financement des mouvements terroristes

Le fonctionnement d’un groupe terroriste exige des moyens importants (achat d’armes et de matériels, paiement/corruption d’informateurs, location d’appartements de rechange, « salaire » des combattants, moyens de transport, etc.) D’une manière générale, on constate que plus le groupe est organisé et inscrit dans la clandestinité, plus ses coûts sont importants. Ainsi, le terrorisme d’extrême-gauche des années 60-80 en Europe a été un terrorisme relativement coûteux, qui a nécessité un apport financier important des pays de l’Est. A l’inverse, le terrorisme islamiste, moins organisé et mieux intégré dans la population, a des coûts relativement modestes.

Le coût des opérations terroristes est parfois élevé :

Coût de quelques opérations terroristes récentes(1)
Ambassades de Nairobi et de Dar Es-Salaam (1998), $30 000
USS Cole (2000), $5000-$10 000
New York et Washington (11 septembre 2001), >$500 000
Synagogue de Djerba (2002), $20 000
Pétrolier « Limburg » (2002), $127 000
Bali (2002), $74 000

Même en Palestine, où les attentats s’effectuent sans grande infrastructure, les coûts restent élevés. Selon Salah Shehada, commandant des ► Brigades du Martyr Izz ad-Din al-Qassam, le coût d’une opération, qui inclut « l’achat d’une voiture, la corruption des collaborateurs juifs » atteint entre US$ 3 500 et US$ 50 000.(2)

Plusieurs facteurs influencent la structure et les sources de financement des mouvements terroristes :

  • L’ancrage « politique » dans la population, qui va déterminer les contributions volontaires — et donc « légales ». Ces dernières seront particulièrement difficiles à évaluer, à traquer et à empêcher. Les contributions volontaires sont une source majeure de financement des mouvements religieux (notamment islamistes).
  • Les groupes et mouvements violents — ainsi que les groupes terroristes de droit commun — ont des sources de financement illégales d’autant plus souvent que leur ancrage dans la population est faible. Ainsi, ils doi8vent recourir à l’extorsion, à l’enlèvement ou à des trafics illégaux (trafic de stupéfiants, de cigarettes, etc.) C’est ainsi que, dès la fin de la guerre froide, les quelques mouvements terroristes qui subsistent en Europe — avec une base populaire quasi inexistante — dérivent rapidement vers des activités mafieuses.
  • L’aide extérieure, caractéristique des mouvements terroristes d’extrême-gauche (et d’extrême-droite) des années 60-70, largement financé par la Chine et l’URSS. Après la rupture entre la Chine et l’URSS, c’est progressivement cette dernière qui assure le financement du terrorisme en utilisant d’autres pays comme l’Allemagne de l’Est, la Tchécoslovaquie ou la Bulgarie pour le soutien logistique. (voir ► Terrorisme parrainé par un Etat). L’Iran est considéré comme un pays finançant le terrorisme en grande partie parce qu’il finance le Hezbollah — qui n’est considéré comme mouvement terroriste que par une poignée de pays, dont Israël et les Etats-Unis. (Voir ci-dessous)

financement des mouvements terroristes_Sources de financement de l'IRA (annees 90)

[Sources : The Northern Ireland Office, Police]

Les efforts menés par les Etats-Unis et les autres pays occidentaux pour traquer les mouvements terroristes à partir des réseaux de financement ont été essentiellement un échec. On a activé les mécanismes de surveillance des processus de blanchiment d’argent mis en place dans les années 90 pour lutter contre le crime organisé. Or, si pour le crime organisé, il s’agit d’insérer de l’argent acquis illégalement dans une économie légale à travers un blanchiment, c’est exactement l’inverse qui est vrai dans le cas du terrorisme islamiste, qui tire l’essentiel de son financement des contributions des fidèles, et qui repose sur des canaux légaux.

