Groupe Islamique Armé (GIA)

Autres appellations :
Groupement Islamique Armé
Groupes Islamiques Armés

(Algérie) (Al-Jama’ah al-Islamiya al-Moussalaha) Groupe islamique fondamentaliste, dont l’origine et la composition restent incertaines. Certains voient son origine en novembre 1991, durant le processus électoral, d’autres le disent issu du Front Islamique du Salut, après sa dissolution officielle en mars 1992. Le GIA se voit comme héritier du ► Mouvement Islamique Armé (MIA) et assume les premiers groupes terroristes apparus en 1990. Mais il semble que les attentats terroristes parfois spectaculaires des années 1990-92 étaient davantage le fait de groupes isolés et non-coordonnés.

Le GIA est vraisemblablement issu du groupe Yom el-Hissab (« le Jour du Jugement ») dont l’origine est incertaine. Le réel moteur dans la création du GIA semble être Abdelkrim Gharzouli (alias Kari Saïd), un « afghan » algérien, ex-membre de l’unité des « afghans arabes » du ► Jamiat-i-Islami d’► Ahmed Shah Massoud. Membre du Conseil Consultatif (Majlis e-Chura) d’ « Al-Qaïda » il constituera le lien entre le GIA et « Al-Qaïda » jusqu’à sa mort en novembre 1994.

De tendance salafiste, le GIA utilise les mosquées qui représentent ce courant pour recruter ses combattants et organiser des débats :

  • Mosquée Ben-Farès (La Casbah, Alger)
  • El-Feth el-Moubine (El Harrach, Alger)
  • Bachir-el-Ibrahimi (Baraki, Alger)
  • Salah-Eddine-el-Ayoubi (Belcourt, Alger)
  • Et-Touba (Boufarik)
  • El-Houda (Blida)

Il se caractérise par son intransigeance exprimée par sa devise « Pas de dialogue, pas de réconciliation, pas de trêve. » ► Qari Saïd

Il est alors dirigé par un émir Abou Abd Ahmed (ou Sid Ahmed Mourad, surnommé « Djafaar al-Afghani ») (1993-94) et est basé autour d’Alger. Depuis décembre 1993, le GIA est l’auteur d’attentats particulièrement sanglants contre des ressortissants étrangers établis en Algérie et des citoyens algériens

Dès 1993, ses opérations sont fortement médiatisées, et il exploite les ressources de son magazine Al-Ansar publié à Londres. Ses membres se recrutent largement parmi de petits criminels de droit commun, et ses activités relèvent souvent de la criminalité de droit commun : extorsion, vol, etc. Le mouvement atteint son « apogée » en 1994 avec un nombre de combattants évalué à près de 27 000.

De mai 1994 à novembre 1995, le GIA s’associe avec la tendance « djaz’ara » ­issue du ► Front Islamique du Salut (FIS)et tend à internationaliser ses actions notamment avec l’attentat contre le personnel diplomatique français dans la résidence d’Aïn Allah (août 1994) et détournement d’un Airbus d’Air France (26 au 27 décembre 1994). Cette tentative de réunification est une initiative de Chérif Gousmi en coopération avec les chefs clandestins du FIS, Mohammed Saïd et Abd er-Razak Redjam.

Groupe Islamique Arme (GIA)_Structure generique du GIA (1995)

Organigramme générique. Dans les faits, les niveaux de commandement de jound et de fassila n’existent pas. Probablement pour deux raisons : afin d’éviter que des émir locaux prennent trop d’importance et, plus certainement, parce qn ‘avec la fonte des effectifs, ces commandements intermédiaires ne sont plus nécessaires.

Par son intransigeance et la violence de ses opérations, le mouvement crée une image de lui-même et du djihad qui suscitent non seulement la réprobation générale mais aussi des dissensions à l’intérieur du mouvement. Le mouvement cultive une relation exacerbée avec la mort, d’une part par la violence et la cruauté de ses actions, et d’autre part par les risques pris par les terroristes. Ainsi, sa Katibat « al-Maout » (« Phalange de la Mort ») est la plus prestigieuse, même si l’espérance de vie opérationnelle de ses membres dépasse rarement 6 mois.

