South Sudan Defence Force (SSDF)

(Soudan) (Force de Défense du Sud-Soudan) Coalition qui fédère divers groupes d’autodéfense du Sud-Soudan en lutte contre la  Sudan People’s Liberation Movement/Army (SPLM/A). Jusqu’en février 2006, la SSDF était soutenue par le gouvernement du Soudan, qui la finançait et l’équipait (les cadres des SSDF portaient l’uniforme et les insignes de grade des forces armés soudanaises). Elle est dirigée jusqu’à sa dissolution officielle, le 9 février 2006, par le Major-Général ► Paulino Matiep. Malgré sa dissolution officielle, la SSDF reste dirigée par le major-général Tom al-Nour Daldoum, qui refuse de rejoindre la SPLA ou le gouvernement.

Les SSDF rassemblent des milices locales, associées au Gouvernement du Nord davantage en raison de leur opposition à la SPLA que de leur sympathie pour le Nord. Cette attitude opportuniste provoquera des changements d’alliance fréquents et inattendus, plus influencés par des considérations personnelles que politiques.

Historique

La SSDF a ses origines dans l’Anya-Nya 11, qui prend les armes en 1978 dans la région du Nil Supérieur.

En 1991 une divergence sur l’avenir du Sud-Soudan provoque l’éclatement du SPLM/A :

SPLM/A-Mainstream (également connu sous l’appellation de Torit Faction), dirigé par le colonel Dr John Garang (Dinka), qui prône un « Nouveau Soudan » uni ;

SPLM/A-United (également connu sous l’appellation de Nasir Faction), dirigé par le Dr Riek Machar (Nuer) et le Dr ► Lam Akol  (Shilluk), qui prône l’autodétermination du Sud-Soudan et bénéficie d’un large soutien populaire. Mais, ne disposant pas du soutien international de son rival, le SPLM/A United est contraint de signer une alliance avec le gouvernement du Nord en 1992.

Toutefois, le SPLM/A-United ne tarde pas à se diviser à son tour en deux :

  • Le SPLM/A-United, dirigé par le Dr Lam Akol ;
  • Le Southern Sudan Independence Movement (SSIM), dirigé par le Dr Riek Machar.

Le SSIM se divise à son tour et ses membres de la province d’Equatoria forment l’Equatoria Defence Force (EDF). En 1996, le SSIM, le SPLM/A-United et l’EDF signent une Charte Politique, qui constituera la base des Accords de Paix de Khartoum, qui unissent le Southern Sudan Independence Movement (SSIM), l’Equatoria Defence Force (EDF), le SPLM/A Bahr el-Ghazal Group (SPLM/A BGG), le South Sudan Independance Group (SSIG) et le Bor Group. A cette charte se joint le SPLM/A-United par les Accords de Fachoda. L’ensemble se donne alors une structure de coordination le South Sudan Coordinating Council (SSCC), présidé par le Dr Riek Machar, chef de la plus importante faction, et une structure politique, l’ United Democratic Salvation Front (USDF). Pour les Nuers les Accords de Khartoum sont un pas en avant vers l’autodétermination.

Les Accords de Khartoum rassemblent déjà les futurs membres de la SSDF et bien qu’ils jettent déjà les bases d’une possible scission du Soudan, ils ont une importance stratégique pour le gouvernement soudanais en affaiblissant significativement la position du SPLM/A, tout en permettant à Khartoum d’exploiter le pétrole dans la région d’origine des groupes de la SSDF (Unity State et Blue Nile State).

Riek Machar ne tarde pas à se distancer de son alliance avec Khartoum et part s’établir à Nairobi. Il est remplacé par Gatluak Deng à la tête du SSCC, qui crée en avril 2001 la South Sudan Defence Force (SSDF) avec Paulino Matiep Nhial comme chef d’état-major. Ce dernier reste particulièrement influent dans le Western Upper Nile (région de Bentiu — Mayom — Mankin), l’une des principales régions pétrolières du Soudan, région d’origine des Nuers.