L’impôt révolutionnaire

C’est le mode de financement le plus courant des mouvements terroristes, quelle que soit leur importance ou leur zone d’opération (ville – campagne). Dans les zones rurales d’Amérique latine, l’impôt révolutionnaire se justifie souvent par une « protection » accordée par la guérilla face à un gouvernement totalitaire ou aux grands propriétaires terriens. En zone urbaine, l’impôt révolutionnaire s’apparente étroitement au racket. En Irlande du Nord, par exemple, il est devenu une raison d’être pour certains mouvements terroristes, comme l’ ► Ulster Freedom Fighters (UFF) et l’ ► Ulster Volunteer Force (UVF). Ainsi, le centre commercial de Castle Rock, à Belfast a subi quatre attentats à la bombe avant de pouvoir être ouvert en 1991. L’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque pratique également ce mode de financement, qui débouche fréquemment sur une dérive mafieuse.

Le contrôle des revenus de l’impôt révolutionnaire est probablement en grande partie à l’origine des luttes fratricides des mouvements « nationalistes » corses durant les années 1995-96.

Certains mouvements le pratiquent de leurs diasporas respectives. C’est le cas du ► Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), de l’ ► Armée de Libération du Kosovo (UÇK) (et les organisations qui lui ont succédé) ou les ► Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE). On estime les revenus du PKK provenant de l’impôt révolutionnaire à quelque 10 millions de dollars, en Europe occidentale seulement.

En 1983-85, les services de renseignements occidentaux avaient de nombreux indices permettant de conclure que l’émigration des Tamouls vers l’Europe occidentale n’était pas entièrement volontaire, mais destinée à financer les LTTE. Cette stratégie d’émigration forcée, destinée à fournir aux LTTE une contribution tout aussi forcée a été largement soutenue par les partis de gauche européens. On estime que la communauté tamoule à l’étranger (notamment en Suisse, au Canada et en Allemagne), s’élève à environ 650 000 personnes et fournit 2 à 3 millions de dollars par mois aux Tigres.

Le financement extérieur

Lors de la guerre froide, un grand nombre de mouvements terroristes d’extrême-gauche, comme d’extrême-droite, ont été financés par les pays de l’est. L’URSS ou l’Allemagne de l’Est utilisaient les réseaux bancaires occidentaux pour approvisionner les mouvements tels que la Bande à Baader (► Rote Armee Fraktion) ou les ► Brigades Rouges.

Aujourd’hui, l’Iran, la Libye et d’autres pays arabes comme l’Arabie Saoudite sont de facto les principaux pourvoyeurs de fonds des mouvements terroristes arabes. Même certains pays arabes modérés participent à ce financement pour conserver une certaine légitimité face aux extrémistes.

Plusieurs Etats arabes « modérés », comme l’Arabie Saoudite, financent des mouvements islamistes à travers des fonds créés le plus souvent en Europe occidentale. Ici, le sens du mot « djihad » prend toute son importance. Traduit en Occident — et de plus en plus souvent, il est vrai, au Proche-Orient — par « guerre sainte », il désigne en fait un combat — au sens propre comme au figuré ­contre l’injustice et pour la défense de l’islam, et ainsi justifie un soutien financier. Ce financement passe donc par des organisations charitables islamiques, dont un certain nombre ont été désignées par le Département du Trésor américain comme nécessitant une surveillance. Une liste, établie et mise à jour régulièrement par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) est consultable sur Internet(3).

Le ► Hezbollah(4) reçoit de l’Iran entre 80 et 200 millions de dollars pour ses activités, ce qui représente environ un tiers de l’aide accordée par l’Iran aux mouvements chiites dans le monde. Toutefois, il convient de préciser que depuis 1982 — et plus particulièrement depuis 2006 — ce financement couvre l’action des diverses organisations d’entraide du Hezbollah, dont l’effort principal est consacré à la reconstruction des infrastructures détruites par Israël et au développement régional au Sud-Liban (construction de routes et d’hôpitaux, assistance sociale, etc.). Ces activités permettent au Hezbollah de maintenir une solide assise politique et sa légitimité au Sud-Liban. Ceci explique notamment pourquoi les diverses interventions israéliennes ont très largement contribué à la consolidation de la présence et de l’influence du Hezbollah.

