Hezbollah

HezbollahAutres orthographes : Hizb ‘Allah, Hizbollah, Hesbollah

Autres appellations et organisations-filles:
Djihad al-Islami (Djihad Islamique),
Djihad Islamique pour la Libération de la Palestine.
Mostazafin (Organisation des Oppressés sur la Terre),
Organisation de la Justice Révolutionnaire,
Organisation Islamique de Libération;
Pasdaran Inqilab (Gardes de la Révolution);
Résistance Islamique

Autres appellations US:
Hizballah
Ansar Allah
Followers of the Prophet Muhammed

Islamic Jihad
Islamic Jihad for the Liberation of Palestine
Islamic Jihad Organization
Organization of Right Against Wrong
Organization of the Oppressed on Earth
Revolutionary Justice Organization
the Party of God

(Liban) (Parti de Dieu) Mouvement chiite fondamentaliste radical, qui a pour objectif principal la libération des territoires occupés par Israël au Liban. La date de sa création n’est pas connue avec précision et se situerait entre 1983 et 1985. Il s’appuie sur la forte minorité chiite du Liban et reçoit un soutien financier et politique de l’Iran. Ses objectifs sont édictés dans un manifeste rendu public le 16 février 1985(1) :

  • « Expulser les Américains, les Français et leurs alliés du Liban et terminer toute présence colonialiste sur notre territoire;
  • Soumettre les Phalanges [chrétiennes] à l’autorité de l ‘Etat et les crimes commis contre les Musulmans et les Chrétiens à la justice ;
  • Permettre aux fils de notre peuple de déterminer leur futur et de choisir en toute liberté la forme de gouvernement qu’ils désirent. Nous les encourageons à choisir l’option d’un gouvernement islamique qui seul est capable de garantir la justice et la liberté pour tous. Seul un régime islamique pourra arrêter les futures tentatives d’infiltration impérialistes dans notre pays. »(2)

Sur un plan plus doctrinal, l’action du Hezbollah se base sur deux principes :

  • Mouqawama (Résistance), qui a pour objectif la libération de tous les territoires libanais encore occupés par Israël ;
  • Moumana ‘a (Immunisation), qui vise à préserver la population islamique de la « contamination » de la société occidentale.

Historique

En 1982, l’intervention israélienne au Liban – dirigée contre les forces du Fatah de Yasser Arafat – a été reçue assez favorablement par la communauté chiite du Sud-Liban, qui avait été « submergée » par le flux des réfugiés palestiniens depuis la fin des années 60. Malheureusement, la réponse israélienne n’a pas su (ou voulu) profiter de ces divergences et a traité les diverses factions sud-libanaises avec une égale rigueur, provoquant rapidement un rejet de la présence israélienne.

Les attentats contre les troupes américaines et françaises le 23 octobre 1983 (connus à l’avance des services israéliens, mais non communiqués aux deux pays concernés dans l’espoir de les voir impliqués plus durablement au Liban) [voir Ostrovsky Victor & Hoy Claire, By Way of Deception, New York, 1990. Victor Ostrovsky est un ex-agent du Mossad israélien] qui sont souvent attribués au Hezbollah ont en fait été commis par le « Djihad Islamique », une constellation mal définie de groupuscules terroristes qui existait avant la création du Hezbollah.

Jusqu’en 1986, le Hezbollah se constitue en amalgamant un certain nombre de groupes et factions plus anciens, comme the al-Daawa, l’Association des Etudiants Musulmans, Al-Amal al-Islamiyya et le ► Djihad Islamique, avec apparemment des liens avec des groupes terroristes non-chiites comme la ► Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise (FARL) et sur l’ ► Armée Secrète Arménienne de Libération de l’Arménie (ASALA) qui avaient une grande expérience opérationnelle. Son budget annuel est évalué à 100 millions de dollars (1995), qui sont en grande partie couverts par l’aide accordée par l’Iran, ainsi que par les contributions de la communauté chiite libanaise. Ses effectifs au Liban sont évalués à 40 000 hommes (1993).

Par l’Accord du Taef (24 octobre 1989), conclu sous la pression de la Syrie, le Hezbollah est devenu un acteur majeur de la scène politique libanaise, qui participe au gouvernement — tout en conservant ses milices. Outre ses liens étroits avec l’Iran, il a des liens ambigus avec la Syrie, qui relaie souvent l’Iran.

