crime
(2)Jan Narveson, « Terrorism and Morality », Violence, Terrorism, and Justice, Ed by R.G. Frey & Christopher W. Morris, Cambridge University Press, New York, 1991
(3)« Sayeret » est le terme générique utilisé dans l’armée israélienne pour désigner les unités de reconnaissance.
(4)En termes techniques, on parle également d’ « exécutions extra-judiciaires ».
(5)Middle East Online (07.12.2002)
(6)Zimbabwe African National Liberation Army
(7)A cette récompense s’ajoutent US$ 2 millions offerts par l’Association des Pilotes de Ligne et l’Air Transport Association. (www.fbi.gov)
(8)Thomas L. Friedman, « The terrorists won at Cancûn », International Herald Tribune, (26.09.2003)