Erythrée

L’Erythrée a un long passé de rébellion. Dès le début des années 60, comme dans de nombreuses autres régions islamiques, les mouvements insurrectionnels sont animés simultanément de courants identitaires, marxistes et islamistes. L’importance des courants marxistes — alimentés par le Parti du Travail et le Parti Révolutionnaire du Peuple Erythréen — s’accroît très rapidement au sein des deux principaux mouvements érythréens : le Front de Libération de l’Erythrée (FLE) et le Front Populaire de Libération de l’Erythrée (FPLE). Une partie du FPLE s’associe avec la Ligue Marxiste-Léniniste du Tigray (LMLT) pour former le Front Populaire de Libération du Tigray (FPLT). En 1981, le FPLE et le FPLT joignent leurs forces pour défaire le FLE, dont les composantes islamistes et baasistes sont emprisonnées.

C’est ainsi qu’en novembre 1981, naît en prison la Munezemet ar-Rewad al­Muslimin al-Eritrea (Organisation de l’Avant-garde des Musulmans d’Erythrée), le premier groupe explicitement islamiste en Erythrée. Il est suivit dès juillet 1982 par la création de trois nouveaux mouvements :

  • le Front Islamique National de Libération de l’Erythrée (Jabhat at-Tahrir al­Eritrea al-Islamiyya al-Wataniya), créé au Soudan, dans le Jedaref voisin ;
  • l’Avant-garde des Musulmans (Al-Ruwad al-Muslimin).

Initialement relativement modestes, les mouvements islamiques gagnent en importance : la campagne de recrutement forcé du Front Populaire de Libération de l’Erythrée (FPLE), recrutant indistinctement hommes et femmes, sans égards aux traditions religieuses, stimule une réaction islamiste militante. Ainsi apparaissent plusieurs nouveaux mouvements :

  • Lijnat al-Difaï al-Islami (Comité de Défense Islamique),
  • Harakat al-Mustedafeen al-Eritrea (Mouvement des Oppressés de l’Erythrée),
  • al-Intifada al-Islamiya (Révolution Islamique).

En 1988, ces cinq mouvements fusionnent en un seul mouvement appelé Mouvement du Djihad Islamique (Harakat al-Djihad al-Islamiyya), basé au Soudan. Mais à la fin novembre 1988, des factions se créent et se séparent du mouvement : le Mouvement de la Réforme Islamique (Harakat al-Islah al-Islami) et le Mouvement du Salut Islamique (Harakat al-Khalas al-Islami), qui entretiennent des liens étroits avec le Front Islamique National soudanais, lui-même considéré comme lié aux réseaux d’Oussama Ben Laden ou « Al-Qaïda ». Ces deux mouvements djihadistes auraient été formés à Addis Ababa (Ethiopie) et auraient été invités dans la capitale éthiopienne à la fin de la guerre entre l’Erythrée et l’Ethiopie afin de sceller une alliance. Ils sont largement composés de mercenaires islamistes arabes. Parmi ceux-ci, on compte de nombreux cadres de la Zone IV du GIA algérien, liés à son ex-émir Kada Benchicha.

Le 23 juillet 1989, le Mouvement du Djihad Islamique créée sa branche armée, qui opère en Erythrée à partir de sanctuaires situés sur le territoire soudanais. Il est soutenu par un fort mouvement islamique, qui a conduit, en septembre 1988, à la création du Comité Populaire Islamique pour la Défense des Erythréens Oppressés (Al-Lijnat al-Islamiya al-Shaibiya Lil-Difai al-Moustadafin), suivie par la formation, en novembre de la même année, d’une organisation au sein des Erythréens réfugiés au Soudan, le Comité de l’Harmonie Islamique (al-Lijna al­Wfak al-Islamiya).

En 1993, le Mouvement du Djihad Islamique éclate en deux factions :

  • Faction Mohammed Ahmed (alias Abou Souhail)
  • Faction Arefa Ahmed

Puis, en avril 1996, une troisième faction émerge, dirigée par Ibrahim Malek et désignée Conseil Islamique pour l’Appel et la Réforme en Erythrée (Majlis al­Islami li’d-Dawah wa Islah fi’l-Ertrya). En 2007, le Mouvement du Djihad Islamique est basé à Addis-Ababa (Éthiopie). Il est placé sur la liste des mouvements terroristes du Département d’Etat Américain.