Dès sa création, le Hezbollah bénéficie de l’appui de l’ayatollah ► Ali-Akbar Mohtashami, ambassadeur d’Iran en Syrie et proche de l’ayatollah Khomeiny. C’est lui qui a développé la logistique et l’armement du Hezbollah au Liban. Toutefois, la Syrie, dès le début des années 90, a tenté de mettre un frein aux livraisons d’armes de l’Iran. Mais, en vertu d’un accord passé entre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah (mai 1991), ce dernier est autorisé à porter les armes sur le sol libanais contrairement aux autres milices qui ont été désarmées.

Dès les premières élections parlementaires de l’après-guerre, en 1992, le Hezbollah a gagné 12 sièges au Parlement. Sa présence s’est sans cesse renforcée à chaque élection (1996, 2000 et 2005). Le départ des Israéliens du Sud Liban (25 mai 2000) est considéré comme une victoire majeure du Hezbollah et a largement contribué à améliorer sa popularité. En 2006, le Hezbollah occupe 23 des 128 sièges du Parlement libanais. Un membre du Hezbollah Mohammed Fneish, a le ministère de l’Energie et de l’Eau.

Le départ des forces israéliennes semble placer le Hezbollah dans un dilemme stratégique : organiser et consolider sa présence politique au Sud Liban ou déplacer l’épicentre de son action vers le soutien de la cause palestinienne en Israël. En effet, depuis le début des années 2000, son influence s’est accentuée en Cisjordanie, où il a bénéficié de la perte d’influence du Fatah et où il rivalise avec le Hamas. Les affirmations israéliennes selon lesquelles le Hezbollah soutiendrait le Hamas dans les territoires occupés semblent être en contradiction avec la rivalité traditionnelle politique — et religieuse — qui oppose les deux mouvements.

Le Hezbollah revendique la libération de quelque 10 000 prisonniers — dont 2 000 libanais — détenus par Israël. En 2004, un échange de prisonniers a eu lieu sous l’égide de l’Allemagne. 430 libanais ont été libérés contre 3 israéliens. En juillet 2006, un commando du Hezbollah capture deux soldats israéliens afm de les échanger contre des prisonniers détenus par Israël. Cette action conduira à l’offensive israélienne au Sud-Liban.

Développements récents

Le Hezbollah a été créé à la suite de l’occupation israélienne du Sud-Liban (alors pour lutter contre la présence des mouvements terroristes palestiniens). Après le retrait israélien de 1983 au sud du fleuve Litani, le Hezbollah acquiert une formidable popularité en participant à la reconstruction des infrastructures et en assurant l’assistance sociale pour réparer les dommages causés par l’armée israélienne.

Conformément à son objectif, le Hezbollah revendique la libération de tous les territoires occupés par Israël au Liban. Depuis le 25 mai 2000, date du retrait israélien sur les frontières internationales, le Liban continue à revendiquer la libération d’une petite bande de terre qui jouxte le Golan occupé par Israël, les « Shabaa Farms ». Cette revendication, ainsi que le risque d’une intervention israélienne au Liban constitue le prétexte pour le Hezbollah de maintenir une force armée au Sud Liban.

Avec le déclenchement de l’Intifada en octobre 2000, le Hezbollah, privé de sa légitimité de combattre par le retrait israélien du Liban-Sud en mai 2000, retrouve un motif pour poursuivre sa lutte contre Israël. Sa chaîne de télévision Al-Manar est mise au service de l’Intifada. Le 7 octobre 2000, le Hezbollah capture trois militaires israéliens, qui seront tués durant l’opération. Des escarmouches entre le Hezbollah et l’armée israélienne dans le Golan suivent, insuffisantes pour provoquer une réponse trop vigoureuse d’Israël, et suffisamment présentes pour maintenir une pression sur le front Nord.

