Mouvement Islamique du Turkestan Oriental (MITO)

Autres appellations :

Parti Islamique du Turkestan Oriental

(Chine) (En dépit de contacts probables et d’objectifs similaires, le MITO ne doit pas être confondu avec le Mouvement séparatiste islamique ouighour, militant pour l’indépendance du Turkestan Oriental en Chine. Il opère essentiellement dans l’Ouest de la province du Xinjiang, mais on trouve de ses cellules en Afghanistan, au Kirghizstan, en Ouzbékistan, au Kazakhstan et au Pakistan. Il est dirigé par Hahsan Mahsum.

Malgré son extension géographique, le mouvement a des ambitions strictement régionales. Toutefois, afin d’attirer les bonnes grâces du gouvernement chinois lors des discussions sur l’Irak au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le gouvernement américain l’a inclus dans l’Executive Order 13224(1) au 9 mars 2002. Le mois suivant, le MITO a été inclus sur la liste des Nations Unies des pays entretenant des relations avec le réseau Al-Qaïda, bien que ces contacts n’aient probablement pas de fonction opérationnelle. Il est en effet probable, selon les services de renseignements chinois, que des membres du MITO aient été entraînés en Afghanistan, sans préciser toutefois, qui aurait prodigué cette formation(2). Le chef du MITO a nié tout contact avec Al-Qaïda.

La minorité ouighour a résisté au pouvoir central chinois depuis le début des années 50. Cristallisé autour de l’islam, ce mouvement indépendantiste est perçu comme une menace par le gouvernement chinois. Le gouvernement de Pékin a tenté de contrôler la situation en encourageant un islam modéré, sous la supervision d’un clergé payé par le gouvernement.

Avec la montée de l’islamisme dans le monde et l’accession à l’indépendance des républiques d’Asie Centrale, les velléités d’indépendance des Ouighours se manifestent avec plus de virulence. Depuis le début des années 90, les affrontements entre forces de l’ordre et militants ouighours se sont multipliés.

En septembre 1994, lors d’une réunion secrète à Gulja les cinq mouvements indépendantistes du Turkestan Oriental ont décidé de coordonner leurs actions. Il en est résulté un accroissement de la violence et des attentats portés contre les infrastructures de la région, qui se sont rapidement traduits par des arrestations en grand nombre (5 000 en 1996). Les séparatistes sont condamnés à de lourdes peines.

Le 25 février 1997, un triple attentat à la bombe contre trois autobus fait sept morts et 67 blessés à Urumqi, tandis qu’une quatrième bombe est désamorcée. Les attentats sont suivis le 5 mars d’un autre attentat à Yining. Les autorités désignent alors des responsables des villes de Kashgar et Korla pour ces actes, qualifiés d’« houliganisme », financés par des « mouvements islamiques d’Afghanistan ».(3)

Entre 1997 et 2000, des attaques et embuscades montées par des combattants ouighours résidant au Kazakhstan contre les forces de sécurité chinoises déclenchent une répression féroce. Mais les Ouighours ne concentrent pas seulement leurs attaques sur l’adversaire chinois. En mai 2002, des militants sont accusés de préparer un attentat à la bombe contre l’ambassade des Etats-Unis à Bishek, capitale du Kirghizstan et extradés vers la Chine.

L’intervention américaine en Afghanistan consécutive aux attentats du 11 septembre 2001 a déclenché en Chine une répression accrue contre les Ouighours.

(1)L’Executive Order (décret présidentiel) 13224 du 23 septembre 2001 a pour objectif le gel des avoirs d’individus et d’organisations politiques ou commerciales soupçonnées d’entretenir des liens avec le terrorisme international, dont Al-Qaïda. La liste des individus et organisations concernées est constamment remise à jour.
(2)On ne peut cependant exclure que le gouvernement chinois ait tenté de trouver une justification et une « légitimité » pour sa répression contre le mouvement. La Chine a souvent été sous la critique des mouvements des droits de l’Homme — et des Etats-Unis ­pour sa politique à l’égard de cette minorité ethnique d’origine turque et qui pratique un islam modéré d’obédience soufie.
(3)China Informed, 26.02.1997