Islam

L’islam n’est pas une religion plus belliqueuse qu’une autre, mais dans de nombreuses régions où elle est pratiquée, elle est devenue une référence à la fois religieuse, sociale et nationale qui alimente des extrémismes divers. Plus spécialement après l’effondrement du « modèle » soviétique, l’islam est devenu une plateforme d’espoir politique dans de nombreux pays.

Il n’est pas dans notre propos d’offrir ici une étude théologique de l’islam, mais de donner quelques points de repères pour comprendre les motifs et perceptions qui poussent à l’action violente.

Du point de vue des islamistes radicaux et extrémistes, la radicalisation des comportements résulte de l’expansion du monde occidental. Celle-ci résulte à la fois de l’effondrement du communisme, de l’explosion des technologies de la communication et du développement du commerce international (mondialisation). Ces facteurs ont placé face à face le monde occidental et des sociétés plus traditionnelles, qui perçoivent ainsi — à tort ou à raison — leurs fondements menacés. Cette menace perçue est l’une des causes déterminantes de la violence islamiste (voir ► Djihad). Malgré les déclarations de certains extrémistes musulmans, l’islam ne vise pas la conquête de l’Occident et si effectivement on note une forte propension au prosélytisme dans certaines communautés ou régions, son expansion n’est pas perçue comme passer par la voie violente. La violence islamiste a pour essence la perception d’une menace extérieure.

Islam_Presence islamique en Europe (2006)

[Source : IslamicPopulation. com, 2006]

Indirectement, la désignation des groupes terroristes reflètent certains points autour desquels se cristallisent leur identité et la justification pour la défendre :

  • L’ « Unicité » (Tawhid) est l’unicité de Dieu (Allah). Dans cette perspective, Dieu est unique, parfait et au-dessus de tout. Le concept chrétien de la « Trinité » (le Père, le Fils et le Saint Esprit) est totalement inconcevable dans une perspective islamique et certains groupes radicaux n’hésitent pas à qualifier les Chrétiens de « polythéistes ».
  • La notion de « martyr » (Chahid). (voir article ► martyr)
  • La notion de « résistance » (Djihad). (voir article ► Djihad)

Comme les autres religions, l’islam n’est pas homogène et présente diverses tendances, qui souvent sont source de conflits intra-confessionnels, comme au Pakistan, en Irak, en Afghanistan, en Algérie, etc.

L’islam est « divisé » en trois principaux courants :

  • Le Sunnisme, qui est le courant dominant et couvre la majeure partie du monde musulman.
  • Le Chiisme, qui est le principal courant minoritaire surtout présent en Iran, en Syrie et au Liban.
  • Le Kharidjisme, qui est un courant minoritaire, essentiellement présent au Sud de la péninsule arabique et en Tunisie.

Le Sunnisme

Principal courant de l’islam, le Sunnisme est subdivisé en quatre écoles de pensées ou rites principaux (maddhab). Ces courants ne présentent pas de différence quant aux éléments de base de la foi, et divergents sur l’interprétation (fiqh) des Hadiths et de la Sunnah :

  • L’hanafisme, apparu en 767, est la principale école de pensée du monde musulman et représente environ 65% des musulmans. Fondé par Abou Hanifa (699-760), il a été officialisé dans l’empire ottoman et est particulièrement présent en Turquie et en Asie. C’est le rite le plus libéral du sunnisme, qui donne le plus de place au jugement humain : par exemple, il donne plus de droits à la femme dans la société et autorise le prêt contre intérêt entre musulmans.
  • Le malékisme, fondé par Malik Ibn Anas (715-795), et apparu en 796, il représente environ 25% des croyants et se trouve essentiellement au Maghreb et en Afrique occidentale. Il se distingue des autres rites principalement par les sources de sa jurisprudence, qui ajoutent aux sources traditionnelles de l’Islam (Coran et Sunnah) les pratiques des habitants de Médine.
  • Le chafiisme, fondé par Mohammad ibn Idriss as-Shafei (767-820), il est essentiellement présent en Asie (notamment auprès des Kurdes), en Afrique orientale. Il représente environ 30% des Sunnites.
  • L’hanbalisme, a été créé par Ahmed Ibn Hanbal (780-855). Ce courant est essentiellement représenté en Arabie Saoudite et au Qatar, et ne représente qu’environ 8,5% de la population musulmane mondiale. Il a des communautés en Irak, en Egypte, en Syrie, au Liban et en Turquie. Il prône le retour aux principes de la communauté de Médine, lorsque le Coran et la Sunnah étaient les uniques sources de la religion et du droit islamique, et donne peu de place au jugement humain. Plusieurs courants sont issus du rite hanbalite:
    – Au XIVe siècle, Ibn Taymiyyah (1263-1328), défenseur du rite hanbalite, établi le salafisme — en référence aux pieux ancêtres (salafi) — et en réaction à la montée du soufisme, qu’il considère comme une décadence de l’islam. Le salafisme condamne des pratiques, qui ne sont pas des évolutions à proprement parler de l’islam et sont tolérées dans le sunnisme, comme les pratiques vestimentaires et le port de la barbe. Il insiste également sur le principe de l’unicité (tawhid) : unicité de dieu, unicité de son culte et unicité de ses attributs tels qu’ils apparaissent dans le Coran.
    – Au XVIIIe siècle, Mohammad ibn Abd al-Wahhab (1703-1792) crée le wahhabisme, qui deviendra le culte dominant en Arabie Saoudite. Le wahhabisme se situe dans le prolongement du salafisme. Il prône non seulement un retour aux pratiques des anciens, mais également une plus grande simplicité et une plus grande rigueur dans la pratique religieuse.

