Modjahedin-e-Khalq (MeK)

Autres appellations:
Modjahedin-e-Khalq Organization (MKO)
Conseil National de la Résistance (CNR)
Organisation des Moudjaheddin du Peuple d’Iran
Sazman-e Moujahedin-e Khalq-e Iran

Modjahedin-e-Khalq (MeK)(Iran)Mouvement de résistance d’obédience communiste en Itan soutenu par l’Irak. Il est issu du Mouvement de Libération de l’Iran (MLI), un parti nationaliste libéral fondé en 1960 par des étudiants adeptes du Premier-ministre Mohammed Mossaddeq. Devenu le MeK en 1963, il s’inspire du marxisme et combat l’occidentalisation excessive de l’Iran sous le régime du Shah. Au début des années 70, il s’engage dans la lutte armée – reconnue comme le seul moyen pour parvenir à ses objectifs – et devient le principal mouvement armé en Iran.

Les effectifs du mouvement sont officiellement compris entre 30 000-50 000 membres.(1) Son quartier-général opérationnel est situé à Bagdad. Le mouvement est dirigé par Maryam Radjavi, « Présidente en exil », une autre femme, Moshgan Parsaii, est secrétaire-générale du mouvement depuis octobre 2001, tandis que le mari de Maryam, Massoud Radjavi dirige son aile militaire (démantelée en 2003).

Historique

Après la tentative de soulèvement de juin 1963, le MLI se radicalise et entreprend de poursuivre sa lutte par les armes. Il prend la dénomination de MeK et développe des contacts avec les mouvements palestiniens dont il utilise les camps d’entraînement au Liban et en Jordanie. En 1971, il s’engage dans la lutte armée. Rapidement, il devient la principale force d’opposition armée en Iran. De tendance marxiste-léniniste, il est soutenu par l’Union Soviétique et focalise l’opposition au régime du Shah en Iran et à l’étranger. En 1973, il est responsable de la mort du colonel Hawkins de l’armée américaine en Iran.(2)

Le MeK appuie le mouvement qui accompagne l’Ayatollah Khomeyni pour mettre fin au régime du shah. Mais, il s’en désolidarise rapidement en raison de divergences idéologiques : il maintient son orientation marxiste et entre en conflit avec les fondamentalistes religieux.

Opposé à la présence américaine en Iran, il soutien l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979. Toutefois, dès 1981, il soutien le président Bani Sadr. Le 20 juin 1981, il organise une manifestation à Téhéran qui rassemble quelque 500 000 manifestants et provoque une sévère réaction et répression de la part du gouvernement. En juillet, ses dirigeants quittent l’Iran pour s’installer en France, à Paris.

Il adhère au Conseil National de la Résistance d’Iran (CNRI),(3) créé en 1981, à Téhéran, par le président Bani Sadr en exil. En 1986, les autorités françaises exigent la fermeture de son quartier-général, qui se déplace, avec Radjavi, en Irak. Le MeK joue — volens nolens — le rôle de cinquième colonne irakienne en Iran.

En 1987, le MeK forme l’Armée Nationale de Libération (NLA), son bras armé, qui connaît de nombreux succès militaire et peut, grâce à ses prises de guerre, rassembler un équipement digne d’une armée moderne. La NLA comprend quelque 6 000 — 8 000 combattants subdivisés en brigades, 250 chars de combat et des véhicules de combat d’infanterie. Elle entretient environ 15-20 bases opérationnelles en Irak. A la fin des années 80, durant la guerre Iran-Irak (et même après le cessez-le-feu), la NLA mène des offensives au Nord de l’Iran. En avril 1992, en réponse à une opération du MeK, l’aviation iranienne bombarde un camp du MeK en Irak, provoquant une série d’attentats à la bombe contre 13 ambassades iraniennes à travers le monde.(4)

Le régime iranien poursuit les dissidents du MeK à travers le monde. En 1990, les services secrets iraniens assassinent Kazem Radjavi, le chef du MeK à Genève (Suisse).(5) Le 20 février 1994, à Istanbul, ce sont deux cadres du MeK qui sont retrouvés sans vie dans leur appartement. En 1996, les services iraniens abattent des militants du MeK à Bagdad, en Turquie et au Nord de l’Irak.

En avril 1994, le MeK organise l’attaque simultanée d’ambassades iraniennes dans 13 pays à travers le monde. Ses actions visent principalement des installations d’importance économique, comme des installations pétrolières.

Le MeK avait une réputation de brutalité, qui a été relevée dans le rapport d’Amnesty International de 2002. Notamment avec les membres qui cherchaient à quitter l’organisation.(6)

Lors de l’offensive américaine contre l’Irak en avril 2003, le bruit a couru que le MeK aurait pu abriter des armes de destruction massives et fournir un appui opérationnel à l’armée de Saddam Hussein. L’aviation américaine a bombardé deux camps du MeK à proximité de Bagdad, et, le 15 avril, à la suite d’une négociation entre les deux parties, 3 400 combattants du MeK et 7 000 membres de leurs familles se rendent aux Américains.(7) Les combattants restent internés dans le camp d’Ashraf en Irak.

