Sentier Lumineux (SL)

Autres appellations:
Parti Communiste du Pérou pour le Sentier Lumineux de José Carlos Mariâtegui (PCP-SL)
Front Révolutionnaire Etudiant pour le Sentier Lumineux de José Carlos
Mariqtegui
Parti Communiste du Pérou (PCP)
Ejercito Guerrillero Popular (EGP)

Autres appellations US:
Shining Path (SL)
Ejercito Guerrillero Popular (People’s Guerrilla Army), EGP
Ejercito Popular de Liberacion (People’s Liberation Army), EPL
Partido Comunista del Peru (Communist Party of Peru), PCP
Partido Comunista del Peru en el Sendero Luminoso de Jose Carlos Mariategui (Communist Party of Peru on the Shining Path of Jose Carlos Mariategui)
Sendero Luminoso, SL
Socorro Popular del Peru (People’s Aid of Peru), SPP

(Pérou) (Sendero Luminoso) Guérilla d’obédience marxiste, fondé en 1970 par son chef historique ► Abimaël Guzmán Reinoso (alias Camarade Gonzalo), surnommé « la quatrième épée du marxisme » (après Marx, Lénine et Mao). Il commence « officiellement » ses activités violentes le 17 mai 1980 et on estime à 30 000 le nombre de morts qu’il a occasionné. En 2003, ses effectifs sont évalués à quelque 450 combattants.

Influencé par le maoïsme, le SL cherche la constitution d’un Etat marxiste en prônant la révolution dans les campagnes. Il tire son nom d’une citation de José Carlos Mariàtegui, personnalité marxiste du Pérou : « Le marxisme-léninisme ouvrira le sentier lumineux de la révolution ! »

Le mouvement est conduit par Abimaël Guzmàn, qui dirige un bureau politique de 19 membres permanents, 3 membres temporaires et 3 membres candidats.

Sentier Lumineux (SL)_Organisation territoriale du Sentier Lumineux (1990)

Sentier Lumineux (SL)_Zones operationnelles du Sentier Lumineux

Le Sentier Lumineux a été l’un des groupes terroristes les plus brutaux du globe, mais son activité a rapidement diminué depuis 2002. Il trouve son soutien initial dans la région d’Ayacucho dans les milieux estudiantins et paysans. Mouvement essentiellement rural, il s’est acquis un soutien relativement large, en conservant un langage simple et des symboles traditionnels péruviens. Ses actions se sont initialement concentrées sur des assassinats ciblés de représentants des forces de sécurité, de cadres politiques et de chefs syndicalistes.

Dès 1983, le gouvernement entre en guerre contre le SL et la situation escalade rapidement. Au début des années 90, le SL atteint l’apogée de son extension.

Le SL est opposé à divers mouvements tels que le ► Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA). Les affrontements avec les forces de sécurité péruviennes sont fréquents dans la vallée de la Huallaga et celle de l’Apurimac.

Le 5 avril 1991, le président Fujimori décrète l’état d’urgence afin de pouvoir combattre le SL de manière plus agressive, avec de nouvelles méthodes et un appareil judiciaire plus approprié. Ainsi, le 12 septembre 1992, Guzman est capturé et condamné à la prison à vie. Il est enfermé dans une prison construite spécialement pour lui dans la base navale de Callao, séparée du reste des détenus du mouvement, afin de lui enlever toute possibilité de conduire le SL. En juillet 1993, il aurait signé une reddition avec le président Alberto Fujimori en échange d’un assouplissement de ses conditions de détention.

Le SL ralentit ses activités et son influence diminue rapidement. D’un effectif estimé à environ 25 000 militants en 1990, il passe à quelques centaines de combattants et doit réorganiser son dispositif territorial. Ainsi, en 1997, il se réorganise et regroupe ses forces sur trois sites, qui ont en point commun d’être tous situés dans des zones de production de la coca :

  • La vallée de l’Apurimac (département de l’Ayacucho)
  • La vallée de l’Ene (département de Junin)
  • La vallée de la Huallaga (département de Huànuco)

Jusqu’en 1999, sa conduite militaire est assurée par ► Oscar Ramirez Durand (alias Camarade Feliciano) et ► Judith Ramos Cuadro (alias Camarade Rita)(1).

