Irish Republican Army (IRA)

Autres appellations :
Óglaigh na hÉireann (Volontaires d’Irlande)

(Royaume Uni) (Armée Républicaine Irlandaise) Armée créée en 1919, après la mise hors-la-loi du Sinn Fein et le parlement irlandais indépendant (bail Eireann) formé au lendemain des élections de décembre 1918. L’IRA refuse le Traité de Londres (6 décembre 1921), qui ne confère l’indépendance qu’à la partie sud de l’Irlande.

Le conflit reprend en 1968, par des manifestations et marches qui dégénèrent en émeutes. En mars 1969, l’ ► Ulster Volunteer Force (UVF) effectuent les premiers attentats à la bombe, qui déclenchent des émeutes à Belfast et Londonderry.

L’engagement des B-Specials(1)une police composée de volontaires, parmi lesquels des anciens de l’UVF — et la mort d’un catholique le 14 août ne fait que stimuler la dégradation de la situation, qui impose l’intervention de l’armée britannique le même mois.

Lors d’une Convention Spéciale de l’Armée le 28 décembre 1969, l’IRA se divise en une faction prônant l’action politique, la Marxist Official Irish Republican Army (IRA) — représentée par le Sinn Fein — et une faction privilégiant l’option militaire, la Provisional Irish Republican Army (PIRA). Encore relativement bien acceptée au sein de la population civile des deux camps, l’armée britannique est alors prise à partie par l’IRA. Dès février 1971, l’armée britannique est attaquée directement par les francs-tireurs de l’IRA. Des mesures d’internement administratif (sans procès) sont prises, qui ne font qu’envenimer la situation.

Le 30 janvier 1972 (Bloody Sunday) les parachutistes ouvrent le feu et font 14 morts dans une foule qui manifeste contre l’internement administratif. Cet événement légitimera le recours à la violence pour la communauté catholique. Un attentat à la voiture piégée contre la base des parachutistes d’Aldershot en Angleterre fait 7 morts et l’ambassade britannique de Dublin est incendiée.

Avec la suspension du gouvernement d’Irlande du Nord par les autorités britanniques et la nomination d’un secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord, l’IRA déclare une trêve en mai juin 1972. A partir de ce moment, le terme « IRA » est utilisé pour désigner les « Provisionals » ou « Provos ». Mais, la réaction de l’ ► Ulster Defence Association (UDA) conduit l’IRA, le 21 juillet 1972 (Bloody Friday), à faire exploser simultanément 22 bombes à Belfast. En 1973, avec l’Accord de Sunningdale, le Conseil de l’Irlande est établi, mais en 1974 l’accord est caduc. Commence alors une campagne d’attentats à la bombe qui provoquera plusieurs centaines de morts. Le gouvernement britannique répond par l’adoption du « Prevention of Terrorism Act » le 29 novembre 1974.

Le 27 août 1979, l’IRA assassine Lord Mountbatten, membre de la famille royale, en faisant exploser son yacht. Au total, entre juillet 1969 et décembre 1993, l’IRA s’est rendue responsable de 1 755 morts et a perdu quelque 243 membres.

La PIRA entretient des contacts avec l’ ► Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’ ► Euskadi Ta Askatasuna (ETA) et les ► Revolutionäre Zellen (RZ). Elle est largement financée par la communauté irlandaise émigrée aux USA, ainsi que par des Pays-Bas et de Belgique.

Chefs d’état-major de l’IRA Provisoire (1969-)

 Nom  du  au
 Seán Mac Stiofáin  12.1969  19.11.1972
 Joe Cahill  11.1972  03.1973 
 Seamus Twomey  03.1973  06.1973 
 Éamonn O’Doherty  06.1973  06/07.1974 
 Seamus Twomey  06/07.1974  12.1977 
 Gerry Adams  03.12.1977  18.02.1977 
 Martin McGuinness  1978  Fin 1982
 Ivor Bell  Fin 1982  09.1983
 Kevin McKenna  09.1983  10.1997
 Thomas “Slab” Murphy  10.1997  

 

Le 31 août 1994, l’IRA annonce un cessez-le-feu avec le gouvernement britannique en vigueur depuis le ler septembre. Elle conserve cependant ses structures et continue à entretenir des bases logistiques en Eire. Au début 1995, de nombreuses caches d’armes sont découvertes, notamment près de Ballyjamesduff (Comté de Cavan), à proximité de la frontière avec l’Ulster. Estimant les progrès des négociations au point mort, l’IRA reprend ses activités le 9 février 1996. Les élections britanniques, qui amènent les travaillistes au pouvoir marquent un nouvel espoir pour les négociations, et le cessez-le-feu est reconduit par l’IRA le 20 juillet 1997. Sans soutenir complètement les Accords du Vendredi Saint (10 avril 1998), l’IRA reconnaît l’accord, mais refuse cependant, dans un premier temps, de rendre ses armes, ce qui constituerait selon elle une reddition envers le gouvernement britannique. La ► real Irish Republican Army (RIRA) se détache alors de l’IRA provisoire et commet l’attentat d’Omagh.

Avec le durcissement des mesures américaines en matière de lutte contre le terrorisme et l’arrestation, le 11 août 2001, de trois membres de l’IRA en Colombie(2), l’IRA est mise sous pression. Le 23 octobre 2001, elle annonce qu’elle est prête à détruire son arsenal, ce qui constitue une avancée déterminante dans le processus de paix, qui se trouve ainsi débloqué. Toutefois, les divergences entre IRA et le gouvernement britannique subsistent quant à l’inspection des caches d’armes et la manière dont les armes seraient rendues inutilisables.

