Lord’s Resistance Army (LRA)

Lord’s Resistance Army (LRA)

Autres appellations :
Tong-Tong (littéralement : détourneurs de personnes)

(Ouganda/Soudan) (Armée de Résistance du Seigneur) Mouvement de résistance d’obédience chrétienne créé en 1987, qui a succédé au Holy Spirit Movement (Mouvement du Saint Esprit) — dirigé par Alice Lakwena — et écrasé par la National Resistance Army (NRA). Elle a ses racines dans les tribus Acholi, Llanko et Madi, établies au Nord de l’Ouganda et au Sud du Soudan. Ses effectifs font l’objet de spéculations les plus diverses : estimés en 2002 à quelque 8 000 combattants, ils sont évalués à 500-600 combattants en 2005 et à quelques dizaines de combattants en 2006.

La LRA est un mouvement aux motivations obscures. Se disant chrétien et militant pour un gouvernement fondé sur l’application des Dix Commandements de Dieu, la LRA se présente aussi comme le porte-parole des revendications des tribus Acholi et Llanko. La cohérence entre son action militaire et son « projet » politique déjà floue au début et n’a pas cessé de se dégrader au fur et à mesure de l’effritement ses forces.

Au début des années 90, la LRA opère essentiellement au nord de l’Ouganda et effectue occasionnellement des incursions en République Démocratique du Congo (RDC). Dès la moitié des années 90, les affrontements avec l’Uganda Popular Defence Forces (UPDF) repoussent progressivement la LRA vers le Sud-Soudan, où elle peut bénéficier du soutien de la communauté Acholi et s’associe avec divers groupes qui sont alors opposés à la Sudan People’s Liberation Army (SPLA), qui représente l’ethnie dominante du Sud-Soudan, les Dinka.

La LRA bénéficiera durant quelques années du soutien de Khartoum pour deux raisons : a) le gouvernement soudanais veut ainsi faire pression sur le gouvernement ougandais qui appuie depuis de nombreuses années la rébellion du Sud-Soudan et b) Khartoum soutient assez largement tous les groupes opposés à la SPLA. Ce soutien est alors plus opportuniste que de nature idéologique profonde.

La nature exacte du soutien apporté par le gouvernement soudanais à la LRA est mal connue et largement spéculative. La LRA ne semble pas avoir disposé d’armements lourds et manifestement la majeure partie de leurs armes ont été acquises auprès d’autres mouvement rebelles ougandais comme l’ Ugand a People ‘s Democratic Army (UPDA), ou provenant de prises de guerre contre l’UPDF, sans soutien soudanais. Dès 1997, cependant, avec la réduction de l’aide apportée à la SPLA par l’Ouganda, Khartoum cesse tout soutien à la LRA.

En vertu d’un accord signé entre le soudan et l’Ouganda en mars 2002, l’armée ougandaise UPDF est autorisée à mener des opérations contre les sanctuaires de la LRA au Sud-Soudan en deçà d’une « Ligne Rouge » définie par Khartoum et située le long de la route Torit-Juba. L’armée ougandaise occupe ainsi de facto une partie du territoire soudanais avec l’accord du Soudan. Au printemps 2002, la capacité de la LRA est évaluée à 8 000 combattants. L’UPDF lance l’opération IRON FIST (Poing de Fer), qui restera controversée en raison des représailles brutales de la LRA contre les populations civiles du Nord de l’Ouganda qu’elle provoque.

En 2003-2004, l’UPDF mène des combats acharnés contre la LRA, qui se soldent par des résultats spectaculaires.

En mai 2005, l’accord de coopération entre le Soudan et l’Ouganda est renouvelé jusqu’à la fin juin de la même année. Finalement en septembre, l’accord est renouvelé une troisième fois, en intégrant cette fois-ci la SPLA comme partenaire, et en suspendant la « Ligne Rouge », accordant ainsi une plus grande liberté de manoeuvre aux forces armées ougandaises, qui sont autorisées à utiliser des armes lourdes et des hélicoptères de combat.

En septembre-octobre 2005, la LRA a pratiquement perdu toute capacité opérationnelle. Elle est divisée en quatre groupes, qui ne sont plus coordonnés. Les écoutes électroniques témoignent de l’absence de conduite opérationnelle. Chaque groupe — qui comprend un nombre évalué entre 50 et 100 combattants — est littéralement livré à lui-même et a perdu toute capacité réelle de combat. Au Sud-Soudan, se trouve le second plus important groupe — environ 100 combattants, dont Joseph Kony — au Nord-Est de Juba. Ses actions sont désordonnées et les « attaques » rapportées sont essentiellement des rapines auprès de fermiers, destinées à se procurer de la nourriture ou des biens qui poissent être revendus.

