Front Islamique de Libération Moro (FILM)

Autres appellations :
Moro Islamic Liberation Front (MILE)

(Philippines) Mouvement indépendantiste de tendance islamique, issu du ► Front de Libération National Moro (FLNM) en 1978. Il opère au sud de l’île de Mindanao. Il est dirigé par ► Hashim Salamat jusqu’en 2003, puis par ► Al-Hadj Mourad Ebrahim et son quartier-général se situe dans le camp « Abou Bakr al­Siddiqi ». A l’origine composé presque exclusivement des membres provenant des tribus Maranao et Maguindano, il s’est progressivement ouvert aux ethnies Tausugs, Yakans, Maranaos et Iranuns nouvellement islamisées. Il s’alimente du manque de perspectives de développement économique. Plus radical que le MNLF, il refuse l’accord de paix signé entre ce dernier et le gouvernement en septembre 1996 et développe son mouvement dans l’île de Mindanao.

Le 21 juillet 1997, le FILM et le gouvernement philippin signe un accord de cessation des hostilités à Cagayan de Oro City. Mais l’accord n’est que partiellement respecté et, en avril 2000, le gouvernement lance une vaste offensive contre les camps du FILM. Cerné, Hashim Salamat est contraint de se déplacer fréquemment pour échapper aux forces de sécurité.

Le 7 août 2001, le FILM a signé un accord de cessez-le-feu avec le gouvernement philippin, mais il est périodiquement violé. En février 2002, le FILM attaque les municipalités de Pikit et de Pagalungan, provoquant un redémarrage des hostilités.

Le gouvernement philippin fait la distinction entre les « terroristes » (le groupe ► Abou Sayyaf et le groupe ► Pentagone) et les « rebelles légitimes » (FILM, FLNM, etc.), et soupçonne le FILM d’assister les « terroristes » et d’être en contact étroit avec des mouvements islamistes, comme le ► Jemaah Islamiyah (JI) responsable de l’attentat de Bali, en 2002. On suppose notamment que le FILM abrite Fathur Rohman al-Ghozi, spécialiste en explosifs du JI. Selon Surivadi Massoud, spécialiste en explosifs du JI, lors de son procès à Djakarta, des combattants djihadistes auraient été formés dans les camps du FILM durant les années 1997-98.

Le 1er juillet 2002, pour des raisons de fonctionnement interne du mouvement, une faction se détache du FILM, dirigée par Shariff Jullabi. Designée Maguindanao Islarnic Liberation Front (Front de Libération Islamique de Maguindanao), elle regroupe des unités situées au sud ouest de l’île de Mindanao. Selon Jullabi, cette dissidence n’a pas nécessairement de caractère définitif, mais répond à des disfonctionnements internes et momentanés du FILM.

En février 2003, le gouvernement philippin accuse le FILM de collaborer avec le GroupePentagone.

Le 28 mai 2003, le FILM déclare unilatéralement une Suspension of Offensive Military Actions (SOMA) de dix jours à dater du 2 juin. Elle prévoit une suspension des opérations offensives du FILM, mais annonce « une riposte résolue en cas d’attaque ». La SOMA sera reconduite plusieurs fois. Le 19 juillet 2003, un accord de cessez-le-feu est signé entre le FILM et le gouvernement, qui devait être suivi de négociations pour la mise en oeuvre de l’accord. Toutefois, ces négociations sont systématiquement repoussées à une date ultérieure et 2003 n’a pas vu de matérialisation réelle de l’accord. Les conditions posées par le FILM pour une paix durables sont au nombre de trois :

  • Retrait des forces gouvernementales du complexe de Buliak — ancienne base de Hashim Salamat après la capture du camp Aboubakr en juillet 2000 — situé aux confins des provinces de Maguindanao, Sultan Kudarat et Cotabato.
  • L’abandon des poursuites judiciaires contre quelque 150 membres du FILM, accusés d’être impliqués dans les attentats à la bombes contre l’aéroport international de Davao (4 mars 2003) et contre un terminal de ferry (2 avril 2003), ce que nie le FILM.
  • Le déploiement de forces provenant du Brunei, de Malaisie et de Libye pour vérifier l’application de l’accord de cessez-le-feu. Des militaires malaisiens ont été déployés dès décembre 2003 sur l’île de Mindanao.

Au début 2005, les effectifs du FILM sont évalués à quelque 11 100 combattants avec une diminution de 8.12% par rapport à l’année précédente.(1)

En juillet-août 2008, des tensions entre les commandants de deux unités (le 105th Base Command et le 106th Base Command) provoque des affrontements, qui causent des déplacements de populations importants au sud de l’île de Mindanao.

Structures

Sa branche armée est constituée par les ► Forces Armées Islamiques Bangsamoro (FAIB) (Bangsamoro Islamic Armed Forces (BIAF), dont les effectifs sont évalués à 11 099 combattants (dont environ 8 166 armés) (2005), et qui en fait la plus importante force rebelles des Philippines. Elle est organisée en « divisions » et comporte des unités de forces spéciales, destinées aux actions terroristes. Sa principale base opérationnelle est située à Radjah Mouda, près du village de Pikit.

