Missiles antiaériens portables

Missiles antiaériens portables

Les missiles antiaériens portables (également appelés communément MANPADS pou MAN-Portable Anti-aircraft Defense System) constituent une menace croissante pour l’aviation civile, et permettraient d’abattre des appareils civils dans un rayon de plusieurs kilomètres autour des aéroports. Statistiquement, ce type d’attaque concerne cependant principalement les pays en guerre, où opèrent des mouvements de guérilla et touche en priorité des avions militaires. On estime qu’entre 1978 et 1998, 29 avions civils ont été abattus par des missiles antiaériens portables (essentiellement dans des zones de guerre), causant la mort de près de 550 personnes.

A l’exception d’une tentative à l’aéroport de Fiumicino à la fin des armées 70, d’attaques de la Zimbabwe African People’s Union (ZAPU) contre des avions de ligne rhodésiens en 1978-79, des attaques confirmées contre des appareils de l’ONU en Angola en 1994 et 1997 et de la tentative d’attentat de Mombasa en 2002, on relève peu d’usage terroriste de missiles antiaériens contre des appareils civils.

L’attentat du 7 avril 1994 contre le Mystère-Falcon des présidents du Rwanda et du Burundi avec un missile SA-7 ne relève probablement pas du terrorisme, mais plutôt de l’opération clandestine…(Note : Cet attentat — dont les Hutus attribuent dans un premier temps la responsabilité au commandant canadien de la force de l’ONU — provoque la mort des présidents du Rwanda et du Burundi est à l’origine du conflit rwandais.)

Missiles antiaériens – zone de risque au décollage contre les MANPAD SA-7, SA-14
Missiles antiaériens – zone de risque au décollage contre les MANPAD SA-7, SA-14

 

Outre le prix de ces missiles, ce sont les conditions d’emploi qui constituent l’obstacle à leur utilisation. Alors que les missiles de conception récente (FIM92A Stinger, par exemple) peuvent être utilisés sous n’importe quelle condition, les missiles de conception plus ancienne (SA-7 Strela et SA-14, par exemple) sont plus répandus, mais ont des performances moindres. Leur manoeuvrabilité (capacité à suivre la cible) est faible, la sensibilité de leur autodirecteur infrarouge ne permet un verrouillage que sur des sources de chaleur très vives (réacteurs), l’ouverture du cône de détection de l’autodirecteur et la portée du missile sont plus réduits.

Depuis le début des années 70, le missile SA-7 Strela — avec ses différentes variantes — est le missile antiaérien portable le plus répandu dans le monde. On estime qu’environ 100 000 exemplaires du SA-7 ont été produits et 50 000 fournis à des pays du tiers-monde. Il est utilisé par 56 pays et plusieurs mouvements de guérilla / terroristes dans le monde (voir tableau). Son coût relativement bas (entre US$500 et 5 000 en 2003) et sa grande simplicité d’emploi expliquent sa diffusion. Des variantes plus modernes, comme le SA-14 ont un prix plus élevé (estimé à US$ 10 000-20 000 en 2002).

SA-7 Strela
Missiles antiaériens – Le système SA-7 utilisé à Mombasa le 28 novembre 2002. Son usage est très simple, mais la manœuvrabilité du missile est faible : le tireur doit se trouver le plus possible dans l’axe et à l’arrière de l’appareil. [Dessin J. Baud]

Durant les années 70, certains groupes terroristes, comme les Brigades Rouges ont eu accès à des missiles antiaériens soviétiques SA-7 Strela, à travers la Libye ou des organisations palestiniennes. Le 8 novembre 1979, Daniele Pifano, chef du groupe « Autonomia » et Luciano Nieri sont arrêtés avec deux missiles SA-7 dans leur voiture à Ortona (Italie). La destination finale de ces missiles n’est pas connue avec précision, et aurait pu être un attentat contre le DC-9 du premier-ministre Cossiga sur l’aéroport de Ciampino. Les missiles avaient été fournis par le ► Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP). Un certain nombre de ces armes a également été importé clandestinement en Irlande du Nord au milieu des années 80. En 1989, en Irlande du Nord, un hélicoptère britannique du type Wessex a été abattu par un SA-7, et on estime qu’il existe encore 2 à 3 missiles dans l’arsenal de l’IRA. Il semble, par ailleurs, qu’en 1993, des contacts entre la PIRA et l’Iran aient eu lieu pour l’obtention de nouveaux missiles antiaériens portables.

