Soudan

Soudan

Le Soudan est le théâtre de plusieurs conflits, dont les origines sont souvent antérieures à l’indépendance, en 1956, mais qui ont éclaté peu après avec l’apparition des premiers mouvements indépendantistes. Le Soudan est une mosaïque de quelque 300 tribus et 100 langues tribales où le sentiment identitaire reste très fort aux niveaux local et régional. On distingue trois foyers de conflits principaux :

  • Le conflit entre le Nord musulman et le Sud chrétien et animiste, dont les causes sont venues du refus de l’imposition de la loi islamique (charia) et qui s’appuient sur des antagonismes identitaires et ethniques, qui tend à être alimenté par des considérations économiques (pétrole). Ce conflit a été résolu ­au moins en partie — par la signature, le 9 janvier 2005, d’un traité de paix (Comprehensive Peace Agreement — CPA), entre le Gouvernement du Soudan et le Sudan People’s Liberation Movement (SPLM).
  • Le conflit du Darfour, à l’Ouest du pays, a des origines écologiques (migration forcée par l’avancée du désert vers le Sud) et ethniques (rivalités intertribales et interethniques), accentuées par une criminalité transfrontalière endémique et auxquelles s’ajoutent des causes plus conjoncturelles (sécheresses et famines), qui ont débouchés sur une lutte politique. La signature de l’Accord de Paix du Darfour (Darfur Peace Agreement — DPA), le 5 mai 2006, entre le gouvernement et les principaux groupes rebelles a contribué à une aggravation de la situation.
Zones de conflit au Soudan et Sud-Soudan
Zones de conflit au Soudan et Sud-Soudan

 

  • Le conflit à l’Est du pays, de nature essentiellement ethnique et identitaire, qui mobilise quelques tribus, qui cherchent à préserver leur identité, tout en demandant un meilleur accès au développement. Un accord de paix a été signé le 14 octobre 2006 entre le gouvernement et les principaux acteurs armés, qui a permis de stabiliser la situation.

Le conflit Nord-Sud Dès le début des années 60, la rébellion des populations méridionales du Soudan est essentiellement alimentée la crainte des populations d’une « arabisation » et d’une « islamisation » du pays. Ces craintes seront ravivées dès le début des années 70, par l’influence croissante des Frères Musulmans sur le gouvernement soudanais. Anya-Nya, mouvement de guérilla séparatiste apparu entre 1958 et 1964, issu de mutineries au sein de l’Equatorial Corps en 1955. Il est dirigé par Joseph Lagu et vise l’indépendance du. Sud-Soudan. En 1978, après l’Accord d’Addis Ababa (1972), le mouvement renaîtra sous le nom d’Anya-Nya Sudan African Closed Districts National Union (SACDNU) est apparu en 1962, créé par William Deng, Joseph Oduho, Aggrey Jaden et le père Lohure Saturnine, qui deviendra le Sudan African National Union (SANU) en avril 1963 et revendique l’indépendance du Sud-Soudan. En 1965, le SANU éclate en trois factions :

  • Le SANU « interne », qui poursuivra ses activités au Soudan jusqu’à l’assassinat de son chef William Deng en 1968.
  • Le SANU « externe » (en exil), dirigé par Joseph Oduho et par le père Lohure Saturnine, qui deviendra rapidement l’Azania Liberation Front en 1965. En 1967, l’Azania Liberation Front devient le Gouvernement Provisoire du Sud-Soudan (Southern Sudan Provisional Government SSPG), avec Aggrey Jaden comme président. En mars 1969, le SSPG est remplacé par le Gouvernement Provisoire du Nile (Nile Provisional Governement) formé en Ouganda et dirigé par Gordon Mayet Mortat comme président.
  • Le Sudan African Liberation Front (SALF), dirigé par Aggrey Jaden, qui fusionnera avec l’Azania Liberation Front à la fin 1965.

L’accord d’Addis-Ababa (février 1972) calme les passions donne une certaine autonomie au Sud-Soudan et institue une Assemblée Régionale du Sud. Mais, la dissolution de cette dernière par le général Ja’afar Nimeiri en 1981 relance le conflit. La nomination d’Hassan al-Tourabi membre des  Frères Musulmans, comme procureur général en novembre 1981 et l’institution de la loi islamique (Sharia) en 1983 confirment les craintes des populations du Sud. Elle relance, dès 1982-83, le conflit interethnique oppose des mouvements islamiques au Nord et chrétiens au Sud. Le départ de cette deuxième guerre civile voit les mouvements suivants :