Une part importante du financement des organisations islamistes s’effectue à travers des organisations non-gouvernementales (ONG) de bienfaisance islamiques, dont l’objectif est la consolidation et l’implantation de l’islam. Perçue comme « défensive » et protectrice de l’islam, cette démarche apparaît légitime à ses auteurs. Ainsi, l’International Islamic Relief Organization (IIRO) (Organisation du Secours Islamique International), fmancée par l’Arabie Saoudite est suspectée d’avoir financé des réseaux islamistes, comme ► Al-Qaïda, et des organisations établies comme le Hamas palestinien, voire le Groupe ► Abou Sayyaf aux Philippines. L’IIRO, comme d’autres ONG islamiques utilisent les canaux bancaires arabes, et plus particulièrement Koweïtiens et Saoudiens. C’est ainsi que la banque saoudienne Al-Taqwa, créée en 1988, est accusée par le Département du Trésor américain d’avoir servi au financement de mouvements comme les ► Frères Musulmans, le ► Hamas, le ► Front Islamique du Salut algérien, ► En-Nahda en Tunisie et des éléments du réseau ► Al-Qaïda. Le 29 août 2002, les Etats-Unis, l’Italie, les Bahamas et le Luxembourg désignent 25 individus et institutions considérées comme terroristes et liées au système bancaire d’Al-Taqwa et gèlent leurs avoirs.

Mais le financement de mouvements terroristes n’est pas seulement le fait d’Etats, mais également d’individus. Dans certains cas, des millionnaires illuminés, comme l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli avec les ► Brigades Rouges, ont apporté volontairement un soutien financier important à certains mouvements. L’exemple souvent mentionné d’Oussama Ben Laden, réputé multimillionnaire, qui aurait commandité de nombreux attentats terroristes contre les Etats-Unis, est controversé. L’état réel de sa fortune est spéculatif et des témoignages crédibles tendent à accréditer la thèse qu’il est bien moins riche que le prétend la rumeur. Rien ne permet de confirmer qu’il ait financé personnellement des attentats.

Le plus souvent, c’est une diaspora nationale dans le monde qui finance le terrorisme. La liste des organisations terroristes étrangères(5) émise par le Département d’Etat américain, qui sert de critère pour combattre le financement du terrorisme international,(6) n’a pas mentionné l’IRA jusqu’en 2001(7). Or, l’IRA était de notoriété publique, financée par des fonds fournis par la diaspora irlandaise aux Etats-Unis. Malgré les demandes répétées du gouvernement britannique, le financement de l’IRA depuis les Etats-Unis s’est poursuivi jusqu’en 2001. Ainsi, les Etats-Unis, pays généreux, mais dont la générosité ne s’accompagne pas toujours d’un jugement pertinent, sont sans aucun doute objectivement le pays qui apporte le plus grand soutien aux mouvements terroristes et violents dans le monde.

Afin de combattre plus spécifiquement le terrorisme des réseaux islamistes, la liste du Département d’Etat est complétée par l’Executive Order (décret présidentiel) 13224 du 23 septembre 2001, signé par le Président George W. Bush, qui établit une liste d’individus et d’organisations politiques ou commerciales soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme international, dont « ► Al-Qaïda », dont il ordonne le gel des avoirs. Cette liste est constamment remise à jour.

La zakat

L’une des principales sources de financement des mouvements terroristes islamistes se trouve dans la zakat. La zakat, troisième pilier de l’islam est la « contribution obligatoire » dont doit s’acquitter chaque musulman. Elle n’est évidemment pas exclusivement conçue pour financer des activités illégales, mais elle est souvent détournée à l’insu des donateurs.

La zakat (étymologiquement : « purification », « épanouissement ») est souvent traduit par « aumône obligatoire ». Devenue obligatoire depuis la deuxième année de l’Hégire (en 622), elle est instituée par le Coran et est obligatoire pour tous les musulmans jouissant d’une richesse minimum (nissab)(8). Il y a deux sortes de zakat : la zakat al-maal, qui représente 2,5% de la richesse (biens, métaux précieux, bétail, etc.) possédée durant une année lunaire complète ; et la zakat al-Pr (aumône de fin de jeûne), payable à la fin du Ramadan et d’un montant fixe de €7 environ.