Le plus important groupe de la LRA s’est installé dans le parc de Garamba, au Nord de la RDC, à la frontière avec le Soudan, dirigé par Vincent Otti. Le secteur est un refuge pour braconniers et trafiquants de toutes sortes, et la LRA doit les combattre pour s’installer. C’est très probablement l’un de ces groupes qui est à l’origine d’un accrochage qui coutera la vie à 8 militaires des Nations Unies, le … 2005.

Le 13 octobre 2005, la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye émet un mandat d’arrêt contre Joseph Kony, ► Dominic Ongwen, ► Raska Lukwiya, Odhiambo et Vincent Otti. Entre la fin 2005 et mars 2006, le groupe de Joseph Kony rejoint le groupe du parc de Garamba.(1)

Lord's Resistance Army - progression de la LRA au Sud-Soudan (octobre 2005 -  mai 2006)
Lord’s Resistance Army – progression de la LRA au Sud-Soudan (octobre 2005 – mai 2006)

 

En septembre-octobre 2005, deux offres de négociations manuscrites adressées aux autorités soudanaises parviennent à la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS). Mais l’authenticité des messages n’est pas démontrée. Elles sont suivies d’une proposition de négociation formulée par Riek Machar (vice-président du Sud-Soudan) acceptée le 15 novembre 2005 par un communiqué de presse d’un un mystérieux « LRA/M Information Bureau ».

En mai 2006, la LRA, alors basée à la frontière entre le Congo et le Soudan, entreprend des négociations en vue de sa reddition avec le gouvernement du Sud-Soudan, représenté par son vice-président Riek Machar. Les négociations de paix sont initiées à Juba, au Sud-Soudan, mais le processus est ralenti par le fait que les principaux dirigeants de la LRA refusent de s’y rendre en raison de la présence des mandats d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Toutefois, le 4 août 2006, la LRA déclare un cessez-le-feu unilatéral avec l’Ouganda. Puis, le 26 août 2006 est signé à Juba (Sud-Soudan) un accord de « cessation des hostilités » entre la LRA et le gouvernement ougandais.(2). L’accord implique un regroupement des membres de la LRA dans des camps d’accueil situés à Owiny-Ki-Bul, et Ri-Kwangba, à la frontière sud du Soudan, afin qu’ils puissent être désarmés.

La transformation de cet accord en un accord de paix bute sur la présence des mandats d’arrêt internationaux délivrés par la CPI. Ces mandats placent les quatre principaux dirigeants de la LRA restant sous juridiction internationale et passibles d’être condamnés à La Haye. Ils empêchent l’application du droit coutumier de la région (« matoput ») qui permettrait aux inculpés de d’être sanctionnés selon les coutumes locales après avoir avoué leurs crimes et demandé pardon. L’application du droit coutumier serait acceptable pour les parties négociant dans le terrain. Toutefois, l’intransigeance du gouvernement ougandais (qui a déposé la plainte auprès du CPI) et de la CPI elle-même, a conduit à la rupture des négociations de paix et repoussé la LRA dans une logique de guerre.

Organisation

La LRA est dirigée par Joseph Kony — cousin d’Alice Lakwena et a pour objectif l’instauration d’un gouvernement chrétien en Ouganda, basé sur la stricte application des Dix Commandements.

Jusqu’au début 2005, la LRA est organisée en quatre brigades : la brigade « Control Altar »(3), également appelée « Trinkle », qui regroupe les éléments de conduite de la LRA et constitue une sorte de brigade d’état-major ; la brigade « Gilva » ; la brigade « Sinia » et la brigade « Stockfree », ces trois dernières étant des brigades de combat à part entière.

Jusqu’en 2005, les brigades de combat comprennent encore 500-1 000 combattants, tandis que les bataillons comptent entre 100 et 300 combattants. Dès 2004, sous les actions offensives de l’UPDF, les effectifs de la LRA fondent. Certains combattants de la LRA sont intégrés dans les forces ougandaises.

Lord's Resistance Army (LRA)_Organisation de la LRA (debut 2005)

Progressivement, l’organisation initiale s’effrite sous les coups de l’armée ougandaise. Dès le printemps 2005, subsistent quatre groupes dont l’un dirigé par Joseph Kony est basé au Sud-Soudan et au moins trois groupes opérant encore en Ouganda.