  • Southern Sudan People’s Liberation Movement (SSPLM) ou Anya-Nya II, « ré-»apparu en 1978, largement issu de la tribu Nuer ;
  • Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A), créé par le colonel John Garang en 1983 avec des militaires de la garnison de Bor, essentiellement constitué de membres de la tribu Dinka ;
  • Nuba Mountains Solidarity (NMS)
  • Front Démocratique Uni du Salut (FDPS) ou United Democratic Salvation Front (UDSF), formé en août 1997 par la fusion de six factions différentes et dirigé par le général Riak Machar issu de l’Armée de Libération du Peuple du Soudan (ALPS).
  • Al-Mourahalin, milices arabes créées avec le soutien du gouvernement soudanais pour lutter contre l’insurrection des tribus chrétiennes et animistes dans la région du Kordofan.(1)
  • Patriotic Resistance Movement of Southern Sudan (PRMSS)

Très tôt, les exactions commises par les combattants indisciplinés de la SPLM/A (de la tribu Dinka) provoquent la création de milices tribales locales au sein des Fertit, Bari, Toposa, Mundari, Murle et Latuka, qui seront rapidement soutenues par Khartoum avec une stratégie de « diviser pour régner » en encourageant les rivalités ethniques. Particulièrement dans le Sud du pays, le gouvernement soutient les tribus opposées à la SPLA — composée essentiellement de Dinkas — et fournit ainsi des armes et des mines aux tribus Mundaris, Terakeka, Lotohus, Toposas et Mandaris dans l’Al­Istiwaiyah (Equatoria). En 1997, après les Accords de Khartoum, les milices progouvernementales du sud se regroupent dans la  South Sudan Defence Force (SSDF). Bien qu’elle n’ait pas d’origine tribale, la SSDF est essentiellement composée de membres de la population Nuer(2), qui est la deuxième plus grande tribu du Sud-Soudan. La SSDF, dirigée par Paulino Matiep, est soutenue financièrement et matériellement par le gouvernement soudanais. En 2003-2004, la principale force rebelle au sud Soudan est le Sudan People’s Liberation Movement (SPLM) (Mouvement de Libération du Peuple du Soudan — MLPS) formé au début des années 80. Son objectif est de trouver une solution politique, par l’adoption d’une structure fédérale accordant une certaine autonomie au Sud du pays. Il demande entre autres l’abrogation de la charia dans le Sud du pays. Son bras armé est la  Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A) (Armée de Libération du Peuple Soudanais – ALPS) dirigée par John Garang, ex-colonel de l’armée soudanaise, également chef de l’aile politique du MPLS, dont elle constitue le bras armé. Elle a pour objectif la mise en place d’un gouvernement socialiste sur l’ensemble du Soudan. A la frontière entre le nord et le sud du pays, dans l’Etat du Kordofan, la région d’Abyei reste une source de contentieux entre les tribus Misseriah et les Dinka Ngok. Le tracé officiel de la frontière proposé entre le nord et le sud est en conflit avec les frontières traditionnelles de la tribu Misseriah. Un groupe combattant est ainsi apparu en 2004, dénommé  Al-Shahama, composé de membres de la tribu Misseriah et basé dans les forêts au nord d’Abyei. Dans l’accord de paix global (ou Comprehensive Peace Agreement — CPA) signé le 9 janvier 2005, les milices et formations armées qui ne sont ni intégrées dans les Forces Armées Soudanaises (FAS) ni dans la Sudan People’s Liberation Army (SPLA) sont désignées « Other Armed Groups (OAG) », dont une grande partie sont alors regroupés au sein de la SSDF, tandis que d’autres sont indépendants. En vertu de l’accord de paix, les ler gouvernement et le SPLM/A avaient une année pour désarmer et réinsérer dans la vie courante les membres des OAG qu’elles soutiennent ou les intégrer dans leurs forces respectives. Cette intégration sera officiellement réalisée le 9 février 2006 par la Déclaration de Juba, après de longues négociations et avec comme principale conséquence que les OAG ont officiellement cessé d’exister. Conflit au Darfour Le conflit du Darfour, qui retient l’attention de la communauté internationale depuis 2003, est la manifestation de tensions chroniques qui se manifestent « traditionnellement » dans toutes les régions sub-sahariennes entre populations noires et arabes, entre musulmans et chrétiens et entre pastoralistes et sédentaires. Depuis la fin des années 70, plusieurs facteurs ont accentué ces tensions : les modifications climatiques et la désertification, qui ont réduisent les zones de pâturage, l’urbanisation et le sous-emploi qui lui est associé, ainsi que la montée des intégrismes, auxquels s’ajoute la projection des rivalités politiques à Khartoum.