Le 28 juillet 2005, l’IRA publie un décret (« statement ») ordonnant à toutes ses unités de déposer les armes et, le 26 septembre, elle annonce à la Commission Internationale Indépendante sur le Désarmement(3) que toutes les armes de l’IRA ont été déposées et détruites. Cette démarche unilatérale, qui n’a fait l’objet d’aucune observation internationale est alors controversée.

A la fin 2006, la Commission Indépendante de Surveillance de l’accord de paix constate que l’IRA a démantelé son appareil militaire — notamment son General HQ — et ne se livre plus à des activités violentes, de recrutement ou d’acquisition d’armes et poursuit une ligne d’action politique. Elle considère que PIRA n’est plus active dans le domaine du terrorisme ou de son soutien.(4)

Organisation

L’IRA Provisoire reprend les structures militaires de l’IRA. Son organe suprême est le General Army Council (GAC), qui rassemble les dirigeants de la PIRA et les délégués des unités opérationnelles. Jusqu’en 1969, le GAC se réunit régulièrement, mais dès 1970 il devient difficile de réunir clandestinement un nombre toujours plus important de personnes et les assemblées se raréfient. C’est la GAC qui nomme les 12 membres de l’Exécutif de l’Armée (Army Executive). L’Army Executive délègue alors 7 membres, qui forment le Conseil de l’Armée (Army Council), qui assurent la gestion de la PIRA au quotidien.

L’Army Council nomme le chef d’état-major, qui est son principal dirigeant opérationnel de la PIRA. Il est assisté d’un quartier-général (General HQ) qui regroupe les fonctions traditionnelles d’un état-major
militaire. Particulièrement important est le Quartier-Maître Général (QMG),
responsable de la logistique et des infrastructures clandestines de l’armée. Ce
domaine, qui absorbait environ 20% des effectifs de la PIRA, est essentiel pour
le fonctionnement de l’organisation clandestine.

Irish Republican Army (IRA)_Organisation de l'IRA Provisoire

Au plan opérationnel, l’IRA est initialement organisée en compagnies (désignées par les lettres A, B, et C), en bataillons et en brigades. Les brigades sont généralement composées de trois bataillons et les bataillons de trois compagnies. Il y a cependant de nombreux bataillons indépendants (non intégrés dans une brigade). A chaque niveau de commandement, on retrouve la même structure d’état-major. Le système est adapté selon la situation. En 1972, le bataillon de Derry est promu au rang de brigade en raison de l’afflux de volontaires consécutif aux événements du Bloody Sunday.

Cette organisation est essentiellement territoriale. Mais, dès 1977, l’IRA adopte une organisation plus flexible et plus fonctionnelle qui n’a plus de caractère territorial. Le système des compagnies et bataillons est aboli. Les effectifs sont réduits et les opérations sont exécutées par un petit nombre de cellules opérationnelles dites « Active Service Units » (ASU) qui comprennent environ 5 militants mieux sélectionnés. Seule la prestigieuse Brigade du South Armagh échappe à cette restructuration. Cette structure, qui n’est pas réellement nouvelle, mais donne plus d’autonomie aux cellules combattantes, s’est avérée constituer un problème dans les négociations de paix, pour freiner la violence.

Son commandement opérationnel est divisé en un Commandement Nord, qui comprend les unités opérationnelles opérant en Ulster, et un Commandement Sud, situé sur le territoire de la République d’Irlande et dont la fonction est essentiellement politique et logistique.

En 1986, les effectifs de l’IRA sont évalués à 750 combattants et 300 membres des Active Service Units. Après avoir culminé à environ 1 500 membres, l’IRA compterait en 2005 encore quelque 400 membres actifs et serait conduite par un noyau de 40 personnes, mais n’aurait plus d’activités militaires.

Corrélats : financement des mouvements terroristes, Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), terrorisme ( ► terrorisme politique)

Bibliographie choisie : Coogan Tim Pat, The IRA, London, 1987; Moloney Ed, A Secret History of the IRA, Penguin, London, 1993; Taylor Peter, The Provos : The IRA and Sinn Fein, London, 1997

(1)Unité faisant partie des Ulster Special Constabulary (USC), créée en 1920. Les USC étaient organisés en trois unités les A-Specials, formé de policiers à plein temps, les B-Specials, composés de policiers «à temps partiel », et les C-Specials, mobilisés en cas de crise grave. En 1925 les A-Specials et C-Specials sont dissous. A la suite des événements d’août 1969, les B-Specials sont dissous à leur tour et remplacés par l’Ulster Defence Regiment, le 1 er avril 1970.
(2)Les trois hommes étaient ► James Monaghan, concepteurs des mortiers de l’IRA, ► Martin McCauley, spécialiste des projectiles explosifs et ► Neil Connolly, le représentant du Sinn Fein à Cuba, qui voyageaient en Colombie avec de faux passeports, et avec des traces d’explosifs dans leurs effets personnels. Ils sont soupçonnés d’avoir donné des cours de formation aux FARC en matière d’explosif et d’usage des mortiers. (Libération, 20.08.2001)
(3)Independent International Commission for Decommissioning (IICD)
(4)Twelfih Report of the Independent Monitoring Commission, London, October 2006, p. 8-10