Palestine

Palestine

Les origines des mouvements armés et terroristes palestiniens remontent à la création de l’Etat d’Israël ou, plus exactement, à l’expansion de ce nouvel Etat dès 1948. La première guerre israélo-arabe, mais surtout la campagne d’expropriation et de déportation des populations palestiniennes engagée afin d’installer les nouveaux arrivants constituent la « nabka » (« catastrophe »), point de départ de la résistance palestinienne. La nabka, outre les déplacements massifs de population, s’accompagne de massacres ponctuels, comme celui de Deir Yassin (9 avril 1948), dont la population a été massacrée par une unité de l’Irgoun israélien, dirigée par Menahem Begin — qui, ironie de l’Histoire, recevra en 1978 le prix Nobel de la paix avec Anouar el-Sadate — et reste un point de contentieux entre les deux communautés.

Initialement, les divers mouvements de résistance palestiniens ont reçu l’aide des pays du Pacte de Varsovie sous forme de financement, de formation et d’armes, souvent par l’entremise de la Syrie, de la Lybie et de l’Irak. Ces mouvements, dont l’ ► Organisation de Libération de la Palestine (OLP)  (Palestine) est alors le plus important, sont influencés à des degrés divers par l’idéologie marxiste. La dimension nationaliste est complétée d’une tendance internationaliste, qui encourage la collaboration entre mouvements terroristes européens et palestiniens. La lutte est portée au-delà des frontières d’Israël (détournements d’avions, prises d’otages), mais la notion d’ « attentat-suicide » est inexistante, tandis que celle de « djihad » a une connotation plus politique que religieuse.

Un changement majeur intervient avec la première « intifada » (« insurrection ») de décembre 1987. Non seulement il s’agit d’un mouvement populaire qui échappe aux organisations de résistance, mais en plus apparaît l’influence de l’Islam. C’est d’ailleurs quelques jours après le déclenchement de l’intifada qu’apparaît le mouvement ► Hamas (Palestine). La chute du communisme et la fin du soutien aux mouvements de résistance dans le monde — notamment à travers la Syrie, pour ce qui est du terrorisme proche-oriental — conduit la résistance palestinienne à prendre un caractère religieux. Mais l’essence de la lutte reste de nature politique et territoriale,(1) contrairement à ce que prétendent les autorités israéliennes. L’irruption de l’islam dans ce conflit se situe essentiellement au niveau d’un système de pensée et dans une approche du combat, que dans une finalité. Le but reste définitivement de reprendre des terres et des droits, plus que d’imposer une religion (ou en éliminer une autre).

Israël tente rapidement d’exploiter ce changement d’approche en encourageant le développement du Hamas, afin de créer des dissensions au sein de la résistance palestinienne. Cette stratégie de « diviser pour régner » subsiste encore en 2006, avec le refus d’Israël (et des pays occidentaux) de reconnaître le résultat des élections parlementaires, ce qui poussera le Hamas à prendre le pouvoir par la force en 2007.

A la fin des années 80, les principaux mouvements de résistance cherchent rapidement à se réapproprier l’intifada. Ils créent à cet effet le Commandement National Unifié de l’Intifada (CNUI) (Palestine) (Al-Qiyada al-Wataniyya al-Muwahhida li’l­Intifàda), qui une alliance souple des quatre principaux mouvements de résistance (► Organisation de Libération de la Palestine (OLP) (Palestine), ► Fatah (Palestine), ► Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) (Palestine), ► Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) (Palestine)). Afin de garder le contrôle de la rue, le CNUI crée des Comités Populaires (CP) qui le relayent dans les quartiers. La mise hors-la-loi des CP par Israël, le 18 août 1988 pousse les divers mouvements à créer leurs propres groupes de combat :

Pour le Fatah :

