Mafia

Autres appellations: Cupola
Onorata Societa
Piovra
The mob (aux USA)

Le terme de « Mafia » désigne collectivement un ensemble d’organisations criminelles originaires du sud de l’Italie. Par extension, il désigne des organisations criminelles dans divers pays. D’une manière générale, les mafias ne sont pas des organisations terroristes. Leurs motivations sont de nature essentiellement financière, et les poussent généralement à utiliser et corrompre les structures politiques existantes, plus qu’à en recréer de nouvelles. Elles s’inscrivent donc rarement dans un processus révolutionnaire, même si la nature clandestine de leurs activités les conduit souvent à collaborer avec des mouvements révolutionnaires.

La Mafia vit essentiellement de trafics et d’activités criminelles les plus diverses. D’une manière globale, la Mafia coûte à l’économie privée italienne environ 17 milliards de dollars (1999), dont environ 4,5 milliards de dollars pour le racket dans le seul sud de l’Italie.

En Italie, le terme « Mafia » recouvre cinq grandes organisations qui se partagent le contrôle du sud de l’Italie, en s’affrontant parfois violemment. La Mafia élimine de manière sanglante ses traîtres, opposants et « non-coopérants », mais, à la différence des autres mouvements terroristes, pratique généralement un terrorisme ciblé et rarement l’attentat aveugle.

L’origine des Mafias italiennes, dans leur forme moderne, remonte au début du XIXe siècle, conséquence d’un système social latifundiste de type féodal où, d’une part les riches tenaient de faire respecter une discipline sociale, et les paysans qui tentent d’organiser leur défense. La première mention officielle de la Mafia date de 1837 en Sicile.

Centrées sur des activités illicites à caractère lucratif, la Mafia ne semble pas avoir d’objectifs politiques marqués. Malgré la participation de certains membres de la Mafia à la tentative de coup d’état du Prince Borghese en 1973 à Rome, la Mafia tend généralement à exploiter le système politique et les élus en place que d’imposer un nouvel ordre politique.

Dès la seconde moitié des années 80, la Mafia s’est engagée dans plusieurs actions terroristes visant des magistrats et représentants du pouvoir de Rome.

Mafia_Les Mafias italiennes

Outre leurs zones d’opérations, ces organisations se différencient par leur structure, leur culture et leur mode de fonctionnement.

Cosa Nostra

Cosa Nostra, basée en Sicile est considérée comme l’organisation criminelle la plus importante d’Europe. Outre en Italie, elle a des ramifications en Allemagne, en France, en Suisse, en Grande-Bretagne, en Russie, au Canada et aux USA. Célèbre pour ses activités criminelles, elle a déclenché un vaste mouvement d’opposition en Italie à la suite des attentats contre les juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Elle est mentionnée pour la première fois officiellement en 1837 à Trapani. Il s’agissait au départ d’une milice privée opérant au profit des propriétaires fonciers pour la perception des redevances diverses. L’émigration sicilienne aux USA au début du XXe siècle y importe la Cosa Nostra où elle s’organise rapidement en clans (familles). Durant la période fasciste, Mussolini a mené une guerre violente contre la mafia. En 1943, afin de préparer le débarquement allié, les réseaux mafieux siciliens ont été réactivés depuis les Etats-Unis par Lucky Luciano, à la demande des USA. La Mafia s’étend alors rapidement dans le sillage de la progression alliée et s’affirme comme force de l’ombre lors de la restauration de l’Etat italien après la guerre.

Son organe supérieur est la Cupola, un conseil qui supervise et coordonne les activités de ses différentes familles. A la fin des années 90, elle est dominée par la famille des Corleonesi. En Sicile même, l’organe le plus important de Cosa Nostra est la Commission Régionale (Regione).

Elle est composée de « familles » (cosche), dont les membres sont davantage liés par l’appartenance géographique (quartier de ville, village, région) que par le sang. Le chef de famille nomme son second (sottocapo), ses conseillers (consiglieri) et des chefs locaux (capidecina) qui commandent quelques « hommes d’honneur » (picciotti), ainsi désignés car ce sont eux qui récoltent le produit du racket (pizzu). Les familles se rassemblent par groupes régionaux n’ont pas la même importance.

Mafia_Implantation des principales familles de Cosa Nostra

En Sicile, la mafia est articulée en près de 150 familles et compte un effectif estimé de 4 000 membres permanents. Son chiffre d’affaires annuel est estimé à quelque 15 milliards de dollars pour les activités illégales et 35 milliards de dollars pour les fonds recyclés. Aux USA, ce chiffre d’affaires atteindrait 170 milliards de dollars.

La Stidda

Organisation originaire de la région d’Agrigente en Sicile. Malgré des racines qui semblent très anciennes, l’apparition la Stidda est récente et en fait l’organisation mafieuse la moins bien connue. Ses effectifs totaux sont estimés à 5 000 membres. Certains d’entre eux sont des transfuges de Cosa Nostra. Elle ne dispose pas d’organisation centralisée comme Cosa Nostra, mais se présente plutôt comme une « fédération » d’organisations très locales. Certains estiment que la Stidda a été éliminée en 1995-96.

Mafia_Implantation de la Stidda

Les membres de la Stidda sont désignés « Stiddari » ou « Stiddaroli » selon les zones, et se reconnaissent au moyen d’un tatouage composé de cinq points placés en cercle, entre le pouce et l’index.