Conflits du Darfour (1960-2003)

Conflit Tribus Zone Période
 1  Zaghawa – Rizeigat  Nord-Darfour  Années 60
 2  Maaliya – Rizeigat  Sud-Darfour  Années 60
 3  Taisha – Salamat  Sud-Darfour  Années 60
 4  Four – Arabes  Djebel Marra  1987-1989
 5  Zaghawa – Rizeigat   Nord-Darfour 1994
 6  Arabes – Massalit  Ouest-Darfour 1994
 7  Zaghawa – Rizeigat  Sud-Darfour 1997-1999
 8  Maidob – Kababish
 9  Zaghawa – Al-Ghimirr  Ouest-Darfour 1999
 10  Arabes – Massalit  Ouest-Darfour 1999
 11  Four – Arabes  Djebel Marra 2002
 12  Maaliya – Rizeigat  Sud-Darfour 2002
 13  Arabes – Massalit  Ouest-Darfour 2003

(Source: Sudanese Media Center (Khartoum, 01.2005)

Dès les années 1984-85, poussés par l’avancée du désert et la disparition des pâturages, les nomades — souvent qualifiés d’« arabes » — ont progressivement migré vers le Sud vers les régions de Kabkabiya, Djebel Marra et Wadi Salim, à la recherche de nouvelles terres. Ce faisant, ils se sont heurtés aux fermiers Fours de ces régions. Dans le Darfour — comme dans d’autres régions du Soudan — la terre est traditionnellement distribuée selon des mécanismes tribaux (hawakir ou hakura), bousculés par les nouveaux venus, générant des conflits violents dès le milieu des années 90.

Afin de remettre de l’ordre dans la région, le gouvernement soudanais a décidé de remplacer les structures traditionnelles de résolution des conflits par des structures imposées par Khartoum. Cette initiative a alors déclenché de vives réactions et a abouti à la création des deux principaux mouvements rebelles du Darfour : le Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) et le Justice and Equality Movement (JEM) en 2002-2003.

En 2003-2004, les principaux acteurs du conflit du Darfour sont :

  • Sudan Liberation Movement (SLM) et son bras armé la Sudan Liberation Army (SLA), créés en 2002 et dirigés par Abdel Wahed Mohammed Nour.
  • Justice and Equality Movement (JEM) (Mouvement de la Justice et de l’Egalité), créé en 2003 et dirigé par Khalil Ibrahim. National Movement for Reform and Development (NMRD) issu du JEM en avril 2004.
  • La  Sudan Federal Democratic Alliance (SFDA) créée en 1994 et dirigée par Ahmed Ibrahim Diraije — ex-gouverneur du Darfour.
  • Les groupes armés et milices locales (notamment  Bashmarga et  Toro Boro), parmi lesquels les  Janjaweed, au statut indéfinissable, qui entretiennent des relations ambiguës avec le gouvernement du Soudan et les communautés locales.

A ces mouvements autochtones s’ajoutent des mouvements d’opposition armés tchadiens, qui utilisent le Darfour comme sanctuaire (voir  Tchad). Ces mouvements ne participent généralement pas aux combats au Darfour, mais contribuent à son instabilité en utilisant le banditisme comme concept logistique.

Entités signataires ou favorables au DPA (août 2007)

  • Gouvernement du Soudan (GoNU)
  • Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) – Faction Minni Minawi (Zaghawa) – Peace Faction (Ibrahim Madibo) (DoC)(4) (Rizeigat) – Faction SLA-Free Will (► Adam Saleh Abakar) (DoC) (Birgid) – Faction SLA-Free Will II (Abderrahman Moussa Abakar) (DoC) (Tunjour) – Faction Abd el-Qassim Imam al-Haq (SLM/AI)(6) (DoC) – SLM/A — al-Kubrah
  • Justice & Equality Movement (JEM) – Faction Abdelrahim Abou Rishah (JEM Abou Rishah) (DoC) – Faction Ibrahim Yahya Abdelrahman (DoC)
  • Popular Forces Movement for Rights and Democracy (PFMRD) (GPP)(6) Hisham Norain) (Massalit)

