Gama’ah al-Islamiyyah

Jamaa al-IslamiyaAutres appellations :
Jamaa al-Islamiya
al-Gama’ ah
Gama’a al-Islamiya Egyptien
Gama’a Islamique
al-Djihad
Tala’at al-Fateh (Avant-garde de la Conquête)

Autres appellations US:
Gama’a al-Islamiyya (IG)
al-Gama’at
al-Gama’at al-Islamiyya
Egyptian al-Gama’at al-Islamiyya
GI
IG
Islamic Gama’at
Islamic Group

Internet:
al-Gama’at

(Egypte) (« Groupe Islamique ») Groupe islamiste radical sunnite égyptien créé en 1973. Initialement orienté sur la lutte armée, son objectif était de renverser le gouvernement égyptien et d’instaurer un régime islamique. Son chef spirituel est alors le Cheikh ► Omar Abd er-Rahman, emprisonné aux USA. Dans les années 90, le Gama’a est divisé en deux tendances : l’une dirigée par ► Ayman al-Zawahiri – qui deviendra plus tard le bras droit d’Oussama ben Laden – et l’autre, dirigée par Ahmed Hussein Agiza. Le président de son Conseil Consultatif (Majlis al-Choura) est Karam Zouhdi, emprisonné en Egypte après l’attentat contre le Président Sadate, puis relâché (acquitté) le 30 septembre 2003. Après avoir renoncé à la violence à la fin des années 90, le groupe s’engage dans une voie politique à la faveur du « printemps arabe ».

Dans un premier temps, Anouar El-Sadate laisse au mouvement une certaine liberté de manoeuvre et l’ « utilise » pour lutter contre les mouvements nasséristes ou communistes. Mais, l’extension du mouvement, et son agressivité contre la communauté chrétienne, obligent le gouvernement à le combattre. Abd er-Rahman s’enfuit à l’étranger. La signature des accords de Camp David, en 1978 et l’accord de paix avec Israël, provoquent la colère du mouvement islamiste. En 1980, de retour en Egypte Abd er-Rahman émet une fatwa qui condamne à mort Anouar El-Sadate, qui sera assassiné le 6 octobre 1981 par un militant du ► Djihad Islamique Egyptien, le lieutenant Khaled Islambouli.

Ses actions visent en priorité des personnalités politiques et des services de sécurité égyptiens, mais également des personnalités coptes, des touristes occidentaux et les opposants égyptiens aux mouvements islamiques. Ses actions contre les touristes étrangers, sont « justifiées » par « moeurs » qu’ils importent en Egypte, mais aussi, et surtout, depuis 1992, ont pour objectif de supprimer l’une des plus importantes sources de revenu de l’Egypte. En février 1993, le ministre égyptien du tourisme annonçait que la vague d’attentats contre les touristes avait causé quelque 700 millions de dollars de pertes en annulations de voyage.

Ses activités se concentrent au sud de l’Egypte (Haute-Egypte), dans les provinces d’Assiout, Al-Minya et Kina, ainsi que dans les grands centres urbains du Caire et d’Alexandrie. Mais il opère également parfois à l’extérieur du pays, comme lors de l’attentat au camion-bombe contre l’ambassade d’Egypte à Islamabad (Pakistan), le 19 novembre 1995, causant 13 morts. Il est aussi associé à l’attentat à la bombe du World Trade Center de New York (26 février 1993) — qui provoquera l’arrestation d’Ar-Rahman — mais qui ne semble pas aire partie de la stratégie du groupe,

Son organisation est mouvante et rassemble de manière non-structurée plusieurs groupuscules extrémistes, dont la discipline est aléatoire. L’usage de la violence fait l’objet de sérieuses discussions et publications internes, une phase connue sous le nom de « Muraja ‘at ».

Le Conseil (Choura) du Gama’a en Egypte a voté et annoncé la fin de sa politique de violence en juillet 1997. Toutefois, des tiraillements au sein du groupe se manifestent, et il éclate en deux factions rivales : la première, dirigée par Moustafa Hamza, se veut plus modérée et a annoncé un cessez-le-feu unilatéral ; l’autre, dirigée par ► Abou-Yassir Rifa’i Ahmad Taha — qui sera l’un des signataires de la fatwa du Front Islamique Mondial d’ « ► Al-Qaïda », le 23 février 1998.