Le traité de paix entre le gouvernement su Soudan et le SPLM/A prévoit l’intégration des « autres groupes armés » (Other Armed Groups — OAG) au sein des forces armées soudanaises (Sudanese Armed Forces — SAF) ou de la SPLA. Ainsi, le 9 février 2006, est signée la Déclaration de Juba qui formalise l’intégration des SSDF au sein des forces armées soudanaises et de la SPLA. Les SSDF ont donc formellement disparu, toutefois, un nouveau commandement, sous la conduite de Gordon Kong Chol, qui regroupe plusieurs mouvements peu satisfaits de cette intégration, revendique le nom de SSDF.

Composition

En 2005, la SSDF comprend les mouvements suivants, dont la plupart ont été intégrés dans la SPLA ou dans les SAF jusqu’au 9 mars 2006. Toutefois, cette intégration n’est souvent que formelle, dictée par le pragmatisme politique, mais ne s’est pas toujours traduite par une fusion des structures de commandement. Par ailleurs, ces milices, locales et relativement homogènes ethniquement, constituent des forces qui pourraient très rapidement reprendre leur autonomie :

  • Le South Sudan Unity Movement (SSUM), la plus grande formation de la SSDF, dirigé par Paulino Matiep — également chef de la SSDF — avec comme second ► James Gatduel ou ► Tayib Gatluak. Il a son quartier-général à Mayom (Haut Nil). Le SSUM est principalement composé de Nuer et sa zone opérationnelle est située dans le Western Upper Nile dans le secteur Mayom ­Mankin — Bentiu.
  • Le South Sudan Independence Movement (SSIM), créé par le Dr Riek Machar, et dirigé successivement par Tito Biel, James Leah et finalement par Peter Dor Manjor — après la défection de ses deux prédécesseurs vers la SPLM/A à la fin 2003. Le SSIM a son quartier-général à Rubkona et opère essentiellement dans la région du Haut Nil. Il est composé de membres de l’ethnie Nuer qui constitue le groupe ethnique dominant au début des SSDF. Opérant aussi dans le Western Upper Nile, le SSIM de Peter Dor Manjor est devenu le principal rival du SSUM. En 2005, des affrontements sérieux dans la région de Bentiu — Rubkona entre les deux mouvements ont provoqué un retrait partiel de la communauté humanitaire de la région. Ses forces étaient évaluées à 300 combattants (début 2006, avant son intégration dans la SPLA).
  • Les Forces Nuer, également connues sous le nom de Faction al-Nasser, dirigées par le major-général Gordon Kong Chol — adjoint de Paulino Matiep Nhial et ancien commandant dans l’Anya-Nya II — basées dans l’Est de l’Equatoria dans la région de Sobat, jusqu’à la frontière éthiopienne et Akobo au Sud. Depuis 2006, elles sont aussi. Une région particulièrement agitée en raison de la présence de la White Army (Armée Blanche) aux structures de conduite capricieuses. Ses effectifs sont évalués à 500-1000 combattants.
  • Les Murle Defense Forces, (ou Pibor Defense Forces) dirigées par Isma’il Koni.
  • L’Equatoria Defence Force (EDF), petite formation opérant dans le secteur Juba-Torit, issue des mouvements d’autodéfense contre les exactions commises par la SPLM/A dans la région. Un grand nombre de ses membres proviennent des rangs de la SPLM/A, qui ont reçu une aide substantielle du gouvernement soudanais au début des années 90. A la fin 1991, ces forces d’autodéfense encore mal structurées rejoignent la SPLA-United du Dr Riel( Machar. Ce n’est qu’en octobre 1995 que l’EDF est officiellement constituée. Elle se veut au-dessus des rivalités tribales et a comme objectifs la défense des populations locales (contre la SPLM/A) et l’autodétermination du Sud-Soudan. Elle a souvent soutenu la  Lord’s Resistance Army qui utilise sa zone opérationnelle comme sanctuaire pour mener des actions contre le Nord de l’Ouganda et échapper aux forces ougandaises. Elle est composée de combattants provenant des tribus Acholi, Bari, Loluba, Mahdi et Zande. L’EDF est dirigée par le Dr Theophilus Ochieng. Le 5 mars 2004, le Dr Ochieng a signé la Déclaration d’Unité de Nairobi, avec M. Salva Kiir, Vice-Président du SPLM/A.