Les divers mouvements opérant au Darfour sont divisés entre eux et en interne et les diverses initiatives pour apporter la paix dans cette région se sont avérées laborieuses. Le 8 avril 2004, un accord de cessez-le-feu est signé entre le gouvernement du Soudan, le SLM/A et le JEM à N’Djamena (Tchad). L’Union Africaine (UA) est mandatée par le gouvernement de Khartoum pour assurer la mise en oeuvre et la surveillance du traité et met sur pied l’ African Union Mission in Sudan (AMIS) pour cette tâche. Mais le traité sera régulièrement violé. Un nouveau processus de paix est alors engagé sous l’égide de l’Union Africaine et qui conduit à la signature, le 5 juillet 2005, d’une Déclaration de Principes à Abuja (Nigeria), dans laquelle le SLM/A et le JEM s’engagent à entamer un processus de paix au Darfour. Ces démarches aboutissent à la signature du Darfur Peace Agreement (DPA), le 5 mai 2006, par le gouvernement soudanais et une faction du SLM/A, dirigée par Minni Minawi. Les autres factions du SLM/A (notamment la faction Abdel Wahed) et le JEM refusent de signer le DPA. La division entre partisans et opposants à l’accord de paix engendre alors une véritable atomisation des mouvements rebelles. La faction du SLM/A de Minni Minawi, qui aurait accepté de signer malgré les réticences de ses proches, à cause de la pression internationale dont son chef aurait fait l’objet, se divise à nouveau. De leur côté, trois factions et mouvements non signataires du traité d’Abuja (SLM/A, JEM et SFDA) forment le Front National de Rédemption (National Redemption Front — NRF) le 30 juin 2006. Les tribus d’origine arabe s’organisent également et créent à la fin 2006 le Democratic Popular Front/Army (DPFA), mouvement arabe, dirigé par son Secrétaire général Ossama Mohamed al-Hassan. Les raisons de l’échec du DPA Non seulement le DPA n’a pas permis de réduire les violences au Darfour, mais il a engendré un éclatement des factions (qui étaient au nombre de trois au début du processus de paix, en 2004-2005, et qui sont 22 en 2007 !) rendant virtuellement impossible l’application du DPA, voire l’élaboration d’un nouvel accord. Les raisons de l’échec du processus d’Abuja sont multiples et sont dans une large mesure à chercher dans le comportement de la communauté internationale.

  • Pressée d’obtenir des résultats, la communauté internationale a pris comme interlocuteurs les chefs historiques des mouvements rebelles, sans réellement remettre en question a) leur représentativité dans le terrain et b) la pertinence des objets de négociation. Pour les mouvements rebelles, « l’appétit est venu en mangeant » et des questions autrefois marginales ont pris l’avantage sur les causes profondes du conflit. Ainsi, la question de la répartition des terres n’est que marginalement abordée, alors que d’autres sujets — comme la représentation politique du Darfour à Khartoum — ont pris une importance inattendue dans l’accord de paix.
  • La communauté internationale a envisagé le DPA sur le même modèle que l’accord de paix Nord-Sud (CPA). Le CPA avait été conclu entre deux parties : le gouvernement du Soudan et le SPLM/A représenté par le charismatique John Garang. L’idée était que les deux parties avaient la maîtrise des milices non signataires, et qu’elles pouvaient les rassembler derrière l’accord de paix, ce qui, d’ailleurs, n’a été que très partiellement accompli (voir  South Sudan Defence Force – SSDF). Au Darfour, malgré les efforts des Nations Unies on n’a pas trouvé de personnalité rassembleuse, capable de cristalliser les aspirations de l’ensemble de la société darfourienne.
  • Au Darfour, la situation initiale était très différente de la situation du Sud-Soudan : il n’y avait pas d’antagonismes raciaux ou religieux profonds, au-delà des conflits tribaux, pour lesquels les Darfouriens avaient des mécanismes de gestion locaux. Il aurait ainsi fallu commencer par régler des questions fondamentales au niveau de la base (tribus) -comme la question de l’hakura ­en s’appuyant sur les mécanismes locaux avant d’envisager un traité de paix comme un accord de nature militaire. Ce travail au niveau des communautés locales a toujours été préconisé — et tenté — par le gouvernement soudanais. Mais cette solution a été rapidement abandonnée en raison du manque de neutralité et de l’absence de soutien international pour cette démarche.
  • Mal informée sur la situation dans le terrain, et incapable d’éviter une manipulation, qui sert à la fois les intérêts des rebelles et occidentaux, la communauté internationale a développé une compréhension de la situation au Darfour, qui condamne irrémédiablement le gouvernement et rend difficile les solutions locales, qui seraient nécessaires.
  • Le DPA est en partie basé sur de faux préjugés et prémisses. Entre autres, que le gouvernement du Soudan cherchait à exterminer une partie de sa population, que les milices « Janjaweed » étaient sous le contrôle du gouvernement, que les mouvements du Darfour cherchaient à obtenir un partage du pouvoir à Khartoum, etc. Ainsi, alors que la communauté internationale pensait qu’il serait facile au gouvernement de stopper les violences, il n’en a rien été, bien au contraire : le gouvernement ne maîtrise pas les milices « Janjaweed », mais le DPA a permis de distinguer entre ceux qui étaient « pour la paix » et ceux qui étaient « contre ». Rendant ainsi « légitimes » les opérations militaires de part et d’autre.
  • Les efforts de médiation se sont orientés sur les chefs de guerre mineurs, avec pour résultat de leur donner une importance disproportionnée, de surévaluer leur représentativité politique et de créer des attentes exagérées. Parallèlement, la dimension tribale du conflit a été sous-évaluée et a contribué à éroder le pouvoir des chefs locaux (omdas). Au final, comme au Tchad, l’opposition armée darfourienne s’est atomisée autour de divisions basées sur des personnes plus que sur des objectifs politiques. Toutefois, à la différence du Tchad ce phénomène a été accentué par l’action de la communauté internationale. Ainsi, paradoxalement, l’inadéquation des initiatives de médiation engagées par la communauté internationale a largement contribué à l’érosion des mécanismes traditionnels de gestion des conflits.