Le Hezbollah mise alors sur le fait que le gouvernement israélien cherche à ne pas enflammer la situation. Mais la victoire du Likoud aux élections de février 2001, et l’arrivé d’Ariel Sharon à la tête du gouvernement, provoque des changements de stratégies. L’attaque du Hezbollah sur une position israélienne, le 17 avril 2001, conduit à un raid de représailles sur la station radar syrienne de Dahr al-Baïdar (Liban), qui tue quatre militaires syriens. Le même scénario se répète le ler juillet avec une riposte israélienne sur la station radar de Riyaq (Liban). La stratégie israélienne est donc d’éviter de donner des prétextes au Hezbollah pour s’engager dans une spirale de représailles, et inciter la Syrie à faire pression sur le Hezbollah pour qu’il cesse ses actions. Mais le Hezbollah n’entre pas dans la logique israélienne et poursuit dans la voie d’une spirale de représailles. L’absence de réaction syrienne aux actions du Hezbollah légitime ces dernières et confère indirectement au Hezbollah un rôle glorificateur.

Avec le déclenchement de l’Opération Remparts par l’armée israélienne, en mars 2002, le Hezbollah voit une opportunité de s’engager davantage dans le conflit. Il mène des actions audacieuses le long de la frontière Nord d’Israël, notamment contre le village de Shlomi, qui fait 7 morts et contre les positions israéliennes du Golan. Le spectre d’une escalade conduisant à une opération de grande envergure contre le Liban se dessine. L’appel du Secrétaire d’Etat Colin Powell, en avril 2002, adressé à la Syrie et au Liban pour qu’ils usent de leur influence afin de freiner le Hezbollah est un premier pas. Il est suivi peu après par le ministre iranien des affaires étrangères, Kamal Kharazi, en visite officielle à Beyrouth, qui réussit à ramener le Hezbollah à la raison. L’Iran vient d’être inclus dans l’ « axe du mal » par le Président Georges Bush et craint de voir les actions du Hezbollah servir de prétexte à une aggravation d’une situation déjà tendue.

Aux termes de la Résolution 1559 des Nations Unies,(3) toutes les « milices libanaises et non libanaises » armées au Liban — y compris le Hezbollah — devaient être désarmées et l’autorité militaire être cédée au gouvernement libanais. Le fait qu’Israël continue à occuper les Shabaa Farms au sud-est du pays a contribué à renforcer significativement l’importance et la popularité du Hezbollah de sorte que le gouvernement libanais n’est jamais parvenu à le désarmer. A ceci s’ajoute le fait que l’armée libanaise étant formée en grande partie de militaires chiites, le gouvernement s’est attaché à ne pas mettre en péril sa loyauté.

En juillet 2006, le Hezbollah enlève deux militaires israéliens afin de les échanger contre les prisonniers encore détenus par Israël. L’intervention israélienne qui s’en suit s’avérera être un succès stratégique pour le Hezbollah. Malgré les dommages considérables infligés par l’artillerie et l’aviation israéliennes à l’ensemble de du Liban, les combattants du Hezbollah parviennent à contenir l’adversaire avec ingéniosité, ténacité et des moyens relativement simples. Le succès du Hezbollah a plusieurs causes

  • La communauté internationale est critique à l’égard de la brutalité des frappes israéliennes, qui touchent l’ensemble de la population libanaise ;
  • Le réseau de défense mis en place par le Hezbollah au Sud-Liban est particulièrement efficace et perturbe considérablement la mobilité de l’armée israélienne, qui aurait dû constituer la clé de son succès.
  • Le simple fait d’avoir résisté à l’envahisseur, même si celui-ci était supérieur, a conféré au Hezbollah une auréole de succès, qui n’avait pas été comprise au préalable par les Israéliens (voir ► Djihad).

Structure politique

Dès sa création, le Hezbollah est dirigé par son fondateur, le Cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, jusqu’à la fin 1987. Fadlallah cède alors la conduite du parti à Cheikh Subhi al-Tufayli, mais reste le chef spirituel du Hezbollah. Dès mai 1991, la fonction de secrétaire général est assurée par le Cheikh Abbas Al-Moussaoui, ex-chef militaire du Hezbollah, qui sera éliminé le 16 février 1992 par un tir d’hélicoptères israéliens. En 1992, Cheikh Sayyed Hassan Nassrallah est élu secrétaire général du parti.

