Jemaah Islamiyah (JI)

(connu notamment sous les noms suivants :
Jemaa Islamiyah, Jema’a Islamiyya, Jema’a Islamiyyah, Jema’ah Islamiyah, Jema’ah Islamiyyah, Jemaa Islamiya, Jemaa Islamiyya, Jemaah Islamiyya, Jemaa Islamiyyah, Jemaah Islamiah, Jemaah Islamiyah, Jemaah Islamiyyah, Jemaah Islamiya, Jamaah Islamiyah, Jamaa Islamiya, Jemaah Islam, Jemahh Islamiyah, Jama’ah Islamiyah, Al-Jama’ah Al Islamiyyah, Groupe islamique et Communauté islamique)

Autres appellations US:
Jema’a Islamiyah
Jema’a Islamiyya
Jemaa

Jemaa Islamiyah
Jemaa Islamiyya

Internet:
Jemaah Islamiyah (JI)

(Indonésie) (Groupe/Communauté Islamique) Mouvement islamiste radical créé par Abdullah Sungkar (alias Abdoul Halim) et ► Abou Bakar Bashir (alias Abdus Somad) et issu du ► Darul Islam (DI). Depuis le décès de Sungkar, en 1999, Abou Bakar Bashir a assuré seul la direction du mouvement, pour ensuite la laisser à l’émir ► Abou Rousdan. Le JI est l’instrument du Darul Islam pour la création d’une part de l’État Islamique d’Indonésie (Negara Islam Indonesia — NII) et d’autre part la réalisation d’un Grand Califat Islamique (Daula Islamiah Raya) dans le sud-est asiatique, qui comprendrait le Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, Singapour le sud du Cambodge, des Philippines et de la Thaïlande.

Historique

A la fin des années 40, est apparu le Darul Islam (DI), un mouvement visant à instaurer un Etat islamique en Indonésie, qui fait l’objet d’une féroce répression par le gouvernement Suharto. Dans le milieu des années 50, Abou Bakar Bashir s’associe avec Abdullah Sungkar, à la tête du Gerakan Pemuda Islam Indonesia (GPII) (Mouvement des Jeunes Musulmans Indonésiens), un mouvement d’étudiants très proche du Masjumi, le parti politique musulman le plus « moderniste » (puritain), qui sera interdit en 1960. Sungkar et Bashir s’engagent dans des activités de prosélytisme (dakwa), le premier au sein du Masjumi et le second au sein de la Fondation al-Irsyad.(1)

En 1967, les deux hommes avec le concours d’un nommé Hasan Basri, créent une radio de prédication à Solo, la Radio Dakwah Islamiyah Surakarta, interdite et fermée en 1975.

En 1971, Bashir fonde avec Abdullah Sungkar, une première école coranique (pesantren) près de Solo-Surakarta du nom d’ al-Mu’min. Il regroupe plusieurs autres pesantren pour leur donner une impulsion nouvelle, et lutter contre ce qui était perçu comme un processus de « christianisation » de l’Indonésie (de nombreux chrétiens avaient été nommés à des postes ministériels ainsi que dans de hauts postes de l’armée). En 1976, Sungkar et Bashir associent leur réseau islamique au Darul Islam.

Condamné à la prison de 1978 à 1982, Bashir est contraint à l’exil en Malaisie (où l’islam est religion d’Etat, contrairement à l’Indonésie) en 1985, d’où il ne reviendra qu’après la chute de Suharto à la fin 1998. En 1992-93, cependant, une dispute intervient entre le couple Abou Bakar Bashir et Abdullah Sungkar d’une part et Ajengan Maskoudi d’autre part. Qui aboutit à la création du JI, dirigé par Bashir et Sungkar, qui se séparent du Darul Islam, alors dirigé par Maskoudi.

Avec la démocratisation du pays, Bashir reprend ses activités islamistes et, le 7 août 2000, crée le Conseil des Moudjahidines Indonésiens (Majelis Mujahidin Indonesia — MMI), qu’il dirige, donnant ainsi un nouvel essor mouvements islamistes. L’objectif du MMI étant d’instaurer la charia en Indonésie.