Néanmoins, le 26 décembre 2006, les factions SLM Abdul Wahed (SLM/AW), SLM Abdel Shafi (SLM/AS) et le Groupe des 19 (SLM/G-19) se rassemblent pour former la Faction des Non-signataires (NSF) et signent, avec le  Justice and Equality Movement (JEM) une déclaration unilatérale de cessation des hostilités. Le 14 juillet 2007 à Asmara (Érythrée), un groupe de mouvements rebelles composé de la faction Khamis Abdallah Abakar du SLM/A, du SLM-Unity, des Revolutionary Democratic Front Forces (RDFF), du  National Movement for Reformation and Development (NMRD) et de la  Sudan Federal Democratic Alliance (SFDA) décide de s’unir et de former l’ United Front for Liberation & Development (UFLD), placé initialement sous la direction de ► Khamis Abdallah Abakar, à la tête d’un Leadership Council avec une présidence tournante. L’UFLD a également constitué un commandement militaire conjoint (Joint Military Command — JMC). Le 27 octobre 2007, à Syrte (Libye) commence une série de discussions en vue de l’établissement d’un nouvel accord de paix. Les principaux acteurs sont absents et les mouvements présents montrent une fragmentation toujours plus importante :

  • JEM-Collective Leadership, dirigé par Bahar Idriss Abu Garda
  • JEM-Azraq, dirigé par Mohamed Idriss Azraq
  • Revolutionary Democratic Forces Front (RDFF) dirigé par Salah Mohammed Abdurahman Moussa (alias Abussra)(7)
  • National Movement for Reform and Development (NMRD) dirigé par Nourène Minawi Barcham
  • United Revolutionary Forces Front (URFF) dirigé par Alhadi Agabeldour
  • SLM-Unity dirigé par Abdallah Yahya
  • Sudan Federal Democratic Alliance (SFDA) dirigé par Ahmed Ibrahim Diraige.

Groupes non-signataires du DPA (décembre 2007)

  • Sudan Liberation Movement/Army (SLM/A) – Faction Abdel Wahed Mohammed al-Nour (SLM/AW) (Four) – Faction Ahmed Abdelshafi Yaqoub Baasi (SLM/AS) (Four) – SLM-Unity (issu du SLM G-19) (Sharif Harir) (Zaghawa) – Faction Abdullah Yehia et Jar el-Nebi Abd el-Karim (Zaghawa) – Faction Suleyman Marjam (Meidob)
  • Justice & Equality Movement (JEM) – JEM dirigé par Khalil Ibrahim Mohammed Achar Foudeil Taha – JEM (Mainstream), faction Hissein Hashim Djungi. – JEM—Field Revolutionary Command (Mohammed Saleh Hamid — Harba) (Zaghawa)
  • National Movement for Reformation and Development (NMRD) – Faction Nourène Minawi Barcham – Faction Colonel Jibril Abdel-Karim Bari
  • National Redemption Front (NRF)(8) – Sudan Federal Democratic Alliance (SFDA), dirigée par Ahmed Ibrahim Diraige (Massalit) – Justice & Equality Movement (JEM), faction Khalil Ibrahim Mohammed (Zaghawa) – SLM/A Faction Khamis Abdallah Abakar (Massalit) – SLM G-19 (dès le 18 juillet2006)
  • Popular Forces Troops (PFT)(9)
  • Greater Sudan Liberation Movement (GSLM) de Maghjoub Hussein (Bideyat)(10)
  • Sudanese Revolutionary Front (SRF) d’ ► Anwar Ahmed Khater

Le 13 novembre 2007, réunies à Juba (Sud-Soudan), neuf factions (dont six provenant du SLM/A) signent une « Charte d’Unification » par laquelle elles décident de fusionner leurs chaînes de commandement. Parallèlement, le travail de l’AMIS reste sujet à controverse. Malgré un renforcement des ses effectifs, elle n’est pas en mesure de juguler la violence. Les bailleurs de fonds de la mission — principalement l’Union Européenne — annoncent la fin du financement de l’AMIS pour la fin mars 2006. Les Nations Unies, qui ne sont pas impliquées directement dans le processus de paix sont alors contactées par l’Union Africaine dès la fin 2005 afin de reprendre la responsabilité de la mission. Cette initiative est soutenue par les Etats-Unis et le Conseil de Sécurité de l’ONU, mais elle rencontre l’opposition ferme du gouvernement soudanais :

