Justice and Equality Movement (JEM)

JEM copyJustice and Equality Movement (JEM)

Autre appellation:
Harakat al -‘Adil wal-Musawah
Mouvement pour la Justice et l’Egalité (MJE) [au Tchad]

(Soudan/Tchad) (Mouvement pour la Justice et l’Egalité) Mouvement rebelle composés de membres de la tribu Zaghawa Kobe, originaire du Nord-Ouest du Darfour. Les effectifs du Justice and Equality Movement (JEM) étaient évalués à 12 000 combattants en 2003-2004 et sont vraisemblablement tombés à 1 000-2 000 combattants en 2005-2006. Il est dirigé par le Dr ► Khalil Ibrahim Mohammed et son secrétaire-général est Abdel Hamid Bushara. Le responsable de la sécurité et des affaires politiques du mouvement est Gubara Al-Tigani.

Jusqu’en été 2005, le Justice and Equality Movement a un quartier-général politique à Asmara (Erythrée). Dès le début 2008, grâce à ses bonnes relations avec le pouvoir tchadien, le Justice and Equality Movement installe son quartier-général à Am-Djaress, dans l’Est du Tchad et opère dans l’Ouest du Darfour, à la frontière avec le Tchad.

Le Justice and Equality Movement est essentiellement représenté au Darfour Occidental et au Tchad. En perte de vitesse en 2005, il a recruté de nombreux mécontents du SLM/A au Nord Darfour et au Sud Darfour où sa présence et son influence se sont significativement accrues en 2006-2007. Apparemment, la création de commandements — qui n’était pas perceptible avant 2006 — a eu pour objet de satisfaire certains commandants locaux et éviter l’éclatement du mouvement.

Le Justice and Equality Movement est généralement considéré comme un bras armé de l’ex-Front Islamique National (FIN) d’Hassan al-Tourabi, bien que les liens entre les deux aient été plus politiques qu’opérationnels. Il serait inexact de qualifier le Justice and Equality Movement de mouvement islamiste : les liens entre le JEM et le FIN étaient essentiellement de nature opportuniste. Les revendications politiques du JEM sont écrites dans un « Livre Noir » publié pour la première fois en 2001(1), et qui stigmatise le déséquilibre de la répartition des richesses entre les populations de la région du Nil et les régions périphériques. Les liens historiques du JEM avec les milieux islamistes soudanais jettent une suspicion sur l’authenticité de ses revendications et tendent à limiter son soutien populaire. (Voir ► Soudan)

Bien que centré sur l’ethnie Zaghawa, le Justice and Equality Movement est divisé en plusieurs courants, qui constituent autant de ligne de fractures politiques :

  • le Dr Khalil qui rassemble les membres du clan Angou et des partisans non zaghawa de Hassan el-Tourabi,
  • ► Bahar Idriss Abou Gharda avec les membres du clan Borso,
  • Abdallah Banda Abaker avec ses partisans.

Le Justice and Equality Movement subit une première scission le 23 mars 2004, avec le départ du Colonel ► Jibril Abdel-Karim Bari « Tek », qui crée son propre mouvement, le  National Movement for Reform and Democracy (NMRD).

Le mouvement se divise à nouveau en avril 2005 entre Khalil Ibrahim et une faction de commandants militaires dirigée par Mohammed Salih Hamid Harba et baptisée Revolutionary Leadership (RL).(2) Le RL émet alors une déclaration signée par 56 commandants, relevant Khalil Ibrahim de ses fonctions à la tête du Justice and Equality Movement en raison de son rapprochement trop marqué avec le Popular Congress Party — de tendance islamiste — d’Hassan al-Tourabi, ainsi que le détournement à des fins personnelles de certaines aides extérieures apportées au Justice and Equality Movement. Apparemment, le Tchad a tenté — sans succès — de faire admettre le RL comme partenaire dans les négociations d’Abuja. Le 9 octobre 2005, un groupe de la faction du colonel Jibril arrête et enlève une patrouille de l’Union Africaine, tandis que dans l’après-midi du même jour la faction Mohammed Saleh arrêtera 37 militaires de l’Union Africaine avec l’objectif d’exiger d’être considérés comme parties des négociations d’Abuja. Après cette action le RL/FRC est resté discret(3).

Justice and Equality Movement (JEM)_Structure de conduite du JEM (mars 2008)

Au Tchad, le Justice and Equality Movement entretient des relations ambiguës et variables avec le président tchadien Idriss Deby Itno : le petit, mais puissant, clan des Zaghawa Kobe, qui avait permis au président Deby de prendre le pouvoir, est devenu rival du clan des Zaghawa Bideyat, dont est issu le président. Selon la situation, le président tchadien combat ou soutient le JEM. Peu après la rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan, à la fin 2005, le chef du JEM, Khalil Ibrahim, a installé son quartier-général dans l’ambassade soudanaise de N’Djamena, avant d’en être chassé manu militari par le président Deby.