En décembre 2000, des attentats contre différentes églises de Jakarta ont été attribués à la Jemaah Islamiyah. Le Jemaah Islamiyah a revendiqué l’attentat de Bali (12 octobre 2002) et l’attentat à la voiture-bombe de Djakarta (5 août 2003), qui a fait quelque 14 morts et plus de 150 blessés.

Abou Bakar Bashir, d’origine yéménite, reste le chef spirituel du mouvement et ne revendique que le titre de responsable du Conseil des Moudjahidin Indonésiens (Majlis Mujahidin Indonesia — MMI). Il est également soupçonné d’être un des responsables du « réseau Ngruki(2)  regroupant des écoles coraniques (pesantren) très actives. Il professe une idéologie wahhabite, et a même écrit un ouvrage de vulgarisation, connu sous le nom d’Usroh, qui diffuse les idées d’Hassan Al-Bana.

Le bras droit de Bashir et chef des opérations du JI est ► Ridouan Isamuddin (alias Hambali), puis Zulkarnaen, qui fait également partie du Conseil Consultatif du mouvement. Il est responsable de la mise en oeuvre des attentats perpétrés par le mouvement et de la collecte de fonds destinés aux activités terroristes.

A la fin 2005, Noordin Mohammed Top, un des cadres du JI, se sépare et crée sa propre organisation, le ► Tanzim Qaïdat al-Jihad (TQJ).

Structure

Créé initialement comme une organisation locale, le Jemaah Islamiyah s’est rapidement développé et étendu à tout le sud-est asiatique jusqu’au début des années 2000.

Le Jemaah Islamiyah est alors dirigé par un émir national (Abou Bakar Bashir, puis Abou Rousdan), assisté d’un Conseil Exécutif (Majelis Qiyadah — MQ), d’un Conseil Consultatif (Majelis Syuro), d’un Conseil de décision (Majelis Fatwa) et d’un Conseil Politique (Majelis Hisbah).

Il comprend une aile logistique, appelée « Iqtisod », qui est responsable du financement, des caches et des déplacements pour les activistes, ainsi que les acquisitions d’armes et munitions.

Au plan opérationnel, le JI est dirigé par un état-major (Markaz) qui supervise quatre entités territoriales, désignées « mantiqi », chacune dirigée par un « qaid mantiqi » ou « ketua mantiqi » (chef régional), qui réfère au chef du mouvement deux fois par année.

Chaque Mantiqi se subdivise en « Wakalah » (« filiales »), subdivisées en Katibah (« phalange »), elles-mêmes subdivisées en « Qirdah » (« section »), puis en « Fi’ah » (« cellule »).

Jemaah Islamiyah (JI)_Organisation du Jemaah Islamiyyah (2000-2004)

Structure détaillée du Jemaah Islamiyah (2004)