Le 20 mars 2001, Abimaël Guzmàn déclare renoncer à la lutte armée, ce qui provoque une scission du Sentier Lumineux en deux courants :

  • le courant des « acuerdistas », partisans d’un accord de paix avec les autorités, qui comprendrait une amnistie pour les prisonniers politiques (également appelé courant « Solution Politique »), dont le chef spirituel est Abimaël Guzman, et qui est conduite par ► Victor Quispe Palomino (alias Camarade José). Ses militants — d’un nombre estimé à 100 — sont alors essentiellement présents dans la région de la capitale et ses environs, dans les localités d’El Agustino, Huaycan, Pachacamac et San Cosme.
  • le courant des partisans de la lutte armée, animé par ► Leonardo Huamán Zúñiga (alias Camarade Alipio) et ► José Fiórez León (alias Camarade Artemio)(5). En 2001, cette tendance se manifeste sous le nom de « Proseguir » (« Continuer ») (ou « Proseguir la Guerra Popular »), mais est également connue sous les noms de « Sendero Rojo » (« Sentier Rouge ») et de « Nueva Fracción Roja” (« Nouvelle Fraction Rouge »). Depuis 2003, elle est dirigée par « Artemio », qui assure la conduite politique et par ► Victor Aponte Sinalagua (alias Camarade Clay), qui assure la conduite militaire de la faction(6). Cette faction reste la plus nombreuse et comporte quatre « colonnes » :
    – Une colonne dans département de la Huallaga, avec deux compagnies ;
    – Une colonne mobile dans département de l’Ayacucho ;
    – Une colonne dans le département de La Libertad ;
    – Une colonne dans l’est du département de Piura ;
    – Deux détachements « spéciaux » avec leurs groupes d’appui à Lima.

Après avoir montré une période d’accalmie, les activités terroristes du SL­Proseguir ont augmenté de nouveau. De son côté, le SL-Solution Politique poursuit sa stratégie de négociation avec le gouvernement. Dans son histoire, Abimaël Guzman s’est montré comme un dirigeant qui n’admet pas la défaite, mais change rapidement de stratégie. Ainsi, la stratégie actuelle du SL est de renforcer son soutien populaire en rassemblant la contestation dans les registres les plus divers. Ainsi, des groupements comme « Association des Familles des Disparus et Prisonniers Politiques du Pérou »(2) ou « Association des Familles et Victimes de Génocide »(3) convoient le message du SL.

Dès 2002, le SL recommence à se manifester par la violence. Le 21 mars 2002, trois jours avant la visite officielle de George W. Bush au Pérou, le SL fait exploser une voiture-bombe devant un centre commercial situé à 50 mètres de l’ambassade américaine. Le 9 juin 2003, lors d’une embuscade, le SL capture 71 travailleurs de la compagnie d’exploitation pétrolière argentine Techint.

Mais les efforts du gouvernement ne sont pas sans résultats. Le 7 juillet 2003, est arrêté Filomeno Cerrón Cardoso (alias Camarade Marcelo)(9), un des chefs historiques du mouvement et responsable politique du Comité Régional du Centre du SL. Environ 1 500 militants du SL sont alors capturés. En 2003, le nombre de militants du SL encore libres sont alors évalués à 175 militants : 40 « acuerdistas » localisés dans la région de l’Alto Huallaga, inactifs au plan militaire et 135 membres de la faction « proseguir » localisés dans les zones de l’Ene et de l’Apurimac, qui continuent à mener des actions violentes.

Le 13 octobre 2006, Abimael Guzmán et Elena Iparraguirre sont condamnés à la prison à perpétuité, tandis que le reste du commandement du SL sont condamnés à des peines allant de 25 à 35 ans de prison.

Structure et organisation

Depuis le début des années 90, le SL se subdivise initialement en six « Comités Régionaux », subdivisés en « Comités Zonaux », eux-mêmes articulés en « Comités Subzonaux ».

Chaque Comité Régional est dirigé par un triumvirat de personnes responsables du Commandement Politique, du Commandement Militaire et de la Logistique. A cette structure territoriale, s’ajoute l’Armée Populaire de Guerrilla (Ejercito Guerrillero Popular) (EGP) est composée d’une Force principale (militaires permanents et bien entraînés, qui constituent le plus souvent les « détachements spéciaux »), d’une Force locale (moins bien entraînée et qui assure essentiellement des fonctions d’appui) et d’une Force de base (composée de « miliciens », mobilisés en fonction des besoins).

La distinction entre l’EGP et les structures territoriales a toujours été vague. Avec les campagnes des forces de sécurité contre le SL, et la capture d’Abimael Guzmán, l’EGP a progressivement disparue et s’est fondue dans les comités régionaux, qui assurent l’essentiel de son potentiel de combat. Selon certaines informations en provenance du Sentier Lumineux lui-même, l’EGP se serait transformé en Armée Révolutionnaire des Travailleurs, des Paysans et des Etudiants (Ejército Revolucionario de Obreros, Campesinos y Estudiantes — EROCE).

