Mungiki

Autres appellations :
Wazalendo
Kenyan National Youth Alliance

(Kenya) (Nom kikuyu dérivé du mot muingi-ki — multitude, tout le monde). Mouvement affilié à l’ethnie Kikuyu apparu au Kenya à la fin des années 80. Initialement d’inspiration religieuse, il est devenu un mouvement politique sous l’impulsion de à son coordonnateur national, ► Ibrahim Ndura Waruinge, puis Ezekiel Waruinge (2001-2005). En 1998, selon son chef, Waruinge, le mouvement comptait 4 950 membres. En 2002, ses effectifs sont évalués à 300 000 membres, principalement répartis dans les districts dominés par des Kikuyus (Laikipia, Murang’a, Kiambu, Thika, Nakuru, Nyeri, Kirinyaga et Maragwa). Chaque membre paie une cotisation mensuelle de 3 000 SHK (environ 30 €), qui symbolise les trois bénédictions de la communauté kikuyu (le lait, la viande et le miel), ou les trois sommets du mont Kenya (Kiri-Nyaga), le siège de Ngaï (Dieu).

Tradition et doctrine

Le Mungiki est apparu en 1987 dans les districts de Laikipia et de Baringo au centre du pays et principale zone kikuyu. Le mouvement se voulait alors essentiellement religieux et orienté sur la quête des racines de la communauté kikuyu et pour le retour aux traditions et normes kikuyus, notamment la circoncision féminine et le perçage des oreilles. Ils combattent le « Gikunjo », sorte d’esclavage mental dans lequel les Kikuyu auraient été placés par le monde occidental. Leur objectif est de restituer aux Kikuyus l’héritage matériel et spirituel (Kigonguna), qui leur aurait été pris par les missionnaires occidentaux.

Il est basé sur une croyance qui veut qu’un dieu (Ngaï ou Mogaï), après avoir créé l’univers, a donné le Kenya à un être nommé Kikuyu, lui a ensuite donné une femme (Mumbi), puis a créé le mont Kenya (Kiri-Nyaga). Le couple Kikuyu­Mumbi a alors engendré les neuf tribus qui composent l’ethnie Kikuyu.

De nombreuses similitudes existent entre le Mungiki et les Mau-Mau, qui avaient semé la terreur au Kenya à la fin des années 50 et dont d’anciens adeptes se retrouvent dans le Mungiki.

Le drapeau du groupe reprend les couleurs du drapeau kenyan avec le rouge (le sang versé lors de la guerre d’indépendance et qui continuera de couler jusqu’à ce que le pays soit «libéré »), vert (la nature et les beautés du pays), noir (la terre des personnes noires) et blanc (la paix pour laquelle ils se battent).

Les cultes pratiqués par le Mungiki comprennent de nombreux rites et pratiques traditionnels africains, y compris l’immolation d’animaux. La pratique de sacrifices humains est également soupçonnée, notamment dans la Province du Centre, où des restes humains ont été découverts sur des sites de culte.

En 2002, la secte aurait lancé un ultimatum de trois mois à toutes les femmes âgées de 13 à 65 ans qui ne sont pas circoncises, les enjoignant de subir l’opération.(1) Apparemment, les membres de la secte auraient circoncis des femmes de force. Par ailleurs, la Mungiki est responsable de nombreux actes de racket et des meurtres, notamment dans le but de contrôler les revenus des taxis.

Structures

Le mouvement est dirigé par un conseil des aînés. Chaque province compte six aînés, éclairés par des «prophètes », qui prodiguent des conseils quotidiens aux prêtres. Les membres de la secte — qui ont prononcé le serment officiel — sont désignés « Jama » et se distinguent par leur coiffure « rasta », bien que cette pratique soit progressivement abandonnée.

L’admission d’un nouveau membre au sein du groupe est soumise à l’approbation des prêtres et prophètes. Le nouveau membre est alors astreint au kirira (enseignement) de Ngaï. La secte revendique 300 000 membres, dont 20 députés.

Au plan opérationnel, le Mungiki dispose d’unités paramilitaires, désignées « Bagation », subdivisées en cellules et sections. La majeure partie de leurs membres sont armés de machettes, mais certains sont armés d’armes automatiques et fusils d’assaut.

Son financement est assuré par des activités agricoles et industrielles pour lesquelles le mouvement a investi pour l’acquisition de terres, de tracteurs, moulins et des véhicules de transport. Les dirigeants du mouvement se rencontrent tous les derniers samedis du mois afin d’évaluer le rendement mensuel et les défis. Ils participent également à des manifestations publiques, à des séances de prédication et à des rituels de baptême.

Dès 2002, la violence du Mungiki semble s’être dirigée sur le contrôle des services de taxis (« Matatu ») et a conduit au meurtre de plusieurs dizaines de chauffeurs de Matatu. Cette violence a conduit le gouvernement à interdire la secte, le 15 mars 2002, qui reste cependant encore active et virulente.

Le 29 mars 2002, une unité spéciale spécialement dédiée à la lutte contre la secte Mungiki a été créée. Désignée « Anti-Mungiki », elle est composée de membres de la National Security Intelligence Service (Services de Renseignements National), de la General Service Unit (Unit des Services Généraux), du Criminal Investigations Department (Département des Investigations Criminelles) et de l’Administration Police.

En octobre 2006, un groupe armé du Mungiki parvient à s’introduire dans la demeure du ministre de l’Intérieur.

En juin 2007, le gouvernement kenyan décide de mettre un point d’arrêt aux agissements de la secte. Durant les six mois suivant la décision, quelque 450 cadavres sont découverts dans la région de Nairobi, laissant supposer un travail d’élimination des membres de la secte.(2)

Mungiki_Structure sommaire du Mungiki (2001)

Conséquence de l’action du gouvernement contre la secte, celle-ci opère sous divers noms, comme Wazalendo ou Kenyan National Youth Alliance. Un rapprochement semble s’être opéré entre le Mungiki et certains activistes islamistes et certains cadres de la secte se sont convertis à l’islam, comme Ibrahim Ndura Njenga, le coordinateur national du mouvement. Cette évolution semble avoir eu un effet sur les objectifs de la secte, qui se dirigent davantage contre la présence anglo-saxonne au Kenya, ainsi que contre les communautés chrétiennes.

(1)The East African Standard, 23.04.2002
(2)The Economist, 10.11.2007