La zakat peut être complétée par la sadaqah, contribution volontaire, de n’importe quel montant et qui peut être faite à n’importe quel moment.

  • La zakat peut être affectée à huit catégories de destinataires :
  • Les pauvres (ne disposant pas du nissab)
  • Les nécessiteux (dont le revenu ne couvre pas leurs besoins vitaux)
  • Les employés de l’administration qui récoltent et gèrent la zakat
  • Ceux dont « le coeur est prêt à embrasser l’islam » (futurs ou nouveaux convertis)
  • L’émancipation des esclaves
  • Les endettés (pour autant que les dettes ne proviennent pas de péchés et qu’ ils soient dans l’impossibilité de payer leur dette)
  • La cause d’Allah (les efforts pour diffuser l’islam, la construction de mosquées et centres islamiques dans les pays non-musulmans, le Djihad, le soutien aux minorités musulmanes dans les pays non-musulmans)
  • Les voyageurs, qui n’ont pas les ressources nécessaires pour rentrer dans leur pays d’origine.

La particularité des mécanismes de financement des réseaux islamistes est qu’ils échappent aux dispositifs de surveillance financiers mis en place pour lutter contre la criminalité organisée. En effet, ces dispositifs partent généralement du principe que l’argent provient d’une activité illégale et nécessitent un blanchiment avant usage. Dans les mécanismes islamistes, l’argent est le plus souvent parfaitement « propre », puisque issu de dons. Il en résulte que la traçabilité des fonds est pratiquement impossible et que seul son usage final est en contact avec l’illégalité. Ceci explique pourquoi la lutte contre le financement du terrorisme (islamiste) a apporté des résultats si maigres. Ceci pose également le problème de la responsabilité des institutions bancaires, dont la bonne foi peut parfaitement être invoquée.

L ‘hawala

L’hawala, que l’on a souvent évoqué dans les circuits de blanchiment d’argent utilisés par les réseaux terroristes, est en fait un système largement répandu au Moyen-Orient et en Asie du Sud pour l’envoi d’argent. Utilisé depuis de nombreuses années, il s’est particulièrement développé ces dernières années avec la téléphonie portable. Il est ainsi très efficace pour faire parvenir rapidement de l’argent dans des régions reculées. Il permet surtout aux travailleurs émigrés qui adressent leur salaire à leur famille dans leur pays d’origine, d’éviter les taxes ­souvent importantes — sur les revenus, et de bénéficier des taux de change du marché et non des taux de change officiels trop défavorables.

Le système de l’hawala s’est ainsi largement développé dans toute l’Asie du Sud :

financement des mouvements terroristes_Differentes designations de l'hawala

Le système est rapide, très fiable — même s’il repose exclusivement sur la confiance accordée aux hawaladars — moins coûteux que les commissions prélevée dans le système bancaire traditionnel et dépourvu de tout tracas administratif (formulaires, pièces d’identité, etc.). Un système à la limite de la légalité, mais fonctionnant avec des individus honnêtes !

L’hawala fonctionne comme un mécanisme traditionnel de déplacement de la dette à un tiers : A Dubaï, (A) se rend chez l’hawaladar (A’) et lui remet une somme d’argent en lui priant de la faire parvenir, moyennant une petite commission, à (B) situé à Mumbay. L’hawaladar (A’) téléphone à un hawaladar (B’), à Mumbay, et lui prie de remettre une somme correspondante à (B), contre une dette équivalant au montant de la somme. Les hawaladars (A’) et (B’) mettent à jour périodiquement leurs crédits et dettes respectifs.

Le système fonctionne de manière identique au système institutionnalisé de la Western Union… mais sans être lié aux contraintes tarifaires des pays concernés.