  • Le parti est dirigé par son Conseil Exécutif (Majlis ech-Choura al-Carar), sorte de « conseil des ministres », qui assure les activités journalières opérationnelles du parti en matière d’affaires budgétaires, militaires, sociales et politiques. Il est dirigé par Cheikh Nayim Kassem (2003), qui est également le vice­secrétaire-général du parti.
  • Le Conseil Consultatif (Majlis ech-Choura), compo§é des 12 membres les plus importants et les plus religieux du parti. Ils décident des activités du parti sur une base hebdomadaire.
  • Le Bureau Politique (Maktab as-Siyassi) est un comité de 15 membres du clergé dans les régions responsables de la coordination politique de
    l’ensemble. Il se réunit tous les trois mois.

Le Hezbollah a des structures régionales dans les provinces de la Bekaa (al-Biqa), du Sud-Liban (al-Janub) et de la périphérie ouest et sud de la capitale.

L’Appareil de Sécurité Spéciale (Jihaz al-Amn al-Khas)

L’Appareil de Sécurité Spéciale (ASS) du Hezbollah est à la fois l’organe de renseignement du parti et son service d’actions spéciales. Son directeur est ► Imad Fayez Moughniyeh, et son vice-directeur est Abdul Hadi Hamadi. Les responsabilités d’Imad Moughniyeh au sein du Conseil Consultatif s’étendent aux domaines suivants :

  • Appareil National de Sécurité Préventive, dirigé par Mohammad Hammoud, responsable de la sécurité personnelle des dignitaires du Hezbollah.
  • Appareil de Renseignement et de Sécurité Interne, dirigé par Salah Nun, chargé de surveiller la loyauté des membres du Hezbollah et d’empêcher les infiltrations par des mouvements rivaux ou les services de renseignements occidentaux / israéliens.
  • Appareil de Sécurité Central National, dirigé par Cheikh Hussein Khalil, responsable de l’infiltration des mouvements rivaux, voire de l’élimination d’opposants.
  • Organisation de la Sécurité Extérieure, responsable des activités terroristes à l’étranger et subdivisé en cellules régionales :
    – Cellule Europe, dirigée par Kharib Nasser et Abdul Hadi Hamadi, avec Wahid Ramadan pour la coordination des opérations entre le Hezbollah et les services iraniens.
    – Cellule Proche-Orient, dirigée par Abdul Hadi Hamadi
    – Cellule Moyen-Orient, dirigée par Ibrahim Aqil
    – Cellule Amérique du Nord, dirigée par ► Imad Fayez Moughniyeh
    – Cellule Amérique latine, dirigée par Hussein Khalil

L’ASS comprend également une unité de guerre psychologique, principalement dévolue à la diffusion de propagande. Egalement appelée « Hebrew Observation Department », elle est basée dans les studios de la télévision « Al-Manar »(4), à Haret Hreik. Elle est dirigée par ► Ahmad Ammar et pratique également une surveillance des activités électroniques israéliennes.

L’ASS a des contacts réguliers avec les services de renseignements et de sécurité iraniens (VEVAK). Selon certaines informations, le VEVAK aurait même la possibilité d’interroger des prisonniers au Liban avec l’accord de l’ASS.

L’ASS entretient également des relations étroites avec les services de renseignements syriens. Jusqu’à son enlèvement, ► Moustafa Dirani assurait les contacts entre les services.

Structure militaire

Le Conseil Consultatif comprend un Comité Militaire, qui prend les décisions militaires stratégiques. Les forces armées du Hezbollah sont conduites par le Cheikh Nabil Qaouk (2003).

Le bras armé officiel du Hezbollah est la ► Résistance Islamique (al-Mouqawama al-Islamiyya). Créée en 1983, après l’intervention israélienne afin de coordonner la résistance contre Tsahal et l’Armée du Liban-Sud (ALS), elle assure les opérations militaires au Sud-Liban et devient le bras armé du Hezbollah dès 1985. Ses effectifs seraient de quelque 4000 combattants bien entraînés et 5 000 sympathisants(5) articulés en trois régions militaires :

  • Beyrouth et Beyrouth-Sud, sous la responsabilité du secrétaire-général du Hezbollah, Cheikh Sayyed Hassan Nassrallah avec Cheikh al-Amin, responsable de l’Appareil de Sécurité Spéciale (Jihaz al-Amn al-Khas).
  • La vallée de la Bekaa, commandée par le cheikh ► Hussein al-Khalil (2003), qui dirige également le Jihaz al-Amn al-Khas dans la Bekaa, assisté de Moustafa Mahmoud Mahdi.
  • Le Liban-Sud, dirigé par Cheikh Nabil Qaouk, qui dirige également le Jihaz al­Amn al-Khas dans la région. Aux termes de l’Accord de Taef, la sécurité au Sud-Liban est placée sous le contrôle du Hezbollah.