Dès septembre 2005, poussée au Soudan par les forces ougandaises venant du Sud et bloquée au Nord par une ligne composée de la SPLA soudanaise, des forces armées soudanaises et de l’armée ougandaise, la LRA se disperse :

  • Un groupe dirigé par Joseph Kony se fixe dans à l’Est et au Nord-Est de Juba, probablement composée des reste de la brigade « Control Altar » et regroupant moins d’une centaine de combattants ;
  • Un groupe dirigé par Vincent Otti, s’installe dans l’Ouest de l’Equatoria, à la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC), avec environ 300 personnes. Situé à cheval sur la frontière, le groupe passe d’un pays à l’autre en fonction du danger. Il s’affronte aux forces des Nations Unies en RDC en septembre 2005, puis en janvier 2006 à la suite le groupe se retire au Soudan. Il s’affronte également aux restes du West Nile Bank Front (WNBF), dirigés par ► Moussa Dudu. Ce groupe continuera à effectuer des allers-retours le long de la frontière afin d’échapper aux forces conjointes de la MONUC(4) et de la RDC en RDC et de la coalition entre les forces armées soudanaises, la SPLA et l’armée ougandaise (UPDF).
  • Un groupe dirigé initialement par ► Dominic Ongwen (jusqu’à sa mort annoncée à la fin septembre 2005), puis par le major-général Okot Odhiambo reste en Ouganda dans le district ougandais de Kitgum.
  • Deux groupes dirigés par le major-général ► Raska Lukwiya et le major-général ► Owor Lakati, totalisant une centaine de combattants, déployés dans le district ougandais de Pader.
  • Deux groupes dirigés par Acellam Akello (alias « Smart ») totalisant moins d’une centaine de combattants dans le district de Gulu.

En mars 2006, le groupe « Otti » est rejoint par le groupe de Joseph Kony, puis par des éléments des groupes « Odhiambo » et « Lukwiya ».

Opérations

Dès le milieu des années 90, les opérations successives de l’armée ougandaise affaiblissent considérablement la LRA en Ouganda et la poussent hors de sa zone opérationnelle traditionnelle dans la région de Teso (Nord de l’Ouganda) vers le Sud Soudan. Au Sud-Soudan, dans un premier temps, elle occupe des sanctuaires dans le secteur de Juboli, au Sud de Juba et notamment deux camps à environ cinq kilomètres au Sud de Juba (Soudan), appelés « Wat Odwogo » (« L’amitié est de retour ») et « Lubanga Odwogo » (« Dieu est de retour »). Elle est alors soutenue par l’Equatorian Defence Force (EDF), alors dirigée par Clement Wani, qui espère ainsi échapper à la férocité des combattants de la LRA.(5)

La LRA a également coopéré avec le West Nile Bank Front (WNBF) qui utilisait des bases au Soudan pour opérer en Ouganda. Elle s’affronte aux mouvements rebelles chrétiens de la ► Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A) et a reçu, à ce titre un appui et un soutien logistique du gouvernement soudanais jusqu’au milieu des années 90. Malgré des rumeurs persistantes, aucune indication ne permet d’affirmer que le gouvernement soudanais soutient la LRA depuis 1997. Afin de combattre la LRA, devenue un problème de sécurité, le gouvernement soudanais conclut des accords bilatéraux avec l’Ouganda en 1999 et en 2001 sur la cessation du soutien respectif de la LRA et de la SPLA(6), qui sera suivi en 2002 par un accord autorisant à l’Ouganda un droit de poursuite sur le territoire soudanais.

Les rumeurs sur les activités de la LRA lui prêtent de nombreuses exactions et atrocités dans les villages qu’elle attaque. Elle est réputée pour les enlèvements et l’enrôlement forcé d’enfants comme combattants, comme auxiliaires, voire comme esclaves.(7) Mais beaucoup de ces accusations reposent sur des affirmations individuelles et restent peu documentées

Dès septembre 2005, réduite à quelques groupes poursuivant le combat au Sud-Soudan et au Nord de l’Ouganda, la LRA semble avoir perdu toute ambition politique et se concentrer sur la survie de ses chefs. La LRA ne constitue plus dès lors une entité consistante. Elle se concentre sur la survie de ses membres et ne démontre plus de cohérence stratégique. Elle évite les affrontements directs avec les forces de sécurité et cherche à maintenir un « profil bas ». Elle survit grâce à des rapines et attaques de faible envergure sur des villages afin d’obtenir de la nourriture. Sa structure de conduite est disloquée et aucune coordination entre ses divers groupes n’est discernable.

Plusieurs attaques, dont une, en octobre 2005, contre un convoi de la Fédération Suisse de Déminage (FSD) qui fait deux morts, sont attribuées à la LRA, mais sans preuve réelle.

Les affrontements entre les forces des Nations Unies déployées au Congo et au Soudan résultent davantage de rencontres inopinées que d’attaques délibérées. La LRA tente d’établir un sanctuaire dans la région du parc national de Garamba (à la frontière entre le Soudan et la RDC). En janvier 2006, alors que le gros de la LRA se trouve rassemblé au parc de Garamba, huit militaires de la MONUC sont tués dans une escarmouche.