Dès novembre 1995, sous la conduite de Djamel Zitouni (alias Abou Abderrahman Amine), le GIA tente d’éliminer les « djazaristes » et déclenche au sein du mouvement des purges meurtrières, qui conduisent à des défections nombreuses. Certaines phalanges sont l’objet d’âpres combats. Il en est ainsi de la prestigieuse et sanguinaires Katibah « el-Khadra », centrée sur Ksar el-Boukhari, qui est déplacée par Djamel Zitouni au Nord de la wilaya(1) de Médéa, à Tamezguida, et est rebaptisée « es-Salafiyyah » et est placée sous le commandement d’Ahmed Belatrache (alias Bastira). Une partie de cette katibah rejoindra le GSPD en 1996, tandis qu’« es-Salafiyyah » tombe dans le giron djazariste et prend le nom de Katibat « el-Wafa ». Cette radicalisation conduit à la création de nouveaux groupes, comme le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

Emirs nationaux du GIA

Tayeb el-Afghani, — 11.1992
Abdelhak Layada (alias Abou Adlane), 11.1992 — 21.07.1993
Aïssa Benamar, 23.07.1993 — 20.08.1993
Mourad Si Ahmed (alias Djaafar el-Afghani), 23.08.1993 — 27.02.1994
Chérif Gousmi (alias Abou Abdellah Ahmed), 03.1994 — 02.09.1994
Djamel Zitouni (alias Abou Abderahmane Amine), 27.10.1994 —16.07.1996
Antar Zouabri (alias Abou Talha), 18.07.1996 — 08.02.2002
Rachid Oukali  (alias Abderrachid Abou Tourab), 12.02.2002 — 07.2004
Noureddine Haliouia (alias Boudiafi, Noureddine)(4), 07.2004 — 11.2004
Chabane Younis (alias Lyes), 11.2004 — 01.12.2004

Dès 1996, sous la direction de son émir national ► Antar Zouabri le GIA se distingue par ses activités brutales et sanguinaires. Protégé par la Katibah « el­-Khadra » (Phalange Verte »), il parvient à échapper aux forces de l’ordre et aux groupes rivaux. En juillet 1997, lors d’une attaque des forces de sécurité à el­Hattatba, il est donné pour mort. Le GIA a alors son épicentre dans le secteur de Médéa. En février 2002, il est encerclé près de Boufarik et tué avec son second, Fodhil Boutheldja (alias Abou Haider) le spécialiste en explosifs du GIA.

Sa structure hétéroclite, morcelée et non centralisée la rend difficile à localiser, mais vulnérable à l’infiltration. Certaines rumeurs affirment que le mouvement est infiltré par la sécurité militaire algérienne et manipulé par elle, afin d’exploiter les attentats du GIA pour discréditer les mouvements islamistes au profit du pouvoir politique. Cette thèse — persistante — pourrait être confirmée par certains témoignages relatant la présence de terroristes du GIA dans des secteurs fortement surveillés et à proximité de casernes de l’armée algérienne. Des témoignages de membres de la sécurité algérienne mettent en cause la Direction du Renseignement et de la Sécurité (DRS) dans les attentats de la station Saint-Michel (25 juillet 1995), qui avait fait 8 morts et 130 blessés et celui de Maison-Blanche (6 octobre 1995), qui avait fait 13 blessés. Il a même été évoqué que Djamel Zitouni, émir du GIA aurait été un agent de l’ex-Sécurité Militaire algérienne.(2) En Algérie, on parle même — sous forme de boutade — des « Groupes Islamiques de l’Armée » !

La stratégie menée par l’Algérie — si de telles allégations sont vraies — aurait été d’encourager la France à participer plus activement à la lutte contre les réseaux du GIA en France, et ainsi couper le mouvement de sa principale base à l’étranger.

Depuis décembre 2004, avec l’élimination de son dernier émir national, Chabaâne Younis (alias Lyès) le GIA est considéré comme démantelé.