En 1993, la Résistance Islamique s’est donnée de nouvelles structures de conduite, de façon à compliquer les actions israéliennes.

Les trois régions militaires sont relativement autonomes, essentiellement en raison de fonctionnalités différentes : la zone de Beyrouth est celle du pouvoir politique ; la Plaine de la Bekaa est la zone du recrutement et de la formation des combattants et autres personnels du parti, c’est dans cette zone que se situe la majeure partie des camps et bases du Hezbollah, tandis que la zone du Liban-Sud est la zone de combat.

Au Liban-Sud, le terrain a été renforcé et les structures opérationnelles adaptées pour accommoder des milices territoriales, avec des combattants issus des secteurs mêmes qu’ils protègent. La structure de conduite s’articule donc en districts et villages, avec des sections de combat d’une vingtaine d’hommes. La logistique est assurée par les populations mêmes. Ses militants se recrutent dans les communautés sunnite et chiite, mais les combattants chiites ont pris une place plus importante avec le temps.

Un des points forts du Hezbollah dans cette région est une solide légitimité qui fait que la population contribue à l’acquisition de renseignement.

Le Hezbollah dispose de formations de forces spéciales capables d’actions d’infiltration sur le territoire israélien. Equipées et armées comme les formations militaires israéliennes, elles peuvent passer relativement inaperçues en zone frontière et mener des actions de commandos, voire des « actions-suicide ». Il faut cependant relever que le Hezbollah opère comme une force de guérilla et non comme un groupe terroriste.

Hezbollah_Principales bases du Hezbollah au Liban

Les unités militaires du Hezbollah ont été (et peut-être sont-elles encore) assistées et instruites par des membres des Gardes de la Révolution iraniens, dont on estime que jusqu’à 2 200 combattants ont été stationnés à Baalbek(6) durant les années 80­90, et qui avaient leur quartier-général à la frontière libano-syrienne.

Le Hezbollah dispose également d’unités de renseignement opérationnel avec une capacité de renseignement d’origine électronique (ROEM). En outre, depuis août 2004, le Hezbollah est équipé de drones Mirsad-1 de conception iranienne, qui peuvent effectuer des missions de reconnaissance au-dessus du territoire israélien.(7)

Opérations

Le Hezbollah se veut être essentiellement une organisation de résistance à l’occupation israélienne du Liban (la zone de Shebaa Farms, qui reste revendiquée par l’Etat libanais) et contre une possible invasion israélienne. Son secteur opérationnel primaire est le Sud-Liban et la zone frontière avec Israël. Jusqu’au départ des forces d’occupation israéliennes, le Hezbollah a mené une guerre de résistance et de harcèlement contre les troupes, principalement au moyen d’attaques isolées (à la roquette, mines antichars et engions explosifs improvisés).

Groupes operationnels du Hezbollah
Martyrs Ahmad Mahmoud al-Mahdi
Martyrs Ali Mahdi
Martyrs d’Al-Hadj Moustafa Chaker
Martyrs de Bint Jbaïl
Martyrs de l’Islam
Cheikh Ragheb Harb

Il est capable de mener des opérations militaires offensives de portée limitée contre Israël, comme l’enlèvement des deux militaires le 12 juillet 2006 dans le secteur de Shtula. Il dispose de moyens d’artillerie, comme les lance-roquettes multiples BM­21, mais pas de moyens mécanisés lourds permettant des opérations offensives de grande portée. Organisée de manière militaire et conçue initialement dès 1993 pour conduire des actions clandestines contre l’occupant, Résistance Islamique s’est transformée en une armée de milice portant ouvertement les armes et capable de mener des opérations militaires légères.

La guerre de juillet 2006 a apporté quelques surprises aux services de renseignements israéliens :

  • La capacité des commandos du Hezbollah à pénétrer la frontière israélienne, réputée être l’une des mieux surveillées au monde, afin d’enlever deux militaires israéliens et d’en tuer huit autres.
  • L’emploi de missiles terre-mer C-802 de la classe Silkworm d’origine chinoise contre la corvette Ahi-Hanit de la classe Saar-5, qui a été détruite de manière totalement inattendue pour les Israéliens.
  • L’existence d’un réseau de communication simple, mais disposant de technologies modernes, notamment de fibres optique insensibles aux activités de brouillage électronique israéliennes.
  • Une forme de combat très efficace, sorte de combat en réseau, par de petites unités très mobiles, échelonnées dans la profondeur, solidement ancrées dans le paysage sociétal et géographique local.