  • les Panthères Noires (al-Fuhud al-Aswad) (Palestine), créées au début 1989 par Nasir Al-Bouz, initialement centrées sur Naplouse, elles se s’installeront dans la région de Jenine ; puis
  • les Faucons du Fath (Suqur al-Fath) (Palestine) en 1991, centrés sur le sud de la Bande de Gaza. Les Panthères Noires et les Faucons du Fath rendent officiellement les armes le 24 septembre 1993 à l’ordre de Yasser Arafat, mais à la suite des attaques de commandos israéliens, le démantèlement des groupes est interrompu. Ce n’est qu’en 1995 que les Faucons du Fath sont déclarés dissouts. Les Faucons réapparaissent en 1998, afin de réclamer la libération de leurs compagnons d’armes ;
  • les Phalanges du Martyr Ahmad Abou al-Rish (Kataeb al-Chahid Ahmad Abou al-Rish) (Palestine), créées après l’élimination d’Ahmad Khalid Abou al-Rich, chef des Faucons du Fath, le 28 novembre 1993, une semaine après sa reddition, par une unité spéciale israélienne Mistaravim. Elles sont essentiellement actives dans la bande de Gaza.

Pour le FPLP :

  • les Aigles Rouges (Palestine), principal groupe de combat du FPLP lors de la première intifada, dont le premier chef est Samir Shaas, abattu au début juillet 1993 ;
  • les Brigades de Résistance Populaire Palestiniennes (Kataeb al-Muqawama al-Chabiyya al-Filastiniyya) (Palestine);
  • les Brigades du Martyr Abou Ali Moustafa (Kataeb al-Chahid Abou Ali Moustafa) (Palestine), issues des Aigles Rouges en 2001, puis
  • les Brigades des Almoravides en Palestine (Kataeb al-Mourabitin fi Filastin) créées en août 2004 par d’anciens membres des Aigles Rouges, et essentiellement actives au centre de la bande de Gaza.

Pour le FDLP :

  • l’Etoile Rouge (Palestine) du FDLP
  • les Phalanges de la Résistance Nationale Palestinienne (Kataeb al­Muqawama al-Wataniyya al-Filastiniyya) (Palestine) qui apparaissent en 2002, puis disparaissent en 2005.

Pour le ► Djihad Islamique Palestinien :

  • Les Unités al-Qods (Sarayat al-Qods) (Palestine)

Pour les ► Comités de Résistance Populaire (CRP) :

  • Les Phalanges de Nasser Salah al-Din (Alwiyya Nasir Salah ad-Din) (Palestine);

Les Phalanges des Martyrs de .Lénine (Kataeb Chuhada Jenin) (Palestine).

Pour le ► Hamas :

Contrairement aux affirmations du gouvernement israélien, il n’y a pas de liens directs entre la mouvance djihadiste international ( ► Al-Qaïda) et les mouvements palestiniens. Forts de leur expérience des années 60-70, ces derniers se sont gardés d’internationaliser leur combat et se sont efforcés de maintenir une dimension nationale à leur lutte, afin de ne pas s’aliéner la communauté internationale.

Dès le milieu es années 90, et en marge des négociations de paix qui aboutissent aux accords d’Oslo en 1993, la stratégie israélienne est concentrée sur la division des Palestiniens. Les implantations juives dans les territoires occupés se poursuivent à un rythme soutenu et donnent l’illusion à la population palestinienne que le processus politique du Fatah n’atteint pas ses objectifs et que seule une approche violente pouvait apporter des résultats, même limités. Les groupes terroristes multiplient les attentats contre Israël et échappent progressivement à tout contrôle de l’Autorité Palestinienne.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon, la politique israélienne vise à mettre en place un gouvernement sans Yasser Arafat. Les raison de cette obstination contre Arafat sont mal connues et s’expliquent probablement, en grande partie par des motifs personnels. Ainsi, Arafat est tenu pour responsable des attentats commis en Israël, tandis que les dures représailles israéliennes tendent à renforcer les partisans palestiniens de la violence. Ainsi, Arafat est non seulement progressivement marginalisé sur la scène internationale, mais également au sein des Palestiniens même. Le refus de dialoguer avec Yasser Arafat (voir ► Israël) culmine lors de l’opération israélienne « REMPARTS » en 2002. Le 24 juin 2002, George W. Bush, dans un discours, appelle au remplacement de Yasser Arafat à la tête de l’Autorité Palestinienne, ce qui conduira à l’arrivée au pouvoir comme premier ministre Mahmoud Abbas.