Organisation

Lors de son apparition, dès 1992, le GIA avait une répartition territoriale articulée en quatre zones, correspondant aux quatre points cardinaux. En été 1994, dans un document intitulé « Les bases du succès du Groupe Islamique Armé »(3), le GIA réorganise son espace opérationnel en 9 zones (nahiya), qui permet un découpage plus fin et une meilleure modulation des actions. Dans les zones opérationnelles le GIA est structuré en « jound » (bataillons) chacun composé d’environ trois « kataeb »(4) (phalanges/compagnies) eux-mêmes subdivisés en « seriyat » (groupes). En 1996, le GIA est découpé en huit zones plus la zone d’Alger, soit :

Alger ; Zone I (Ouest d’Alger) ; Zone II (Kabylie) ; Zone III (Centre-Ouest — Chlef) ; Zone IV (Ouest — Sidi-bel-Abbès) ; Zone V (Sud-Constantinois — Batna) ; Zone VI (Nord-Est — Jijel) ; Zone VII (Est — Souk Ahras) et Zone VIII (Grand Sud).

Groupe Islamique Arme (GIA)_Zones operationnelles du GIA (des 1996)

La structure associée à ce nouveau découpage se présente comme suit :

Alger, considéré par le GIA comme une zone stratégique, et donc comme un cas particulier. Le GIA n’est pas le seul mouvement actif dans la capitale et il y compte au moins deux kataeb :
- Katibat « el-Maout » (« de la Mort »), dirigée par Kebaili Mohammed (alias Layachi)
- Katibat « al-Ahrar » (« des Libres »), également connue sous le nom de « Groupe d’Alger ». En 2002, elle ne compte plus que cinq combattants, dirigés par l’émir Farid Bechroul (alias Khaled el-Fermèche). Elle compterait alors également ► Mohammed Aouar (alias el-Barraa), un énigmatique terroriste qui « aurait tué plus de 1 000 personnes depuis 1994 »(5) Cette katibah aurait fait sécession en novembre 2003.(10)
– Katibat « ech-Chouhada » (« des Martyrs ») d’Abou Hamza al-Afghani, dirigée précédemment par ► Athmane Khelifi (alias Hocine Flicha) abattu par les forces de sécurité à Baïnem en juillet 1998.(7)