Le FILM est structuré avec un Conseil Islamique Bangsamoro, qui assure la conduite du mouvement. Il comprend un Etat-Major Général, dirigé par Mohammed Al-Hadj Mourad, composé de quinze personnes et localisé — le plus souvent — dans le camp Aboubakr (ou Abou Bakar). Le FILM est organisé en six commandements régionaux d’importance numérique équivalente et répartis sur toute l’île de Mindanao. Selon le commandement du FILM, chaque commandement représente l’équivalent d’une division, soit entre 10 000 et 20 000 hommes (!)(2).

L’accord de cessez-le-feu de 2001 reconnaît que le FILM comprend quelque 35 brigades et 204 bataillons. Le FILM a un centre d’entraînement au Gazzanfar Basic Military Centre, près du village d’Isulan.

Il disposerait également d’un Groupe d’Action Terroriste Urbaine Spéciale, qui aurait des contacts avec le JI. Le FILM est soupçonné d’abriter des combattants du JI et même d’en avoir formé entre 1995 et 2000 dans des centres de formation situés à l’intérieur du complexe du camp Aboubakr (« Hodaibiyah » et « Vietnam »), ainsi que dans le camp de Bushra (« Camp Palestine »).(3) Ces camps ont été pris par les forces gouvernementales durarit l’offensive de 2000. Le FILM a toujours nié avoir des liens avec le JI.

En avril 2000, les Forces Années Philippines (FAP) ont lancé une vaste offensive contre le FILM, capturant la majeure partie des 46 camps et bases du FILM (mais seuls sept sont reconnus et mentionnés dans le traité de cessez-le-feu de 2001 entre le FILM et le gouvernement, qui représentent ensemble une surface de 451 700 hectares !). Le 9 juillet 2000, elles sont même parvenues à occuper le camp Aboubakr. Dans les négociations qui ont suivi les succès des FAP, les camps Aboubakr et Radjah Mouda ont été restitués au FILM en avril 2001 sous la condition qu’ils ne soient plus utilisés à des fins militaires. Il est à noter que les « camps » du FILM s’apparentent davantage à des « communautés » qu’à des camps militaires à proprement parler, même s’ils fournissent une aide logistique aux combattants.

Dès 2000 et jusqu’à la mi juillet 2001, après le succès de l’offensive gouvernementale, les forces du FILM sont restructurées. La Force de Sécurité Intérieure (FSI) du Front est intégrée aux FAIB. La structure des FAIB en six commandements régionaux (divisions) (chacun composé de six brigades, chacune subdivisée en six bataillons), trop lourde, trop centralisée et insuffisamment flexible, est remplacée par une nouvelle structure en neuf commandements. Ces commandements — désignés « Base Commands » — sont articulés en unités (compagnies) et sections. Cette nouvelle structure — qui rappelle celle de la ► New People’s Army (NPA)accorde plus d’autonomie aux commandants des Base Commands, et permet d’engager des unités plus petites, moins facilement détectables et plus mobiles. Les commandants des anciennes divisions sont maintenus dans leurs grades, et deviennent commandants de Base Commands.

En février 2003, les FAP ont lancé une nouvelle offensive contre le FILM, reprenant la majeure partie de ses camps, dont une partie du camp Aboubakr. Ainsi, fin 2004-début 2005, le FILM entreprend une nouvelle restructuration en regroupant les neuf « base commands » en cinq commandements de « fronts » :

  • Front Est, dirigé par Sammy Dabao ;
  • Front Ouest, dirigé par Tops Julhani ;
  • Front Nord, dirigé par Yahyah Lucsadatu (alias Commandant Yahyah) ;
  • Front Sud, dirigé par Dan Diamkenal ;
  • Front Centre, dirigé par Gordon Saifullah.

Chaque Front est composé de 2-3 Base Commands, articulé chacun en Brigades. L’objectif de cette nouvelle restructuration est de reprendre le contrôle sur certains commandants de bases alors opposés à la tête du mouvement, et de promouvoir des commandants plus loyaux.

Front Islamique de Liberation Moro (FILM)_Commandements regionaux du FILM sur l'ile de Mindanao

Unité, Commandant, District
101st Base Command, Commandant Gordon, Maguindanao
102nd Base Command, Commandant Abdullah Bravo, Lanao del Sur
103rd Base Command, Commandant Abdulaziz Mimbintas, Lanao del Sur
104th Base Command, Commandant Boyet Macargas, Sarangani
105th Base Command, Commandant Umbra Kato, North Cotabato
106th Base Command, Commandant Adan Abdullah, Maguindanao
107th Base Command, Commandant Jack South, Cotabato
108th Base Command, Commandant Aloy al-Ashre, North Cotabato
109th Base Command, Commandant Wahid Tondok, Bukidnon
110th Base Command, Bukidnon
111th Base Command, Commandant Sunny Dabao, Agusan del Sur
112th Base Command, Davao del Sur
113th Base Command, Zamboanga del Norte
114th Base Command, Commandant Musawwarin Abubakar, Basilan
115th Base Command, Commandant Abo Jawap, Lanao del Norte
117th Base Command, Sulu

(1)Forces Armées des Philippines, Annual Assessment on AFP Internai Security Situation, Public Information Office, Camp General Emilio Aguinaldo, Quezon City, 17.01.2005
(2)Ces chiffres représentent les effectifs théoriques « officiels » ou initiaux de ces commandements. Les diverses offensives de l’armée philippine ont réduit significativement les effectifs du FILM en 2000-2001.
(3)Anthony Davis, “Fragile ceasefire holds out in the Philippines”, Jane’s Intelligence Weekly, January 2004.