  • Emir national du Jemaah lslamiyah, Abou Bakar Bashir (alias Abdus Somad)
    – Principal Emir Exécutif, Abou Rousdan (alias Thoriqoudin, alias Hamza)
    – Chef Militaire (Ketua Askari), Dzulkarnan (alias Ustad Daud), (-2004) puis Abou Douj ana (2004-)
    – Conseiller pour les questions régionales, Riduan Isamuddin (alias Hambali)
  • Mantiqi Ula 1 couvrant la Malaisie, Singapour et le sud de la Thaïlande ; elle est dirigée par Hambali (1997-2001), puis par Ali Ghufran, puis par Mukhlas (avril 2001-avril 2002), puis par Adung (avril 2002-2003)
    – Wakalah Negeri Johor, dirigée par Hambali, puis par Usman Affan (2003)
    – Wakalah Negeri Sembilan, dirigée par « Khalid al-Walid » (2003-)
    – Wakalah Kuala Lumpur, dirigée par Abou Bakar Sidiq (2003-)
    – Wakalah Negeri Perak-Kelatan
    – Wakalah Singapour, dirigée par Ibrahim Maidin (1988-1999), puis par Mas Selamat Kastari (jusqu’à son arrestation, le 2 février 2003)
  • Mantiqi Sani 2 — basée à Solo, au centre de l’île de Java, et couvrant l’ensemble de l’Indonésie à l’exception des îles de Sulawesi et Kalimantan. Son chef est Mbah (alias Zarkasih, alias Zainudin, alias Nuaim, alias Abou Irsyad, alias Syahroni)► Mbah (2007)
  • - Wakalah Sumatra Bagian Utara, dirigée par Ibn Hanifah (2003), composée de
    – Katibah Banda Aceh, avec des cellules (« fi’ah ») à Samahani, Saree, Takegon et Kampong Simpang.
    – Katibah Medan, avec des cellules (« fi’ah ») à Bulan, Labuhan, Stabat, Kutacane, Kabanjahe, Siantar.
    – Katibah Tanapuli, avec des cellules à Lumut, Siprok et Natal.
    – Wakalah Jawa Barat, dirigée par Abd Gofar (2003)
    – Wakalah Jawa Timor
    – Wakalah Jawa Tengah
    – Wakalah Lampung, dirigée par Suyono (alias Abou Farouk al-Syukur) (­2003)(7)
    - Wakalah Nusa Tengarra Barat, dirigée par Abdullah (alias Yazid) (2003-)
    – Wakalah Pekanbaru
    – Wakalah Jabotabek, dirigée par Zaïd (alias Abdullah) (2003), puis par Ichwanudin (juillet 2003-)
    – Wakalah Surakarta
  • Mantiqi Thalid 3 — initialement centrée sur l’île de Mindanao (Philippines), elle couvre les îles de Bornéo (y compris le Brunei et les états malais du Sarawak et de Sabah), de Sulawesi et Kalimantan (Indonésie). Elle est dirigée par Pranata Yudha (alias Mustofa, alias Abou Tholoud) jusqu’en 2001, puis par Mohammad Nasir Abbas (alias Khairudin, alias Sulaiman, alias Leman, alias Maman, alias Malik, alias Abou Housna, alias Eddy Moulyono) (2001- avril 2003), puis Ainul Bahri (alias Abou Doujana, alias Abu Musa, alias Yusron Mahmudi, alias Pak Guru, alias Sorim, alias Sobirin, alias Dedi, alias Mahsun) (avril 2003-2004). Elle comprend les subdivisions suivantes :
    – Wakalah Sulawesi
    – Wakalah Sabah, dirigé par Mohammad Nasir Abbas (1997-2001)
    – Wakalah Mindanao
    – Wakalah Kalimantan Selatan
    – Wakalah Kalimantan Timur
  • Mantiqi Ukhro 4 — qui s’étend au Sud-Est de la Papouasie occidentale à l’Australie et à l’Ouest jusqu’aux Maldives. Elle est dirigée par Abd Rohim Ayoub (2003)

 

Les réactions internationales et les efforts conjoints des divers pays du Sud Pacifique pour combattre le JI après les attentats de Bali en 2002 ont contraint l’organisation à se restructurer. La structure précise de la nouvelle organisation n’est pas connue, ni même si les structures stratégiques du JI ont été maintenues. Au niveau opérationnel, cependant, le JI semble s’être structuré en petites unités indépendantes, opérant de manière mobile au niveau des Mantiqi :

En avril 2007, la police indonésienne a informé de la création par le JI d’une unité spéciale de commandos, appelée « sariyah » (« compagnie »), spécialisée dans l’assassinat, composée de quatre « ishobah » (basées à Solo, Jakarta, Semarang et Surabaya). Son chef (« qoid Sariyah ») est ► Abou Doujana (alias Sorim).

Jemaah Islamiyah (JI)_Secteurs operationnels du Jemaah Islamiyah

Recrutement et formation

Le Jemaah Islamiyah est organisé et fonctionne de manière rigoureuse. Des directives internes, publiées le 30 mai 1996 sous le titre de Pedoman Umum Perjuangan Al-Jamaah Al-Islamiyyah (PUPJI) définissent les objectifs, le fonctionnement, les mécanismes internes et la formation au sein du JI. Pour la formation individuelle, trois canaux sont pris en considération par le JI : a) l’expérience militaire acquise en Afghanistan ; la formation

Afin de conserver le « savoir-faire » des vétérans d’Afghanistan, le JI crée une unité spécifique, désignée Pasukan Angsana responsable de la formation des nouvelles recrues par des vétérans.