  • Zone I, qui s’étend à l’Ouest d’Alger et comprend
    Jound « Khaled Ibn el-Walid », dirigé par Djamel Zitouni (alias Abou Abderrahman Amine) futur émir national du GIA, puis par Mahmoud Abou Abdeljebar. Les deux « émir jound » étaient également émirs de la Katibat « el-Hidaya », réputée pour sa brutalité, et dont deux seriyat se sont distingués : l’un basé à Hamdania et dirigé par Djamel Chahba Mouna (alias el-Bosni) (2002) et l’autre, basé à Médéa, dirigé par Bel Abbès Saïfi (alias Abd en-Nour) (2002).
    Jound « Othmane Ibn Affane », dirigé par Hadj Mn Grad (alias Mossab), au Sud-Ouest d’Alger, avec les kataeb suivantes(8) :
    Katibah « el-Khadra »(9) (Phalange « Verte »), particulièrement réputée pour sa férocité et implantée au Sud-Est de Médéa, la « garde prétorienne » de l’émir du GIA, avec lequel elle se déplace. Elle est créée puis dirigée par l’émir Sayah Attia (alias Abou Younès, alias el­Khène), puis par son frère Sayah Ahmed (alias Er-Rabieh), qui a rejoint le ► Groupe Sunnite pour la Prédication et le Djihad (GSPD) en 1996. En 1999, Antar Zouabri, émir du GIA, purge la katibah et fait exécuter plusieurs de ses lieutenants, dont Mohammed Chadli (alias Zoubir Abou El-Moundir), Adlane, Meladici, Mohammed Saïdj (alias Redouane), Macador (alias Abou Bassir) et Abou Nouh, et nomme à leur place de jeunes « recrues » non identifiées par les services de sécurité, et d’une loyauté totale(10). La conduite de la katibah est reprise par l’émir Mohammed Houti. Le 25 mai 2002, elle rejoint le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC)(11). En février 2003, Mohammed Houti est éliminé par les forces de l’ordre. La katibah est regroupée et placée sous le commandement de l’émir ► Belhout (alias Abou Houraïria). En 2003, elle ne compte plus qu’une cinquantaine de combattants ;
    Katibat « el-Ghoraba », dirigée par ► Abad Youssef (alias Al-Mahi) (1996)(12) et active dans le secteur Si Mahdjoub-Zoubiria-Berrouaghia ;
    Katibat « el-Tawhid » au sud de la wilaya de Médéa.
  • Zone II, à l’Est d’Alger, qui comprend la Kabylie, dirigée par Mohamed Halisse (alias Abou Talha el-Djanoubi), puis, dès juin 1995, par Hacène Hattab, futur fondateur et chef du ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) en 1998.
    - Jound « el-I’tissam », dirigé par Hacène Hattab (alias Abou Hamza) jusqu’en juin 1995, puis par ► Omar Chaouch (alias Khaled Abou el-Aqwae)(13). Ce jound restera en grande partie avec Hattab lors de la création du GSPC.
    – Il comprend trois kataeb :
    Katibat « el-Qods », qui deviendra la Katibat « Abou Bakr Seddik » dans le GSPC.
    Katibat « el-Feth », dirigée par Nourredine Alouane, Hacène Hattab, Mohammed Segir Tsala (alias Yahia), puis par Omar Chaouch (alias Abou Khaled), Djamel Khaled Kébir (alias Farouk), Rachid Zitouni (alias Abou Imad) et Rezki Izza (Abou Djaafar) (2003). Elle appartient au GSPC depuis 1998.
    Katibat « el-Ansar » (« des Partisans »), dirigée par Mohammed Arezki Houmil (alias el-Khomeini) (jusqu’en septembre 1993), puis par Abdelhamid Saadaoui (alias Abou Yahia, alias Abou el-Heythem) (1993-2000), puis par l’émir Djamel Herfouchi (éliminé en septembre 2002) et active dans le secteur Dellys et Bordj Menaïel. Elle est considérée comme la plus importante katibah de la Zone II et couvre la moitié Est de la wilaya de Boumerdès.(14) Elle appartient au GSPC depuis 1998.
  • Zone III, couvrant le secteur
    Centre-Ouest — Chlef, Tissemsilt, Tiaret, Relizane, Mostaganem et Mascara. Elle a été dirigée par l’émir Khalfa Moustafa (alias Okacha), destitué, puis par l’émir Rachid Ouadhah (alias « Ould Benzineb ») (condamné à mort le 2 décembre 1998), puis par Abou Youssef (2002).
    - Jound « el-Haq », dirigé par Abou Hafs jusqu’à sa mort le 11 avril 2002, déployé au Nord-Est d’Aïn Defla. Il serait aujourd’hui pratiquement éliminé. Il comprenait :
    Katibat « Jound Allah » (« Soldats de Dieu »), qui évolue dans la région d’Aïn Defla, sous l’autorité de l’émir Abou Hafs Amine, avec 60 combattants, qui rallie le GSPC au début 2007.
    – Katibat non-identifiée, dans la région de Ksar el-Boukhari, qui a rallié le GSPC en avril 2007.
  • Zone IV, dirigée initialement par Kada Benchicha, qui désigne comme successeur Tayeb Dejeriri (alias Djafaar), puis, après la dissidence de Kada Benchicha et la création du ► Groupe Sunnite pour la Prédication et le Djihad (GSPD), elle est reprise par l’émir Smaïl Guettaf (alias Abou Imaïl) jusqu’en novembre 1998 — à son élimination par les forces de sécurité —, puis par Abou Ismaïl Ibrahim, qui aurait pris la fuite vers le sud, dans la région de Béchar au début 1999. Certains chefs de la Zone IV ont eu une expérience opérationnelle préalable en ► Erythrée, en combattant aux côtés de l’Islamic Jihad Eritrea. Une partie de ses éléments a rejoint le ► Groupe Salafiste Combattant (GSC). Elle couvrait l’Ouest du pays, dans les wilayas de Tiaret, Saïda, Mascara et Tlemcen et Sidi-bel-Abbès(15). Elle était articulée en deux jound :
    Jound « el-Ousra » (« de la Famille »), qui passera au ► Groupe Salafiste Combattant (GSC) en janvier 2000, composé des kataeb suivantes :
    Katibat « es-Sunna » (de la Tradition ») (secteur de Sidi-bel-Abbès).
    Elle comptait encore 25 membres en 2000(16).
    Katibat « en-Nasr » (secteur de Saïda — Sidi-Bel-Abbès — Mascara), dirigée par « Abou Dja’afar » (alias), puis par Mohamed Kara (alias Abdelwahed Abou Omar) puis, depuis mai 1999 par Khaled Belhachemi (alias Oussama Abou Zoheir). Cette katibah disposait d’un Conseil Consultatif composé de cinq membres(17). La katibah a été formée en 1992. A son apogée, en 1993, elle comprend 185 combattants. Elle quitte le GIA en 1998 pour former le GSC. Elle comptait encore 40 membres en 2000(18). A la fin 2002, ses quelques éléments survivants sont dirigés par Ilyès Chabani (alias Ilyès) et Khalifa Bechaïri (alias Mou’âdh, alias Ould Lebène). Elle opère au Sud-Est de la wilaya de Chlef.
    Katibat « eth-Thabet » (secteur de Mascara), dirigée depuis mai 1999, par un certain « Bouneb »(19) Elle comptait encore 40 membres en 2000(20).
    Jound « er-Rahmane », composé des kataeb suivantes:
    Katibat « el-Forqane », active entre les monts de Tlemcen et de Beni Snouss. Elle comptait encore 30 membres en 2000(21).
    Katibat « el-Ahd »
    Katibat « el-Wafa », basée à Médéa