La stratégie israélienne personnalisée contre Arafat conduira à un affaiblissement des forces palestiniennes modérées et un renforcement des forces radicales, accompagnés d’une polarisation des Palestiniens. Cette situation conduit Israël à isoler la Palestine par un « mur » (appelé « barrières » par les Israéliens), qui utilise les terres palestiniennes uniquement et augmente les tensions entre les deux peuples, même si les possibilités d’attentats sur le sol israélien sont significativement réduites.

Dès 2005 apparaissent des groupes qui se réclament du djihadisme international. Malgré leur revendication du djihadisme mondial, il ne semble pas que ces groupes aient été « implantés » par des mouvements étrangers :

  • Kataeb al-Jihad al-Muqadis (Brigades du Saint Djihad), apparues le 23 août 2006 avec l’enlèvement de deux journalistes occidentaux (Steven James Centanni et Olaf Wiig) (qui seront libérés le 26 août 2006).
  • Jaïsh al-Islam (Armée de l’Islam), apparue en mars 2007, qui sera violemment combattu, et démantelé par le Hamas en aout 2008.
  • Kataeb Hezbollah fi ‘l-Filistin (Brigades du Parti de Dieu en Palestine), qui se revendiquent du courant sunnite et sans connexion avec le ► Hezbollah libanais, apparues le 4 octobre 2008.

En dépit des affirmations du gouvernement israélien, la nature exacte de ces groupes reste assez mystérieuse. Les Brigades du Saint Djihad, par exemple, disparues après la libération de leurs prisonniers, apparaissent être un montage médiatique, dont les réels auteurs sont inconnus.

A la fin avril 2006, afin de disposer d’une force de police capable de gérer des situations de crise, des Forces Spéciales ont été créées, pour la constitution desquelles, les divers groupes de résistance ont été conviés à participer. Six groupes ont donné leur accord à une telle participation :

Conviées, les Brigades de Résistance Nationale du ► Front Démocratique de Libération de la Palestine n’ont pas donné de réponse.

Situation à Gaza

Rétrocédée à l’Autorité Palestinienne en 2005, la Bande de Gaza fait l’objet d’opérations militaires chroniques destinées à réduire au silence le Hamas. En fait, cette rétrocession n’a pas signifié la fin de l’occupation israélienne. En fait celle-ci s’est exercée différemment à travers le contrôle des frontières, de l’espace aérien et des eaux territoriales assorti de tracasseries telles qu’elles empêchent toute activité économique durable. L’aéroport de Gaza a été méticuleusement détruit et sa piste réduite à l’état de gravats au bulldozer – de manière assez mesquine – avant la remise du territoire à l’Autorité Palestinienne. De plus, alors que les diverses occupation militaires qui ont jalonné l’Histoire se sont attachées à maintenir, voire favoriser, une activité économique – essentiellement à des fins de maintien de l’ordre – l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza n’a pas su valoriser l’économie locale et ainsi ouvrir des perspectives aux populations locales. En fait, le seul héritage laissé par Israël à Gaza a été la création du Hamas – financé dans ses débuts par l’administration militaire israélienne à Gaza dans le but d’amoindrir l’influence du Fatah – qui est aujourd’hui le prétexte pour ses interventions.

La victoire du Hamas aux élections législatives de 2006 consacre – au-delà du discours islamiste – la popularité du mouvement et est une conséquence directe de la politique israélienne de combattre les mouvements palestiniens de tendances modérées. Cette victoire n’est pas reconnue par Israël et les Etats-Unis et conduit à des tensions entre le Fatah et le Hamas. Les luttes entre factions rivales qui en résultent culminent les 12-14 juin 2007 et aboutissent à la prise de contrôle de Gaza par le Hamas.

Le blocus international imposé alors par Israël sur la Bande de Gaza était destiné à provoquer une rébellion populaire contre le Hamas et ainsi l’écarter de la scène politique. Cette stratégie s’est avérée inadéquate, renforçant l’esprit de résistance des Palestiniens et encourageant des groupuscules plus radicaux que le Hamas à éclore à Gaza. De nouveaux groupes, tels que les Comités de Résistance Populaires (Palestine), Ansar al-Islam (Palestine), Jaïsh al-Islam (Palestine), etc. prennent pied dans la Bande de Gaza et s’affrontent au Hamas.

