Iran

La révolution islamique, rapidement confrontée aux réalités économiques et sociales, ainsi qu’une isolation sur le plan international, n’a pas répondu aux attentes des différents mouvements qui avaient appuyé l’ayatollah Khomeiny. Ainsi se sont développés de nombreux mouvements de résistance, dont le plus puissant est le ► Modjahedin-e-Khalq (MeK).

Mouvements actifs en Iran

Soutien aux mouvements terroristes

Avec la Révolution Islamique de 1979 et la doctrine de son exportation qui a suivi, l’Iran s’est doté d’un vaste appareil de soutien aux mouvements insurrectionnels et révolutionnaires islamiques. Le fait que ce soutien ait débordé le strict cadre des mouvements chiites et ait également concerné des mouvements sunnites est débattu parmi les experts occidentaux, même si les faits tendent à démontrer que ce soutien s’est généralement limité aux seuls mouvements chiites, dont le Hezbollah est l’exemple le plus marquant.

Ainsi, l’Iran a créé, en février 1980 un Cercle des Mouvements de Libération. Avec un statut ministériel, ce Cercle avait pour vocation de soutenir matériellement et financièrement les mouvements islamiques dans le Tiers-Monde. Il était conçu comme un organe interministériel et était géré par les personnalités « dures » du régime iranien. Dans la pratique, cet organe s’est principalement concentré sur le soutien au Hezbollah libanais, qui recevait à lui seul plus d’un tiers de l’aide accordée aux mouvements islamiques dans le monde.

L’instrument opérationnel du soutien iranien aux activités insurrectionnelles est issu des ► Pasdaran-e Enghelab-e Islami (Corps des Gardes de la Révolution Islamique ou Gardes de la Révolution), ou plus simplement : Pasdaran. Les Pasdaran constituent une force politique dont la loyauté à l’égard du régime est irréprochable. Les Pasdaran constituent une organisation complexe, qui comprend des centres culturels, d’organisations non-gouvernementales, d’entreprises commerciales, ou pour des organisations comme la Fondation des Oppressés et des Dépossédés (Bonyade-e-Mostafazan), qui placent sont action dans un tout au profit du pouvoir et qui lui servent de couverture. Pour les activités opérationnelles, comme la formation de combattants étrangers, les Pasdaran utilisent les unités ► Al-Qods.

Le Hezbollah a été le seul réel succès de la Révolution Islamique iranienne, qui n’a pas pu prendre pied dans les communautés sunnites. Le principe de cette révolution a ainsi été abandonné dès le milieu des années 80 déjà. L’Iran s’est alors concentré sur le soutien des minorités chiites en Irak, dans les pays du Golfe et au Pakistan.

Ainsi, l’affirmation selon laquelle l’Iran parraine le terrorisme doit être nuancée. L’Iran soutient manifestement des mouvements de résistance chiite dans des pays sous occupation étrangère (comme c’est le cas en Irak et en Afghanistan). Son soutien semble cependant se limiter aux mouvements d’obédience chiite et — en dépit d’affirmations de pays comme Israël ou les Etats-Unis — rien ne permet d’affirmer qu’il soutient des mouvements sunnites (qui sont soutenus par d’autres sources). Ceci est particulièrement vrai dans des pays comme le Liban, l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan où les affrontements intercommunautaires sont fréquents et brutaux. Néanmoins, dans le cadre des connexions qui existent entre mouvements qui combattent un ennemi commun, des matériels, voire des personnels, peuvent être échangés au niveau des groupes eux-mêmes. Mais rien ne permet d’indiquer que l’Iran alimente d’une quelconque manière le terrorisme djihadiste (par exemple, en Europe).

Iran_Camps d'entrainement des unites Al-Qods en Iran (2006)

Camps d’entraînement des Pasdaran en Iran. Issue d’informations provenant de
l’opposition iranienne, cette carte doit être lue avec précaution. Dans ces camps sont
formés des membres des forces et services spéciaux, qui ont certainement formés certains officiers qui aujourd’hui sont cadres au sein du Ministère de l’Intérieur irakien, par exemple.