  • Le Bor Group, créé au milieu des années 90 par Aron Thon Arok à partir d’éléments du SPLM/A. Impliqué dans diverses rivalités ethniques avec les Nuer, et en conflit avec les tribus du Nord du district de Bor, il ne s’est pas associé aux principales factions de la SPLA après sa scission en août 1991 et est resté relativement indépendant. Issu des mouvements d’autodéfense, il est organisé pour la défense des communautés locales. Sa conduite politique est assurée par Kelia Riak, tandis que ses forces militaires sont conduites par le major Deng Kelei. Le Bor Group est signataire des Accords de Khartoum de 1997.
  • Le South Sudan Independence Group (SSIG) issu des groupes d’autodéfense du Sud-Soudan et composé en grande partie d’ex-combattants de la SPLM/A. Il est dirigé par John Machmadit. Il a été formé par ► Kawach Makuei qui a signé les Accords de Khartoum en 1997. Initialement basé dans le secteur d’Aweil, son secteur opérationnel en 2004 est le Bahr el-Ghazal.
  • Le Mobile Forces Group (MFG), qui a été formé après la Conférence de Juba en avril 2001. Ses effectifs, évalués à quelque 3 000 militants, qui proviennent de diverses factions de la SSDF. Le MFG est dirigé par le major-général Benson Kuany, rival de Paulino Matiep. En 2002, la tentative de ce dernier pour placer James Gatduel à la tête du MFG provoque des émeutes à Juba, qui cause de nombreuses victimes. Fortement affaibli, le MFG est alors redéployé dans le secteur de Malakal, jusqu’à ce qu’une décision soit prise quant au remplacement de Benson Kuany.
  • Le SPLM/A-United n’est pas formellement membre de la SSDF, mais partage des objectifs similaires et des relations analogues avec le gouvernement. Les deux mouvements travaillent ainsi fréquemment ensemble. Il est dirigé par Lam Akol(4), qui a signé un accord (Accord de Fachoda) avec le gouvernement en 1997. Après la défection de Lam Akol vers le SPLM/A, le SPLM/A-United est sous le commandement de James Othow.
  • Le Groupe de Gabriel Tangi-Nyang, qui opère dans la région de Pangak(1) (Haut Nil) et a son quartier-général à Faim. Avec la défection de Lam Akol vers le SPLM/A, les forces armées soudanaises ont largement utilisé le groupe de Gabriel Tang — essentiellement composé de Nuer — pour empêcher la réoccupation du secteur par le SPLM/A. Ainsi, le groupe s’est attaqué aux villages Shilluk afin de les maintenir dans le giron des SSDF. Après la signature de la Déclaration de Juba, le groupe s’est divisé en deux factions :
    Faction Gabriel Tang (major-général), également appelée Fangak Force, avec son quartier-général maintenu à Faim et des effectifs évalués à 200 combattants, qui a rejoint les SAF.
    Faction John Both (brigadier), basée à Kaldak, qui a rejoint la SPLA avec des effectifs estimés à 300-400 combattants.
  • Le Groupe de Renk, issu de la tribu Dinka et dirigé par le brigadier Mohammad Chol Al-Ahmar. Son quartier-général est situé à Renk et il est actif dans la région du Nil supérieur.
  • Les Forces des Cavaliers (Quwat al-Fursan), issues d’ethnies arabes et dirigées par Al-Haj Bashir Mawein (2007), qui opèrent dans l’Ouest du Bahr el-Ghazal. Elles sont alliées à la SPLA.
  • On associe fréquemment la  White Army (Armée Blanche) aux SSDF, sans qu’il n’y ait de liens structurels établis. Toutefois, une communauté d’intérêt et le jeu ambigu de certains chefs des SSDF suggèrent ce lien.

South Sudan Defence Force (SSDF)_Organisation de la SSDF (2004)

South Sudan Defence Force (SSDF)_Dispositif des SSDF au Sud-Soudan (2005)

(1)Egalement orthographié « Fangak » (confusion entre les lettres F et P en Nuer).