Niger

Depuis 1990, le Niger est en proie à des conflits endémiques entre populations locales et gouvernement central. L’une des causes de ces conflits — comme dans d’autres régions du Sahel, comme le Darfour — est le processus de désertification qui frappe les populations du sud saharien, attachées à leurs terres et dans l’incapacité de trouver de nouvelles zones économiques. Dès le début des années 90, les mouvements armés se multiplient, avec des objectifs et des différences difficiles à discerner et qui semblent — comme au Tchad — se rassembler davantage autour de chefs qu’autour d’idées ou d’objectifs.

Le conflit touareg

Les accords de paix — ou de trêve — se multiplient entre le gouvernement et les mouvements. Les accords du 19 mars 1993, puis du 10 juin 1993, sont rompus en raison des divisions internes des mouvements rebelles. Ainsi, est créée une Coordination de la Résistance Armée (CRA) qui regroupe un certain nombre de mouvements en vue de négociations. Un accord de paix est signé le 9 octobre 1994 à Ouagadougou entre la CRA et le gouvernement nigérien, avec la médiation de l’Algérie, du Burkina Faso et de la France, qui établissait une trêve de trois mois tacitement renouvelable.

Le 24 avril 1995, un accord de « paix définitive » est signé entre le gouvernement et entre le gouvernement nigérien et les différentes factions touareg réunies au sein de l’Organisation de la Résistance Armée (ORA).

Mais la situation se dégrade à nouveau et un nouvel accord de paix est conclu avec le gouvernement nigérien le 6 juin 1997. La mise en oeuvre de cet accord ne se fait que lentement et divers mouvements se regroupent dans l’Union des Forces de la Résistance Armée (UFRA), un mouvement Touareg créé par Mohamed Anacko et dirigé par Baraka Wardougou, qui comprend le Front Populaire de Libération du Sahara (FPLS) de Mohamed Anacko, le Mouvement Unifié de la Résistance (MUR) d’Ahmed Waddey et les Forces Armées Révolutionnaires (FAR) d’Ahmed Koussou.

Le non-respect de l’Accord de Paix de Niamey (septembre 1997) provoque une reprise des combats, qui conduit à la signature, le 28 novembre 1997, d’un Accord de Paix Additionnel à Alger mettant fin au conflit dans cette partie Nord du Niger.

La France contribue financièrement avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à la réinsertion socio-économique de 250 ex-rebelles Toubous dans la région de Bilma, dans l’est du Niger, appartenant aux Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS). L’objectif est de « renforcer et promouvoir la culture de paix » dans la région de Bilma, où sont cantonnés les éléments des FARS.

La France finance également d’autres opérations de « consolidation de la paix » dans la région de Diffa (sud-est) en vue de la réinsertion des ex-combattants du Front Démocratique Révolutionnaire (FDR), ainsi que des opérations de développement en faveur des anciens combattants touaregs dans les zones d’Agadez et Tahoua (nord).

Le conflit toubou

Les Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS) dirigées Mohamed Anako. Les FARS s’associent au ► Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) à la fin 2007, mais sans l’intégrer.

Les mouvements armés

Les mouvements armés se répartissent entre les diverses régions du Nord du Niger :

  • L’ Aïr :
    – Le ► Front de Libération de l’Aïr et de l’Azawak (FLAA), créé le 19 octobre 1991 et dirigé par ► Rissa ag Boula. Il a été officiellement dissout à la suite de la signature de l’accord du 24 avril 1995, après avoir éclaté en trois factions, durant la seconde moitié de 1993 :
    – Le Front de Libération du Tamoust (FLT) créé le 19 juin 1993 et dirigé par ► Mano Dayyak, puis par ► Mohamed Akotey.
       – L’Armée Révolutionnaire de Libération du Nord du Niger (ARLNN) dirigée par ► Attaher Ag Abdoulmomine
       – Le Front de Libération de l’Aïr (FLA) dirigé par Rhissa Ag Boula.
    – Le Front Populaire de Libération du Sahara (FPLS), créé en janvier 1994 et présidé par Mohamed ag Anacko(4).
    – Les Forces Armées Révolutionnaires (FAR) dirigées par Silimane Hyard.
    – Le Mouvement Unifié de la Résistance (MUR) dirigé par Ahmed Waddey.
    – Les Forces Armées Révolutionnaires (FAR-ORA) dirigées par Ahmed Koussou.
    – Le ► Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), présidé par le commandant Aghali ag Alambo (2007).
  • L’Azawak :
    – Le Mouvement Révolutionnaire de Libération du Nord (MRLN) présidé par Goumour Ibrahim.
    – Le Front Populaire de Libération du Nord (FPLN) présidé par Alhady Alhadji.
    – Le Front des Forces de Libération (FFL) présidé par Mohamed Ikta Abdoulaye.
    – Le Front de l’Armée Populaire de Libération du Nord (FPLN) créé le 24 juin 1993 et présidé par ► Hamed Ahmed Halilou.
    – Le Front de L’Armée Révolutionnaire de Libération du Nord (ARLN) présidé par Bilal Islaman.
    – Le Comité de Vigilance de Tassara (CVT) présidé par Najim Boujima.
    – Le Comité d’Autodéfense (CAD) présidé par ► Boubacar Ahmed.
  • Le Manga :
    – Le Front Démocratique pour le Renouveau (FDR), créé au début 1994 et dirigé par le dr. ► Issa Lamine et qui rejoint le processus de paix le 21 août 1998 en signant à N’Djamena un Accord de Paix sous la médiation du Tchad.
    – La Milice Peulh présidée par Maazou Boukar.
    – La Milice Arabe de N’Guigmi présidée par Hamid Ahmed.
  • Le Kawar :
    – Les Forces Armées Révolutionnaires du Sahara (FARS), mouvement issu de l’ethnie Toubou, dont la zone d’opération se situe à la frontière avec le Tchad et la Libye depuis les années 90. Toutefois, il refuse de se laisser désarmer et les affrontements avec les forces gouvernementales se sont poursuivis. Son chef, Chahaye Barkaye a été tué le 12 septembre 2001 et remplacé par Mohamed Anako. Le mouvement entretient une insécurité permanente dans son secteur où il a enlevé deux touristes italiens en août 2006. En décembre 2007, par la voix de son ex-Chef d’état-major et président par intérim Bocar Mohamed Sougouma (alias Warabe), les FARS déclarent associer leurs forces avec celles du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ):(1)

Au début 2008, afin de compléter les forces de sécurité dans la lutte contre la rébellion, ont été mises sur pied des Brigades Populaires de Vigilance, communément appelées Yan Banga.(2)

Niger_Genese des mouvements touaregs

On trouve également des mouvements dont les caractéristiques sont moins connues tels que :

  • Le Mouvement de la Jeunesse Arabe du Niger (MJAN), dirigé par ► Abta Hamaïdi.
  • Les « coupeurs de route », à la fois bandits de grands chemins et rebelles, dirigés par Akhya.

(1)Entre temps, la France a contribué à un programme de près de 130 millions de FCFA (198.000 euros) dont le complément est financé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour le désarmement des FARS, afin de “renforcer et promouvoir la culture de paix” dans la région de Bilma.
(2)Les milices Yan Banga ont été créées au Nigeria voisin dans les années 90. Certaines municipalités nigériennes ont repris le concept de ces patrouilles populaires.