La rivalité historique entre les divers mouvements fondamentalistes suffirait a expliquer une claire répartition des tâches au niveau de leur soutien extérieur. Toutefois, à ceci s’ajoute la politique extérieure iranienne qui a clairement abandonné toute velléité de révolution islamique mondiale dès le milieu des années 80. La politique étrangère iranienne a d’ailleurs montré dès la fin des années 80 une volonté d’ouverture vers l’Occident. Quand au terrorisme d’ « Al-Qaïda », très largement provoqué par la présence occidentale en Irak, l’Iran ne partage pas les mêmes objectifs que la mouvance sunnite — ainsi que l’on démontré les affrontements entre chiites et sunnites dans la région de Bassorah en mars 2008.

Une grande partie de l’information disponible sur les activités des Pasdaran et des unités Al-Qods nous parviennent à travers les mouvements d’opposition, qui considèrent l’Etat iranien comme « terroriste » (voir ► terrorisme d’État). Il en résulte une confusion qui assimile la formation de militaires ou de membres des services secrets comme une aide à des mouvements terroristes, ce qui n’est en aucun cas confirmé.

En revanche, l’Iran a abrité et formé des membres de l’opposition chiite irakienne lors de la dictature de Saddam Hussein, qui ont été instruits par les unités Al-Qods, et qui ont conservé des liens personnels avec ces institutions. En outre, avec les menaces répétées en Occident et en Israël d’une offensive contre l’Iran, le fait que des éléments d’Al-Qods soient déployés en Irak afin de recueillir des informations sur d’éventuels préparatifs américains ne serait guère surprenant. Néanmoins, parmi les combattants étrangers capturés en Irak, on ne trouve pas de combattants iraniens (voir statistiques américaines dans l’article ► Irak).

Terrorisme en Iran

Le développement de la résistance chiite en Irak à la suite de l’intervention américaine donne une importance considérable à l’Iran, qui soutient ses minorités en Irak. Parallèlement, l’intervention américaine suscite la crainte de l’Iran (déclaré comme partie de l’« Axe du Mal » avec l’Irak, le 29 janvier 2002) qui adopte une position ambiguë sur la question de la production d’uranium enrichi(1) — que les Etats-Unis craignent pouvoir déboucher à terme sur la production d’armes nucléaires.

En mars 2007, l’adoption par le président Bush, d’un « Presidential Finding »(2) pour intensifier les opérations clandestines en Iran a permis le soutien actif de certains mouvements insurgés en Iran, avec l’objectif de déstabiliser le gouvernement. Ces opérations s’appuient sur les mouvements séparatistes baloutches et ahwazi, ainsi que sur d’autres organisations dissidentes. Ce soutien s’applique à des groupes tels que le ► Parti de la Vie Libre au Kurdistan (PJAK) ou le ► Modjahedin-e-Khalq (MeK), considérés (par les USA aussi !) comme des mouvements terroristes.(3) Ainsi, quelle que soit la justification militaire que l’on donne à ces actions, elles contreviennent aux règles de l’Etat de droit et ont, à terme une action déstabilisante qui a tendance à radicaliser les rapports internationaux et accroît les tensions internes des pays visés.

(1)L’enrichissement par l’Iran d’uranium à des fins pacifiques est licite. (Richard S. Ehrlich, « Hans Blix – Iran Has Legal Right To Enrich Uranium », Scoop, 08.02.2005)
(2)Aux Etats-Unis, le « Presidential Finding » est un décret présidentiel, équivalent à l’ « Executive Order ». A la différence de l’Executive Order, le Presidential Finding n’est pas obligé d’être publié dans le Registre Fédéral des décisions exécutives. (CRS Report for Congress, Harold C. Relyea, Presidential Directives: Background and Overview, Updated April 23, 2007)
(3)Seymour Hersh, “Preparing the Battlefield”, The New Yorker, 7 juillet 2008