Le 12 novembre 2012, l’Autorité Palestinienne introduit une demande auprès des Nations Unies en vue d’obtenir un statut de membre. C’est le moment que choisit le gouvernement israélien pour lancer l’opération PILIER DE DEFENSE, le 14 novembre, justifiée par les lancements continuels de roquettes par les extrémistes palestiniens, mais également manifestement destinée à contrecarrer la demande palestinienne en alimentant de discours de l’Etat terroriste.

Le 21 novembre 2012, après la mort de quelque 158 palestiniens, dont 102 civils, Israël et le Hamas parviennent à signer un accord de cessez-le-feu. Alors que le Hamas s’efforce de maintenir son autorité dans la Bande de Gaza – notamment contre les groupes islamistes radicaux qui commencent à s’infiltrer en Palestine à la faveur du conflit syrien – le gouvernement israélien a continuellement violé l’accord de cessez-le-feu. (voir http://blog.thejerusalemfund.org/2012/12/israeli-ceasefire-violations-in-gaza.html)

Dépourvu du soutien international nécessaire, le Hamas a de la difficulté à s’imposer face au radicalisme croissant issu de la situation dans l’ensemble du Moyen-Orient. Les efforts du Hamas pour juguler la montée des groupuscules djihadistes ne sont pas relayés par la communauté internationale (dont l’Union Européenne, les Etats-Unis, et Israël), qui soutiennent ces groupes matériellement et politiquement en vue de déstabiliser le Hamas. Les efforts du Hamas pour contrôler la situation sont mesurables par l’examen des chiffres fournis par l’Armée Israélienne (voir http://www.idfblog.com/facts-figures/rocket-attacks-toward-israel/) qui démontrent que le Hamas est parvenu à faire réduire le nombre de missiles tirés contre Israël de 2248 à 41.

Attaques à la roquette et victimes israéliennes (2000-2014)
Attaques à la roquette et victimes israéliennes (2000-2014)

 

Ainsi que l’avait démontré l’Israeli Intelligence and Terrorism Information Center en 2007, les roquettes lancées sur Israël depuis la Bande de Gaza sont le fait du Djihad Islamique Palestinien (34%), du Hamas (22%), des Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa (8%), des Comités de Résistance Populaires (al-Nasser) (6%), tandis que 30% des tirs proviennent de groupes inconnus. En plus du fait que le Hamas tente de s’imposer comme force politique et de s’imposer dans la Bande de Gaza, l’évolution de la situation et l’accroissement de la présence islamiste dans la bande de Gaza a de facto réduit de manière radicale la responsabilité politique et factuelle du mouvement dans les attaques contre Israël. D’autres groupuscules, comme le Moudjahidin Choura Council (Conseil Consultatif des Moudjahidin), ont pris la relève. Alors que la nature des roquettes tirées permet de retrouver relativement facilement les auteurs du lancement, ces données sont restées confidentielles et permettent ainsi de faire porter le blâme sur le Hamas.

Selon Wikipedia (http://en.wikipedia.org/wiki/Palestinian_rocket_attacks_on_Israel), le nombre de roquettes et projectiles de mortier tirés de 2001 à 2014 serait de 15’047, causant au total 28 morts et quelque 1971 blessés israéliens. On peut aisément concevoir l’irritation du gouvernement israélien et sa volonté de protéger sa population contre ces tirs. Mais, plus que cet objectif légitime, c’est la manière d’y parvenir et les autres objectifs moins nobles qu’il cherche à atteindre en capitalisant sur ces attaques, qui sont au cœur de la discussion.

Gaza_zones tampon
En août 2014, après la phase terrestre de l’Opération BORDURE PROTECTRICE, les autorités israéliennes ont décidé unilatéralement de la création d’une zone tampon de 3 km (qui peut être ramenée à 2 km par endroits), qu’elles ont demandé à la population palestinienne d’évacuer. Cette bande couvre ainsi quelque 150 km2, soit un plus du tiers de la surface du territoire. Avec une densité de population de quelque 5000 habitants par km2, la compression provoquée par cette décision n’est évidemment pas de nature à calmer la situation.

