Groupe Khorasan

(Syrie) Groupe terroriste ainsi désigné par les Etats-Unis, mais dont l’existence n’est pas avérée par d’autres sources. Le nom « Khorasan » semble avoir été donné par les Américains eux-mêmes (comme cela avait été fait avec « Al-Qaïda ») en reprenant le nom donné par l’Etat Islamique à la région de l’Asie Centrale. Le groupe serait composé de vétérans d’Afghanistan. Ce groupe, sur lequel très peu d’information semble disponible, serait fort d’une cinquantaine d’individus.

« Khorasan » aurait été dirigé par Muhsin al-Fadhli et prétendu proche d’Oussama bin Laden. Né le 24 avril 1981, il aurait été le financier d’ « Al-Qaeda » et aurait été l’un des rares à être au courant de l’opération du 11 septembre 2001, ce qui place son ascension dans le groupe terroriste entre les âges de 15 et 20 ans, ce qui semble assez jeune compte tenu de l’âge et de l’expérience des autres cadres du groupe à cette époque. On lui attribue une collaboration avec « Al-Qaïda en Iran » (en suggérant qu’il aurait travaillé avec les autorités iraniennes contre les intérêts américains), alors que les mouvements terroristes sunnites en Iran (notamment au Baloutchistan) sont soutenus par les Etats-Unis (voir Hersh Seymour, « Preparing the Battlefield », The New Yorker, 07.07.2008). Muhsin al-Fadhli aurait été tué lors d’une frappe aérienne américaine en Syrie le 24 septembre 2014, soit quelques jours seulement après la divulgation de l’existence du groupe.

L’existence du Groupe Khorasan annoncée par les autorités américaines en septembre 2014 reste très controversée.  Pour de nombreux experts, il s’agit d’un habillage nouveau pour des activités terroristes qui ne sont pas nécessairement le fait d’un groupe constitué. Certains experts expliquent son « apparition » pour maintenir l’image d’une menace terroriste après la disparition d’ « Al-Qaïda », annoncée à de multiples reprises, notamment après 2011. Ce groupe pourrait avoir été « imaginé » par les Etats-Unis afin de justifier des frappes sur le territoire syrien (alors qu’initialement les frappes aériennes annoncées par le Président Obama devaient concerner l’Irak et viser à protéger les minorités, dont les Kurdes – des actions de l’Etat Islamique.

Le développement brutal de l’Etat Islamique, qui résulte essentiellement de la politique américaine (et de la « Nouvelle Europe ») en Irak a donné une dimension nouvelle à l’image de la menace qui prévalait en Occident.

En réalité, les menaces terroristes islamistes sont le résultat direct de l’attitude des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne à la fin de la première guerre du Golfe et de leur refus de quitter l’Arabie Saoudite. La succession d’attentats qui a frappé les USA pour culminer le 11 septembre 2001 visaient à faire pression pour un retrait des troupes d’Arabie Saoudite (ce que les Américains ont fini par faire en 2005, et n’avaient pas pour objet une lutte mondiale contre la Chrétienté, comme l’on présenté les Etats-Unis. Les diverses interventions occidentales dans les affaires intérieures des pays musulmans (qu’elles aient été ou non en faveur des islamistes) sont considérées par les islamistes comme une tentative des pays occidentaux pour exercer une domination sur la communauté musulmane. C’est cet interventionnisme (quelle que soit sa forme : militaire, politique ou humanitaire) qui alimente le Djihad. Tout comme l’annonce des frappes françaises et américaines en Irak et en Syrie a provoqué un regain d’intérêt des combattant djihadistes étrangers (lire : occidentaux), il n’est pas surprenant que de nouvelles cellules terroristes se créent pour répondre à l’action occidentale.

Le degré de sophistication des moyens utilisables par ce groupe – en particulier les bombes – sans être impossible semble relativement improbable. Il s’apparente avec la menace d’explosifs liquides binaires brandie par les services britanniques et américains en août 2006 (et à cause de laquelle les services de sécurité aéroportuaires continuent à récolter les bouteilles de vin dans les bagages) et semble avoir été davantage une vue de l’esprit qu’une menace réelle.

Il est intéressant de constater qu’après une brève campagne médiatique initiée par les Etats-Unis en septembre 2014, le Groupe Khorasan semble avoir complètement sombré dans l’oubli dès la mi-octobre, malgré le danger majeur qu’il semblait présenter pour les USA et en dépit de l’échec des frappes américaines contre ce groupe en Irak. Il est cependant difficile de déterminer à ce stade si cette menace est concrète, le résultat d’une manipulation de l’information ou une manifestation de l’incompétence des services de renseignements occidentaux.