Mouvement terroriste ou non ?

La question de savoir si le Hezbollah doit être considéré comme un mouvement terroriste divise les experts. S’il est indéniable que des membres du Hezbollah a participé à des actions terroristes (parmi lesquels Imad Moughniyeh), il est aussi vrai que le Parti de Dieu s’est engagé dans une voie politique dès 1992 et s’est attaché à reconstruire le pays. La présence israélienne au Sud-Liban lui a donné l’opportunité de mettre en place dune structure de résistance dans cette région, mais on ne peut réellement identifier une activité terroriste proprement dite.

Certains éléments du ► Djihad Islamique ayant rejoint ses rangs, les deux organisations sont souvent confondues. De plus, certains attentats exécutés avant la création du Hezbollah et sous la responsabilité d’autres groupes ont été attribués au Hezbollah. Mais, il serait inexact de prétendre que le Hezbollah a commis ces attentats et en soit responsable :

  • Attentat contre l’ambassade américaine de Beyrouth (18 avril 1983)
  • Destruction du quartier-général des US Marines à Beyrouth (23 octobre 1983)
  • Destruction du quartier-général des parachutistes français à Beyrouth (23 octobre 1983)
  • Attentat contre le quartier-général des forces israéliennes à Tyr (4 novembre 1983)
  • Attentat contre les Khobar Towers en Arabie Saoudite (25 juin 1996)

Les trois premiers étaient précédemment attribués au ► Djihad Islamique, tandis que la responsabilité de l’attentat contre les Khobar Towers n’a jamais pu être établie avec précision. L’alliance évoquée entre le Hezbollah et « Al-Qaïda » pour cet attentat serait un très surprenant rapprochement entre groupes sunnites et chiites — fondamentalistes de surcroît. Par ailleurs, l’intérêt du Hezbollah libanais dans cette opération apparaît pour le moins peu clair. Il n’est en revanche pas impossible qu’un groupe saoudien sunnite — sans lien avec son homonyme libanais — ait pris le nom de « Hezbollah » pour accomplir son acte.

Dans d’autres attentats, on trouve la signature d’Imad Moughniyeh, notamment les détournements du vol TWA 847 Rome-Athènes (14 juin 1985) et du vol Kuwaiti Airlines 422 Bangkok-Koweït-City (du 5 au 20 avril 1988), mais ici aussi, avant qu’il devienne un officiel du Hezbollah.

Durant les aimées 90, le Hezbollah a montré une recrudescence de ses activités en Amérique du Sud. Des cellules du Hezbollah ont été identifiées à Buenos Aires après le spectaculaire attentat du 17 mars 1992 à la voiture-bombe contre l’ambassade israélienne (29 morts), d’un deuxième attentat encore plus meurtrier, le 18 juillet 1994 (95 morts) et de deux autres attentats menés le 20 juillet 1994. En 1997-98, plusieurs membres du Hezbollah ont été arrêtés au Paraguay et en Colombie.

Les attentats perpétrés en Amérique latine restent encore flous quant à leurs motivations et le fait même qu’ils aient été commis par une organisation affiliée au Hezbollah est sujet à caution. La volonté stratégique du Hezbollah de porter le combat dans cette région du monde est difficilement explicable. Une des théories — invérifiée à ce stade — suggère que les services secrets israéliens (Mossad) auraient commandité l’attentat afin de provoquer l’arrêt de la livraison de matériel nécessaire à la construction d’une centrale nucléaire en Syrie ainsi que d’un transfert de missiles Condor 2 — alors développé conjointement par l’Egypte et l’Irak et dont l’Argentine était prête à vendre la technologie.(8) L’enquête menée par les autorités argentines a indiqué « avec 99% de certitude » que l’explosion du 17 mars 1992 a été causée par de l’explosif placé à l’intérieur de l’ambassade et non par une voiture-bombe qui aurait forcé l’entrée du bâtiment.(9) Les autorités israéliennes ont rejeté ces conclusions et le cas est resté non résolu. Une situation très semblable affecte l’attentat du 18 juillet 1994, pour lequel « aucune preuve de l’implication de l’Iran » n’a pu être décelée selon l’ambassadeur américain en Argentine.(10) Ce qui n’a pas empêché la production de mandats d’arrêt internationaux contre des officiels iraniens par Interpol.(11)