Les trafics

Les trafics de toute nature sont une source de revenus importante. Les trafics d’armes et de stupéfiants sont généralement les plus lucratifs. Ils sont également à l’origine de rivalités avec des organisations criminelles. Ainsi, les Brigades Rouges, qui ont pratiqué le trafic de cigarettes, d’armes et de stupéfiants, se sont heurtées à la Mafia, qui n’a pas hésité à collaborer avec les autorités pour éliminer ce dangereux concurrent.

Le trafic des stupéfiants est l’une des sources majeures de financement pour des mouvements terroristes ou de guérilla. Dans la plupart des zones où les mouvements de guérilla trouvent refuge, difficiles d’accès et isolées, les activités industrielles ou agricoles sont parfois difficiles. C’est le cas des sanctuaires andins au Pérou, en Bolivie et en Colombie, des régions montagneuses et désertiques de l’Afghanistan, etc. En Afghanistan, lors de l’occupation soviétique, le pouvoir de Kaboul ne s’est réellement exercé que sur les grandes villes et les axes routiers principaux, laissant les campagnes et les zones montagneuses sans infrastructures (d’irrigation) et de soutien du gouvernement. Très rapidement, la culture du pavot s’est imposée, rentable et peu gourmande en eau.

Durant les années 50-60, en Amérique latine et dans le sud-est asiatique, sentant la poussée des guérillas communistes, la CIA américaine a encouragé la production d’opium, afin de créer une opposition paysanne destinée à contrer la stratégie du ► foco, qui cherchait à mobiliser les masses dans les campagnes. Les « narcos » et cartels de la drogue sud-américains sont les produits de cette stratégie anti­-insurrectionnelle, qui a échappé à tout contrôle par manque de suivi opérationnel. Il est cependant à relever que c’est la France qui a imaginé cette stratégie et a parrainé le commerce d’opium au profit des populations Méo au Laos.(9)

Le ► Hezbollah libanais cultive de l’opium dans la plaine de la Bekaa. Outre les besoins des trois hôpitaux gérés par le Hezbollah, l’essentiel de la production est exporté. On estime à US$ 85-95 millions les profits retirés annuellement par le Hezbollah de la culture d’opium.

Le Hezbollah pratique également le raffinage de la morphine base en provenance de Turquie ou d’Afghanistan, via la Syrie, et est transformée en héroïne. De même la cocaïne, est transformée en sel de cocaïne (chlorhydrate de cocaïne) à Kamed el­-Lawz, à l’Est de la plaine de la Bekaa.

Le PKK kurde pratique le trafic de l’héroïne, en utilisant Chypre comme plaque tournante.

Les exactions

Attaque à main armée — également appelée « expropriation prolétarienne » ­extorsion, rançonnement constituent également une source de revenu importante, et leur distinction avec l’ « impôt révolutionnaire » est parfois difficile. Ces méthodes étaient pratiquées — entre autres — par la ► Rote Armee Fraktion (RAF), l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque et le ► Groupe de Résistance Antifasciste du Premier Octobre (GRAPO) espagnol. Une collaboration entre les ► Brigades Rouges et la ‘Ndrangheta calabraise a aussi existé pour divers trafics et des attaques de banques.

Le mouvement d’extrême-droite américain The Order, qui prône le renversement du gouvernement américain et l’élimination des Juifs, a commencé à financer une future « guerre des races » en pillant des banques au milieu des années 80. Son butin de 3,8 millions de dollars n’a jamais pu être retrouvé.

Aux USA, le Phineas Priesthood, mouvement radical chrétien, a lui aussi en 1996 exécuté une série d’attaques à main armée contre des banques (ainsi que divers attentats contre des cliniques pratiquant l’avortement).

Le financement de l’attentat multiple du 12 octobre 2002 à Bali aurait été fourni par les dirigeants du groupe islamiste radical ► Jemaah Islamiyah. Selon le chef des enquêtes criminelles de la police indonésienne, Erwin Mappaseng l’argent utilisé venait de l’attaque d’une bijouterie. Les fonds auraient été versés par Ridouan Isamuddin (alias Hambali), chef des opérations du groupe islamiste, aurait versé les US$ 35 500, utilisés pour acheter une voiture et des explosifs.