Tantôt allié du pouvoir, tantôt rival de Deby, le Justice and Equality Movement (JEM) s’associe de manière opportuniste aux événements armés du Tchad. Lors de l’offensive du Commandement Militaire Unifié (CMU) de février 2008 (voir Tchad), le Justice and Equality Movement a été utilisé par le gouvernement pour renforcer les forces armées tchadiennes et prendre à revers les colonnes rebelles, lors de la bataille de N’Djamena. Par la suite, le JEM a reçu de nouveaux équipements et une cinquantaine de nouveaux véhicules.

Le Justice and Equality Movement (JEM) est signataire de la Déclaration de Principes signé avec le gouvernement du Soudan et le ► Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) le 5 juillet 2005 à Abuja (Nigeria). Il participe au processus d’Abuja — qui conduit au Darfur Peace Agreement (DPA) — mais il ne signe pas ce dernier en mai 2006. Seule une faction, dirigée par ► Abdelrahim Adam Abou Rishah signe la « Déclaration d’Engagement », et crée ainsi de facto une nouvelle faction au sein du Justice and Equality Movement en le fracturant davantage. Le 15 juillet 2007, une autre faction du JEM, dirigée par ► Ibrahim Yahia Abdelrahaman, signe la Déclaration d’Engagement en Egypte et préfère signer un accord — même provisoire — avec le gouvernement plutôt que de devoir accueillir une force de maintien de la paix internationale au Darfour.(4)

Le 1er juillet 2007, Khalil Ibrahim limoge le commandant militaire du Justice and Equality Movement (JEM), Abdallah Banda Abakar. Ce limogeage provoque de vives réactions parmi les partisans de Banda et provoque la colère du Commandement Oriental du JEM, dont Abdallah Banda prend le commandement et dont il fait une faction dissidente et menace de renverser Khalil Ibrahim. Cette nouvelle faction est officiellement annoncée le 29 juillet 2007 et prend le nom de JEM — Commandement Oriental (JEM-EC). Au début août 2007, le JEM-EC mène une attaque contre Adila (Sud Darfour), conjointement avec la Faction SLA — Unity.

Ces tensions génèrent des accrochages violents entre factions à la fin septembre 2007 et à des dissensions au sein de la conduite même du mouvement. Ainsi, le 26 septembre, Khalil Ibrahim relève Bahar Idriss Abou Garda de sa fonction de secrétaire-général du Secteur Ouest et le remplace par Ahmed Adam Bakheit. Abou Garda crée ainsi une nouvelle faction du Justice and Equality Movement le 3 octobre 2007, qui prend le nom de « JEM — Collective Leadership », qu’il dirige. Le 4 octobre, Abdallah Banda est restauré dans ses fonctions de commandant militaire en chef au sein de la nouvelle faction. La nouvelle faction s’engage à participer au processus de négociation sur la question du Darfour.

Le 15 mars 2008, Khalil Ibrahim entreprend un remaniement de la conduite du Justice and Equality Movement. Il reste le Commandant en Chef du mouvement et nomme le General Abdel Karim Cholloï, commandant militaire du JEM.

Le 10 mai 2008, le Justice and Equality Movement (JEM) tente un raid avec 1 200-2 000 combattants contre Khartoum et est stoppé à la hauteur d’Omdurman, aux portes de la capitale. La raison de ce raid inattendu et quelque peu insensé est inconnue, même si l’hypothèse la plus probable est celle d’une tentative de renversement du gouvernement soudanais. Cette tentative semble avoir généré des tensions supplémentaires au sein du mouvement, accompagnées d’affrontements armés entre la Faction Khalil Ibrahim et la Faction Abou Gharda dans la région d’Iriba (25-26 mai 2008).

(1)Seekers of Truth and Justice, The Black Book: Imbalance of Power and Wealth in Sudan, traduction : Abdullahi Osman El-Tom, Ph.D., Edition mars 2004. Voir www.sudanjem.com/sudan-alt/english/books/blackbookpartl/book_partl.asp.htm
(2)Sudanese Media Center (13.05.2005). On trouve également la traduction de Field Revolutionary Command (FRC), Field Revolutionary Council (FRC) ou Revolutionary Field Command (RFC).
(3)Le 13 novembre 2007, il se joint à huit autres mouvements dans une déclaration d’unification signée à Juba (Soudan).
(4)SMC, 25.07.2007