On trouve également dans la Zone IV un certain nombre de kataeb indépendantes ou à la subordination peu claire :
- Katibat « el-Ahwal es-Salafiyya » (« de la Terreur Salafiste ») qui sera plus connue sous le nom de « el-Ahwal », également appelée par l’émir Kada Benchicha «Groupe des Badriyin »(22), qui est dirigée par Kada Benchicha lui-même. Elle opère entre Saïda et Sidi-Bel-Abbès. Cette Katibat constituera l’épine dorsale du ► Groupe Sunnite pour la Prédication et de Djihad (GSPD), créé par Benchicha après avoir fait dissidence du GIA.
– Katibat « el-Malaïka », dirigée par Yahia Sekrane (alias Abou Zakariah), qui opère entre Mérine — Dhaya — Telagh.
Katibat « en-Nakhla »

  • Zone V, qui couvre l’Est du pays (Sud-Constantinois — Batna), dirigée jusqu’en août 1999 par l’émir Nabil Sahraoui (alias Abou Ibrahim Moustafa), puis est remplacé par ► Amari Saïf (alias Abou Haïdara, alias Abderrazak el-Para)(23), juste avant sa défection pour le ► Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).
  • Zone VI, couvrant la zone Nord-Est — Jijel. Dès 1995, elle est placée sous le commandement de Mohammed Hellis (alias Abou Talha Al-Djanoubi), qui quittera le GIA en 1998 et sera abattu le 23 août de la même année par des membres de la Zone II (qui a basculé dans les rangs du GSPC). Il est remplacé par Youssef Houari (alias Abou Omeïr Moustafa, alias Abou Omar).
    Katibat « el-Houda wa en-Nour » dirigée par les émirs Yahia et Hamza, dont 52 membres se sont rendus, et ont remis leurs armes, aux autorités le 8 septembre 1999, en échange de la libération de quatre (finalement réduits à trois) émirs de l’AIS par les forces de sécurité.(24) Elle était active dans le secteur de Jijel.
    Katibat « el-Mourabitoune » active dans la région de Jijel et les monts de Guerrouch comptait 150 membres bien organisés (1999).
    – Katibat « Abou Omeïr »
  • Zone VII (Est — Souk-Ahras)
    – Katibat « el-Ghaliboune » dirigée par ► Mezhoud (alias Abou Moua’ad)(25) et opérant dans la région de Bantous, Bissi, Oued Souden et Fil-Fila)
  • Zone VIII (Sud — Béchar — Tindouf — Tamanrasset), qui résulte de la fusion décidée par Antar Zouabri des Zones VIII et IX, afin de créer la « Zone Sud » (souvent évoquée sous l’appellation de « Zone IX »), qui sera sous la responsabilité de ► Mokhtar Ben Mokhtar.(26)

Subordination non confirmée :

Katibat « es-Saïoune », active dans le secteur de Tiaret (Zone III). Elle comptait encore 30 membres en 2000(27).
Katibat « el-Intikam », active dans la région de Tissemsilt (Zone III). Elle comptait encore 20 membres en 2000(28).
Seriyat « el-Djarah », dirigée par l’émir Yacine dans la région de Beni Amrane,
Seriyat « er-Rahmane » (« du Clément »), dirigée par Hodeifa, dans la région de Boumerdès (Zone II),