Durant la guerre d’Afghanistan, les Etats-Unis ont fourni à la résistance afghane environ un millier de missiles antiaériens Stinger, dont 200-300 n’auraient pas été utilisés. La guerre terminée, une partie des missiles non utilisés a été acheminée vers l’Iran. Certains Stinger auraient été livrés entre août et octobre 1992 au ► Front Islamique de Libération Moro (FILM) philippin. D’autres ont été livrés au Tadjikistan. Soucieuse de l’utilisation que pourraient en faire des mouvements terroristes, la CIA a lancé un programme de rachat des missiles au début des années 90. L’offre de 68 000 dollars pour chaque Stinger rendu, ne semble pas avoir connu un grand succès, car ces missiles se vendaient alors sur le marché clandestin à des prix situés entre 120000 et 208000 dollars l’unité.

 

De nombreuses informations relèvent cependant les mauvaises conditions de stockage de ces systèmes sensibles, et mettent en doute leur capacité de fonctionner normalement. La tentative d’attentat du 28 novembre 2002 contre un avion civil israélien au départ de Mombasa (Kenya)(6) avec le tir de deux missiles SA-7 Strela, tendrait à démontrer le manque de fiabilité d’armes vieilles de près de trente ans et souvent mal entretenues.(Note : L’examen du numéro de série du lanceur SA-7 retrouvé à Mombasa a permis de faire un rapprochement avec un lanceur retrouvé à proximité de la base aérienne américaine de Prince Sultan Air Base. Il avait été utilisé par Abou Houzifa, un Soudanais identifié comme appartenant au réseau «Al-Qaïda », pour tenter d’abattre un appareil militaire américain, mais l’incident n’a été remarqué que lorsque le lanceur a été retrouvé. (AP, 03.12.2002))

Après le renversement de Mouammar Kadhafi en Libye en 2011, un stock considérable d’armes antiaériennes a été retrouvé. Victime d’un bombardement américain en avril 1986, qui avait tué sa petite fille, Kadhafi a développé une crainte maladive des raids aériens et avait pourvu son pays d’un stock disproportionné de ce type d’armes. Une part importante de ces missiles portables a rapidement été récupérée par les services spéciaux de la CIA américaine, probablement initialement pour les remettre à la résistance syrienne. Ces missiles étaient stockés dans une annexe de l’ambassade des Etats-Unis située à Benghazi (et pudiquement appelées « consulat »). C’est apparemment au cours d’une transaction concernant ces missiles qu’un attentat tuera l’ambassadeur américain Stevens le 11 septembre 2012.

 

 

 

Attentats contre des avions civils avec MANPADS (1978-2003)
Attentats contre des avions civils avec MANPADS (1978-2003)

 

Attentats contre des avions civils avec MANPADS (1978-2003) (Suite)
Attentats contre des avions civils avec MANPADS (1978-2003) (Suite)

En Irak, un nombre inconnu — évalué à plusieurs centaines — de missiles SA-7/SA­14/SA-18 a disparu des stocks de l’armée irakienne en déroute. Selon des rumeurs non-confirmées — mais suffisantes pour imposer à la compagnie israélienne El Al des modifications aléatoires d’horaires — certains de ces missiles auraient été importés clandestinement en Thaïlande. Les forces américaines tentent de récupérer les missiles disparus en offrant une récompense de 500 US$ par missile rapporté.(Source : International Herald Tribune (08.10.2003)

On observe une tendance à remplacer les vieux SA-7 par des engins plus modernes et plus performants. Ainsi, des informations non confirmées font état de l’acquisition par le Hezbollah libanais de missiles SA-18 au début 2002.(Source : Al-Bayan, 30.09.2002)) Le SA-18 est une version améliorée, avec un senseur thermique plus fin qui peut également se verrouiller sur des sources de chaleur moins fortes que les réacteurs. Il peut donc être utilisé face à sa cible, et pas seulement depuis derrière comme pour les versions SA-7/SA-14.