‘Ndrangheta

Organisation criminelle née au XIXe siècle en Calabre, où elle reste centrée. Elle compte quelques 155 « familles » (cosche) et environ 6 000 membres. Sa structure est essentiellement basée sur la famille de sang. Les « alliances » entre « familles » résultent fréquemment de mariages. Les liens qui unissent les membres d’une même « famille » (aussi appelée « picciotteria ») sont donc très étroits et les trahisons sont rares, et l’usage de la stratégie des « repentis » par les forces de l’ordre est difficile. Chaque famille a un secteur dans lequel elle opère librement.

Les structures, qui existent essentiellement à l’intérieur des familles, sont très rigides et formelles, ponctuées de rites de passages. Chaque membre prononce un serment.

Les activités de la ‘IV drangheta sont essentiellement le trafic des armes, le trafic de stupéfiants et l’enlèvement avec extorsion.

Grades de la ‘Ndrangheta

Quintino, Le rang le plus élevé de l’organisation.

Vangelo ou Vangelista, Membre ayant juré fidélité à l’organisation sur l’évangile.

Santista, Membre de l’organisation ayant obtenu la « santa », ou reconnaissance de ses « mérites ».

Camorrista, Chef local de quelques picciotti d’onore, dans un petit village ou dans un quartier.

Picciotto d’onore, Premier « vrai » grade de l’organisation. Il désigne les exécutants de petites besognes.

Giovane d’onore, Désignation du jeune qui, par naissance, appartient à la «famille ».

Sorella d’omertà, Désignation donnée aux femmes qui participent aux activités de la «famille ».

Mafia_Implantation de la 'Ndrangheta

Sacra Corona Unita

Organisation mafieuse récente, centrée dans les Pouilles. Elle est issue des tentatives d’extension de la Nuova Camorra Organizzata dans les Pouilles au début des années 80. Ainsi est créée la Nuova Camorra Pugliese en 1981, par Pino Iannelli et Alessandro Fusco. Le 25 décembre 1983, Giuseppe Rogoli fonde la Sacra Corona Unita depuis sa prison de Lecce. Dès 1987, apparaît La Rosa, qui est une émanation de la Sacra Corona Unita, centrée dans la région de Bari.

La Sacra Corona Unita est une organisation fédératrice de 47 clans indépendants totalisants quelque 1 561 membres permanents. Elle est dirigée par Giuseppe Rogoli, dont a femme a repris les fonctions administratives depuis son incarcération.

Mafia_Implantation des clans de la Sacra Corona Unita

Camorra

Organisation criminelle de la région de Naples, née au début du XIXe siècle. Ses connexions avec les hommes politiques napolitains lui a parfois conféré un rôle important dans la politique de la ville et de la région napolitaine. Combattue tout au long du XIXe siècle, elle a été considérée comme éradiquée en 1915. Son étroite intégration dans la vie sociale, politique et culturelle napolitaine assure sa survie.

Organisation essentiellement urbaine, elle a tenté de s’étendre en direction des Pouilles et a donné naissance à la Sacra Corona Unita. Elle a des ramifications importantes en Italie, en Europe et dans le monde entier.

Elle est composée de 111 « familles » et 6 700 membres permanents sans structure fédérative précise. Quelques tentatives de structuration des clans ont été entreprises depuis les années 70. Créée par Raffaele Cutolo pour résister aux tentatives de « colonisation »de la Camorra par Cosa Nostra, la Nuova Camorra Organizzata est rapidement concurrencée par la Nuova Famiglia, créée par les familles Bardellino, Nuvoletta et Alfieri, qui s’allie avec Cosa Nostra. La Nuova Camorra Organizzata disparaît en 1983, et laisse la place à la Nuova Camorra Pugliese, qui donnera naissance à la Sacra Corona Unita. En 1993, l’idée d’une structure de la Camorra selon le modèle de Cosa Nostra donne naissance à la Nuova Mafia Campana, qui meurt avant même d’avoir réellement vu le jour.

Mafia_Implantation de la Camorra dans la region de Naples (2006)

La structure interne des familles de la Camorra n’a pas de caractère formalisé. Une tentative a été effectuée avec la Nuova Camorra Organizzata, de reprendre des structures rigides, mais n’a pas été suivie.

Mafia_Familles de la Camorra a Naples (2006)

Bibliographie choisie :

Cretin T., Mafias du monde — Organisations criminelles transnationales. Actualités et perspectives, Paris, 1998 et 2002; Gayraud Jean-François, Le monde des Mafias, Odile Jacob, Paris, 2005 ; Lacoste Pierre (Amiral), Les mafias contre la démocratie, Paris, 1992 ; Lupo Salvatore, Histoire de la Mafia des origines à nos jours, Flammarion, Paris 1999 ; Matard-Bonucci M.-A., Histoire de la Mafia, Paris, 1994 ; Pezzino Paolo, Les Mafias, Casterman, Paris, 1999 ; Paliotti Vittorio, Storia della Camorra, Newton Compton Editori, Roma, 2006 ; Raufer Xavier, La Camorra — Une mafia urbaine, La Table Ronde, Paris, 2005 ; Raufer Xavier avec Stéphane Quéré, La mafia albanaise, Favre, Lausanne, 2000 ; Sommier Isabelle, Les mafias, Paris, 1998