Les dissensions internes et l’efficacité croissante des forces de sécurité affaiblissent le GIA. Entre 1992 et 2002, 600 de ses combattants sont tués. En 2003, les effectifs du GIA sont évalués à 70-100 combattants, qui opèrent dans une zone opérationnelle réduite au centre du pays, notamment dans les régions montagneuses de Blida — Médéa. Son déploiement se répartit comme suit :

  • Au centre, dans la région de Métidja et Ouarsenis, environ trente combattants d’une partie de la Katibah « el-Khadra », restés fidèles au GIA et dirigés directement par l’émir Rachid Oukali (alias Abou Tourab) et environ vingt combattants de la Katibat « es-Sahel », dirigés par Miloud Belchoul (fin 2002), actifs dans la région de Gouraya.
  • A l’Ouest, quelques cellules ne dépassant pas cinq combattants chacune, constituant la Katibat «er-Rahmane» (« du Clément »), (qui a incorporé les restes de la Katibat « es-Saïhoune » en 2000) dirigée successivement par l’émir Moustafa Khalfa (alias « Okkacha »), l’émir Bendhina, l’émir Abou Tourab, l’émir Lyas Tachtache et l’émir Moustapha Kartali, dans les maquis de Chlef, Relizane, Tissemsilt et Tiaret.
  • A l’Est, une dizaine de terroristes dispersés entre les maquis d’Annaba, le massif des Babors, Mila et Skikda.
  • Au Sud, une dizaine de terroristes regroupés dans la Katibat «el-Fath» dans les monts du sud de Djelfa et une dizaine d’autres appartenant à la Katibat «el­Ghoraba» dans le djebel Grouz.

A la fin 2006, avec la Charte de Réconciliation nationale et l’amnistie qui lui est associée (valable jusqu’au 31 août 2006), le GIA est définitivement considéré comme éteint, malgré la survie d’un groupe basé à Ksar el-Boukhari et la Katibat « Jound Allah » d’Aïn Djefla finalement intégrés dans le GSPC au début 2007.

Opérations

Le GIA a dû adapter des méthodes d’action à ses ressources. Les kataeb, autrefois constituées d’une centaine de combattants chacune, sont aujourd’hui réduites à 5­20 hommes. Avec l’effondrement de ses effectifs dès 1999, le GIA adopte de nouvelles techniques. Ainsi, il passe de tactiques « linéaires » à des tactiques dites « nucléaires », avec de très petits groupes de combat, très mobiles et agissant de manière décentralisée, difficiles à localiser. C’est notamment le cas des Kataeb « en-Nasr » et « es-Sunna », qui engagent de petits groupes de combat et travaillent à l’explosif(29).

Les attentats et assassinats sont généralement commis à l’arme légère. La pratique de l’égorgement à l’arme blanche et de mutilations particulièrement brutales, similaires à ce qui avait très largement été observé durant la guerre d’Algérie, est très répandue.

Contrairement à d’autres mouvements terroristes islamistes, comme le ► Hamas ou le ► Djihad Islamique, la pratique de l’attentat-suicide est peu répandue auprès du GIA, dont on ne connaît que deux exemples : la tentative de faire écraser un avion d’Air France sur Paris en décembre 1994 et l’attentat du 30 janvier 1995 (voir ci-dessous).

Attentats à la bombe

Alors que l’Algérie n’avait connu « que » 128 attentats à la bombe entre 1992 et 1994, cette méthode d’action s’est brusquement développée de manière dramatique. Le 30 janvier 1995, le spectaculaire attentat (42 morts) du boulevard Amirouche, à Alger, où les deux « kamikaze » du GIA ont précipité leur Range Rover contre le commissariat central met en évidence cette nouvelle forme de l’action terroriste.

La recrudescence des attentats à la bombe s’explique par le développement de collaboration internationale entre le GIA et des mouvements comme le Hezbollah libanais et des contacts avec des sources d’approvisionnement en explosifs.

En 1997, les forces de l’ordre ont découvert et démantelé un important atelier de fabrication des ► bombes à Ouled Allel, au Sud d’Alger, mais il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg et on trouve dans presque chaque zone du GIA des spécialistes en explosifs. Les bombes sont de conception artisanale, utilisant le plus souvent des éléments de plomberie et de la poudre noire, voire des clous et de la ferraille pour accroître l’effet vulnérant. Le piégeage des maisons et villages attaqués est également pratiqué de manière courante.

