Hezbollah (Turquie)

Autres appellations : Hizbullah
Hisbullahi Kurdi Shorishger (Hezbollah Kurde Révolutionnaire)(1)

(Turquie) (Parti de Dieu) Mouvement fondamentaliste radical turc, fondé par Hüseyin Velioglu. Il opère principalement dans le sud-est de la Turquie dans le secteur de Bingôl et aurait des bases en Irak. Ses effectifs ne sont pas connus, mais évalués à quelque 4 000 combattants. Il est indépendant du ► Hezbollah libanais, dont il se distingue essentiellement par le fait qu’il est d’obédience sunnite et non chiite, comme son homonyme libanais. Par ailleurs, sa base populaire est pratiquement inexistante.

Le Hezbollah turc est apparu dans la région de Diyarbakir au début des années 80. En fait il semble que plusieurs organisations sont apparues simultanément à Diyarbakir, Batman et Istanbul. A Diyarbakir, le centre de gravité du mouvement est la librairie Vahdet où se réunissent les islamistes. Parmi ces derniers, on trouve Irfan Cagirici — qui deviendra chef du groupe Action Islamique en 1993, Ekrem Baytap — autre cadre d’Action Islamique durant les années 80 — et Nejat Atiker ­alors membre du Parti du Mouvement National (MHP), ainsi que les chefs historiques du Hezbollah turc : Hüseyin Velioglu, Fidan Gungor, Abdullah Yigit, Mollah Mansour Guzelsoy et Ubeydullah Dalar.

Le Hezbollah se fera connaître lors de ses premiers affrontements avec le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), qui stimuleront les divisions internes du Hezbollah.

Bien que certaines sources mentionnent une certaine bienveillance à l’égard du Hezbollah du gouvernement turc, qui voyait là un moyen pour lutter contre l’influence du ► Parti des Travailleurs Kurdes (PKK). Les relations ambiguës entre le Hezbollah et les forces de police en zone kurdes — où les exactions du Hezbollah contre les militants kurdes sont fréquentes — l’ont fait surnommer « Hizbi-Kontras » (Parti des Contras)(2).

En 1991, après diverses actions du PKK contre le Hezbollah, diverses tendances apparaissent quant à la stratégie à adopter contre le PKK, le mouvement se scinde alors en plusieurs factions parfois rivales :

  • Ilim (ou Ilimciler ou Hezbollah Ilim), dirigée par Hüseyin Velioglu, de tendance sunnite, la faction la plus importante et la plus violente. A la fin des années 90, ses effectifs sont évalués à quelque 20 000 militants. Entre 1991 et 1995, la faction Ilim a été rendue responsable de près de 500 des 700 assassinats commis durant cette période en Turquie. Elle prône l’emploi immédiat de la violence et affronte violemment, puis évince la faction Menzil, sa principale rivale.
  • Menzil (ou Menzilciler ou Hezbollah Menzil), dirigée par Fidan Gungor, Mansour Guzelsoy et Ubeydullah Dalar. Ses principaux dirigeants ont été éliminés par la faction Ilim en 1996. La faction Menzil considère que le moment n’est pas encore propice à l’action violente et mène ses activités dans les secteurs d’Adana, Sanliurfa, Mus, Bingol,Van et les zones urbaines de Diyarbakir, Mardin et Batman, puis, affaibli, disparaît progressivement de certaines régions. Un grand nombre de ses membres ont rejoint le groupe Ilim.
  • Les groupes « Dawn » et « Action Islamique », qui coexistent à Batman.

En 1997, 89 de ses membres sont jugés pour un total de 113 meurtres. Le Hezbollah turc s’est rendu coupable de crimes particulièrement brutaux. Probablement en collusion avec la mafia turque, il pratique l’enlèvement contre rançon et l’assassinat.

En 1999, le Hezbollah turc est responsable de quelque 302 attentats à la bombe. En 2000, ce chiffre tombe à 94 en raison de la lutte acharnée des organes de sécurité turcs.

En janvier 2000, la police turque déclenche une opération contre le Hezbollah et arrête quelque 900 de ses membres. Au cours de l’opération, le chef de l’Ilimciler,

► Hüseyin Velioglu, est présumé tué tandis que ses deux principaux lieutenants Edip Gumus et Cemal Tutar sont arrêtés. Dès lors, le Hezbollah turc est officiellement considéré comme démantelé. Toutefois, le mouvement revendique encore quelque 20 000 membres structurés en cellules opérationnelles. En 2001, le mouvement est encore soupçonné d’être à l’origine de plusieurs attentats contre des personnalités politiques locales.

Le Hezbollah s’implante essentiellement dans le sud-est du pays et de réussit pas à se développer dans les grandes villes de l’Ouest du pays comme Istanbul. Alors que le Hezbollah libanais.

Hezbollah (Turquie)_Principales factions du Hezbollah turc

 

Certain membres du mouvement auraient rejoint le groupe Action Islamique ou le Beyyiat el-Imam, tous deux d’inspiration iranienne.

Idéologie

Contrairement à son homonyme libanais, le Hezbollah turc est d’obédience sunnite et est associé au mouvement radical des kharijites qui perçoit le monde divisé entre Croyants et Non-Croyants, les Croyants ayant pour mission de remettre dans le droit chemin les autres groupes ayant dévié du « véritable Islam, ». Cette compréhension conduit le Hezbollah à lutter contre le régime séculier du gouvernement turc et à chercher à instaurer un gouvernement islamiste.

Structure

Le Hezbollah turc a trois niveaux de conduite :

  • Un exécutif composé de deux personnalités : un chef spirituel, chargé de l’éducation religieuse des membres et de leur motivation pour l’action et un chef politique, responsable de la conduite des opérations. Sous Hüseyin Velioglu, les deux fonctions étaient rassemblées en un seul individu.
  • Un conseil supérieur (Sura), qui rassemble les personnalités les plus influentes du mouvement et prennent les décisions stratégiques. C’est la Sura qui contrôle les branches armée et politique du mouvement.
  • Des Conseils locaux, divisés en branche politique et militaire. Le chef du conseil local assure la conduite opérative des opérations terroristes. Les branches militaires sont relativement petites et comptent moins de dis personnes. Chaque équipe de combat est composée d’un chef — qui assure la conduite opérationnelle ou tactique du groupe — et de 3-4 combattants.

(1)Appellation usitée dans la partie kurde de la Turquie et dans le Kurdistan irakien.
(2)Par analogie aux Contras du Nicaragua. Le magazine turc «2000’e Dogru », en février 1991, a même publié des interviews de membres du Hezbollah prétendant avoir reçu une formation auprès des forces de police de Diyarbakir.
(3)Selon les sources officielles Hüseyin aurait été tué le 17 janvier 2000.