Le Chiisme

Le chiisme représente environ 15% de la communauté des croyants et constitue la principale branche dissidente de l’islam. Il est essentiellement présent en Iran, en Irak et de manière très minoritaire dans les pays arabes du Golfe. La divergence entre le chiisme et le sunnisme est centrée sur la question de la succession de Mohammed. Le terme chiite vient du mot arabe « chi’a » (membre d’un parti) et désigne les partisans d’Ali.

Le Chiisme est divisé entre trois principaux courants :

  • Les Imamiens (ou Duodécimains), (Imamiyyah) apparus au IXe siècle, qui constituent le groupe le plus important, présent en Iran, en Irak, à Bahreïn et dans l’Est de l’Arabie Saoudite. Ils attendent le retour du douzième imam (Imam Caché), disparu et considéré comme le seul descendant du Prophète.
  • Les Zaïdites (Zayidiyyah), apparus au VIIIe siècle, sont les chiites les plus proches de la tradition sunnite. Leur doctrine se distingue deux autres grands courants du chiisme par leur conception de l’imamat, qui réfute sa transmission par descendance, et prétend que tout membre de la famille d’Ali est éligible comme imam. Le choix d’un imam est basé sur ses qualités propres plus que sur son ascendance. Ils n’acceptent pas l’idée de l’Imam Caché et du retour du Mahdi et ne reconnaissent que cinq imams. Ils ne reconnaissent pas non plus le principe d’infaillibilité des imams. Les Zaïdites comptent diverses sectes :
    – Les Jarudites (Jarudiyyah), qui considèrent que certains compagnons du prophète Mohammed sont des pêcheurs pour avoir refusé de considérer l’Imam Ali comme son successeur légitime. Cette secte, surtout active à la fin de la dynastie des Omeyyades et au début de celle des Abbassides, semble s’être fondue avec d’autres courant duodécimains.
    – Les Souleimanites (Suleymaniyyah), qui considèrent que les compagnons du prophète qui ont refusé la succession à l’imam Ali ont commis une erreur, mais ne peuvent être considérés comme des pêcheurs.
    – Les Wasitis, présents en Irak, en Inde et au Pakistan, qui acceptent la doctrine des douze imams.
  • Les Ismaéliens (ou Septimaniens), (Isma ‘iliyyah), apparus au Ville siècle au Caire et principalement présents en Egypte et en Syrie, qui ne dénombrent que sept imams légitimes comme successeurs du Prophète. Leur leader religieux est l’Aga Khan. Les Ismaéliens ont plusieurs courants et sectes :
    – Les Alaouites, présents en Syrie (10% de la population), qui ont marié des éléments du Christianisme et de l’Hindouisme avec l’Islam.
    – Les Nizarites, apparus au XIe siècle, surtout connus dans l’Histoire pour avoir engendré la secte des Haschishin (qui donnera le mot français d’ « assassin »)
    – Les Druzes, apparus en 1017, principalement présents au Liban, en Syrie et en Israël, que certains considèrent trop éloignés de l’Islam pour pouvoir en être considérés comme membres.

Bibliographie choisie: Les Cahiers de l’Orient, Dictionnaire Mondial de l’Islamisme, Plon, Paris, 2002; Masr Vali, The Shia Revival, New York, 2007; Xavier Raufer (présenté par), Atlas de l’islam radical, CNRS Editions, Paris, 2007.