  • Du point de vue soudanais, la mission de l’AMIS a été mise sur pied à la suite d’une démarche bilatérale avec l’UA. Il lui apparaît dès lors inapproprié de la part de l’UA de demander unilatéralement l’aide des Nations Unies, et inopportun de la part de l’ONU de mettre en place une opération de maintien de la paix sans consulter le gouvernement.
  • Le gouvernement soudanais redoute que l’exigence d’un mandat plus « robuste », émise par la communauté internationale pour une mission onusienne, ne débouche sur la mise en place d’une force d’intervention qui pourrait à terme perturber le gouvernement et la situation au Soudan, en créant une situation analogue à celle de l’Irak ou de l’Afghanistan.
  • Le gouvernement soudanais veut être consulté et impliqué dans la conception de l’opération et se déclare même prêt à mettre 10 000 hommes à disposition d’une éventuelle mission de maintien de la paix au Darfour.(11)

Conflit dans l’Est Plusieurs mouvements régionaux sont en lutte contre le gouvernement de Khartoum dans l’Est du pays, qui se sont regroupés pour la plupart au sein de l’  Eastern Front (Front de l’Est), constitué en 2005 et dirigé par Moussa Mohammed Ahmed : Le Beja Congress, Les  Rashaida Free Lions, Le  Justice and Equality Movement (JEM) (Mouvement de la Justice et de l’Egalité), dirigé par Khalil Ibrahim et normalement implanté au Darfour, L’Armée de ► Suleyman Ali Bitay, Les Fatah Forces. Finalement, un accord de paix est signé le 14 octobre 2006 entre les représentants de l’Eastern Front et du Gouvernement du Soudan et, le 30 mai 2007, l’ex-chef de l’Eastern Front est nommé assistant du Président Béchir.(12) Les liens avec le terrorisme international Avec le virage islamique amorcé en 1983, puis maintenu par ses gouvernements successifs, le Soudan a assez largement accordé son soutien à divers mouvements de résistance et terroristes arabes. Sous l’impulsion d’ ► Hassan al-Tourabi, chef et idéologue du Front Islamique National, qui prend le pouvoir en 1989, le Soudan crée la Popular Arab and Islamic Conference (PAIC), qui sert de forum pour plusieurs organisations islamistes et terroristes dès 1991. Par ailleurs, le Soudan héberge le terroriste « Carlos », terroriste international des années 70-80 recherché par de nombreux pays et finalement « livré » à la France en 1994. Il offre également refuge à Ossama Ben Laden entre 1991 et 1996 et assure la logistique du commando qui tente d’assassiner le président égyptien Hosni Moubarak à Addis-Ababa, le 26 juin 1995.

Soudan - Camps d'entraînement au Soudan (années 80-90)
Camps d’entraînement au Soudan (années 80-90). Souvent répertoriés comme camps d’entraînement “terroristes”, la plupart des camps mentionnés ici sont des bases d’entraînement des forces spéciales militaires ou de la police. Dans la guerre contre le Sud, les forces armées soudanaises ont engagé des volontaires dans des opérations de guérilla contre les arrières de la SPLA., comme les “moudjahiddin”, qui menaient des actions sur les arrières des combattants de la SPLA.

