Fatah al-Islam

Fatah al-Islam(Liban) (Victoire de l’Islam) Groupe terroriste islamiste, dont la création a été annoncée le 26 novembre 2006, basé dans le camp de réfugié palestinien de Nahr al-Bared, au nord du Liban. Il est alors dirigé par ► Chaker al-Abassy. Ses militants sont des extrémistes sunnites de tendance salafiste provenant de plusieurs pays. il est implanté dans la région de Tripoli (Liban).

Le Fatah al-Islam serait issu du Fatah al-Intifada (mouvement palestinien créé en Syrie dans les années 80), bien que ce dernier s’en défende(1). Les services occidentaux le soupçonnent d’être affilié au réseau « Al-Qaïda » et d’avoir été créé à l’instigation de la Syrie, afin de déstabiliser le Liban, ce qui est peu crédible. Ses effectifs ont évalués à 50-200 combattants, issu du Fatah al-Intifada, du ► Jound al-Shamségalement actif dans la région. Son chef militaire était ► Shehab al-Qaddour (alias Abou Hureira), puis, depuis août 2007, Nasser Ismaïl, qui est arrêté le 1er octobre 2007.

Au début mai 2007, les forces de sécurité syriennes ont abattu des combattants du Fatah al-Islam qui tentaient de s’infiltrer en Irak, et notamment deux de ses chefs opérationnels, ► Abou Laith al-Shami et ► Abou Abdel Rahmane al-Shami. En juin 2007, le Fatah al-Islam s’affronte violemment et durant plusieurs semaines aux forces de sécurité libanaises dans la région de Nahr al-Bared, l’incident le plus sanglant depuis la guerre civile de 1975-90. Les combats réveillent un autre groupe sunnite, le ► Jound al-Shamsactif dans le camp d’Aïn al-Hiloueh.

L’apparition soudaine du Fatah al-Islam au Liban est un mystère. L’explication selon laquelle il serait une création de la Syrie pour déstabiliser le Liban est peu crédible : depuis le début des années 90 et en particulier depuis la guerre en Irak, la Syrie multiplie des tentatives de rapprochement avec l’Occident et cherche à éviter une confrontation avec les Etats-Unis. En l’état, la Syrie n’aurait aucun intérêt à déstabiliser le Liban. En revanche, il y aurait un intérêt convergent des Etats-Unis et d’Israël d’affaiblir le rôle de l’Iran au Proche et Moyen Orient, notamment au Liban. En effet, grâce au conflit irakien, l’Iran a acquis une importance considérable dans la région et la stratégie américaine — avec l’appui probable de l’Arabie Saoudite et d’Israël — est d’endiguer l’influence chiite ou iranienne dans la région, et notamment au Liban où le Hezbollah est un instrument majeur de cette influence.

C’est dans ce contexte que le Fatah al-Islam, aurait reçu un appui matériel et financier indirect des Etats-Unis, afin d’accroître ses activités au Liban.(2) L’hypothèse n’est pas prouvée, mais elle s’inscrit dans une série d’événements qui, depuis la seconde moitié de 2006, tendent à affaiblir la Syrie et l’Iran : l’assassinat de Rafik Hariri, l’assassinat de Pierre Gemayel, l’attentat de Zahedan (Sistan­Baluchestan). Ces événements semblent corrélés avec l’autorisation donnée par le Président G. W. Bush pour la conduite d’opérations clandestines destinées à contrer l’Iran.

(1)Le Fatah al-Intifada est un mouvement séculier à la différence du Fatah al-Islam, qui est de tendance religieuse.
(2)Seymour M. Hersh, « The Redirection », The New Yorker, 05.03.2007