Structure du Sendero Luminoso (1990-1997)

  • Comité Regional Principal (CRP), dirigé depuis 1982 par le Camarade Feliciano, et centré sur Ayacucho ;
  • - Comité Zonal Cangallo,
    Comité Zonal Ayacucho,
    Comité Zonal Apurimac,
    Comité Zonal Huancavelica.
  • Comité Regional Norte (CRN), comprenant les départements de Piura, Amazonas, Cajamarca, La Libertad et Lambayeque ;
  • Comité Regional Sur (CRS), comprenant les départements de Cuzco, Madre de Dios, Puno, Moquegua, Tacna et Arequipa ;
  • Comité Regional Centro (CRC), comprenant les départements de Junin et de Pasco,
  • Comité Regional de la Selva (CRS), comprenant les départements de l’Huànuco, San Martin, Ucayali et Loreto ;
  • Comité Regional Metropolitano (CRM), dirigé par Laura Zambrano, (alias Camarada Meche) qui comprend essentiellement la région de Lima et est subdivisée en six Comités Zonaux :
  • - Comité Zonal Este,
    Comité Zonal Sur,
    Comité Subzonal 01, qui comprend les localités de Surquillo, Barranco, Chorrillos,
    Miraflores, San Isidro),
    Comité Subzonal 02, (Villa El Salvador, Villa Maria del Triunfo et Pachacamac),
    Comité Subzonal 03, (San Juan de Miraflores et une partie de Villa Maria del Triunfo).
  • - Comité Zonal Norte,
    Comité Zonal Centro,
    Comité Zonal Chosica,
    Comité Zonal Oeste.

réarticulé en trois commandements opérationnels régionaux (« Comité Régionaux ») :

  • Le Comité Régional Métropolitain (CRM) opère essentiellement dans le secteur de la capitale. Il est actif depuis les années 80 et est responsable de nombreuses activités violentes dans la capitale. Il est restructuré à la fin 2001 et devient le Comité Régional Métropolitain — Base Lima.
  • Le Comité Régional du Centre (CRC), qui a absorbé le Comité Régional Principal (CRP) en 2001, opère essentiellement dans les secteurs d’Ayacucho, Cuzco et Apurimac. Il était dirigé par Filomeno Cerrón Cardoso (alias Camarade Marcelo) jusqu’à son arrestation en juillet 2003. Le CRC est articulé en quatre éléments :
    Poste de Commandement avec une section (peloton) de sécurité, commandé par le Camarade José ;
    Compagnie Sud, commandée par le Camarade Alipio ;
    Compagnie Pangoa, commandée par le Camarade Román ;
    Compagnie « Base 18 », commandée par le Camarade Guillermo.
  • Le Comité Régional de la Huallaga (CRII) correspond à la faction « Proseguir » du SL. 11 comprend la vallée de la Huallaga, fief traditionnel du SL, et des parties des départements de San Martin, Huànuco et Ucayali (2007). Il est dirigé par José Fiérez Leén (alias Camarade Artemio), ancien lieutenant d’Oscar Ramirez Durand (alias Camarade Feliciano).

Chaque Comité Régional est dirigé par un Chef de Comité assisté de trois commandants : un commandant politique (également appelé Commandant Principal), un Commandant Militaire, responsable des opérations, et un Commandant Logistique. Le CRM, subdivisé en petits groupes opérationnels dans la capitale semble avoir eu une structure plus décentralisée, mais peu d’information fiable est disponible à ce sujet.

A la fin août 2005, Artemio a confirmé la poursuite de la lutte armée sous quatre formes : agitation et action de propagande (agitprop), attentats, sabotages et « éliminations sélectives ».

Sentier Lumineux (SL)_Organisation de la direction du Sentier Luminux (2006)

Stratégie

La stratégie du Sentier Lumineux est calquée sur les stratégies établies par Mao sur la guerre subversive avec l’objectif d’instaurer une « République Populaire de Démocratie Nouvelle » (Repalica Popular de Nueva Democracia — RPND) comme prélude à la « République Populaire du Pérou ». Sa mécanique a été décrite de manière détaillée par Abimael Guzman.(4) Elle comprend trois phases :

  • Phase de Défense Stratégique, les forces révolutionnaires sont inférieures en nombre aux forces gouvernementales.
  • Phase de l’Équilibre Stratégique, où le potentiel révolutionnaire est à parité quantitative avec les forces gouvernementales et se préparent à prendre le pouvoir.
  • Phase d’Offensive Stratégique, les forces révolutionnaires sont parvenues à maturité et sont suffisamment fortes pour affronter les forces gouvernementales dans une « guerre de mouvement » et vaincre sans grande résistance.