Depuis le milieu des aimées 90, des cellules affiliées au Hezbollah auraient été identifiées à Chypre, en Espagne, aux Etats-Unis, en France, aux Philippines, à Singapour, mais des liens entre ces cellules et des activités terroristes ne sont pas avérés.

L’appréciation du caractère terroriste du Hezbollah est diverse :

  • Les Etats-Unis(12), le Canada(13) les Pays-Bas et Israël le considèrent comme un mouvement terroriste. Aux Etats-Unis, le Hezbollah a été ajouté à la liste des mouvements terroristes en 1999 et au Canada en 2002 seulement.
  • Le Parlement européen, dans une résolution adoptée le 10 mars 2005, peu après l’attentat contre Rafik Hariri « considère qu’il existe des preuves irréfutables de l’action terroriste du Hezbollah ».
  • Le Conseil de l’Union européenne, sans désigner le Hezbollah comme mouvement terroriste, a inclus ► Imad Fayez Moughniyeh, chef des services de sécurité du Hezbollah, sur sa liste de terroristes.(14)
  • Le Royaume-Uni et l’Australie (depuis le 5 juin 2003) ne considèrent comme terroriste que l’Organisation de la Sécurité Extérieure, du Hezbollah, dirigée par Imad Moughniyeh.
  • La Russie, l’Union Européenne ou la France ne considèrent pas le Hezbollah comme une organisation terroriste : le Hezbollah ne figure pas sur leurs listes des organisations considérées comme terroristes.

Au final, le caractère terroriste du Hezbollah est une question plus liée à la politique envers l’Etat israélien qu’à l’observation des faits.

Un élément important de l’appréciation du caractère terroriste de l’organisation est son usage des missiles sur les localités situées au nord d’Israël et dans les territoires occupés (hauteurs du Golan). Ces roquettes, le plus souvent tirées au moyen de rampes de lancement rudimentaires et sans système de guidage sophistiqué, frappent de manière aléatoire — et donc indiscriminée — les populations civiles.

Roquettes utilisées par le Hezbollah (2006)

Type,Diamètre(mm),Longueur(mm),Portée(km),Explosif(kg)
BM-21 (roquette),122,2800,20,18-21
BM-27 (roquette),220,n/a,40,100
Fajr-3,230,5200,45,40-45
Shahin 1 (Ra’ad 1),333,n/a,13,190
Shahin 2,333,n/a,29,190
Fajr-5 (Khaibar-1),333,n/a,75,90
Fateh-110,170,n/a,>200,500
Arash (roquette),122,n/a,20,18
Oghab (roquette),230,n/a,45,70
Zelzal-1,n/a,8300,120-160,<700
Zelzal-2,610,8300,100-300,<700

 

Structure du Hezbollah (2006)
Structure du Hezbollah (2006)

 

Action sociale

Il serait erroné de ne voir dans le Hezbollah qu’un mouvement terroriste assoiffé de sang. Le Hezbollah a su se donner un rôle essentiel dans la vie sociale dans les zones où il est actif (Sud Beyrouth, Sud-Liban et Plaine de la Bekaa). Il retire de ces activités un soutien populaire enthousiaste et se présente aussi comme un élément de stabilisation sociale. Il dispose d’un réseau d’action civile :