 

Victimes israéliennes et palestiniennes (1987-2014)
Victimes israéliennes et palestiniennes (1987-2014)

 

De plus, on pourrait comparer le chiffre de 28 victimes en 13 ans au chiffre de 19 victimes civiles (palestiniennes) tuées entre janvier et mars 2011 en voulant accéder à leurs champs à Gaza. On pourrait aussi rapprocher la colère palestinienne de l’action menée par Israël en établissement une zone de sécurité à l’intérieur de la Bande de Gaza qui a coûté la destruction de 305 sources, 197 fermes de volailles, 6,377 fermes de moutons, 996 maisons d’habitation, 371 autres maisons, 3 mosquées, 3 écoles, 6  manufactures, et la destruction de 24.4 kilomètres carrés de champs cultivés transformés en « no man’s land ». (http://www.diakonia.se/en/IHL/Occupied-Palestinian-Territory/Administration-of-Occupation/Gaza-Blockade-Land–Sea/Land-Buffer-Zone/).

En outre, s’il est vrai que les roquettes palestiniennes constituent une menace permanente pour les populations israéliennes, il n’en est pas moins vrai que l’on omet le plus souvent de mentionner les éliminations ciblées et la surveillance permanente de l’espace aérien palestinien avec des drones. En 2014 seulement, le nombre de personnes assassinées (12) par des missiles israéliens est d’un peu moins de la moitié du nombre de victimes des roquettes palestiniennes entre 2000 et 2014 (28) (http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Israeli_assassinations) . Ceci ne justifie certes pas le tir de missiles sur des populations civiles, mais doit le mettre en perspective de la stratégie de tension entretenue par Israël.

Le calendrier des actions israéliennes tend à démontrer une volonté israélienne de maintenir – voire stimuler – une tension permanente dans la zone. Quelques exemples montrent l’utilisation délibérée de la violence pour encourager les tensions :

Eliminations ciblées et bombes humaines au milieu d'un processus de négociations
Eliminations ciblées et bombes humaines au milieu d’un processus de négociations

 

  • Inadéquation du remède

Le plus singulier dans la stratégie israélienne est le fait a) qu’elle ne décourage manifestement pas les Palestiniens qui poursuivent leur combat – et malgré tout bénéficient d’un soutien populaire international toujours plus grand ; et b) que les actions tactiques israéliennes – à part la destruction spectaculaire de bâtiments et le massacre de populations civiles – ne semblent avoir aucun effet opérationnel. En effet, durant l’opération PILIER DE DEFENSE, le nombre de roquettes palestiniennes tirées a été près de 36 fois supérieur à la moyenne des dix mois précédents. Le même phénomène s’est répété durant l’opération BORDURE PROTECTRICE (juillet-août 2014), le nombre de roquettes tirées par les groupes palestiniens durant l’opération israélienne a été 95 fois supérieur à la moyenne des roquettes tirées depuis le début de l’année.

Ainsi, la stratégie israélienne ne parvient pas à briser la volonté de résistance palestinienne et – au contraire – la stimule, tendant ainsi à stimuler l’activité terroriste et à péjorer la situation. On peut constater qu’Israël est l’unique pays dans le monde à ne pas avoir su maitriser son terrorisme intérieur en plus de soixante ans et – au contraire – l’a accru au fil du temps. Les commentaires de Benjamin Netanyahu – et des forces armées israéliennes – qui assimilent le Hamas au Hezbollah, à l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) et à Boko Haram (http://www.nbcnews.com/storyline/middle-east-unrest/netanyahu-hamas-islamist-extremism-al-qaeda-isis-n162076) témoignent de l’incapacité de l’establishment israélien à comprendre la nature des divers mouvements terroristes. De fait, la réaction israélienne au terrorisme semble suivre un schéma rigide applicable quel que soit l’adversaire et qui est donc par nature vouée à l’échec.

Il est vraisemblable que cette approche soit délibérée. L’existence de la menace terroriste justifie – pour Israël – des frappes destructrices et disproportionnées, qui pourraient s’intégrer dans une stratégie de long terme qui vise à décourager les Palestiniens et à les encourager à émigrer. Malheureusement, force est de constater que cette approche, qui est en opposition du Droit International est largement soutenue de facto par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union Européenne au nom de la lutte contre le terrorisme.

