Kurdes

Les différentes communautés kurdes réparties entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie sont en lutte dans chacun de ces pays pour la création d’un état indépendant, promis par le traité de Sèvres (1920).

Kurdes_Motifs de tensions internationales en zone kurde

La population kurde se répartit entre la Turquie (15 millions d’individus), l’Irak (5 millions), l’Iran (7 millions), la Syrie (1 million) et l’ex-URSS (350 000).

Ces quatre pays d’implantation présentent toutefois la particularité d’être rivaux à des titres différents et d’utiliser les Kurdes comme instrument de cette rivalité tout en les combattant violemment sur leur propre territoire.

Kurdes_Implantation du peuple kurde

Ces tensions ont fait du peuple kurde le jouet des politiques étrangères des différents acteurs et ont alimenté des changements d’alliances opportunistes. Non seulement elles ont ruiné l’unité du peuple kurde mais ont conduit à une rivalité meurtrière entre les différents mouvements kurdes.

Historique

La fin de la Première Guerre Mondiale engendre le démantèlement de l’Empire Ottoman. Le 10 août 1920, la Turquie signe avec les puissances alliées le traité de Sèvres qui prévoit la création d’un état kurde indépendant au sud de l’Anatolie, tandis qu’est donnée à la partie irakienne le choix de se joindre au nouvel état dès 1922. L’arrivée au pouvoir de Moustafa Kemal aboutit au traité de Lausanne en 1923, qui retire aux Kurdes leurs droits sur le futur état. Différents courants de révolte se manifestent en 1925, 1930 et 1937, qui conduisent à la signature d’un accord en juillet 1937 entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan pour lutter contre la rébellion kurde.

La rébellion kurde est principalement active en Irak, mais elle est mal coordonnée, sporadique et peu efficace. C’est Moustafa Barzani, au début des années 60, qui fonde le et commence une

En 1941, les Britanniques et les Soviétiques divisent l’Iran en deux zones de contrôle, afin de prévenir son éventuelle entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne. Les Soviétiques laissent alors aux Kurdes sous leur contrôle une relative autonomie. En 1944, un parti communiste kurde est créé, le ► Komalah. C’est ainsi qu’en janvier 1946, peu après le départ des Soviétiques, est proclamée la République de Mahabad, finalement écrasée en décembre 1946 par le gouvernement iranien. Le commandant des forces armées de la République de Mahabad est Moustafa Barzani, qui fonde alors le ► Parti Démocratique du Kurdistan (PDK). Le PDK constituera l’un des piliers d’une insurrection de grande envergure au nord de l’Irak.

En 1970, des négociations sont entamées avec le gouvernement qui reconnaît les Kurdes comme l’une des deux nations du pays, et leur accorde l’usage officiel de leur langue. Toutefois, ils restent exclus du pouvoir politique au Kurdistan et la zone pétrolifère de Mossoul reste hors des discussions. En 1974, sous l’influence de l’Iran et des USA, Barzani reprend la lutte. Mais, l’accord d’Alger du 6 mars 1975 entre l’Iran et l’Irak règle le conflit de frontière du Chatt-el-Arab, et conduit à l’arrêt du soutien iranien au PDK.

Kurdes_Zones operationelles des mouvements kurdes (2002)

Avec la chute du Shah d’Iran, le Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI), alors dirigé par le Dr Abdoul Rahman Ghassemlou, s’allie à l’Irak pour combattre l’Iran. Les divergences entre les différents mouvements kurdes conduisent à des changements d’alliances constants entre le PDK et l’ ► Union Patriotique du Kurdistan (UPK).

Dès 1984, le PKK mène une guérilla systématique en Turquie depuis ses bases en Syrie. Les onze provinces kurdes de la Turquie sont placées sous un régime d’exception.

Dans la foulée de la victoire coalisée contre l’Irak en 1991, le PDK et l’UPK entreprennent une offensive contre l’armée irakienne au Nord du pays. La riposte irakienne est vigoureuse et provoque un exode massif des populations kurdes (1991 : 2 580 000, 1992: 376 000, 1993 : 454 000, 1994: 745 000, 1995 : 665 000). L’ONU crée une zone d’exclusion dans le Nord de l’Irak afin d’absorber le flot de réfugiés.

Un parlement régional est élu dans le Kurdistan irakien en 1992. Toutefois les dissensions entre 1’UPK et PDK empêchent son fonctionnement normal, et il se réunit la dernière fois en mai 1995.

Kurdes_Principaux mouvements radicaux actifs en zone kurde (2007)

Tout comme l’Iran, les USA ont utilisé les Kurdes irakiens, afin de déstabiliser Saddam Hussein de l’intérieur du pays. Dès septembre 1994, la Central Intelligence Agency (CIA) utilise une base opérationnelle au nord de l’Irak, afin de tenter de coordonner et d’exploiter les capacités des mouvements rebelles. Environ 50 personnes de l’Iraqi Operations Group / Special Operations Branch sont déployées. Au début mars 1995, une première offensive contre les forces irakiennes, commanditée par la CIA échoue en raison du retrait du PDK et de l’absence de l’appui aérien initialement promis par les USA, qui craignaient de s’impliquer davantage dans le conflit. Il résultera de ce fiasco une violente lutte entre les mouvements kurdes. En juin 1996, la CIA « commandite » une nouvelle offensive du ► Congrès National Irakien (CNI)qu’elle finance et équipe ­échoue.

Le gouvernement irakien capture des équipements militaires destinés au CNI et expose ainsi l’implication des USA. Une contre-offensive irakienne permet de capturer les principaux chefs de l’INC et ainsi décapiter le mouvement.

Avec l’intervention américaine en Irak, en avril 2003, la perspective pour les Kurdes d’obtenir un territoire propre se précise. Dès lors, la décision du parlement turc, le 8 octobre 2003, d’approuver le déploiement de quelque 6 000 militaires en Irak pour appuyer les forces américaines est vivement contestée en Irak à la fois par les communautés arabes et kurdes.

Avec le développement de la crise iranienne, les Etats-Unis — avec l’aide l’Israël ­s’engage dans la mise sur pied d’un mouvement kurde, le ► Parti de la Vie Libre au Kurdistan (PJAK), qui lutte contre le gouvernement iranien.