Dès 1993, le Soudan est porté sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme international, tandis que, dès 1997, les Etats-Unis sous la présidence de Bill Clinton, lui imposent un train de sanctions économiques. Ces mesures arrivent au moment où le Soudan tente de se défaire de ses liens avec les mouvements révolutionnaires et terroristes. Après les attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam (7 août 1998), la marine américaine bombarde (20 août 1998) à l’aide de missiles de croisière le complexe pharmaceutique Al-Shifta, au Nord de Khartoum, supposé produire des armes chimiques. Mais, l’accusation s’avérera plus tard erronée, suscitant la colère dans le monde arabe. Jusqu’en 1997-98, le Soudan a également soutenu la  Lord’s Resistance Army (LRA) et le West Nile Bank Front (WNBF), en lutte contre le gouvernement ougandais, en réponse à l’assistance offerte par l’Ouganda aux rebelles du Sud-Soudan, mais aussi parce que ces mouvements opéraient contre le SPLM/A. Appliquant la même politique de rétorsion avec ses autres voisins qui soutenaient la rébellion chrétienne au Sud, le Soudan a aussi soutenu le Front de Libération du Peuple Erythréen (FLPE) et le Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Ethiopien (FDRPE) — qui comprenait le Front de Libération du Tigré (FLT) et le Front de Libération de l’Oromo (FLO) — lors de la guerre civile en Ethiopie. Aujourd’hui, le gouvernement soudanais envisage avec prudence la montée de l’islamisme et adopte une politique qui peut paraître ambiguë à des yeux occidentaux, et qui vise « à ménager la chèvre et le chou ». Ossama Ben Laden a été expulsé du territoire soudanais en 1996 et le gouvernement a interdit le Front Islamique National. La tentative de coup d’Etat islamiste, dirigée par Hassan al­Tourabi, au début des années 2000, a conduit à la disgrâce de ce dernier et à une grande méfiance du gouvernement soudanais du président Béchir envers les mouvements islamistes. Le gouvernement soudanais coopère avec les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et le chef du National Service of Intelligence and Security (NSIS),(13) le major-général Abdallah Salah Gosh a des contacts réguliers avec les services de renseignements américains. De fait, la coopération entre le Soudan et les Etats-Unis en matière de contre-terrorisme est qualifiée de très bonne par les Etats-Unis. Malgré cela, le Soudan reste sur la liste du Département d’Etat américain des pays qui soutiennent le terrorisme. La justification est plus politique que réelle : d’une part, il s’agit pour les USA de forcer le gouvernement soudanais à prendre des mesures pour empêcher aux citoyens soudanais de prendre part à la lutte en Irak(14); d’autre part, les Etats-Unis cherchent à faire pression sur le gouvernement soudanais pour résoudre la crise du Darfour. Le Soudan a signé une douzaine de conventions internationales pour la lutte contre le terrorisme. En fait, le gouvernement soudanais — bien qu’islamiste lui-même ­craint une dérive extrémiste et violente de l’islam, que font redouter les pressions permanentes et ostentatoires des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne quant à la situation au Darfour. L’islamisme soudanais n’a pas de tradition violente. Mais les pressions internationales ont en fait stimulé plusieurs mouvements extrémistes islamistes, qui sont considérés comme une menace par le gouvernement de Khartoum :

  • Le Takfir wal-Hijra (Excommunication et Exode), lié à son homonyme égyptien et qui a une expérience de la violence au Soudan contre d’autres mouvements islamistes.
  • La faction Cheikh Abou Zeid de la Jamat al-Ansar al-Sunnah(15) (Groupe des Partisans de la Sunnah) qui prône l’usage de la violence dans la défense de l’islam — même si elle n’a pas été engagée dans des actions violentes par le passé.
  • Le Harakat al-Muqawama al-Islamia (Mouvement de Résistance Islamique) (HAMAS)(16) qui est apparu au Darfour au début 2006.
  • Des mouvements dont l’existence n’est probablement que virtuelle, sans réelle structure opérationnelle, et qui se sont manifestés par des déclarations dans la presse soudanaise : les Blood Brigades (Brigades du Sang(17) Il en est de même de la Darfur Jihad Organization et du groupe nommé Extermination of Forces of Evil(18) (Dater Quwat al-Shar – Daqash)(18) qui se sont manifestés initialement en février 2006 au Darfour. Le Daqash a réitéré ses menaces contre l’éventuelle présence de forces de maintien de la paix de l’ONU à plusieurs reprises. Le Daqash nie être affilié aux mouvements djihadistes de la mouvance « AI­Qaïda ».

A ces mouvements s’ajoutent des organisations ou individus qui ont mené en septembre-octobre 2006 une campagne d’attentats à la bombe au Sud-Soudan, au moyen de bombes dissimulées dans des postes de radio.(19) Ces attentats, qui semblent avoir eu un caractère aléatoire n’ont pas été revendiqués.

Certains groupements politiques comme le disposent de milices rapidement mobilisables en cas de besoin. C’est le cas du groupe islamiste « Forum pour une Paix Juste » (Forum for Just Peace)(20), qui a créé les Kataeb al-Izza (« Brigades de la Dignité »). Ces « brigades » (ou « phalanges ») ont notamment été engagées lors des émeutes consécutives à la mort de John Garang au début août 2005.

Certains groupes de forces spéciales soudanaises, tels que les « Dababin » ou les «moudjahiddin », sont parfois associés par certains à des groupes terroristes. Ces groupes d’élite des forces de sécurité avaient souvent été utilisés pour des actions clandestines sur les arrières des forces ennemies, durant la guerre contre le SPLM/A au Sud du pays. Les Dababin, sorte d’« unité de la dernière chance » ­initialement connue sous le nom de Brigade du Martyr Hassan Haykal — était composée d’environ 160 jeunes de 16 à 22 ans et destinée à des opérations meurtrières et à haut risque. Créée sous le gouvernement du Front Islamique National et difficilement maîtrisable, cette unité a été vivement critiquée et démantelée par le gouvernement d’Omar al-Bachir au début des années 2000 et plus rien ne confirme son existence, malgré des allusions dans la presse pour sa réactivation en cas d’intervention des Nations Unies au Darfour en 2006. Entre avril et octobre 2005, parmi les quelque 376 combattants étrangers capturés en Irak, 41 (soit 11%) étaient de nationalité soudanaise(21). Selon une étude menée par le Saudi National Security Assessment Project, 450 (15%) des quelque 3 000 combattants étrangers en Irak seraient de nationalité soudanaise. Ce nombre indique une potentialité pour l’éclosion de mouvements terroristes islamiques en cas de mise en place d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan.