Selon la description d’Abimael Guzman, la guerre subversive a été mise en oeuvre selon le schéma suivant :

  1. 1.  Phase initiale (mai — décembre 1980) début de la guerre et création des premières bases de guérilla.
  2. 2.  Phase de décollage (janvier 1981 — janvier 1983) avec 3 campagnes totalisant 5 350 actions, afin de faire connaître le mouvement.
  3. 3.  Phase de conquête (mai 1983 — septembre1986) avec l’installation de nouvelles bases et zones opérationnelles. Dans cette phase, le SL a mené quelque 28 621 actions.
  4. 4.  Phase de développement (décembre 1986 — mai 1989) dans laquelle sont créés le parti et l’Ejercito Guerrillero Popular (EGP), qui comprend trois composantes : la force principale, une force locale et une force de base. Dans cette phase, le SL a mené quelque 63 052 actions.
  5. 5.  Phase de consolidation (jusqu’à la fin 1989) qui consiste à développer et consolider les bases existantes en vue de la conquête du pouvoir. Dans cette phase 23 090 actions sont menées et conduisent en 1991, à travers la constitution de Comités Populaires, à l’équilibre stratégique.
  6. 6.  Phase de conquête du pouvoir (1993-), qui consiste à exécuter le « IVe Plan de Développement Stratégique de la Guerre Populaire » et développer le VIe Plan Militaire : organiser la conquête du pouvoir. Durant cette phase, selon les chiffres officiels, le PCP aurait réalisé entre décembre 1992 et mars 1993, 807 actions subversives.

Depuis 1993, le SL semble avoir abandonné l’idée de s’emparer du pouvoir par la force au Pérou, mais maintient des foyers de guérilla dans certaines zones « stratégiques ».

Liens avec le narcoterrorisme

Solidement établi dans les « zones libérées » de la vallée de la fluallaga, au centre du pays, où il gère des plantations de coca, il tire ses revenus — outre le

Enlèvements et vols – du trafic de la cocaïne. On évalue à 500 millions de dollars les revenus de la drogue du SL. Afin de protéger ses sources de revenus, le Sentier Lumineux s’est allié occasionnellement avec le Cartel de Medellin ou de Cali. Le SL a longtemps utilisé la forêt amazonienne, de l’autre côté de la frontière, comme base arrière et logistique.

A la fin des années 90, la lutte acharnée menée en Colombie contre la production de coca a conduit à une délocalisation de la production vers le Pérou. Cette évolution suit le mouvement inverse de celui du début des années 90, durant la présidence d’Alberto Fujimori, lorsque la production s’était déplacée vers la Colombie. Durant les années 90, le gouvernement péruvien avait réussit à créer des milices d’autodéfenses locales contre les actions du SL, appelées « ronderos ». Progressivement, cependant ces milices, qui comprennent environ 50 000 « combattants », se sont rangées contre le gouvernement et ses tentatives de détruire les champs de production de coca.

Dès 2001, les producteurs de coca tendent à soutenir le SL, qui non seulement voit là des sources de revenus indirects, mais trouve aussi à travers le mécontentement des paysans une base de recrutement contre le gouvernement. Au début 2003, ces derniers ont été à l’origine de plusieurs émeutes contre les forces de sécurité qui tentaient de mener des actions d’éradication. La faction « Proseguir » du SL entretient ainsi des liens étroits avec les producteurs de coca, aux dépends de sa loyauté au chef du mouvement.

La position du Sentier Lumineux est ambiguë. Opposé aux trafiquants de drogue, il soutient les petits paysans producteurs, dans le cadre d’une politique sociale. D’une manière générale, en Amérique latine, la question de la drogue est essentiellement perçue comme un problème occidental et lié à la demande, plus qu’à l’offre. La production de coca a également une dimension traditionnelle et constitue la principale source de revenus d’une part importante de la petite paysannerie.

Autres liens

De manière assez surprenante, du 17 au 19 mai 1997, des représentants du Sentier Lumineux sont accueillis à la fête annuelle de Lutte Ouvrière d’Arlette Laguiller à Presles (Val-d’Oise).(11)

Corrélat : ► Organisations terroristes

Bibliographie :
Strong Simon, Shining Path, London, 1992.

(1)On trouve également le nom de ► Jenny Rodriguez Neyraz, arrêtée en octobre 1998.
(2)On estime à 2 500 le nombre de prisonniers incarcérés en vertu des lois anti-terroristes et n’ayant fait l’objet que d’un procès sommaire. (Human Right News, mars 2002)
(3)On estime à 60 000 le nombre de disparus lors de la guerre contre les divers mouvements subversifs et révolutionnaires dans les années 80-90. (Human Right News, août 2003)
(4)Abimael Guzman, Construir la conquista del Poder en medio de la Guerra Popular, février 1993
(11)L’événement suscite l’interrogation du journal communiste « L’Humanité » (20.05.1997)