Front Uni de Libération de l’Assam (FULA)

ULFAAutres appellations:
Unified Liberation Front of Asom (ULFA)
United Liberation Front of Asom (ULFA)

(Inde / Assam) (Asom Sanjukta Mukti Morcha) Mouvement nationaliste indépendantiste de tendance marxiste, formé le 7 avril 1979 par ► Bhimakanta Buragohain, Rajiv Raj Konwar (alias Arabinda Rajkhowa), Golap Baruah (alias Anup Chetia), ► Samiran Gogoi  (alias Pradip Gogoi), Bhadreshwar Gohain et Paresh Baruah à Rang Ghar (Sibsagar). Il a pour objectif la création d’un « Etat socialiste et souverain d’Assam ».

Office of ULFAIl est dirigé par Rajiv Raj Konwar, tandis que Paresh Baruah est le commandant en chef de son aile militaire. Le FULA opère en Assam (Inde) à partir de bases situées au Bhoutan, au Myanmar, au Bangladesh et dans les Etats voisins de l’Assam. Les évaluations de ses effectifs oscillent entre 600(1) et 3 000 combattants.

Il retire son soutien populaire des districts orientaux de l’Assam où sa présence est la plus marquée et d’où proviennent la majeure partie des dirigeants du mouvement. Il entretient également des contacts étroits avec les mouvements Bodo, parmi lesquels le National Democratic Front of Bodoland (NDFB) et la Bodo Security Forces (BSF), essentiellement présents dans la partie occidentale de l’Assam. Durant les années 90, le FULA a partagé des camps et mené des opérations conjointes avec le NDFB. Les deux mouvements ont également des relations avec l’ United Liberation Front (UNLF) du Bodoland, avec lequel ils ont acquis et échangé des armes.

Front Uni de Liberation de l'Assam (FULA)_Structure du Front Uni de Liberation de l'Assam (2006)

On estime que, durant les aimées 80, environ 200 combattants du FULA ont été entraînés au Pakistan et en Afghanistan pour aller combattre contre les Soviétiques.

A cette occasion, il est vraisemblable que le FULA ait eu des contacts avec les services de renseignements pakistanais, l’Inter-Service Intelligence (ISI). Bien que certaines sources indiennes mentionnent la continuation de ces liens avec l’ISI, ils demeurent hypothétiques. En revanche, le FULA entretient des contacts vivaces avec des mouvements islamistes basés au Pakistan, notamment le ► Tehrik ul-Jihad (TuJ) et le ► Harkat ul-Jihad al-Islami (HuJI).

Pour le combattre, le gouvernement indien a mis en place, le 20 janvier 1997, une Structure de Commandement Unifiée (SCU)(4) destinée à coordonner l’action des diverses composantes de forces de sécurité dans la lutte contre les divers mouvements insurrectionnels en Assam.

Le FULA assure une partie de son financement au moyen de petites et moyennes entreprises basées au Bangladesh. Il possède trois hôtels, une clinique et deux auto-écoles à Dacca, ainsi qu’une fabrique de limonade.

Structure militaire

Le bras armé du FULA est le Sanjukta Mukti Fouj (SMF), créé le 16 mars 1996, il est composé de sept bataillons(2), dont seuls les 7e, 8e et 709e sont complètement opérationnels.

Déploiement

ULFA MapLe FULA est articulé en quatre zones opérationnelles qui couvrent les districts de l’Est (Purb Mandai), les districts de l’Ouest (Pachim Mandat), les districts du Sud (Dakshin Mandal) et les districts du Centre (Madhya Mandat).

Dès 1998, le FULA opère à partir de camps au Bhoutan. Malgré les demandes répétées des autorités indiennes, les forces de sécurité du Bhoutan peinent à fermer les camps qui sont rapidement déplacés. Au début des années 2000, l’armée indienne a identifié un total d’environ 36 camps au Sud du Bhoutan, dont la majeure partie dans le district de Sandrup Jongkhar, avec un quartier-général situé à Sukhni (Marungphu), tandis que le conseil du mouvement s’est établi à Marsala (Dingshi Ri). Au début décembre 2001, le Bhoutan parvient à fermer quatre camps à Gobarkunda, Perma Gastel (avec quatre sites) et Orang, puis, deux autres camps à Deori et Martshala sont fermés à la fin du même mois. Le gouvernement du Bhoutan engage dès 2001 des discussions avec les divers mouvements rebelles indiens basés sur son territoire afin de négocier leur sortie.