Les informations restent confuses sur les groupes opérant en territoire ougandais, qui comprennent au total une centaine de combattants.

Lord's Resistance Army (LRA)_Resultats de l'armee ougandaise contre la LRA (2003-2005)

Source : Forces armées ougandaises (2006)

La LRA maintient un niveau d’activité minimal à la frontière entre le Soudan et la RDC, « limitant » ses attaques à des rapines destinées à sa survie, tendant ainsi à démontrer l’absence de soutien logistique de Khartoum. Après quelques attaques dans la région de Yambio (Sud-Soudan), les autorités du Sud-Soudan entreprennent des négociations avec la LRA. Une somme de US$ 20 000 est remise par Riek Machar(8) à Joseph Kony, afin d’éviter que les combattants de la LRA n’attaquent les populations locales pour obtenir de la nourriture. Les exactions continuent cependant au Sud-Soudan et ne rencontrent qu’une molle réaction de la SPLA.

Avec le blocage des pourparlers de paix dus à l’absence d’accord sur le statut des chefs de la LRA, la situation stagne dans le parc de Garamba. Un conflit de personnes entre Kony et ► Otti conduit à la mort de ce dernier en octobre 2007.

Tous les efforts de paix — dont Joseph Kony est demandeur, comme il l’a confirmé le 22 juin 2008 au micro de Radio France International(9) — se sont heurtés au mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale. Un exemple ou l’intransigeance internationale a causé plus de morts qu’elle n’a sauvé de vies !

La lutte contre la LRA

Les atrocités commises par la LRA ont été réellement portées à la connaissance de l’opinion internationale en 2002-2003. Une unité internationale de renseignement (« Tripartite Fusion Cell »)(10) dévolue, entre autres, à la traque de la LRA a été mise sur pied à Kisangani (RDC) avec deux officiers de renseignements de chaque pays-membre et un appui technique de la CIA américaine.

Au Sud-Soudan, l’accord entre le Soudan et l’Ouganda, qui autorise l’UPDF à opérer sur le sol soudanais est un exemple de volonté de coopération internationale, mais n’est malheureusement pas assorti des outils nécessaires à une collaboration efficace entre les deux armées : il n’y a pas de commandement conjoint (au moins jusqu’à la fin 2006) et l’échange d’informations entre les diverses parties impliquées dans cette lutte est virtuellement inexistant. Dès 2005, trois parties sont impliquées sur le territoire soudanais : les forces armées soudanaises, l’armée du Sud-Soudan (SPLA) et l’UPDF. La MINUS n’a à ce stade aucun mandat pour opérer de manière offensive contre la LRA.

Le 30 juin 2008, Riek Machar décide l’expulsion, des forces ougandaises du territoire sud-soudanais, à la suite d’exactions commises, le 14 juin 2008, contre des ressortissants sud-soudanais, initialement attribuées à la LRA, avant qu’une commission d’enquête soudanaise ne les attribue à l’UPDF.

(1)Note : Cette jonction, qui implique le franchissement du Nil par le groupe de Kony, est souvent avancée comme « preuve » du soutien apporté par le gouvernement du Soudan à la LRA. En fait, il existe des bacs à Juba et plus au Sud à Maridi, que le groupe aurait pu utiliser discrètement en se scindant en petits détachements.
(2)L’accord est signé par le Ministre des Affaires Intérieures de l’Ouganda, le Dr Ruhakana Rugunda et par Martin Ojur pour la LRA. Les dirigeants de la LRA toujours sous mandat d’arrêt international de la CPI n’ont pas risqué un déplacement sur Juba. L’accord prend effet le 29 août 2006. (New Vision, 26.08.2006)
(3)Littéralement « Autel de Conduite »
(4)Mission de l’ONU au Congo
(5)A cette époque l’EDF est soutenue par le gouvernement soudanais dans sa lutte contre la Sudan People’s Liberation Army (SPLA). Ceci contribuera également à établir l’idée que la LRA est soutenue par le gouvernement du Soudan, ce qui n’est plus le cas depuis vraisemblablement 1996-97.
(6)Small Arms Survey, Sudan Issue Brief, Number 6, April 2007
(7)On lui attribue jusqu’à 20 000 enlèvements d’enfants (Associated Press, 11.07.2002
(8)Riek Machar est alors vice-président du Gouvernement du Sud-Soudan.
(9)Africa Confidential, 04.07.2008
(10)Cette unité a été mise sur pied dans le cadre du Groupe Tripartie Plus Un (Burundi, Rwanda, Ouganda et République Démocratique du Congo) destiné à résoudre le conflit des Grands-Lacs.