  • La raison profonde des roquettes palestiniennes

Le terrorisme n’est pas une fatalité. Toute l’Histoire de cette région en témoigne : les premiers militants juifs appartenaient également à des mouvements aux agissements terroristes (Haganah, Irgoun, etc.) avant que la communauté internationale – l’Holocauste aidant – leur reconnaisse le droit à une terre, malgré l’assassinat, le 17 septembre 1948, du diplomate suédois et délégué des Nations Unies Folke Bernadotte par le groupe terroriste juif Stern (avec parmi les auteurs de cet assassinat, Yitzhak Shamir, qui deviendra premier-ministre d’Israël). Avec le Fatah de Yasser Arafat,  alors que la communauté internationale avait entériné son passage du terrorisme à la voie politique, Israël n’a jamais accepté cette évolution et le processus d’Oslo n’a jamais pu aboutir à une paix durable. Au contraire, le territoire palestinien n’a cessé de rétrécir au fil des ans, et les gains objectifs des Palestiniens dans ce processus sont difficilement mesurables. En d’autres termes, il y a peu de manifestations tangibles d’une « récompense » pour abandonner la voie du terrorisme, mais il y a péjoration de la situation des Palestiniens sans que les revendications de base n’aient été satisfaites. Dans cette situation, certains Palestiniens pensent qu’à défaut d’obtenir des résultats concrets, mieux vaut avoir la satisfaction d’avoir résisté par les armes. C’est ce qu’expriment les lancements de roquettes et autres projectiles qui n’ont pas la moindre efficacité militaire, mais deviennent une sorte de « baroud d’honneur », et témoignent du fait que l’on ne s’est pas laissé faire sans réagir. C’est la raison pour laquelle, en l’absence de résultats concrets, les combattants palestiniens ne veulent pas abandonner ce qu’ils considèrent comme l’unique réplique possible. Cette persévérance dans l’adversité est comprise – au sens même du mot « djihad » – comme une forme de victoire. Appelée « mythe de la victoire » par Israël, cette victoire s’alimente des succès tactiques d’Israël, qui deviennent ainsi une défaite stratégique. C’est la raison pour laquelle, Israël qui n’a jamais eu l’intelligence de s’adapter à ses adversaires n’a jamais su lutter efficacement contre le terrorisme, malgré d’innombrables petites victoires contre des terroristes isolés.

De plus, cette stratégie anti-terroriste basée sur l’action tactique tend à stimuler l’antisémitisme à travers le monde, qui n’est pas une fatalité non plus, mais le résultat de l’impact médiatique d’actions punitives ponctuelles, disproportionnées, massives et brutales sans efficacité durable et qui choquent l’opinion mondiale. En fait, ces actions dans la Bande de Gaza n’ont fait que renforcer l’image et le rôle du Hamas. En effet, la pratique israélienne de détruire les maisons des terroristes et de leurs familles ne fait souvent que pousser les familles dans les bras du Hamas, dont le Fond pour le Soutien aux Familles (Wakfiat Ria’at el-Usra) prend en charge la reconstruction des maisons détruites et fidélise ainsi la population.

Carte de la Palestine et d'Israël dans la symbolique
Carte de la Palestine et d’Israël dans la symbolique

Corrélat ► Israël

Sources : The Virtual Jewish Library, Israeli Ministry of Foreign Affairs (Terrorism Deaths in Israel; In Memory of the Victims of Palestinian Terror); Jerusalem Post, (January 4, 2009)

Bibliographie choisie : Al-Abid Ibrahim, Guide de la Question Palestinienne/ Questions et réponses, Beyrouth, 1970 ; Gilbert, Martin. The Routledge Atlas of the Arab-Israeli Conflict. 7th ed,. New York, Routledge, 2002 ; Vidal Dominique et Algazy Joseph, Le péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens israéliens », Paris, Les Editions de l’Atelier, 1998, 208 p. ; Shaul Mishal – Avraham Sela, The Palestinian Hamas: Vision, Violence, and Coexistence. Columbia University Press. New York. 2000.

(1)Interview de Cheikh Yassin, Radio Suisse Romande, 18 décembre 2000