Front Uni de Liberation de l'Assam (FULA)_Deploiement des bataillons du FULA (2007)

Le 17 mai 2003, le roi Jingme Singhye Wagchuk du Bhoutan appelle à la création de milices populaires afin de combattre la présence de rebelles indiens sur le territoire du royaume. En septembre 2003, le FULA avait encore environ huit camps et environ 1 560 combattants répartis le long la frontière sud du Bhoutan. Dès décembre 2003, l’armée du Bhoutan a lancé plusieurs grandes opérations dans la zone frontière contre les camps du FULA (notamment l’Opération « Flush Out »)(3). Le FULA a donc déplacé ses camps vers le Bangladesh, où il a été combattu avant de revenir tenter de s’implanter au Bhoutan en 2005. En 2007, le FULA n’a plus de présence au Bhoutan et a la majorité de ses camps dans l’Etat voisin de l’Arunachal Pradesh et au Myanmar.

Coopération

Dès 1986, le FULA a établi des contacts avec des mouvements indépendantistes de la région, notamment le National Socialist Council of Nagaland (NSCN) et l’Armée d’Indépendance Kachin (Kachin Independence Army — KIA) au Myanmar qui lui a assuré la formation de ses cadres et lui aurait fourni des armes.

Front Uni de Liberation de l'Assam (FULA)_Zones operationnelles du FULA (2007)

Districts composants chaque zone opérationnelle :
Paschim Mandai :
Dhuburi, Kokrajhar, Bongaigaon, Goalpara, Barpeta, Nalbari, Sud­Kamrup
Madhya Mandai : Darrang, Karbi, Anglong, Nagaon, Marigaon, Dhemaji, Sonitpur, Nord­Kamrup
Dakhin Mandai : Hailakandi, NCHilis, Cachar, Karimganj
Purb Mandai : Lakhimpur, Jorhat, Sibsagar, Dibrugarh, Bokajan, Golaghat, Tinsukia, Sonitpur

[Source Armée Indienne]

Financement

Le FULA se finance à travers quatre types d’activités : l’extorsion (rançonnement de personnalités, taxes diverses prélevées sur des personnalités et entreprises, ainsi que les attaques à main armée) ; le trafic de stupéfiants que le Front achète au Myanmar et revend ; les activités industrielles (le FULA possède un certain nombre de petites et moyennes entreprises légales — agences de voyage, hôtels, cliniques, production de boissons — au Bangladesh) ; récemment le FULA s’est engagé dans la production de fausse monnaie pour acquérir des armes (en juillet 2006, des hommes du FULA ont été arrêtés dans de district de Kokrajhar (Assam) avec des sommes élevées de faux billets.(4)

Processus de paix

Le 8 septembre 2005, le FULA a mandaté une délégation de 11 membres (People’s Consultative Group — PCG) pour entamer un processus de négociations avec le gouvernement indien. Le PCG a formulé six conditions pour engager un processus de négociations :

  • Cessation ou suspension des actions militaires contre les cadres du FULA ;
  • Libération des principaux leaders du Front, capturés par les forces de sécurité(5) ;
  • Information sur les militants capturés lors de l’Opération Flush out au Bhoutan en 2003 ;
  • Médiation par une tierce partie pour un accord de paix ;
  • Tenue de négociations dans des forums internationaux, comme l’ONU ;
  • Exigence d’un Assam indépendant et souverain.

Alors que la plupart des conditions ont été acceptées — même si la première reste encore sujette à controverse — par le gouvernement, cette dernière condition reste une pierre d’achoppement.

La situation toujours plus précaire du FULA, qui a progressivement perdu ses sanctuaires dans les régions limitrophes et la situation économique de l’Assam, qui stagne en raison du conflit, ont exercé une pression sur le FULA afin qu’il s’engage dans une dynamique de paix.

Toutefois, en 2006-2007, les actions violentes du Front ont été en augmentation dans les districts du Nord de l’Assam. Parallèlement, les difficultés du Front, ainsi que les dissensions internes au sujet du processus de paix pourraient conduire à un éclatement du Front.

(1)Chiffre de mars 2 005, fournis par le commandement oriental de l’Armée indienne.(4)Unified Command Structure (UCS)
(2)La dénomination de bataillon peut prêter ici à confusion, en fait il s’agit simplement d’une unité sans grandeur déterminée, et souvent bien inférieure à la valeur d’une compagnie.
(3)L’Opération Flush out, déclenchée le 15 décembre 2003, n’était pas exclusivement dirigée contre le FULA (13 camps), mais également contre les 12 camps du National Democratic Front of Bodoland (NDFB) et les 5 de la Kamtapur Liberation Organisation (KLO), dans la région de Samdrup Jongkar, poussant au total environ 3 000 militants à la fuite.
(4)The Times of India (13.08.2006)
(5)Il s’agit essentiellement de ► Pradeep Gogoi, vice-président, de ► Mithinga Daimary, secrétaire à l’information, ► Ramu Mech, ► Arpan Saikia et ► Bhimakanta Buragohain membre fondateur du mouvement (décédé depuis).