Le 17 juin 2003, le MeK fait l’objet d’une vaste opération de la police française. Après le désarmement du MeK en Irak, le gouvernement iranien ne considère plus ses militants comme une menace et a offert une amnistie à ses membres(8). Dès 2005, un programme de rapatriement des prisonniers du MeK en Irak sous l’égide du comité International de la Croix-Rouge a été mis en oeuvre.

Depuis 2003-2004, des activités clandestines sont menées en Iran par les Etats-Unis et un soutien actif (livraison d’armes et d’équipements, entrainement de troupes, etc.) est apporté au MeK par le Joint Special Operations Command (JSOC), Les activités clandestines des services spéciaux de la CIA sont autorisées aux termes d’un Presidential Finding de mars 2007.(9)

Mouvement terroriste ou non ?

Depuis 1997, le MeK est porté sur la liste du Département d’Etat américain des Organisations Terroristes Etrangères (FTO) en raison du fait que ses actions ont causé des morts de civils. A trois reprises, en 1999, 2001 et 2003, le MeK a effectué une demande afin d’être retiré de cette liste, mais chaque fois son statut d’organisation terroriste a été maintenu. Le MeK/CNRI figure également sur la liste de l’Executive Order 13224 américain, et l’Union Européenne l’a porté sur sa liste des organisations terroristes le 2 mai 2002. Les Nations Unies l’ont placé dans leur liste de la Résolution 1333 du Conseil de Sécurité sur le gel des avoirs financiers de certaines organisations liées au terrorisme international. En revanche, il n’est pas considéré comme organisation terroriste au Canada et en Australie. En Grande-Bretagne le MeK a été considéré comme organisation terroriste en vertu du Terrorist Act 2000, jusqu’au début mai 2008, puis en a été retiré après un long combat juridique.

Modes d’action

Les modes d’action du MeK hors de sa zone opérationnelle au Nord de l’Iran sont essentiellement des manifestations publiques, des collectes de fonds auprès des nombreuses organisations d’Iraniens émigrés(10) et du lobbysme. Le MeK entretient des contacts avec de nombreuses personnalités politiques occidentales, notamment en Allemagne et en Australie.

La campagne d’attentats de 1992 a placé le MeK dans la catégorie des mouvements terroristes. Toutefois, ses activités sont généralement ciblées et ne sont pas indiscriminées. Bien qu’il ne dispose pas d’une capacité suffisante à renverser le gouvernement iranien, il entretient une capacité de nuisance meurtrière importante en Iran.

Les allégations américaines selon lesquelles le MeK serait associé avec le mouvement ► Al-Qaïda sont très improbables et témoignent de la méconnaissance des phénomènes terroristes par les services américains. En novembre 2001, des rapports des services de renseignements américains relevaient que le MeK aurait aidé le gouvernement irakien à réprimer les Kurdes au Nord du pays. Ces allégations ont systématiquement été réfutées par les représentants du MeK. Apparemment, le MeK n’a plus eu d’activités de combat depuis 2003.

Site Internet : www.iran-e-azad.org/

(1)Mais plus vraisemblablement entre 10 000 et 20 000 membres selon Jim Tinsley et Rob Fanney, « Mujahideen-e-Khalq (MeK) », Jane’s Terrorism Intelligence Centre, http://jtic.janes.com (21.05.2003)
(2)Selon le MeK, cet assassinat aurait été perpétré par un groupe radical de tendance marxiste et islamiste, qui deviendra plus tard le « PEYKAR » (Organisation de la Lutte dans la Voie de l’Emancipation de la Classe Ouvrière) en 1977.
(3)Le CNRI, dirigé par ► Massoud Radjavi, se considère comme un gouvernement en exil. Il a des bureaux à Washington et à Paris et jouit d’un soutien modéré en Occident. Son objectif est un état iranien laïc, avec une société multipartite où l’église et l’Etat sont des entités séparées.
(4)Opportunément, le rapport annuel du Département d’Etat américain, « Pattern of Global Terrorism — 1992 » ne mentionne pas un seul de ces attentats. A l’époque, l’ennemi est l’Iran… (Pattern of Global Terrorism —1992, Office of the Secretary of State, avril 1993)
(5)Les deux auteurs de l’attentat seront arrêtés à Paris en novembre 1992. Malgré les demandes d’extradition de la Suisse, ils seront remis aux autorités iraniennes, probablement pour ne pas avoir à dévoiler, lors d’un procès, les sources qui avaient informé les services de renseignements français de l’imminence de l’attentat.
(6)Human Rights Watch Report, “No Exit: Human Rights Abuses Inside the Mojahedin Khalq Camps”, May 2005
(7)Juan O. Tamayo, « Saddam-backed lranian group to surrender », Knight Ridder Newspapers, (16.04.2003)
(8)Tehran Times (25.11.2003)
(9)Seymour Hersh, “Preparing the Battlefield”, The New Yorker, 7 juillet 2008
(10)En 1994, Massoud Radjavi devait déclarer que les fonds récoltés cette année-là pour le mouvement se montaient à US$ 45 millions. (Jim Tinsley et Rob Fanney, op.cit.)