Opérations

Selon le ministre indonésien de la Défense, Matori Abdul Djalil, le Jemaah Islamiyah aurait des liens avec le réseau terroriste « Al-Qaïda ». Le mouvement est présumé être impliqué dans l’attentat meurtrier du 12 octobre 2002 commis sur l’île de Bali qui a fait au moins 183 morts, pour la plupart des touristes étrangers (voir ► Bombes). A la suite de cet attentat ont été arrêtés en avril 2003, Mohammad Nasir bin Abbas, chef de la Mantiqi 3, ► Ali Gufron (alias Mukhlas) chef de la Mantiqi 1, Zukifli Marzuki, chef de la planification militaire.

Contacts et collaboration internationale

Afin de coordonner les actions du Jihad dans toute la zone du Daulah Islamiah Raya, le JI a créé un organe clandestin, le Rabitul Mujahidin (RM), qui a pour fonction de définir la cohérence des actions du djihad dans cette zone. Le RM s’est réuni trois fois en Malaisie sous la direction d’Abou Bakar Bashir :pour la première fois à la fin 1999 dans l’Etat de Selangor, la deuxième fois à la mi-2000 à Kuala Lumpur et la troisième fois en novembre 2000 à Perak. A l’issue de cette dernière réunion Hambali est nommé secrétaire-général du RM et il est décidé d’intensifier les actions aux Philippines en coopération avec le ► Front de Libération Islamique Moro (FILM).

Au début octobre 2003, ► Taufek Refke, soupçonné d’être le responsable des finances du JI et coordinateur des activités d’entraînement sur l’île de Mindanao (Philippines), est arrêté dans un hôtel de Cotabato, sur l’île de Mindanao. Ses déclarations à la police ont permis la saisie d’une cache du JI aux Philippines, contenant du matériel destiné à la fabrication d’explosifs et de bombes (19 octobre 2003).

Il apparaît que le savoir-faire du JI en matière d’explosifs et de déclenchement des explosions se retrouve dans d’autres régions du monde, notamment aux Philippines. Plusieurs attentats à la bombe menés par le FLIM et par le groupe ► Abou Sayyaf aux Philippines portent la trace de l’artificier du JI, Joko Pitono.(11) Notamment en raison de la sophistication des mécanismes électroniques de détonation. La trace de Pinto a été perdue, mais il pourrait avoir rejoint Khaddafy Janjalani, chef du groupe Abou Sayyaf.

Attentats a la bombe aux Philippines influencés par le JI
Quintuple attentat dans Manille (22 morts), 30.12.00
Triple attentat à General Santos (14 morts), 21.04.02
Attentat à la voiture-bombe contre un aéroport à Maguindanao (1 mort), 20.02.03
Attentat à Tacurong City (1 mort), 07.03.03
Attentat dans un ferry-boat à Manille (116 morts), 27 .02 .04
Attentat manqué avec trois portables Nokia à General Santos, 03.04
Attentat évité à Manille, 24.12.04
Triple attentat à Manille, General Santos et Davao (4 morts), 14.02.05
Double attentat à Zamboanga, 08.05
Attentat dans un ferry-boat à Zamboanga, 28.08.05

Corrélat : ► Organisations terroristes

Bibliographie : Migaux Philippe, L’islamisme combattant en Asie du Sud-Est, Editions Lignes de Repères, Paris, 2007.
(1)La Fondation al-Irsyad est une organisation d’obédience wahhabite qui finance les écoles coraniques « Al-Irsyad » dans toute l’Indonésie. Elle possède des terrains à proximité de la localité de Bogor (à l’ouest de l’île de Java) où elle a entraîné quelque 3 000 agents de sécurité au début 2000 en vue d’opérations dans le Moluques. (AFP, 9-10 avril 2000). L’un des principaux parrains de la fondation est le Dr Fouad Bawazier, un économiste indonésien d’origine saoudienne qui a servi comme ministre des finances dans l’un des derniers cabinets de Suharto.
(2)Du nom du village de Ngruki (près de Solo-Surakarta, au centre de l’île de Java).