  • L’organisation sociale « Al-Shahid » (« Le Martyr »), une organisation autrefois largement soutenue par l’Iran, qui a pour vocation d’aider les familles des martyrs morts pour l’islam (certaines sources articulent des dédommagements allant jusqu’à US$ 250 000, mais ce chiffre apparaît comme très exagéré) ;
  • L’association « Al-Jarha », qui prend en charge les blessés du Hezbollah et assure leur réinsertion dans la vie sociale ;
  • Le « Comité Emdad de Charité Islamique » qui assiste les plus déshérités et les familles vivant dans les zones affectées par la présence israélienne ;
  • La chaîne de télévision « Al-Manar »(15), qui se proclame « Station de la Résistance » (Qanat al-Mouqawama);
  • Au plan des services publics le Hezbollah dispose d’une organisation non-gouvernementale l’ « Effort Sacré pour la Reconstruction » (Djihad al-Binah), basée à Beyrouth et dirigée par Mahmoud Maïs. Cette entreprise reconstruit les infrastructures détruites par les bombardements israéliens (y compris les logements), installe des réseaux d’irrigation, des stations de pompage d’eau et des puits. Elle a reconstruit le réseau électrique endommagé lors de la guerre avec Israël et installe un réseau d’approvisionnement électrique avec l’aide de la France, qui doit être terminé en 2006. Elle assure également des programmes de formation.

Le Hezbollah gère également des sociétés de taxi dans les zones où il est actif. Au plan social, le Hezbollah dispose de neuf écoles qui reçoivent les enfants depuis la garderie jusqu’au niveau du baccalauréat. En outre, sous la direction de Hadj Mohammed Hijazi, le Hezbollah administre trois hôpitaux modernes dans son secteur.

Hezbollah deployment
Avec le déploiement de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL 2)(16) au sud du fleuve Litani, dès août 2006, le Hezbollah s’est redéployé au nord du fleuve et dans la région de la Beqaa (en trait fort). Il dispose, dans ce secteur d’un réseau de téléphonie fixe propre, qui lui permet de coordonner ses activités en évitant les systèmes d’écoute israéliens.

Corrélats : ► engins explosifs, ► Iran, ► Organisations terroristes

Internet : www.hizbollah.tv, www.almanar.com.lb

Bibliographie :

Charara Walid et Domont Frédéric, Le Hezbollah — Un mouvement islamo-nationaliste, Fayard, Paris, 2004; Tophoven R., Sterben fiir Allah, Düsseldorf, 1993

(1)Pour de nombreux observateurs, cette date constitue la date officielle de la création du mouvement.
(2)Programme du Hezbollah, 16.02.1985
(3)Résolution 1559 du conseil de Sécurité des Nations Unies, du 2 septembre 2004.
(4)http://www.manartv.com/
(5)Estimations au début 2002. En fait les estimations ont varié entre 1 800 et 6 500 hommes selon les années. (United States Committee for a free Lebanon, Hezbollah — The Party of God: A Middle East Threat Analysis, February 2002)
(6)Estimation de janvier 2002
(7)Ce type de drone a effectué en novembre 2004 son premier vol au-dessus du Nord d’Israël. (Jérusalem Post, 07.11.2004)
(8)L’hypothèse, si elle est audacieuse — et dépourvue de preuves matérielles — n’en est pas pour autant complètement fantaisiste. Selon des sources des milieux de renseignements, plusieurs attentats visant des personnes ou des intérêts juifs dans le monde ne montrent aucune cohérence avec l’action de mouvements terroristes connus et pourraient être expliqués de manière analogue. Il en est ainsi du cas de l’attentat de la Rue des Rosiers à Paris en 1982 qui aurait pu être « mis en scène » afin recréer une « unité nationale » israélienne, alors même que les agissements de l’armée israélienne à Beyrouth soulevaient l’indignation et la critique en Israël et tendaient ainsi à retirer la légitimité de son action au Liban. Mais, aucun élément concret ne permet de confirmer ces théories.
(9)Notisur, 16.08.1996
(10)The Nation, 18.01.2008
(11)The Wall Street Journal, 15.01.2008
(12)Aux USA, le Hezbollah figure sur la liste des organisations terroristes étrangères (Foreign Terrorisa Organizations — FTO) du Département d’Etat, mais ne se trouve par sur celle de l’Executive Order 13224. (http://www.state.gov/s/ct/list/)
(13)Le Hezbollah figure sur la liste des entités terroristes canadiennes depuis le 11 décembre 2002. (http://www.ps-sp.gc.ca/prg/ns/le/index-fra.aspx)
(14)Position commune 2005/427/PESC du Conseil du 6 juin 2005 — Journal officiel n° L 144
du 08/06/2005 p. 0054-0058
(15)La chaîne de télévision Al-Manar a été déclarée « organisation terroriste » par le Département d’Etat américain le 17 décembre 2004.
(16)Résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 11 août 2006.