C’est vraisemblablement cette dernière faction, qui, sous le couvert de l’appellation de « Phalange de la Ruine et de la Dévastation » a mené une attaque à l’arme automatique à Louxor, le 17 novembre 1997, tuant 58 touristes, dont 35 ressortissants suisses(1). La direction du Gama’a, qui se dit alors dépassée par les auteurs, condamne alors l’attentat. Dans un communiqué du 8 décembre 1997, il déclare ne plus viser des touristes étrangers dans sa lutte contre le gouvernement égyptien.

Au début des années 90, il se joint au Comité du Djihad, créé par Oussama ben Laden, puis, en 1998, il s’associe au « Front Islamique Mondial pour le Combat contre les Juifs et les Croisés » (Al-Jabhah al-Islamiya al- Alamiyah li-Qital al­Yahud wal-Salibiyyin), également créé par ben Laden. Il se désolidarise cependant de ce dernier dès 1999 et, le 2 avril 1999, le groupe (y compris ses chefs en exil) annonce un cessez-le-feu.

La répression très vigoureuse et démonstrative apportée par le gouvernement, soucieux de restaurer son image de pays « sûr », a été brutale et large. Les emprisonnements et les opérations armées contre les suspects et leurs familles se sont multipliés. Cette réaction a stimulé l’hostilité contre le gouvernement et les activités du mouvement se sont lentement déplacées du ► Djihad à la vengeance. Le Gama’a a tenté de négocier avec le gouvernement l’arrêt de ses activités militaires contre la libération des prisonniers islamistes. Malgré le refus officiel des autorités égyptiennes de négocier, quelque 4 000 islamistes ont été libérés depuis novembre 1997, et les opérations du Gama’a ont effectivement cessé. Le mouvement n’est cependant pas inactif et a recentré ses activités sur un travail plus profond de mobilisation politique des populations locales.

Depuis août 1998, le Gama’a n’a plus mené d’attentats en Egypte. Selon certains services de renseignements occidentaux, il aurait encore des cellules actives en Egypte, au Soudan, au Yémen et en Grande-Bretagne. Toutefois, il semble avoir renoncé à l’action violente dans ces pays au moins. Le 21 juin 2002, dans une interview depuis sa prison, M. Karam Zouhdi, a dénoncé publiquement M. Oussama Ben Laden et Al-Qaïda.

Au début 2011, à la faveur du « printemps arabe » égyptien, le Gama’a s’engage résolument dans la voie politique et crée le Hizb al-Binaa’ wa’l-Tanmiyah (Parti de la Construction et du Développement). Son fondateur est Tariq al-Zumr, un ex-activiste du Gama’a, qui avait participé à l’attentat contre le président Sadate en 1981. Le parti plaide pour une meilleure assistance sociale aux défavorisés et en faveur d’une société islamique. Aux élections parlementaires de 2011-2012, le parti obtient 13 sièges à la chambre basse du Parlement.

Dans une sorte de tournant idéologique, le Gama’a lui-même a modéré son discours en relativisant la notion de djihad, tandis qu’il s’est attaché à développer des contacts avec les autres communautés religieuses égyptiennes.

 

Corrélat : ► Organisations terroristes

(1)Le rapport officiel de la Police Fédérale suisse, publié le 10 mars 2000, intitulé « Louxor -Synthèse de l’attentat du 17 novembre 1997 », tend à privilégier la responsabilité de Moustafa Hamza, en dépit des informations et des communiqués publiés et disponibles alors. Une première revendication, laissée sur place, tend à confirmer cette thèse. Toutefois, l’attentat sera encore revendiqué le même jour par le mouvement Talaat el-Fatah el-Islami (Avant-garde de la Conquête Islamique). Une troisième revendication, du 18 novembre, au nom des Phalanges du Martyr Talaat Yassine — du Gama’ah al-Islamiya — explique leur volonté de capturer des otages pour les échanger contre le Cheikh Abd er-Rahman. Une quatrième revendication, également datée du 18 novembre, au nom de l’ ► Ansar ash-Sharia, qui soutient l’attentat, mais en attribue les morts à l’action du gouvernement. D’autres revendications et justifications au nom du Gama’ah viendront par la suite.