External Links :

Corrélats : ► Ethiopie, ► Somalie

 

(1)Les Mourahalin sont à l’origine du concept de Forces de Défense Populaires (FDP) mis en place dès 1989 par le gouvernement soudanais et souvent assimilé aux ► Janjaweed.
(2)Elle comprend également des membres des tribus Fertit, Murle et Shilluk.
(3)On estime que, dans cette région, le désert a progressé de près de 200 km depuis la fin des années 70. Cette progression semble s’être stabilisée au début des années 2000.
(4)DoC = Mouvement qui n’a pas signé le traité de paix, mais la « Declaration of Commitment » qui l’a suivie.
(5)Cette faction est également appelée « Faction Abou Gassem ». Elle a signé avec le gouvernement soudanais un ajout au DPA, le 18 novembre 2006 à Tripoli et a été reconnue par l’Union Africaine comme signataire du DoC le 28 décembre 2006.
(6)GPP = Mouvement signataire du Geneina Political Protocol, du 10 juin 2007, qui est une initiative du gouvernement soudanais pour rassembler les non-signataires des accords précédents.
(7)La branche tchadienne du RDFF — qui est essentiellement un mouvement arabe — s’est détachée d’Abussra pour former l’ United Revolutionary Forces Front (URFF), qui fait partie du Democratic Popular Front Army (DPFA).
(8)Le NRF a été créé le 30 juin 2006 à Asmara (Entrée)
(9)Le PFT est un petit groupe rebelle arabe, actif dans la partie nord-ouest du Sud Darfour, probablement une milice locale qui s’est donné un nom, apparu en décembre 2006. Son porte-parole est le commandant Yassim Youssef. (Sudan Tribune, 11.12.2006)
(10)Le GSLM a été créé le 13 janvier 2007 par des éléments de la faction Minni Minawi du SLM (Sudan Tribune, 14.01.2007)
(11)Le fait que le gouvernement soudanais propose des troupes pour une mission de maintien de la paix dans un conflit dont il est l’une des parties peut apparaître saugrenu, mais s’explique par le fait que pour le gouvernement de Khartoum, le problème du Darfour est perçu comme un problème de sécurité intérieure et de maintien de l’ordre et non un problème de maintien de la paix.
(12) Sudan Tribune, 30.05.2007
(13)Service National de Renseignement et de Sécurité (SNRS), organe dépendant formellement du ministère de l’Intérieur, mais dépendant fonctionnellement directement du président du Soudan. Sa mission première est la sécurité intérieure, mais ses attributions touchent également le renseignement stratégique extérieur. Il assure des fonctions très analogues à celles du KGB de l’ex-URSS.
(14)En effet, entre avril et octobre 2005, 376 combattants étrangers ont été captures en Irak, parmi lesquels 41 citoyens soudanais (11%) ont été identifiés. Source: Forces années américaines citées dans “Foreign Fighters Captured in Iraq Corne From 27, Mostly Arab, Lands,” New York Times, 21.10.2005, A8.
(15)Ce mouvement n’a pas de liens avec l’Ansar al-Sunnah qui opère en Irak.
(16)Ce mouvement n’a pas de lien avec son homonyme qui opère dans les territoires occupés palestiniens.
(17)Le 6 mars 2006, les Blood Brigades ont offert une récompense de US$ 40 000 pour la mort du Chargé d’affaires américain à Khartoum. (Air Security International, 07.03.2006)
(18)NdA : Transcription douteuse et probablement partiellement inexacte.
(19)Un attentat a tué une personne le jeudi 28 septembre à Lainya à l’ouest de Juba et un autre 3 personnes au sud de Juba le 29 septembre 2006. (Sudan Tribune, 02.10.2006)
(20)Le Forum for Just Peace a été créé le 28 avril 2004 par Al-Tayeb Abdel Rahman Mustafa, oncle du président soudanais et maréchal Omar al-Bachir. Le groupe comprend des personnalités du Parti du Congrès National (islamiste) et se prononce contre le processus de paix au Sud-Soudan.
(21)Source: U.S. military figures cited in “Foreign Fighters Captured in Iraq Come From 27, Mostly Arab, Lands,” New York Times, October 21, 2005, A8.