Groupe Islamique Arme (GIA)_Engins explosifs en Algerie (1995-2002)

Opérations en France

La raison des opérations du GIA en France reste encore une énigme aux réponses sans doute multiples. Parmi les facteurs d’explication, mentionnons :

  • Les liens historiques entre les deux pays et le rôle de la France comme premier partenaire économique de l’Algérie, ce qui en faisait, aux yeux du GIA, un soutien au pouvoir algérien.
  • Le rôle de la France dans le démantèlement de certains réseaux logistiques du GIA
  • La tentative d’impliquer la France dans le conflit algérien afin d’infléchir la politique du gouvernement d’Alger.

L’attentat la plus spectaculaire du GIA prévu en France aurait été l’écrasement d’un avion de ligne sur Paris. C’était apparemment l’objectif du détournement d’un Airbus d’Air France, empêché grâce à l’intervention réussie du Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) sur l’aéroport de Marignane, le 26 décembre 1994. Il est vraisemblable que cette tentative a constitué la base de réflexion des auteurs des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

En 1995-96, des réseaux liés au GIA lancent une campagne d’attentats à la bombe en France. Entre le 11 juillet et le 17 octobre 1995, neuf attentats seront perpétrés qui feront 13 morts et 283 blessés.

L’analyse d’une bombe dont le mécanisme de mise à feu n’a pas fonctionné permet d’identifier Khaled Kelkal, qui est abattu au cours d’une fusillade le 29 septembre 1995. Les services français arrêteront quelque 800 personnes, avant de démanteler les réseaux du GIA en France.

Attentats des réseaux du GIA en France (1995)

11.07.95 Double assassinat de la rue Myrha (Paris )(Me)
25.07.95 Station RER St-Michel (7morts et 85 blessés)
17.08.95 Avenue de Friedland (17 blessés)
26.08.95 TGV Lyon-Paris (pas de victime)
03.09.95 marché Richard Lenoir (3 blessés)
04.09.95 Sanisette place Charles Vallin (pas de victime)
07.09.95 voiture piégée devant une école israélite à Villeurbanne (30 blessés)
06.10.95 Station de métro Maison Blanche (10 blessés)
17.10.95 Station RER Musée d’Orsay (4 morts et 29 blessés)

En 1998, juste avant la coupe du monde de football, la France, en collaboration avec les autres pays européens, a lancé une vaste opération préventive contre le GIA. En fait, il n’y a pas d’indice très précis, mais une « agitation intense des réseaux » surveillés et des propos ambigus captés par le renseignement électronique, ont entraîné une action « préventive » en France (53 interpellations), en Belgique (6), en Italie (9), en Suisse (3) et en Allemagne (5). En Belgique, la police a saisi des armes, des détonateurs et des faux papiers.(30)

Deux semaines avant la Coupe du monde en France, en mai 1998, ► Adel Mechat (29 ans) considéré comme le bras droit en Europe d’un émir dissident du GIA, a été arrêté à Meckenheim près de Cologne (Allemagne) avec des écrits et tampons « officiels » du GIA.

Le 11 juin 1999, après quatre ans de silence, par une lettre de menaces adressée à la presse, le GIA annonce un ► djihad sur le territoire français, et menace la France d’un « déluge de terreur » pour « la gloire de l’islam ».

Le 19 juin 2000, peu avant le championnat d’Europe de football, ► Adel Mechat et deux codétenus à la maison d’arrêt de la Santé à Paris, sont placés en surveillance spéciale « à titre préventif» par la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) en raison d’éventuelles menaces d’attentat sur l’Euro 2000. Les services français ont été informés par le BVD(31) néerlandais des « contacts téléphoniques » interceptés entre des islamistes intégristes fichés aux Pays-Bas et en France. Le numéro de portable et le traçage des appels permettent très rapidement de localiser leur origine dans la cellule des trois détenus, à la maison d’arrêt de la Santé.