Les prestations de services

Certains groupes partagent leur savoir-faire contre rétribution. Cette pratique s’est largement répandue depuis la fin de la guerre froide avec la disparition du financement institutionnel des mouvements terroristes. Il en est ainsi de l’ ► Armée Républicaine Irlandaise (IRA), qui fournit assistance technique et instruction à d’autres mouvements en matière d’explosifs et d’armes improvisées. L’IRA aurait ainsi reçu entre 20 et 30 millions de dollars entre 1997 et 2001 pour la formation des ► Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) en matière d’explosifs et pour l’emploi de mortiers improvisés (voir ► Armes)(10).

Les activités illégales diverses

Certains mouvements comme les divers mouvements terroristes (républicains et loyalistes) nord-irlandais tirent leurs revenus de maisons de jeu clandestines, des paris, etc. Cette source de revenu semble d’ailleurs être l’une des freins majeurs ­mais inavoué — à l’obtention d’un accord de paix définitif.

Enlèvements

Dans certains pays, l’enlèvement est devenu une industrie lucrative. Pratiqué par la Mafia depuis de nombreuses années, l’enlèvement est devenu une véritable « industrie » en Colombie. On estime que les 1 200 enlèvements perpétrés en 1997 ont rapporté 75 à 120 millions de dollars à leurs auteurs. Les 1 Forces Armées Révolutionnaire de Colombie (FARC), ainsi que l’ ► Armée de Libération Nationale (ELN) se sont engagées — bien que « modestement » — dans cette industrie, qui permet également de faire passer un message politique par l’enlèvement de riches industriels ou de représentants étrangers. En Espagne l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque a utilisé l’enlèvement contre rançon comme moyen de financement.

Bibliographie choisie : Cooley John K., CIA et Jihad — 1950-2001, Autrement, Paris, 2002 ; Jean François et Rufin Jean-Christophe, Economie des guerres civiles, Pluriel, Paris, 1996 ; Labévière Richard, Les dollars de la terreur, Paris, 1999.

(1)Terrorism Financing, Rapport (non-officiel) préparé pour le Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies, New York, USA, 19 décembre 2002.
(2)Interview sur le website d’Islam Online (29.05.2002)
(3)http://www.treas.gov/offices/enforcement/ofac/sdn/t11sdn.pdf
(4)Le Hezbollah n’est considéré comme mouvement terroriste que par les Etats-Unis, le Canada et Israël, tandis que seule sa branche armée est considérée comme terroriste par l’Australie et la Royaume Uni.
(5)Foreign Terrorist Organization (FTO)
(6)«II est illégal à une personne aux Etats-Unis ou sujette à la juridiction des Etats-Unis de fournir des fonds ou un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère ainsi définie », Secrétariat d’Etat, Office du Coordinateur du Contre-terrorisme.
(7)http://lawphil.neticurrentherrorism/dfto.html
(8)Le nissab est calculé sur la base de la possession sur une année complète de la contre-valeur de 85 grammes d’or. En 2003, Je nissab représente donc environ €870.
(9)En 1951, la stratégie contre l’expansion communiste en Indochine est basée sur la constitution de maquis loyaux à la France, recrutés parmi les tribus montagnardes Hmong (Méo), pour mener une contre-guérilla contre le Vietminh. Afin de financer ces opérations, on recourt à l’opium, traditionnellement cultivé dans cette région. Les services de renseignement français contrôlent la chaîne: le Groupement des Commandos Mixtes Aéroportés (GCMA) collecte la production des tribus Hmong et convoie l’opium brut par avion sur la base militaire du Cap Saint-Jacques (Vung-Tau), près de Saigon, où la marchandise est prise en charge par le SDECE (Service de Documentation Extérieure et de Contre-espionnage) qui la revend à une organisation vietnamienne (les pirates Binh Xuyen, qui écoulent la drogue dans les fumeries locales) et les gangs corses, qui exportent sur Marseille. (voir Alain Jaubert, Dossier D comme drogue, Alain Moreau, Paris, 1973)
(10)Sunday Independent (Ireland), 24.11.2002