guérilla urbaine

Forme de combat développée en Amérique latine pour les grands centres urbains, par le Brésilien Carlos Marighella, dans son Mini-manuel de Guérilla Urbaine, écrit en 1969. Elle constitue une alternative à la théorie du foco de Che Guevara, qui prônait le départ de la révolution dans les campagnes.

Le processus est initié par l’action terroriste de petits groupes révolutionnaires. Celle-ci doit déclencher une forte répression et une réponse vigoureuse de l’Etat, accompagnée de limitations massives des droits et libertés. Cette vive réaction de l’Etat doit ainsi provoquer un soulèvement des masses populaires.

«Il est nécessaire de transformer une crise politique en une crise armée en menant des actions violentes qui vont forcer ceux qui sont au pouvoir à transformer une situation militaire en une situation politique. Cela aliénera les masses, qui, à partir de ce moment-là, se révolteront contre l’armée et la police et leur reprocheront cet état de choses. »

« Le gouvernement n’a pas d’autre alternative que d’intensifier sa répression. Les réseaux policiers, les fouilles de maisons, les arrestations de suspects et de personnes innocentes, et les barrages routiers rendent la vie insupportable. La dictature militaire s’engage dans une persécution politique massive. L’assassinat politique et la terreur policière deviennent routine.

« En dépit de cela la police échoue. Les forces armées, la marine et les forces aériennes sont mobilisées pour mener des opérations de police de routine. (…)

« La population refuse de collaborer avec le gouvernement, et le sentiment général et que le gouvernement est injuste, incapable de résoudre les problèmes, et contraint à la liquidation physique de ses opposants. La situation politique dans le pays se transformant en une situation militaire dans laquelle les « gorilles » apparaissent de plus en plus comme responsables de la violence, tandis que la vie du peuple se détériore. ► Carlos Marighella 

Ce type de terrorisme s’accommode mal des solutions politiques ou pacifiques. L’action politique — telle qu’elle est envisagée ici — ne peut exister qu’à travers la confrontation armée. C’est la raison pour laquelle certains mouvements révolutionnaires cherchent systématiquement à saper les efforts de paix, et mènent une stratégie de provocation perpétuelle. En Europe, c’est par exemple la stratégie de l’armée républicaine irlandaise jusqu’au début des années 90, de l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) basque, et des mouvements indépendantistes corses de la première génération.

L’ETA basque avait ainsi perpétré l’attentat du 20 décembre 1973, contre l’amiral Luis Carrero Blanco, qui avait prôné le rapprochement du gouvernement avec les partis de gauche. Cette même ETA qui avait tué 45 personnes durant la dictature franquiste en a tué quelque 765 depuis l’avènement de la démocratie. Cette apparente différence de stratégie ne s’explique pas seulement par la diminution de l’appareil répressif espagnol, mais par une stratégie révolutionnaire de long terme.

L’exemple « classique » de la guérilla urbaine est celui des Tupamaros en Uruguay, de l’ERP et les Montoneros en Argentine au début des années 70. Toutefois, pratiquée dans une société qui n’était pas encline à la révolution marxiste, la guérilla urbaine n’a pas constitué le ferment attendu d’un mouvement plus large et, au contraire, la population s’est retournée contre les révolutionnaires.

Une forme édulcorée du concept de guérilla urbaine est utilisée par l’ETA et appelée Kale Borroka. Elle est un mélange de désobéissance civile et d’actions violentes, qui constitue une alternative à la lutte « dure », particulièrement utilisée durant les trêves afin de maintenir la mobilisation des militants basques.