Liens avec l’étranger

Hors d’Algérie, le GIA a des antennes en France, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Italie et en Suède. Une partie des réseaux du GIA actifs en France sont établis en Grande-Bretagne. Il en est ainsi d’► Abdelkader Benouis (alias Abou Fares) vivant en exil (grâce aux aides sociales britanniques !) dans le quartier d’Hammersmith, à l’ouest de Londres et qui aurait commandité les attentats de l’été 1995 et directement impliqué dans l’attentat perpétré devant la station de métro parisien Maison Blanche, le 6 octobre 1995, et qui avait fait 10 blessés. Ex­« afghan », il avait été condamné à mort par contumace en Algérie pour l’attentat contre l’aéroport d’Alger en 1992 qui avait fait neuf morts et 123 blessés.(33)
(1)Wilaya — zone administrative (département)
(2)Le Monde, 11.11.1997
(3)« el-qawaïd el-assassiyyat el-moufliha lil Jama’at el-islamiyyat el-mousselahat », ► Chérif Gouasmi
(4)« Kataeb » est le pluriel arabe de « katibah ». Il est souvent traduit par « brigades » ou « phalanges », mais il équivaut en général à une compagnie dans les structures militaires « classiques ».
(5)L’Expression, 18.08.2002
(6)L’Expression, 20.11.2003
(7)El Watan, 23.06.1999
(8)Ce jound aurait été anéanti en 2001.
(9)On mentionne deux kataeb « el-Khadra » : l’une basée à Blida, garde prétorienne de l’émir national du GIA, et l’autre, dans les environs de Médéa.
(10)El Watan, 07.04.1999
(11)A cette occasion l’émir Belhout serait devenu émir de zone du GSPC
(12)El Watan, 11.02.2006
(13)Promu « émir de jound », Omar Chaouch change son alias. (Le Matin d’Algérie, 30.04.2003)
(14)Le Matin, « Cinq katibate pour semer la mort », Mohamed Hissami, 30.04.2003
(15)El Watan, 14.11.98
(16)AFP, 15.01.2000
(17)Les cinq membres ► Abdelkader Yahia (alias Abou Darda’ê el-Mouhadjer) chargé du cabinet de l’émir, ► Hadj Brahimi  (alias Anas Abou Abderrahmane), trésorier, ► Youcef Nadji (alias Okkacha Abou Assem), ► Laïd Tadj (alias Abdellatif Abou Zahra), ► Mohamed Kouider (alias Akerma Abou El Harath) et ► Khaled Belhachemi (alias Oussama Abou Zoheir) chefs de seriyat. (Le Matin d’Algérie, 27.07.2002)
(18)AFP, 15.01.2000
(19)El Watan, 23.05.99
(20)AFP, 15.01.2000
(21)AFP, 15.01.2000
(22)Référence aux combattants de la bataille d’Al-Badr (mars 624), la première grande bataille du Prophète Mohammed. Comme l’armée du Prophète, ► Kada Benchicha s’attachera à ce que cette katibah ait en permanence 350 combattants. (Mohammed Issami, « Enquête : au coeur des maquis de l’Ouest », Le Matin, 10.07.2002)
(23)On trouve également les noms d’Abderrazak Messaoud (alias el-Para, alias Ammari Saïf), d’Abderrazak Lamari ou encore Abou Haïdara Abderezzak Amari el-Aurassi, qui est le nom sous lequel il a revendiqué l’enlèvement de touristes occidentaux dans le sud algérien en 2003 (El-Khabar, 23.08.2003)
(24)AP, 09.09.1999
(25)Mezhoud deviendra plus tard émir de la Zone VII du GSPC et sera éliminé par les forces de sécurité algériennes en octobre 2005 (el-Watan, 20.10.2005)
(26)Liess Boukra, Algérie — La terreur sacrée, Favre, Lausanne (Suisse), février 2002, p. 268
(27)AFP, 15.01.2000
(28)AFP, 15.01.2000
(29)Le Matin et El Watan, 05.09.1999
(30)La police belge découvre des armes de poing, un fusil d’assaut Kalachnikov, un pistolet-mitrailleur Uzi, 375 grammes d’explosifs et un lance-roquettes antichars LAW (Light Antitank Weapon).
(31)Binnenlandse Veiligheidsdienst (Service de Sécurité Intérieur), responsable à la fois des renseignements intérieurs et extérieurs des Pays-Bas. Depuis 2002, il est remplacé par l’Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst (AIVD) (Service de Sécurité et de Renseignements Généraux), qui remplit les mêmes fonctions.
(33)AFP, 08.11.95